L'HISTOIRE DE L'A HT
année, parmi les sujets des leçons dont se compose la partie orale de l'examen, il y en a qui portent sur ces mêmes matières. Voici ceux que nous relevons sur une liste qui nous a passé sous les yeux. Les monuments de ï Effypte pharaonique (1892). La Grèce primitive d'après les plus récentes découvertes. La civilisation étrusque. Les grands monuments de Rome sous r empire (iSgS). La civilisation et l'art de la Perse ancienne. Les monuments de U Acropole d' Athènes (1894)- L Acropole d Athènes ail temps de Périclès. Le théâtre d'Athènes au temps de Périclès (quoique surtout littéraire, cette question semble impliquer tout au moins quelques notions précises au sujet de la discussion récemment soulevée par la théorie du savant architecte Doerpfeld, par les idées qu'il a exposées sur les dispositions que présentait, au cinquième et au quatrième siècle le théâtre g"rec) (i). Les Catacombes (c'était
pas toute l'bistoJre, Il était difficile et peut-être imprévue. La composition a été pourtant satisfaisante. Il est probable qu'elle aurait été mauvaise il y a quelques années. »
(i) W. Doerpfeld etE. Reisch, Das Grieckische Theater, in-4, Athènes, Barth, 1896(12 planches et gg figures dans le texte). J'ai rendu compte de cet ouvrage et j'en ai, à quelques réserves près, adopté les conclusions dans cinq articles du Journal des savants, i8g8, p. i33, 187, 402, 609, 58i.
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demander aux candidats d'indiquer les croyances et les sentiments que traduisent, aussi bien que les inscriptions tracées sur les tombes, les formes et les symboles empruntés à l'art païen de la décadence par Tart chrétien naissant ou créés par cet art). Description de la ville de Rome à la mort d'Auguste. Les ducs de Bourgogne de la maison de Valois ; leurs domaines j leur cour^ leur influence littéraire et artistique (comment répondre à la question ainsi posée, si l'on ne connaît pas, pour les avoir vues en place ou tout au moins dans les images qui en sont partout répandues, les œuvres de notre grande école bourguignonne du quatorzième siècle, de cette école de sculpture qui est aujourd'hui représentée au Louvre, mais qu^il faut surtout avoir étudiée à Dijon et dans l'église de Brou, à Bourg?) L'architecture, la sculpture et la peinture, sous Napoléon premier ( 1 899).
Nous aurions mauvaise grâce à chercher querelle au jury ; car la pensée à laquelle il a obéi est aussi la nôtre ; nous devons pourtant faire observer que de 1898 à 1899 on n'avait plus vu reparaître de questions du genre de
celles que nous avons citées. Ces questions gardent donc un caractère exceptionnel et accidentel. Les candidats sont certains d'avoir à prouver qu'ils savent à fond l'histoire politique, militaire et diplomatique des états anciens et modernes ; mais ils peuvent toujours espérer ne point être interrogés sur l'art. Sollicités comme ils le sont par tant de connaissances à acquérir, ils aimeront mieux courir la chance d'une épreuv^e insuffisante que des'eng-ag-er dans une étude à laquelle rien jusqu'alors ne les avait acheminés et préparés.
