‹ L'histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'AngleterreChapitre 20 sur 25 · Wilts, à 3$ kil. environ de Wherwell · texte numérisé non relu

Wilts, à 3$ kil. environ de Wherwell

3. Berks, cinquième station après Reading, sur la ligne de Bristol.

repoussé. Le roi bloque étroitement la ville. Les défenseurs demandent une trêve pour consulter leur seigneur. Ils l'obtiennent, mais pour un jour seulement. Leur seigneur, c'est Jean le Maréchal (v. 473). Celui-ci écrit' au roi Etienne pour obtenir une trêve plus longue, afin de pouvoir s'entendre avec l'impératrice. Etienne y consent, à condition qu'il aura un des fils du Maréchal en otage. On lui livre, non pas le fils aîné (qui s'appelait Jean, comme son père), mais Guillaume, le second fils, celui dont le poème doit conter l'histoire. Dès lors cet enfant va attirer à lui tout l'intérêt de l'auteur et du lecteur : il ne sera plus question du siège de Newbury et de la querelle entre Etienne et Mathilde, sinon très accessoirement. Guillaume le Maréchal entre en scène, et devient aussitôt le héros du poème. Si l'auteur a consacré quelques centaines de vers aux exploits de Jean le Maréchal dans la guerre pour la succession de Henri I er , c'est assurément à cause de la circonstance tout accidentelle qui mit le jeune Guillaume en rapport avec Etienne.

Jean le Maréchal, ayant livré son fils à Etienne, s'empressa de munir Newbury d'une forte garnison, et, quand le terme de la trêve fut échu, il refusa de rendre la place, sans plus se soucier du petit Guillaume. On lui représenta qu'il risquait la vie de son fils. Il fit alors une réponse énergique qu'on pourra lire ci-après dans le texte, aux vers 513-516. Etienne décida que l'enfant serait pendu, et de peur qu'on fît quelque tentative pour le délivrer, il le conduisit lui-même au lieu d'exécution. Chemin faisant, le jeune enfant, qui ne se doutait guère du traitement qu'on lui préparait, voyant que le comte d'Arundel tenait à la main un beau javelot, lui dit : « Sire, donnez-moi ce javelot. » Pour tout l'or -de France, dit le poète, le roi n'eût pas voulu qu'un enfant capable de dire de si folies choses fût mis à mort. Et il le fit ramener au camp. Mais bientôt après on persuada à Etienne de faire lancer le pauvre petit dans la ville par une pierrière, afin d'épouvanter les défenseurs. On allait le placer dans la fronde de la pierrière, lorsqu'un mot heureux vint encore lui sauver la vie : « Dieu ! » dit-il, « quelle belle balançoire ! il est bien « juste que je m'y balance ! — Otez-le ! Ôtez-Ie ! » dit le roi ; « il fau- « drait avoir le cœur bien dur pour le faire mourir à tel martyre ; trop « sait bêles enfances dire (v. 560) ! » On voit qu'Etienne était sensible aux grâces de l'enfance. On le verra mieux encore par la jolie scène où l'auteur nous représente le roi et son jeune prisonnier jouant « aux chevaliers, » c'est-à-dire se poussant des bottes avec une plante à feuille large et aiguë (v. 604) que le texte appelle chevaliers, peut-être une sorte de jonc ou de glaïeul. Disons avec un vieux chroniqueur français : « Chil rois Estievenes fu moût dous et moût deboinnaires et moût piteus ' . »

1 . Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre (Soc. de l'hist. de France), p. 80.

