JEAN OBTIENT UNE TRÊVE
néeèMaires; il ût demander au roi, par lettre, de lui donner trêve tant quM) se fût entendu avec sa dame l'impératrice. Le roi, se défiant de lui, n'y eût pas consenti pour une simple parole ou pour un gage; mais il fit savoir que, si on lui donnait des otages, il accorderait la trêve. 11 fut donc convenu quHi aurait en otage l'un des fils du Maréchal : ce ne fut pas le premier, mais le second, Guillaume, de qui on pourra désormais ouïr mainte belle aventure. Cette convention eut pour résultat que le siège fut levé et que le Maréchal en profita pour regarnir son château. Il y mit de bons chevaliers, de bons sergents, de bons archers, disposés à se bien défendre. L'enfant fut en aventure. Le roi vit bien qu'il était joué. Quand le terme fixé fut arrivé, il ne fut plus question de rendre le château [508].
Alors vinrent les losengiers * , qui conseillèrent de faire pendre l'enfant. On le fit savoir au père, mais il répondit qu'il ne s'en souciait, car il avait encore les enclumes et les marteaux dont il en forgerait de plus beaux. Quand le roi apprit cette réponse, il en fut très irrité et commanda de mener l'enfant aux fourches pour le pendre; il s'y rendit lui-même avec une forte escorté, redoutant des embûches [524].
L'enfant, que l'on portait et qui ne se doutait pas du sort qu'on lui réservait, vit le comte d'ArundeP qui tenait un beau javelot. Il lui dit naïvement : « Sire, donnez-moi ce javelot. » Quand le roi entendit cette parole enfantine, pour tout For de France il ne l'aurait laissé pendre ce jour-là; mais, entraîné par la douceur dont son cœur était plein^, il prit l'enfant entre ses
1. Je demande la permission de conserver le mot losengier, qui n'a point d'équivalent en français moderne. Le losengier est celui qui, par des paroles insinuantes, gagne la faveur d'un homme puissant, afin de nuire à autrui. Il y a dans le losengier du courtisan et de l'intrigant.
2. Guillaume d'Aubigni, comte d'Arundel, qui avait épousé en 1138 Aelis, veuve de Henri I" (Delisle, Chronique de Robert de Torigni, 1, 215, note 6). Il se rendit en Terre sainte et mourut en 1176. II y a sur lui une curieuse anecdote dans le De nugis curialium de Gautier Map, page 234 de l'édition Wright {Camden SocieUj). On trouvera un article sur ce personnage dans le DicUonary of national Biography^ sous Ai.bini
(pINCKRNa), WlUUAM DK.
3. C'est le témoignage unanime des historiens. Ainsi, l'auteur des Ge»ta Slephani (éd. Howlelt, p. 5) : < Fuit siquidem, quod in nostri temporis