‹ L'histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'AngleterreChapitre 23 sur 25 · De inst. princ. III, xm ; Bouquet, XVIII, 150 d · texte numérisé non relu

De inst. princ. III, xm ; Bouquet, XVIII, 150 d

$. Il était considéré comme déloyal de frapper un chevalier qui n'avait pas ses armes défensives ; voir une scène analogue contée dans YHist. des ducs de Normandie p. p. Fr. Michel (Soc. de l'Hist. de Fr.), p. 164.

(vv. 8833-6), et le Maréchal avait répondu : « Non ! je ne vous tuerai « pas, que le diable vous tue ! » et il s'était contenté de le mettre à pied en lui tuant son cheval 1 . Or présentement c'était Richard qui était roi. Il arrivait à Fontevrault, ayant appris la mort de son père. « Mais, » dit le poète, toujours habile à insinuer ce qu'il ne veut pas dire, « je n'ai pas « enquis ni su s'il en fut affligé ou content » (vv. 9249-50). Cependant les barons qui avaient été fidèles à Henri, qui par conséquent avaient combattu contre Richard, se tenaient à l'entour de la bière. « Ce comte 2 , » disaient les uns, « nous voudra mal, parce que nous nous sommes tenus « avec son père. — Qu'il fasse comme il voudra! » disaient les autres; « ce n'est pas à cause de lui que Dieu nous abandonnera ! Il n'est pas le « maitre du monde, et s'il nous faut changer de seigneur, Dieu nous « guidera. Mais c'est pour le Maréchal que nous sommes inquiets, car il « lui a tué son cheval. Toutefois le Maréchal peut bien savoir que tout <( ce que nous possédons, chevaux, armes, deniers, est à son service. — Seigneurs, » répond le Maréchal, « il est vrai que je lui ai tué son « cheval, mais je ne m'en repens pas. Grand merci de vos offres, mais « j'aurais peine à accepter ce que je ne saurais rendre. Dieu m'a accordé « tant de bienfaits depuis que je suis chevalier, qu'il m'en accordera « encore, j'en ai la confiance. »

Et tandis qu'ils parlaient ainsi, ils virent venir le comte de Poitiers, « et je vous dis — c'est le poète qui parle — qu'en sa démarche il n'y a avait apparence de joie ni d'affliction, et personne ne nous saurait dire « s'il y eut en lui joie ou tristesse, déconfort, courroux ou liesse. » Il s'arrêta devant le corps et demeura un temps silencieux, puis il appela le Maréchal et Maurice de Craon. La conversation qui eut lieu entre Richard et le Maréchal a dû être contée plus d'une fois parce dernier à ses amis, notamment à Jean d'Erlée, de qui le poète l'a probablement recueillie. Elle est à l'honneur de l'un et de l'autre. Guillaume s'y montre loyal et ferme : il a tué le cheval, il aurait pu tuer Richard s'il l'avait voulu. Richard de son côté oublie le passé : fidèle à sa politique, bien connue d'ailleurs, qui consistait à se rattacher lés amis de son père, il confie au Maréchal une mission importante, et peu après lui donne en mariage la comtesse de Striguil *.

Pour apprécier la valeur historique de ce morceau, il faut le comparer à ce que les historiens nous rapportent des funérailles de Henri II et de

1. Giraut de Barri a eu une connaissance imparfaite de cet événement, c Cessante vero demum persequentium instantia per comitis Pictavensis casum, c equo ejusdem militari Iancea perfosso... » (III, xxv; Bouquet XVIII, 152 a.)

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