L'IMPÉRATRICE LÈVE LE SIÈGE
Le roi s'empressa de rassembler une nombreuse armée pour secourir Winchester. Quand l'impératrice apprit que le roi marchait contre elle à la tète de forces dix fois plus nombreuses que celles dont elle disposait, elle se trouva fort en peine. Personne ne sut la conseiller, sinon Jean le Maréchal, qui la dirigea aussitôt sur Ludgershall • . Ce fut une dure journée : le roi et son ost les poursuivaient vivement, et ceux qui accompagnaient la dame leur faisaient souvent face, et, dans ces rencontres, il y eut bien des selles tournées, bien des chevaliers désarçonnés et pris [207].
Les partisans de l'impératrice, n'étant pas en force, battirent en retraite au mieux qu'ils purent. Ils arrivèrent à force d'éperons jusque sous WherwelP. Mais l'impératrice les retardait, chevauchant assise, comme font les femmes^. Gela ne parut pas à propos au Maréchal, qui lui dit : « Dame, on ne peut pas épe- « ronner quand on est assis. 11 vous faut passer la jambe parce dessus l'arçon. » Elle le fit bon gré mal gré, car leurs ennemis les serraient de près [224] ^
Le Maréchal se trouva fort en peine, ne voyant aucun espoir de secours. Il confia la dame à la garde de Brien de Wallingford* et lui enjoignit de ne point faire halte, quoi qu'il arrivât,
1. Village sitaé sur la limite des comtés de Wilts et de Hants, près d'Andover, à environ 30 kiiom. au n.-o. de Winchester.
2. Village du Hampsliire, à mi-chemio entre Winchester et Ludgershall.
3. On sait qu'au moyen âge les femmes chevauchaient assises de côté, les pieds sur une sorte de marchepied. La selle dont se servent actuellement les femmes ne date que du xvi* siècle.
4. Le continuateur de Florenz de Worcester, qui donne des détails circonstanciés sur ces événements, rapporte que Timpèratrice s'enfuit d'abord à Ludgershall, mais que, ne s'y trouvant pas en sûreté, elle poussa jusqu'à Devizes (Wilts, à 35 kil. environ au nord-ouest de Ludgershall), puis jusqu'à Worcester. Il est d'accord avec le poète pour dire que l'impératrice dut chevaucher usu masculino, au moins jusqu'à Devizes, car de là jusqu'à Gloucester elle dut se faire porter eu litière (Bouquet, XIII, 78 c; Thorpe, II, 134).
5. f Brianus, Filius Comitis, marchio de Walingeford » (Wallingford, Berks), William de Malmesbury, Historia novella, éd. Stubbs, II, 573. On Ta identifié avec Brian fils du comte de Bretagne Alain Fergant, que mentionne la Chronique saxonne à l'année 1127 (éd. du Maître des rôles, II, 223); voy. Freeman, Hislory of Ihe Norman conquest, V, 292-293.