Sous le régime actuel, l'histoire de Tart ne joue donc qu'un rôle très secondaire dans le concours qui est le régulateur des études historiques ; ce n'est pas ainsi, par la seule menace d'un accident d'examen, que l'on persuadera aux futurs professeurs d'histoire qu'ils doivent faire entrer en ligne de compte les créations de l'art pour définir et apprécier l'œuvre des grands peuples et des grands siècles du passé. Si l'on est enfin convaincu de cette vérité, si l'on veut la faire pénétrer dans tous les esprits, il faut se résoudre à prendre des mesures dont l'effet soit plus général et plus assuré. Il con-
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viendrait d'abord d'introduire une épreuve qui portât sur l'histoire de Tart dans tous les examens, licence, diplôme d'études supérieures^ ag^régation, qui donnent accès aux chaires d'histoire. Il importerait que, devant les facultés comme devant le jury d'Etat, cette épreuve eût son juge propre, qui^ par son autorité, en maintint l'importance et en assurât la sincérité. Telle serait la première réforme à opérer; mais encore faudrait-il qu'elle fût complétée par tout un ensemble de dispositions accessoires. A ces maîtres desquels on aurait exigé ce surcroît d'efforts, on devrait témoigner par tous les moyens possibles l'intérêt que l'on porte à l'entreprise dont le succès dépend surtout de leur science et de leur zèle ; il faudrait se hâter de leur fournir l'outillage faute duquel ils se sentiraient condamnés à un vain bavardage dont eux-mêmes seraient bientôt las. Quant à ceux des maîtres qui s'appliqueraient avec le plus d'entrain et de goût à leur tâche nouvelle, il siérait de les encourager, ne fût-ce qu'en leur attribuant, à titre de récompense, un supplément de photographies et de moulages. Quand s'ouvrirait cette campagne, ce serait
donc les professeurs d'histoire qui formeraient le gros de Tarmée; mais, à ce corps permanent et rég-ulier, on adjoindrait avec profit des troupes auxiliaires ; on enrôlerait les volontaires qui se présenteraient avec de brillants états de services, qui se recommanderaient non par un examen subi, mais par des ouvrag-es publiés et souvent par toute une vie consacrée à l'étude de l'art. Sans doute on peut être un fin connaisseur et n'avoir pas le don d'enseig-ner. Ce serait aux chefs d'établissement à découvrir et à essayer ces collaborateurs occasionnels, à n'engager que ceux qui, de manière ou d'autre^ auraient prouvé qu'ils sont aptes à transmettre ce qu'ils savent, à le communiquer par la parole
Ce que je souhaiterais par dessus tout, c'est qu'il fût bien entendu que cet enseignement comporterait, avec une extrême variété, une très grande liberté. Il ne serait pas partout confié à la même catégorie de maîtres. Là où, comme dans tel lycée de Paris, le professeur de rhétorique se trouverait être l'auteur de l'un des plus beaux livres que l'on ait jamais écrits sur l'histoire de l'art chrétien, c'est lui
qui devrait être désig-né pour apprendre aux jeunes gens à épeler la langue de l'art (i). Ailleurs on pourrait faire appel à quelque ancien membre des écoles d'Athènes ou de Rome. Les Athéniens, comme on les appelle, ont eu sous les yeux en Grèce, pendant deux ou trois ans, les plus purs chefs-d'œuvre de l'art g-rec ; le séjour préliminaire de plusieurs mois qu'ils font tous en Italie, avant de s'embarquer pour Athènes, et les quelques semaines qu'ils passent à Rome, comme hôtes des architectes, des peintres et des sculpteurs de l'Académie de France, avaient d'ailleurs commencé d'éveiller chez eux le sens de la forme et leur avaient révélé, après l'art romain, celui du mojen-âge et celui de la Renaissance, les maîtres toscans, ombriens et vénitiens. Quant aux pensionnaires du Palais Farnèse, s'il s'est
(i) Emile Mâle, L'art religieux du, XIII' siècle en France, étude sur V iconographie du moyen-àge et sur ses sources d'inspiration, in-S**, 1898, Ernest Leroux. Ce livre a paru d'abord sous la forme d'une thèse présentée à la faculté des lettres de Paris, qui lui a fait le meilleur accueil. L'auteur en prépare une seconde édition, dont le succès sera plus vif encore et qui rendra plus de services si l'éditeur se décide à la pourvoir d'une illustration plus riche et plus variée, qui donne une plus juste idée des monuments sur lesquels portent les observations et les réflexions de l'auteur.