Le poète termine cet épisode par un gros anachronisme. Il nous dit que pendant le siège, l'évêque de Winchester, qui était le propre frère d'Etienne, réussit à amener la conclusion de la paix. — S'il s'agit de la paix qui fut conclue en 1 1 5 3 et par laquelle la succession au trône d'Angleterre, après la mort d'Etienne, fut assurée au fils de l'impératrice Mathilde, nous sommes jusqu'ici d'accord avec l'histoire. Mais le texte poursuit en disant (vv. 679 et suiv.) que cette paix eut lieu à cause de la prise de Lincoln où le roi fut fait prisonnier. « Dès lors il ne lui resta « plus de la royauté que le titre et ses lois n'eurent plus cours » (vv. 689- 690). Nous voilà en plein anachronisme, car, si la prise de Newbury est de 1 1 52 et la paix finale de 1 1 5 3 , la prise du roi à la bataille de Lincoln eut lieu le 2 février 1 141 ! . — Mais continuons. « On assembla le parce lement d'où la paix sortit à Shrewsbury (Estroburges ou Escroburges, <c v. 691). Le roi fut rendu et échangé pour le comte de Gloucester... « Il eut le pis dans l'échange qui fut fait. La paix conclue, les otages « furent délivrés et Guillaume fut rendu à son père » (vv. 691 et suiv.). Ces données se rapportent encore à l'année 1 141, car c'est au mois de septembre de cette année, à la retraite de Winchester, que Robert de Gloucester tomba aux mains de la reine Mathilde, femme d'Etienne. Peu après il fut échangé pour Etienne. Il est fort possible que les conditions de cet échange aient été réglées dans une entrevue, qui aurait eu lieu à Shrewsbury ; le témoignage du poème sur ce point est isolé. En somme l'auteur a interverti gravement Tordre des faits en plaçant le siège de Newbury avant l'échange qui fut fait du roi Etienne et du comte de Gloucester. On peut croire qu'ayant des notions isolées sur certains événements, mais n'ayant aucune idée de la succession de ces événements, il se sera trompé en cherchant à les mettre en rapport les uns avec les autres. C'est là l'hypothèse la plus probable ; toutefois il ne serait pas impossible qu'il eût fait erreur sur le siège de Newbury, qu'il se fût trompé de nom et que son récit dût être rapporté à un siège antérieur. Pour se décider avec certitude, il serait nécessaire de connaître la date de la naissance de Guillaume, qui, d'après le poème, était évidemment un très jeune enfant au moment du siège en question. Bien qu'ici encore nous nous trouvions en présence de données contradictoires, on peut cependant déterminer cette date d'une façon approximative. En 12 16, à la mort de Jean Sans-Terre, pressé par les grands du royaume de prendre la garde du jeune Henri III, le vieux Maréchal se défend d'accepter l'offre qui lui est faite, s'excusant sur son grand âge :

« Certes, seignors, ne puis mes estre 1 5508 « De si très haute chose mestre :

1. Voy. entre autres Rob. de Tor., I, 225, et la note de M. Delisle, I, 220.

c Trop sui febles e dequassez a Si ai quatre vinz ans passez, c Serez le, sire quens de Cestre...

S'il avait quatre-vingts ans passés en 1 216, il devait être né au plus tard en 1 1 36 ; il aurait donc eu en 1 1 52, date du siège de Newbury, selon Henri de Huntingdon, 16 ans. C'est dix ans de trop pour les paroles que le poète lui prête. Les « belles enfances » dont s'amusait le roi Etienne conviennent à un petit garçon de six ans, et non plus. Mais il est probable que le Maréchal ne savait pas exactement son âge. Il est en effet le second enfant d'un mariage qui n'a pu être conclu qu'après ! 141 (voy. vers 372 à 383). Il naquit donc au plus tôt en 1 143, et très probablement plus tard. Il peut dès lors avoir assisté, en 1 1 52, dans les conditions décrites par le poème, au siège de Newbury. L'auteur aura induement rattaché à la paix de 1 1 5 3 les circonstances de l'échange conclu en 1 141. Les érudits qui ont fait de l'histoire de ces temps une étude spéciale jugeront en dernier ressort de la valeur de cette hypothèse.

Qui a bone matyre a feire Deit si porveïr son afaire, S'il i a bel commencement, Qu'il vienge a bon definement 4

E si en tel maner ...

Ke reisun a ses diz s'acort, K'en n'i truisse riens ke reprendre ; Ker custumier sont d'entreprendre 8 Une gent qui petit s'entendent, Mais al bein contredire entendent.

E dunt lor vient ceste custume ?

D'envie, kui par amertume 12

De cuer ne puet sa boche taire, Ne nuls grans biens ne li puet plaire.

