‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 76 sur 404 · LE MARÉCHAL Y DÉFIE SES CALOMNIATELTIS · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL Y DÉFIE SES CALOMNIATELTIS

« trois plus forts. La bataille durera trois jours. Si du premier a je ne puis me défendre, faites-moi pendre sur-le-champ. Si « je suis vainqueur, je veux que le lendemain on me livre au « second. Si j'ai le dessous, qu'on me pende ! et de même si je « suis vaincu par le troisième. » Le roi répondit : « Maréchal, a je n'ai cure de votre bataille; je n'accepte pas votre escondit\ a — Sire, ceux qui m'ont accusé sont ici. D'où vient qu'aucun « d'eux ne parle? Ils m'ont pourtant bien entendu ! Sire, écou- « tez une autre proposition. Faites couper un des doigts de ma a main droite, celui que vous voudrez, et que le plus fort a d'entre eux se désigne lui-même pour me combattre. S'il peut « me rendre recréant, faites de moi comme on fait d'un traître a prouvé. Vous pouvez bien voir maintenant, beau sire, que « mauvaise langue ose dire ce qu'elle ne saurait prouver. Quand a je ne puis trouver merci, alors que j'offre plus que raison, a c'est que vous ne cherchez qu'un prétexte pour m'éloigner. a En présence de tous ces barons, il me faudra prendre congé a de vous. Je n'attendrai pas plus longtemps » [5844]. Puis, se tournant vers le roi Henri le père : « Sire, je vous prie de faire a paraître à mon sujet la grande franchise que je crois être en a vous. Je vous demande un sauf-conduit, jusqu'à ce que je « sois hors de votre terre. Je ne veux pas vous demander davan- « lage, car vous me faites bien entendre que votre cour m'est « hostile, contre raison et loi de terre 2. Il me faut aller chercher a ailleurs un meilleur séjour où je puisse vivre, quand ici je ne a puis me délivrer de l'accusation fausse dont on me charge, a alors qu'aucun de mes accusateurs n'ose lever la tête. Voilà a ce qu'on permet pour me faire tort. Mais il me plaît, puis- « qu'on me refuse le droit, que ce soit en présence d'une telle « assemblée » [5832].

Le vieux roi vit bien qu'il ne parlait point à mots couverts^;

1. Je conserve le terme de l'original. C'est un mot qui n'a plus de correspondant en français actuel : < protestation, défense, » ou tout autre équivalent, ne rendrait pas pleinement lidée.

2. La loi du pays, expression qui parait propre au droit anglo-normand. Voir lei de terre, au vocabulaire.

3. Mot à mot, si ma conjecture est fondée (v. 5834), « qu'il ne parlait point gaiois ni langage inintelligible. »

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