Ms. ce que je li di
on voit qu'il a eu des renseignements de sources variées et les a combinés avec ceux qu'il devait à Jean d'Erlée. Et d'abord il avait été témoin oculaire de plusieurs des événements qu'il raconte. Il commence ainsi le récit d'un tournoi qui eut lieu entre Anet et Sorel l :
3885 Mais nostre estorie me remembre Ce que ge vi et bien me menbre.
Il assistait donc à ce tournoi. Il dut assister à plusieurs autres, notamment à un tournoi qui eut lieu entre Ressons 2 et Gournai *, où il vit tant de chevaliers qu'il ne peut se rappeler leurs noms :
S[i] i vindrent de mainte tere Por pris e por enor conquere Maint duc, maint conte, maint hait home, 5980 Mais de lor [nons] ne sei la some, Quer tant en i vi que nomer Nés sav[r]eie ne asomer.
Ces tournois eurent lieu avant la mort du jeune roi, c'est-à-dire avant le 1 1 juin 1 183. Il connaissait au moins de vue le Maréchal, car dans le portrait qu'il trace de sa personne, il dit qu'il avait des membres superbes, et ajoute : Quer bien les vi et bien m'en menbre*. Il est infiniment probable qu'il a dû en mainte autre circonstance faire profiter son poème de ses propres observations. D'autre part il a eu certainement des renseignements distincts de ceux qu'a pu lui fournir Jean d'Erlée. Dans les descriptions de tournois qui occupent un bon quart du poème, il insère de longues listes de chevaliers qui ne peuvent en aucune façon avoir été rédigées de mémoire. Ces listes sont méthodiques : les chevaliers y sent groupés par nations. Il* n'y a pas de doute qu'il a dû avoir sous les yeux des listes plus ou moins officielles ; en voici la preuve : dans le récit d'un tournoi qui eut lieu à Lagny-sur-Marne, il s'excuse de nommer le dernier parmi les chevaliers français un personnage aussi considérable que le comte de Soissons, Mais, dit-il, por ce Pai escrit destitre | Que si le trovei en P escrit, 4538-9. J'ai peine à croire que ces listes lui aient été communiquées par Jean d'Erlée qui n'assistait pas à ces tournois, qui n'était même pas encore attaché à la personne du Maréchal lorsqu'ils eurent lieu. Je crois bien plutôt qu'il se les sera procurées au temps même des tournois. L'idée que ces listes seraient de pure invention ne se présentera même pas à l'esprit de quiconque aura lu le poème. Notre auteur est très prudent : il ne dit pas tout ce qu'il sait —