Mais, si m'ait Dex, c'est la sume, Ma matire est del plus prodome Ki unkes fust a nostre tens.

Or m'i otreit Dex grâce e sens Ke je la puisse si traitier Que asjoïr & eshatier S'en puissent tuijfcil kui l'osrunt E kui de cuir l'escuterunt.

Al tens le rei Estiemble avint, Kui Engleterre a peine tint E Normendie molement Tant ku'il la perdi folement, K'uns chevaliers pros & loial,

AT. J3. — Dans ces extraits je conserve la graphie du ms. dans une plus grande mesure que si j'avais à faire une édition complète qui, destinée surtout aux historiens, devrait écarter nombre de particularités insignifiantes qui ne peuvent que gêner le lecteur ; je n'hésiterais pas, p. ex., à ramener à 1er les finales notées eirs, ers, à ien des formes comme oein 10, 299, rein 95, 324, etc.; je corrigerais ust, 325, en ot ou out, etc. On est d'autant plus naturellement amené, en certains cas, à régulariser l'orthographe, qu'il est parfois impossible d'interpréter avec certitude telle ou telle abréviation. Ainsi j'ai rendu ml't par molt, mais, si cette forme se trouve souvent en toutes lettres, il y a moult au v. 74, mut au v. 200, nout (pour moût) au v. 272, ailleurs mult, etc.

4 Je restitue definement, qui est totalement enlevé par l'usure, de même que la fin du vers suivant — 9 que, ms, qui — 10 Ms. contredatretendent.

Sire Johan li Mareschas, 28

Qui tant esteit de grant emprise E de grant oirre e de grant mise Qu'entor lui out plenté de buens ; E si n'esteit il mie cuens 32

Ne baron de très grant richesce, Mais tant foisona sa largesse Ke tute gent s'en merveilloent.

Neïs cil kui point ne Pamoent, 36 Qui en avoi[e]nt grant envire, En conveneit souvent bien dire.

Il fu seneschal d'Engleterre, (b) Mais en son tens i out grant guerre De l'empereriz e del rei, 41

E tant en dura le desrei K'en la fin, ce nos est avis, Out li reis Estiemble le pis ; 44

Ker li boens Marescals por voir S'en vint tut de lue (sic) al dreit eir Mahoit Fempereriz, sanz faille.

Maint estor e mainte bataille 48

E mainte grant peine e maint grief Soufri por lui a grant meschief Ainz [que] l'ovre fust amaisnie.

Treis cens chevaliers de maisnie 5 2 Tint sei li frans chevaliers, A ses robes, a ses deniers, A fers, a clous, a livresons, A beals semblanz, a riches dons, $6 Cum cil kui bien le savoit faire E les boens tenir e atraire.

Mais de l'estore de la terre, Ne de la pès ne de la guerre 60

Ne voil or plus ci endroit dire :

Tuit revendrai a ma matire Del preudome corteis e sage Qui prist feme de haut parage, 64 Bêle e bone e joiose et liée E si estoit been enseigniée.

A grant joie furent ensemble 67

Lune tens, eissi com[e] mei semble, Tant que dous filz out de la dame :

Si très beals enfanz corn il erent.

Tant crurent et tant s'entenerent (sic).

Quant il ourent entendement 73

Que moult plourent a tote gent, Por lur bealté, por lor proece, Por lor sens, por lor gentilesce, E que tant estei[e]nt apert.

Li uns en out non Gilebert, L'autre Guatier le Mareschal.

De grant bialté erent égal.

Tant amendèrent e tant crurent Ensemble que chevaliers furent.

Mult eurent buen commencement Se il durassent longement, E molt menoient bêle vie.

Mais morz qui des boens a envie Ne pout suffrir ne endurer K'il deùssent longes (en)durer.

Issi avint con je vos di :

Li uns des deus amaladi A Salebires, ç'oï dire :

Unkes mestier n'i orent mire Ne unkes riens n'i pout valeir, Sens ne proece ne aveir, Ne rein de mort nel sucurust.

Grant doel eurent quant il murut 96 Si vasleit, e tant en plorerent A poi de duel ne s'afolerent ; Molt fu li delz grant e espès.