rencontré parmi eux, assure-t-on, tel palégraphe ou philologue, passionné pour sa recherche spéciale, qui, pendant toute une année, a fréquenté la bibliothèque du Vatican sans jamais trouver le temps de passer par les Chambres de Raphaël ou par la Cour du Belvédère, c^à été là une très rare exception. De beaucoup le plus grand nombre de ces jeunes gens, vivant au milieu de merveilles qui, de toutes parts, sollicitaient leur attention, se sont vivement intéressés aux choses de Tart, et plusieurs d'entre eux n'ont pas hésité à s'y donner tout entiers ; ils en ont fait, et après leur retour en France, ils continuent d'en faire leur étude favorite ; il nous suffira de citer les noms de MM. Muntz, Durrieu, Enlart, Courbaud, Romain Rolland, Join-Lambert et Bertaux (i). Que d'utiles auxiliaires on pourra
(i) Pour donner une idée des fruits qu'ont portés et du succès qu'ont obtenu, auprès des juges compétents, les recherches entreprises par les pensionnaires sur ce terrain de l'histoire de l'art, il suffira de rappeler qu'une société étrangère, la Societa Napoletana di storia patria, s'est chargée de publier à ses frais, en grand format et avec de belles planches, un travail dû à l'initiative et'aux recherches de M. Bertaux. Ecrit en italien par celui-ci, l'ouvrage a paru cette année, sous ce titre ; Santa Maria di donna Résina e Varie Senese a Napoli,nel secolo XIV, in-4'', lo planches hors texte. Naples, 1899.
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trouver, si l'on sait les chercher, parmi ceux qui, vers leur viiig-tième année, auront eu le bénéfice de cette sorte d'initiation ! A Tappel qui leur sera adressé, ils répondront avec empressement, qu'ils appartiennent à l'enseig-nement public, qu'ils soient attachés à des musées ou qu'ils aient g-ardé toute l'indépendance de leur travail. Ils se plairont à réveiller leurs souvenirs de jeunesse et, dans leur parole, on sentira souvent vibrer l'écho des impressions qu'ils ont éprouvées jadis quand, après dix ans passés à peiner sur les livres, ils sont partis, libres et joyeux, pour les terres sacrées, quand, pour la première fois, ils se sont arrêtés, à Florence, sur la Place de la Seigneurie ou que, voyant grandir devant eux, à chaque pas, les cinq portes des Propylées, ils ont gravi le grand escalier de l'Acropole, cette scala santa des pèlerins de l'art.
Ailleurs encore on pourra, quoique plus rarement peut-être, solliciter le concours d'un de ces artistes (il yen a) qui sont instruits, qui ont comparé et réfléchi, qui savent juger leur œuvre propre et surtout celle de leurs émules et de leurs prédécesseurs. Ceux qui possèdent
ces qualités ne sont pas toujours les créateurs les plus originaux et les plus féconds, quoique dans les sonnets de Michel-Ang-e on relève plus d'un trait qui atteste la profondeur de sa pensée. L'esprit qui se tourne vers la critique risque, le plus souvent, d'y perdre quelque chose de sa spontanéité primesantière et §"éniale ; mais, d'autre part, le critique qui a débuté par la pratique de Tun des arts du dessin porte dans ses observations et ses appréciations une connaissance exacte des procédés techniques qui lui permet de sortir du vag-ue des théories esthétiques et des épithètes louang'euses, de trouver, par exemple^ l'explication du caractère de tel ou tel art dans la nature des matériaux dont il disposait ou des méthodes d'exécution que telle ou telle circonstance l'avait conduit à adopter. Quel professeur incomparable eût fait un Fromentin ! Avec quelle bonne grâee, avec quelle sûreté dejug-ement, tout à la fois ferme et enjouée, un Jules Breton a, tout récemment, exposé l'histoire de la peinture française au dix-neuvième siècle (i) ! Nous n'espérons pasprocurer à
(i) Jules Breton, Nos peintres du siècle, in-8°, 189g, Société d'éditions artistiques.
nos lycéens des maîtres de cette compétence et de cette autorité ; mais, dans plus d'une ville, «i le personnel du lycée ou du collèg-e ne paraissait pas offrir, pour le moment, les ressources nécessaires, serait-il impossible de trouver quelque peintre ou quelque architecte intellig"ent et cultivé qui ne refuserait pas de s'essayer, au moins pour un temps, à un rôle qui aurait pour lui le charme de la nouveauté? Sans doute, il ne saurait pas^ d'emblée, tout ce qui fig-ure au programme; mais, dans celui-ci, il commencerait par choisir les thèmes qui se rapporteraient aux œuvres et aux styles qui, jusqu'alors, l'auraient le plus intéressé. Pour le reste, aidé de ses connaissances spéciales, il se mettrait vite au courant, et, pour peu qu'il eût l'esprit net, il définirait mieux que personne les conditions dans lesquelles évoluent, fleurissent et s'abaissent ces arts de la forme qui auraient fait l'occupation de toute sa vie.
