‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 393 sur 404 · CXVI INTRODUCTION. — V · texte numérisé non relu

CXVI INTRODUCTION. — V

que 179. C'est une proportion fort élevée et qui dépasse notablement la moyenne. C'est celle que j'ai relevée pour VEscoufle. Il est quelques poèmes où les rimes féminines sont plus nombreuses encore : YEstoire de la guerre sainte d'Ambroise, où elles atteignent le chiffre de 60 pour 100. Au bas de l'échelle nous trouvons le poème de Dermot (Conquête de l'Irlande) avec environ 13 pour 100. L'élision de Ve final atone suivi d*un mot commençant par une voyelle est de règle. Font exception les mots ce (pour ço oxiceo), 295, 643, 931, 986; ne, 87, 208, 269, 1454, 1506; que (écrit aussi ke), 143, 232, 643, 674, 832, 888. Pour ces mots, l'élision est facultative*. Les autres cas de non élision de Ve final atone qui se rencontrent çà et là dans le poème me sont très suspects 2.

§ 2. Langue. — Je me bornerai à indiquer ici les traits caractéristiques de la langue du poète tels qu'ils peuvent se déduire des rimes. Je ne puis, sous peine d'allonger démesurément cette introduction, songer à épuiser la matière. Les rimes, étant en général fort exactes, fournissent des données assez sûres touchant la prononciation du poète. Cependant, ici comme en bien d'autres poèmes, on peut remarquer que l'auteur employait parfois, pour la commodité des rimes, des formes divergentes. Ainsi, il fait rimer Salesbire (Salis-

1. L'usage d'Ambroise est un peu différent : voir la préface de M. G. Paris, p. xvii.

2. Ainsi, au v. 1408, Tant chevalche e jor e nuit, il faut probablement corriger chevalcha. V. 17668, DHtaM comme il plus porreient, il est facile de déplacer il en lisant comme plus il. Au V. 17992, Qui a nostre (ou vostre) onor puisse estre, je ne sais si on peut admettre la prononciation ancienne puisset ou s'il ne vaut pas mieux lire honor^ en considérant l'/i comme aspirée.

LANGUE. GXVH

bury) avec dire, 146, avec Hantsire (Hampshire), 1554, mais il emploie aussi les formes Salesbére, 344, 12125, 15892, pour rimer avec amére, mère, père; enfin, Salesbiere, 14609, rimant avec Piere. Nous avons vu plus haut (p. xiv) que le fidèle écuyer du Maréchal était, selon les besoins de la rime, appelé Johan d'Erlée et Johan d'Erlie. J'ai relevé au vocabulaire, sous cuidier, deux formes pour le présent de l'indicatif, première personne : oui, rimant avec lui, et cuit rimant avec tuit. Nous trouvons envire (invidia), 37, associé à dire, plus souvent envie, 85, 4514, 2148, 2978, rimant avec vie, chevalerie, mie. De même navile, en rime avec Canvile, 9672, et ailleurs navie. Ostal et ostel lui fournissent aussi deux rimes différentes ; voir le vocabulaire.

Ce sont là les irrégularités qu'on observe fréquemment dans la poésie de l'époque et qui se limitent à un petit nombre de cas. En somme, les rimes attestent une langue assez fixe, et cette langue est bien celle du continent, spécialement de la Normandie ^ Quelques rimes semblent indiquer des habitudes de prononciation anglo-normande ; mais, outre que ces rimes sont fort rares, il n'est pas sûr qu'elles n'étaient pas autorisées au commencement du xiii^ siècle par la prononciation normande.

Les diphtongues ai et ei, suivies d'une nasale, riment ensemble : mains (ma nus) s'associe à meins'^ (minus), 721, 1874, 3200; k pleins, 536; main à frein, 340, 2615, 2842. De même remaint (remanet) et remeint (subj. de

i. Bien entendu, je ne tiens pas compte de la graphie du copiste, qui était Anglais.

2. Dans les deux cas, il y a mains dans le ms,; mais, ici ot dans la suite, je nHablis l'orthographe étymologique pour plus de clarté.

cxviii INTRODUCTION. — V, § 2.

remener)y 13539; main et amein (ind. pr. à' amener), 13533; mains, vilains et Reins y 11705, 11717*.

Aiy non suivi d'une nasale, rime avec è : maistreestre , 465, 735, 1283, 1965, 1977, etc.; naistre-estre, 877; estre-paistre y 2635; après-mais y 489; malvais-adèSy 11077; pais (pacem) -prèsy 12949; presse-laisse, 921,

Ce qui est plus rare sur le continent — car en Angleterre il n'est rien de plus ordinaire — c'est l'association à la rime d*ié et à'é. Nous en trouvons ici quelques exemples qui ne sont pas tous assurés : encontrérent-espargnérent, 323; trovérentquidérent y 313; quidérent-returnérent y 267; quidérentérenty 10275; érent-mangiérenty 19123; père (pater) -Perre (Petrum), 10923. De ces exemples, il faut d'abord retrancher' ceux où paraît quidérent. Sans doute, la forme la plus générale est quidiérent (ou ouidiérent). Mais on a déjà remarqué que, chez Benoît de Sainte-More et chez Wace, la forme habituelle de l'infinitif est cuider et non cuidier^. Nous avons donc, dans la forme quidérenty au lieu de quidiérent, un indice de l'origine normande de notre poème. Quant à Perre, au lieu de Pierre, c'est une forme qui n'est pas étrangère au français continental (Saint- Père, de Chartres) 3. Reste espar gnérent et mangiérenty dont il serait à la rigueur possible de se débarrasser par une corrections mais le cas est trop isolé

1. Au V. 2883, remendre, ainsi écrit pour remaindre (remanere), est associé à attendre. Mais c'est une rime impossible; il est du reste à remarquer qu'attendre est, dans le ms., écrit sur grattage. Il faut lire remaindre-attaindre ; cf. 4197, 10658.

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