Li autres jo[o]ut as esches ; 100

Un vaslet vit vers lui venant, Si li demanda maintenant :

« Sez tu nuveles de mon frère? »

cuer dolent, leide hère 104

Ke cil avoit sor tute rien, Dist : « Si Dex plaist, il ffejra bien.

— Ou ! » fait il, « mis frères est morz ! t C'ert ma joie, c'ert mis confort, « C'ert toz li deliz que j 'a voie! 109 c Ja mais joie ne sera moie. »

Itant dist e si s'adola.

Einz puis ne but ne ne manga,

Ne trovast l'en treske a Seint Jame Einz murust de duel de sun frère.

28 7/ doit y avoir ici une lacune de deux vers, car la phrase reste suspendue — 30 oirre, corr. ovre ? — 46 deluc, corr. délivre — 62 Tuit, corr. Tost ? — 72 s'entenerent, corr. s'entr'amerent ou amendèrent, comme au v. Si — 94 aveir, corr. saveir? — 107 Ce vers commence par une grande capitale — 108 Même vers dans Floriant et Florete v. 582.

Grant duel en orent père e mère.

C'est raison, nature le veut : (d)

Qui a cuer porte e a cuer d(eu)eut ;

Mais atant vos di jo por veir 1 1 7

Que nuls dels n'est a sordeleir

Ne nule joie a sorjoïr.

Qui de sfi] mais voldreit oïr 120

Del bon Mareschel, de Johan,

Ne vos avroie dit oan

Ses granz ovres ne ses enprises,

Ker nés ai pas tûtes aprises ; 1 24

Mais en sun tens fu Engleterre

En grant dolur (n)e en grant guère,

E li reingnes en grant discorde,

Que pais ne trieve ne concorde 128

Ne justise ne fu tenue,

Ainz fu la guère maintenue,

Si cruel e si longement 1 3 1

Que molt desplout a mente gent ,

Quer aukunz de[s] baruns se tindrent

Al rei Estiemble, e si maintindrent

Son bien e s'enor en toz poinz,

Por ce k'il ert reis e enoinz ; 136

Li autre disoi[e]nt por veir

Que celé qui ert del masle eir

Devoit la corone tenir

E le reaime maintenir. 140

Issi munte entre eus la meslèe Qui unkes ne fu desmelée (sic) De si ke en ces entrefaites I out mil armes de cors traites. 144 Par ceste achaison, ç'oï dire, Li quens Patriz de Salesbire Guerreia molt le Merreschal ; Maint enui li fist e maint mal; 148 E li Mareschaz ensement Li fist de granz enuiz souvent, Ker esi va de tel bargaigne :

Li uns pert, li autres gaaigne. 1 $ 2 Ne toit {sic) taire ne tôt conter (f. 2) Quer a en(e)nui porreit monter A reconter lor assemblées

Ne lor agaiz ne lor mellées, 1 j6

Mais mainte lance i out bruisée

& mainte targe depeciée

E mainte broingne ensanglentée

E meinte aime de cors gitée 160

E maint(e) boin chevaler de pris

I out naufré ou mort ou pris,

Mainte dame veve frarine

E mainte pucele orphanine 164

Que pus alerent a hontaige

Par suffrete de mariage.

Esi fu, esi Pestut estre.

L'empereriz asist Vincestre, 168 Ove lui fu li Mareschas Qui tuz diz fu ver lui loi[a]ls, E des autres baruns asés Out entor la vile amasez 172

Qui la cité quidoent prendre ; Mais dedenz avoit por défendre Bons chevaiers e gent hardie Qui por faire chevalerie 176

S'en issoient chascun jor fors Por tornier a cels defors; Mais Phelippe de Columbeirs I esteit toz dis as premers ; 1 80

Yembles de annes ert e proz, Ke de deus parz les venquit tuz.

Li reis inelement e tost Asembla grant gent e grant ost Pur venir Vincestre rescorre 185 E por sa bone gent sucure.

