‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 47 sur 404 · LE MARÉCHAL S'ASSOCIE AVEC ROGER DE GAUGI · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL S'ASSOCIE AVEC ROGER DE GAUGI

Mathieu, « mais depuis vous me l'avez repris et vous l'avez. — a Vous ne savez pas, » dit le Maréchal, « si je Pai encore ou si « je Tai donné. Mais vous serez récompensé de ce que vous « m'avez fait jadis à un tournoi. Vous aviez gagné sur moi un « cheval ^ De hauts hommes vous prièrent de me le rendre; « vous n'y consentîtes point. Actuellement je vous rends la a pareille. — Sire, » répondit Mathieu, « vous n'aviez pas encore la « réputation que vous avez maintenant. — Eh bien! si j'étais « alors méprisé, vous êtes maintenant en moindre prix qu'au- « trefois. D'après votre propre jugement, je ne dois pas vous « rendre votre cheval. » On rit beaucoup de cette repartie, et le Maréchal emmena son cheval [3366].

Ce ne fut pas tout : le même jour, le Maréchal prit de ses mains dix chevaliers et gagna douze chevaux, dont un (celui de Mathieu) par deux fois. A cette époque, un chevalier de la mesnie du jeune roi, qu'on appelait Roger de Gaugi ^, lui demanda d'être son compagnon 3. C'était un homme preux, hardi, entreprenant, adroit, mais un peu trop porté au gain. Le Maréchal, sachant qu'il était bon chevalier, lui accorda sa compagnie. Pendant deux ans ils coururent les tournois, faisant à eux deux plus de gain que six ou huit des autres. Je ne parle point en l'air -, je me fonde sur les écritures des clercs [3446]. W^igain, le clerc de la cuisine'* et d'autres ont prouvé par écrit qu'entre la Pen-

1. Remarquons que le poète ne nous a rien dit de cet incident.

2. Ce personnage est mentionné plus loin parmi les chevaliers flamands qui faisaient partie de la « mesnie » du jeune roi (v. 4583). — Il y a, dans les Rotuli litterarum patentium, I, 33 (1203), un sauf-conduit accordé par le roi à c Rogerius de Gaugi. » Il fut l'un des conseillers du roi Jean ; voy. plus loin la note sur le v. 13229.

3. Le compagnonnage, ou, comme on disait autrefois, la compagnie, est une association entre deux personnes du même rang ou qui du moins le deviennent par l'eftet de l'alliance qu'ils ont contractée. M. J. Flacli a consacré plusieurs chapitres à cette sorte d'institution, qu'il rattache au comitat germanique, Les origines de l'ancienne France, II, 431 et suiv. (liv. m, chap. ii-viii). Ces chapitres avaient déjà paru partiellement, sous ce litre : le Compagnonnage dans les chansons de geste, dans les Études romanes dédiées à G. Paris (Paris, 1891), p. 140-180.

4. Le jeune roi avait certainement un clerc de ce nom. On lit en ellet, dans un rôle de 1182 cité par Eytoa (p. 248) : < lu passagio episcopi de Sancto David et abbatis de Dereford et Wigani clerici régis filii régis, 47 8. per brève régis. » — Sur l'office du clerc de la cuisine, on lit dans

44 LE MARÉCHAL AU TOURNOI DE JOIGNI. [i 180 (?)

tecôleet le carême* ils prirent cent trois chevaliers, sans parler des chevaux et des équipements que les comptables n'inscrivaient pas [3424].

Peu après eut lieu un tournoi à Joigni. Ije jeune roi ne 8*y rendit point, mais le Maréchal y alla. Une fois arrivés, les chevaliers s'armèrent et se rendirent dans un lieu voisin de la ville, où ils mirent pied à terre en attendant leurs adversaires. La comtesse^, accompagnée de dames et de demoiselles, vint les y rejoindre. On se mit à danser au son d'une chanson que chanta le Maréchal. Lorsqu'il eut fini, un jeune ménestrel, nouvellement fait héraut d'armes, se mit à chanter une chanson nouvelle, dont le refrain était : « Maréchal, donnez-moi un bon a cheval !» A ce moment, les plus pressés des chevaliers du parti opposé commençaient à arriver. Sans dire un mot à personne, le Maréchal sortit de la ronde, monta à cheval, et, s'étant dirigé vers eux, H désarçonna le premier quMl rencontra et donna son cheval au petit héraut. Gelui-ci revint à la danse en disant à tous : <t Voyez quel cheval ! c'est le Maréchal qui me l'a donné ! » Plusieurs s'en émerveillèrent, qui le croyaient encore dans la ronde. Tous, chevaliers et dames, dirent que c'était le plus bel exploit qu'on eût jamais vu dans un tournoi [3520].

Les chevaliers remirent le heaume et lacèrent la ventaille lorsquHls virent leurs adversaires s'avancer en ligne. Ils combattirent en rangs serrés et eurent l'avantage. Le Maréchal eut le prix du tournoi, et il eut aussi sa part du gain, mais il la distribua largement aux croisés et aux prisonniers, et tint pour

Fleta, liv. Il, chap. xviii (!'• et 2« édit. de J. Selden, Londres, 1647 et 1685, p. 80) : c OfQcium clerici coquiosB est deaarios recipere de garderoba pro officiis emptoris, poletriœ, salsariae, aulaB et camerœ et scutelrise, et creditoribus satisfacere competenter. »

1. Malheureusement on ne nous dit pas de quelle année. Ce devait être vers 1180.

1. La date de ce tournoi ne nous étant pas connue, on peut hésiter entre Aelis, femme de Rainant (ou Rainarl) IV, comte de Joigny, lequel mourut au plus tard en 1179 {Art de vérifier les dates, II, 596), et une autre Aelis, femme de Guillaume I, successeur de Rainant, dès 1179 au moins. Cette dernière était fille de Pierre I de Courtenai et petite-fille du roi Louis VII. Elle eut deux fils de son époux et fut séparée de lui pour cause de parenté. Voy. du Bouchet, Hist. généal. de la maison royale de Cowrienay^ p. 16.

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