‹ L'histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'AngleterreChapitre 10 sur 25 · Ms. A celz · texte numérisé non relu

Ms. A celz

S'il s'abstient de parler de ce qu'il ignore, il lui arrive aussi de ne pas dire tout ce qu'il sait, soit par crainte d'encombrer son récit de détails fastidieux, comme au v. 346 l , soit par prudence. L'une des parties les plus curieuses du poème est celle où l'auteur nous conte en grand détail la brouille survenue entre le jeune roi Henri et le Maréchal, à la suite de calomnies répandues sur le compte de ce dernier. Les calomniateurs étaient au nombre de cinq. Le poète les connaît, mais il ne veut pas en nommer plus de deux :

E si sai jo bien qui cil furent 5144 Qui ceste traïson esmurent;

Mais ne sont pas a nomer tuit :

Mal gré m'en savreient, ce cuit,

Telz i a unquor des lignages, 5148 Por ce m'en tieng, si faz que sages.

Et toutefois, il savait concilier le soin de sa sécurité avec les exigences de la vérité, car après avoir nommé deux des traîtres, « Adam Clikebou et sire Thomas de Colonges, » qui apparemment étaient morts sans laisser d'héritiers intéressés à défendre leur mémoire, il indique que les noms des trois autres figureront par la suite quelque part dans le poème :

Cinc furent a ceste mestarde 2 , $ 1 60 Mais de treis me sui doné garde, Que ge nés nomerai mie ore :

Asez serront nommez encore.

Notre auteur a pour le roi Jean tout le mépris que ce triste personnage inspirait à la plupart de ses contemporains. Toutefois, bien qu'écrivant sous Henri, il reste fidèle à ses habitudes de prudence : il se garde soigneusement de tout ce qui pourrait ressembler à une invective ou à un blâme direct, et a soin de placer dans la bouche de quelqu'un des personnages du poème l'expression mitigée de ses sentiments. Sa réserve se montre dans ce qu'il dit de la disgrâce de Guillaume de Briouze * : le roi, dit-il, qui l'avait beaucoup aimé, se brouilla avec lui et le chassa d'Angleterre :

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