Quant Pempereriz l'oï dire Qu'a si grant ost e a tel ire 1 88

Veneit li reis por lui sosprendre Ou por li ocirre ou por prendre, E si li fu dit, c'est la sume, [b)

[Qu']el n'aveit pas le dissime home En sun host k'il aveit el suen, 193 Ne li sembla ne bel ne buen, N'ele n'out si haut conseillier Qui lors la s[e]ùst conseillier, 196

117 atant, corr. itant? — 118 dels pour duels ou dois ; sordeleir pour sordoleir — 120 de s[i] mais, cf. v. 378 — 129 ne, corr. n'i ? — 130 Ms. maintenus — 146 Ms. patrit (i suscrit au-dessus du t) — 1 j 2 II est certain qu'il manque ici au moins deux vers — 163 veve, ms. uiue — 168 Ms. empiz {avec p barri) de mime ailleurs — 181 Corr. de ans ou d'années — 189 lui, corr. lei ou li — 192 Ms. Il ... homo.

Fors li Mareschas, tote voie, La fist tantost mètre a la voie Tôt dreit a Lotegaresale.

Mut fu celé jurnéfe] maie, Quer li reis e trestot son ost Enchausa vistement & tost, E cil souvent li trestornoent Qui o la dame s'en aloent ; E saciez k'en ces trestornées Vit Pom maintes seles turnées, Maint chevalers abatre e prendre.

Ne[l] purrent suffrir ne atendre Cil qui o l'empereriz erent :

Al meiz ku'il purent s'en alerent, Poingnant si que règne n'i tindrent [JJesque soz Varesvalle vindrent ; 2 1 2 Mes forment les desavancha L'empereriz qui chevacha w\3j . Cumme femme fait en séant :

Ne sembla pas buen ne séant 216

Al Maréchal, anceis li dist :

c Dame, si m'ait Jesucrist,

c L'em ne puet pas en séant poindre :

c Les jambes vos covient desjoindre

c Et mètre par en son l'arçun. » 221

El le fist, volsist ele ou non,

Quer lor enemis le[sj grevoient

Qui de trop près les herd[i]oient. 224

Li Mareschals de son afaire Ne sout que dire ne que feire, N'i vit rescose ne confort.

A Brien de Walingofort Commanda a mener la dame, E dist, sor le péril de s'aime, Qu'en nul lieu rie s'aresteûsent, Por nul bosoing que il eùsent, N'en bone veie ne en maie, De si qu'a Lothegaresale ; E cil tost e hastivement En fist tôt son commandement.

i Mareschas el guié s'estut, A son poer les contrestut.

Tute l'ost sur lui descarcha

Qui si durement le charcha 240

Que n'i pout naint plus durer;

Trop lui fui fort a endurer,

Einz s'en bâti en un mostier;

N'out lui k'un sol chevaler. 244

Quant li real les aperçurent

Qu'el mostier enbatu se furent :

f Or ça, li feus ! » funt il, « or sa,

« Li traîtres ne li garra. » 248

Quant li feus el moster se prist,

En la vis de la tor se mist.

Li chevaliers li dist : « Beau sire,

c Or ardrum ci a grant martire : 252

c Ce sera pecchiez e damages.

c Rendom nos, si ferom que sages.

Cil respundi mult cruelment :

« N'en parler ja, gel te defent; 256

« Ke, s'en diseies plus ne mains,

« Ge t'ocirreie de mes mains. *

Por le grant feu qui fu entor

Dejeta li pluns de la tor, 260

Si que sor le vis li chaï,

Dunt leidement li meschaï,

K'un de ses elz i out perdu

Dunt molt se tint a esperdu, 264

Mais, merci Dieu, n'i murust pas.

E li real en es le pas

Por mort e por ars le quiderent; (d)

A Vincestre s'en retumerent, 268

Mais n'i fu ne mors ne esteinz.

Quant li feus fu aukes estreinz,

Al mielz ku'il poust s'en issi fors,

Mais moût fu empereiz del cors. 272

En aler a pié mistrent peine,

Chascun[s] a son poeir s'en peine ;

Tote la nuit lor veie tindrent

De si k'a Merleberge vindrent ; 276

E quant cil del chastel les virent

Grant joie e grant enor lor firent.

Mais tant vos di certenement

Que puis asembla si grant gent 280

Dunt fist al rei & as reials

Granz peines e ennuiz e mais.

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