Il ne serait donc pas nécessaire, à mon avis, que le maître se crût obligé de prêter partout, dans tous les lycées et collèges de la République, le même développement à toutes les
parties du programme ; je souhaiterais même — peut-être est-ce beaucoup demander à notre passion pour l'uniformité — que ce maître reçut plutôt le conseil d'adapter son enseignement à la région où il aurait à le donner. Il me paraîtrait tout naturel que, dans nos villes du midi, à Nîmes par exemple, on insistât de préférence sur Tart antique, dont les monuments se dressent là, encore presque intacts, sous les yeux des élèves, tandis qu'à Chartres, à Amiens et à Reims, on s'attacherait surtout à expliquer la cathédrale, à en faire sentir la beauté, à traduire les pensées qu^y ont exprimées les formes créées à cette fin par l'architecte, le sculpteur et le peintre. J'irais même plus loin : je n'exigerais pas que le cours eût partout la même durée. Certaines heures lui seraient réservées dans les deux plus hautes classes du lycée, en rhétorique et en philosophie ; mais le professeur ne serait pas astreint à faire, sous peine de réprimande, emploi de ces heures. Il en userait à son gré, suivant ce qu'il aurait à dire d'utile et de neuf. Vingt leçons de tel maître hors ligne vaudront mieux, pour ouvrir l'esprit au sens de l'art, que qua-
raille ou cinquante du pauvre hère qui se bornerait à répéter des phrases empruntées à un livre de seconde main.
Sous peine d'avorter et de n'être jamais qu'un trompe-l'œil, cet enseignement devrait donc naître très souple et très divers, toujours prêt à s'assurer, sans formalisme pédantesque, tous les concours dont il pourrait attendre quelque effet utile et à se plier, sans raideur, aux conditions variables des milieux où il se développerait. La question est de savoir dans quelle mesure nos règ^lements et les habitudes prises se prêteraient au jeu de ces arrangements multiples et de cette perpétuelle improvisation. Pour que notre rêve se réalisât, il faudrait que les chefs de nos lycées fussent moins asservis qu'ils ne le sont aujourd'hui au pouvoir central, qu'ils eussent part au choix de leur personnel, qu'ils fussent plus libres de modifier, suivant les circonstances, le régime intérieur de la maison et l'ordre des études qui s'y font. Tant que les choses resteront en l'état, les meilleurs maîtres du corps enseignant continueront, sauf de rares exceptions, à décliner l'honneur de fonctions qui ne
confèrent qu'une autorité presque nominale, et ceux qui les occupent ne se sentiront pasles coudées assez franches pour prendre, même s'ils y étaient conviés, les initiatives nécessaires.
Il y a donc, de ce côté, des embarras à prévoir. Toutes ces entraves administratives seront certainement une g"êne pour les chefs qui seraient les plus disposés à s'ingénier en vue de faire réussir un enseignement où tout serait à créer en même temps, le personnel et le matériel. Le personnel, on le trouvera, pourvu que Ton porte dans cette recherche quelque largeur d'esprit et quelque suite. Il existe, dans les rangs du corps enseignant et en dehors de lui, comme à l'état latent; le tout est de le dégager, de le rassembler et de le mettre en action. Quant au matériel, malgré les quelques essais qui ont été tentés avec des ressources insuffisantes, autant dire qu'il est à former de toutes pièces, le peu que l'on en possède, dans un petit nombre de maisons, ne méritant pas qu'on le fasse entrer en ligne de compte. Il semble donc qu il y ait là une grosse difficulté ; mais ce n'est qu'une
de ces difficultés d'argent que suffit à résoudre le vote d'un crédit. Avec quelques centaines de mille francs, on pourrait constituer partout un premier fonds, qui contiendrait ce qui est vraiment indispensable ; ensuite, une faible dotation annuelle, attribuée à chaque établissement, permettrait de tenir la collection au courant, de Taccroître par degrés. Quant aux frais d'entretien, avec quelques soins, ils seraient à peu près nuls, et ces soins seraient d'autant plus attentifs que le maître aurait disposé avec plus d'indépendance de l'allocation afférente au cours dont il serait chargé Les documents que comprendrait son portefeuille, il y tiendrait surtout s'il les avait luimême choisis et qu'il avait ainsi composé des séries qui répondissent à ses études favorites. Supposons au contraire une même suite de pièces envoyée de Paris à tous les lycées de France, d'après une liste dressée par les érudits les plus compétents ; il y manquera toujours quelque monument auquel tel ou tel maître aurait attaché une importance particulière, tandis qu'elle en renfermera tel autre qui sera mal connu de lui et dont il ne saura
que dire. Là comme ailleurs, laissez faire la liberté ; s^il y a des lacunes dans les collections qu'elle aura ainsi ordonnées, elles se combleront, avec le temps, par le seul effet des chang-ements de maîtres.
