IL QUITTE LA COUR SANS OBTENIR JUSTICE
il lui donna un sauf-conduit pour se rendre, lui et les siens, en Perche, à Mortagne [5840]. Il s'en va; puisse Dieu le conduire! Il n'avait pas Tapparence d'un homme qui fuit ni d'un chevalier qui a peur. Tel l'insulte aujourd'hui dont on ne tient guère compte. Mais le jour viendra où tous ceux-là seront honnis à leur tour. 11 est droit qu'ils aient ce qu'ils ont cherché [5848].
Les traîtres sont arrivés à leurs fins. Ils se réjouissent dans la pensée que le Maréchal est à tout jamais éloigné de la cour. Ils disent, les mauvais, les faux : « Que fera-t-il? Son prix « sera bien abaissé. Tout le gain ne sera plus pour lui. On a n'entendra plus Henri le Norrois s'écrier : « Ça! Dieu aide « au Maréchal! » On ne parlait que de lui, et, maintes fois, « nous en avons souffert. Maintenant, son orgueil et sa pré- (i somption sont abattus » [5878].
Baudouin de Béthune, qui n'aimait guère leur clique, apprit comme ils se réjouissaient ouvertement de leur succès, faisant ainsi apparaître leur trahison aux yeux de tous, et il en éprouva une vive douleur. Il fit rédiger en un bref toutes leurs paroles et le fit porter au Maréchal [5905]. Celui-ci reçut la lettre, se la fit lire par un clerc et sourit [5922].
Quand on apprit en France, en Champagne, en Flandre, l'injure qui avait été faite au Maréchal, et comme il avait en vain offert de se disculper, il n'y eut comte ni haut baron qui ne s'eff'orçât d'attirer à soi le Maréchal. Le comte de Flandre, tout premier, le duc de Bourgogne, l'avoué de Béthune* et bien d'autres lui envoyèrent des messagers à cet efl'et [5960].
1. Robert V, ayoaé d'Arras, appelé advocattis de Bethunia par Guillaume de Tyr (liv. XXI, ch. xv et xvii, p. 1029 et 1033 de l'édition publiée par l'Académie des inscriplions et belles-lettres); sa souscription dans les chartes est ainsi conçue : « S. Roberti advocati Bethuniensis. » Son histoire est contée en grand détail par A. du Chesne, Ilist. généal. de la maison de Béthune (Paris, 1639, in-fol.), p. 121 et suiv. 11 mourut à Sutri, en Italie, alors qu'il se rendait à la croisade. La chronique dite de l'anonyme de Béthune énumère ses cinq fils {Histoire littéraire de la France^ XXXII, 222), dont le troisième était, comme on l'a dit plus haut (p. 53, n. 3), Baudouin de Béthune, plus tard comte d'Aumale, en présence de qui a lieu la conversation ici rapportée. Le cinquième fut le trouvère Cuene ou Conon de Béthune. Il eut aussi deux filles : Clémence de Béthune,