‹ L'histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'AngleterreChapitre 14 sur 25 · Voy. Romania, II · texte numérisé non relu

Voy. Romania, II

chevaliers du parti opposé qui se rendaient au tournoi, il le porte à terre,, puis lui prend son cheval qu'il donne au héraut.

E cil, sanz plus dire parole, Se fiert tôt en la karole, E dist a toz : c Vez quel cheval !

3 5 1 2 t Cest me dona le Mareschal * . »

Plus loin, il est encore question d'un héraut, qui cette fois est désigné par son nom. C'est à l'occasion des faux rapports par lesquels certains envieux réussirent, comme on l'a vu plus haut, à éloigner le jeune roi du Maréchal. L'un des calomniateurs essayant, mais sans succès, d'entraîner dans le complot un certain Raoul de Hamarz 2 , lui représente qu'après tout la vaillance du Maréchal n'est pas telle qu'on veut bien le dire. Sa renommée vient simplement de ce que Henri le Norrois le suit toujours dans les tournois, en criant : a Ça ! Dex aïe al Mareschal ! »

Ore oiez dunt muet cis gorreis 8 :

Ve[i]rs e que Henri li Norreis, Dès que li reis * s'esmuet e point, 5224 Que lors se crie a icel point.

Qui que point amont ou aval, c Ça ! Dex aïe al Mareschal ! »

Fait Henris, e chascun s'enpresse...

Le Maréchal, banni de la cour royale, se remit à courir les tournois, et le jeune roi ne tarda pas à apprendre de la bouche d'un témoin oculaire, Baudouin de Béthune, quels succès il avait remportés. « Mais, » dit-il, « n'as-tu pas vu le Norrois crier autour de lui : « Ça ! Diex aïe al « Mareschal ! » — Sire, nenni ; il n'y était pas. — Pas possible ! mais « dis-moi, frère, le Maréchal serait donc capable de faire chevalerie par « lui-même ? — Ha ! sire, que dites-vous ? c'est un des meilleurs che- « valiers du monde ! » (vv. 6220-?6).

Je ne puis m'empêcher de soupçonner que le jeune héraut à qui le Maréchal donne un cheval, Henri le Norrois et l'auteur du poème étaient des confrères et probablement des contemporains. Peut-être même, si l'auteur est le Jean du vers 191 95, serait-il permis de l'identifier avec le

1 . Il n'est pas sûr qu'il y ait ici un manquement à la règle de la déclinaison, car on pourrait au vers précédent mettre quel cheval au cas sujet.

2. Hamars, arr. de Caen, cant. d'Evrecy. Plusieurs personnes ayant le surnom de c Hammarz 1 paraissent dans les aocuments du temps du roi Jean.

3. L'état d'un homme en vue, à la mode, avec une nuance défavorable; gorre et gorrerie sont traduits dans Cotgrave par « bravery » et aussi par « pride, vaunting, vain-glory », voir la peinture des gorriers dans une des chansons du XV* siècle (n* cxxix) publiées par G. Paris pour la Société des anciens textes français.

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