Notre pensée n'est pourtant pas que l'Etat doive se désintéresser de Temploi des crédits qu'il aura affectés à cet usag-e ; mais il ne devra intervenir que de façon très discrète. Son rôle sera de fournir à qui les réclamera des indications qu'il n'est pas toujours aisé de se procurer dans une petite ville de province ; ce sera aussi d'encourager les éditeurs, éditeurs de livres et éditeurs d'estampes, de les provoquer à prendre leurs dispositions pour répondre aux besoins et aux demandes des maîtres.
Les livres manquent, aussi bien les histoires proprement dites, celles qui entrent dans le détail et qui aspirent à être complètes, qu'un de ces manuels à la manière allemande, dont le modèle a été donné, pour l'antiquité tout au moins, par OttfriedMueller, dans son Handbuch der Archéologie der Kiinst qui n'a guère d'autre défaut que d'être maintenant vieux
d'un demi-siècle et plus, c'est-à-dire d'ig-norer toutes les fouilles et toutes les découvertes qui, au cours de ces cinquante dernières années^ ont si prodig"ieusement étendu, dans toutes les directions, le champ de nos connaissances.
En France, il n'y a rien qui ressemble à cette Histoire des arts plastiques dont GarlSchnaase a dressé le plan et à laquelle il a donné son nom (i). Personne ne s'y est risqué à tenter de couvrir un aussi vaste espace ; on y a mieux apprécié la difficulté de la tâche, dût celle-ci être partagée entre plusieurs associés. Les historiens mêmes qui ont eu les plus hautes ambitions se sont contentés d'explorer et de défricher une partie du champ, et encore, malg-ré l'effort qu'ils se sont imposé, n'ontils pu, jusqu'à présent, atteindre le terme qu'ils s'étaient fixé. L'histoire de l art dans V antiquité^ que j'ai entreprise avec M Charles
(i) Cari Schnase, Geschichte der bildenden Kanst, 2<= édition, corrigée et augmentée, avee des gravures sur bois dans le texte, 8 vol. in-8, 1865-1870. Sur ces huit volumes, il y en a deux qui sont consacrés à l'antiquité. De l'aveu général, ce ne sont pas les meilleurs. Ils ont été rédigés, dans cette seconde édition, par Cari von Lutzow pour l'Orient, par Cari Fréderichs pour la Grèce.
82 L'HISTOIKE DE L'ART
Chipiez, est et demeurera probablement inachevée (i). Après dix-huit ans d'un travail ininterrompu, s'il nous a été donné d'embrasser,dans tout son développement, l'art des vieilles civilisations orientales, nous ne sommes arrivés, pour la Grèce, qu'au seuil du grand siècle où son art atteint la perfection, et, à mesure que nous faisons un pas sur cette route, il nous semble, tant abondent et se pressent les monuments qu'il nousfautétudier et décrire, que le but recule devant nous, pendant que diminue le nombre des années sur lesquelles nous avons quelque droit de compter pour terminer notre œuvre (2). M. Eugène
(i) G. Perrot et Ch. Chipiez, Histoire de l'art dans l'antiquitè. Paris, Hachette, 7 volumes grand in-8.
