‹ L'histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'AngleterreChapitre 15 sur 25 · Henri, le jeune roi · texte numérisé non relu

Henri, le jeune roi

jeune héraut d'armes du vers 3486. Et si le poème est réellement anonyme, on pourrait aller plus loin encore, et identifier l'auteur à la fois avec le jeune héraut d'armes et avec Henri le Norrois.

A tout le moins, pour en revenir à ce qui est susceptible de démonstration, il y a lieu de croire que ces trois personnages, qui n'en forment peut-être que deux ou même un, étaient contemporains. N'oublions pas que le poète devait être d'un âge déjà avancé lorsqu'il se mit à l'œuvre, puisque — nous l'avons vu plus haut — il assista à des tournois qui eurent lieu avant 118$. Il aurait pu être alors âgé d'une vingtaine d'années. En 12 19, date de la mort du comte de Pembroke, il aurait eu près de 60 ans. Si on se refusait à reconnaître dans le Jean du v. 191 95 le nom de l'auteur, on ne devrait pas être surpris, toutefois, que le poète ait eu en même temps la volonté de garder l'anonyme et le désir de laisser transparaître son nom. Jusque dans le cours du xm e siècle, nos vieux poètes gardent habituellement l'anonyme. On paraît avoir considéré au moyen âge comme de mauvais goût d'introduire sans motif son nom dans une composition littéraire. Dante ne s'est nommé qu'une fois dans la Comédie, et il s'en est excusé 1 . Les exceptions, pour être fréquentes, se justifient ordinairement par des motifs particuliers. Ainsi, les traducteurs de vies de saints ou en général ceux qui traitent en vers de quelque matière édifiante se nomment assez souvent pour appeler sur eux les prières des lecteurs, et les auteurs de romans d'aventure, surtout les plus connus tels que Chrestiende Troies, se nomment volontiers à la troisième personne au début de leurs poèmes, dans la pensée que la notoriété de leur nom prédisposera favorablement l'auditoire 2 , mais encore une fois, c'est l'exception. Et cependant, on conçoit qu'un auteur n'ait pu se détacher de son œuvre au point de s'y refuser une place modeste et cachée, soit en écrivant, au commencement ou à la fin, son nom en acrostiche, soit, procédé plus délicat, en se donnant à lui-même un rôle parmi les personnages les moins en évidence du récit. Il y avait là une manière d'allusion obscure qui devait être saisie par quelques amis ou protecteurs, et c'était assez.

Puisque j'ai parlé de Henri le Norrois, personnage qui obtiendra peut-être quelque jour, par suite de nouvelles découvertes, le droit de figurer dans notre histoire littéraire, qu'il me soit permis de remarquer que ce nom de Norrois ou Norreis, le nom actuel Norrisi est assez fréquent en Angleterre au moyen âge. On a la preuve qu'un certain Henri le Norreis vivait au temps du roi Jean, mais je ne me risque point

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