(2) T. \. L'Egypte. 1884, i4 planches hors texte et 616 figures dans le texte.
T. II. Chaldèe et Assyrie. i884, i5 planches et 45^ figures.
T. III. Phénicie- Cypre. i885, 10 planches et 644 figures.
T. IV. Judée. Sardaigne. Syrie. Cappadoce. 1887, 8 planches.
T. V. Perse. Phrygie. Lydie et Carie. Lycie. 1890, 12 planches et 537 figures.
T. VI. La Grèce primitive. Lart mycénien. 1894,21 planches et 553 figures.
T. VII. La Grèce de l'épopée. La Grèce archaïque (le temple). 1898, 10 planches et 2g3 figures.
La rédaction du huitième volume, avec lequel s'achèvra l'histoire de i'art grec archaïque, est fort avancée ; nous espérons le faire paraître en igoi au plus tard.
Muntz, lui aussi après un longtemps de préparation, s'est proposé d'écrire V Histoire de fart pendant la Renaissance. Il a déjà rempli plus de la moitié du programme qu'il s'était tracé, et cependant il n'est pas encore sorti de l'Italie ; il n'apas encore abordé ni l'Allemagne, ni la France et les Flandres (i). Ces deux ouvrages fussent-ils complets, l'histoire de l'art antique eût-elle été menée jusqu'à l'invasion des barbares et l'historien de la Renaissance eût-il achevé de parcourir toutes les contrées où se fait sentir, au quinzième et au seizième siècle, le souffle de l'esprit nouveau, il n'en subsisterait pas moins, entre ces deux périodes, une ample et profonde lacune. Pour l'art chrétien primitif, pour l'art byzantin, pour notre grand art de l'occident, l'art roman et l'art gothique, on n'aurait toujours que des études partielles, ou trop abrégées ou trop techni-
(i) E. Muntz. Histoire de l'art pendant la Renaissance, 5 vol. iii-8, Jésus. Paris, Hachette. En vente : T. I. Italie, Les primitifs, contenant 5o6 gravures, i6 chromotypographies, i6 planches en couleur et une carte. T. II. Italie, Vâge d'or. Contenant 5oo gravures, i6 chromotypographies et i photographie. T. m. Italie. La fin delà Renaissance. Contenant 5oo gravures et 82 planches hors texte en photographie polychrome.
ques, qui ne donneraient point une vue d'ensemble, qui n'aideraient pas à saisir le lien par lequel ces styles se rattachent à leurs devanciers ou se ménagent des successeurs. Enfin, le mouvement que Ton désig-ne sous le nom de Renaissance ne s'est point arrêté à heure fixe, au moment précis où celui qui s'en est fait l'historien suspend son récit ; il s'est prolongé, jusqu'à nos jours, sous d'autres formes, sans jamais s'épuiser ; il a donné naissance à ce que l'on peut appeler Tart moderne, à l'art des trois derniers siècles qui, chez chacun des g-rands peuples de l'Europe, a pris un caractère particulier et produit des œuvres marquées au coin du génie national ; mais cet art si fécond et si riche, si intéressant par la diversité de ses tendances, par l'inquiétude de ses ambitions et par la hardiesse de ses tentatives quelquefois mal dirigées mais presque toujours sincères, où en trouver l'histoire, une histoire qui mette chaque école à sa place et lui fasse sa part de gloire, qui définisse l'originalité de chaque artiste du premier rang et de chaque groupe secondaire, tout en rendant raison des influences subies
et des actions transmises à travers des frontières qui n'interceptaient pas les relations et qui n'empêchaient pas les emprunts? Les matériaux abondent^ dans les recueils spéciaux que possède chaque pays et dans nombre de savantes monographies ; mais ce qui manque encore, c'est un récit d'une belle ordonnance, qui, sans se perdre dans les minuties de l'érudition, n'omette rien de ce qui a vraiment eu, comme invention personnelle, quelque importance et quelque effet durable, mais qui surtout sache répandre la lumière sur les fig-ures des maîtres souverains et conserver à leur physionomie tout son relief et tout son accent. Ce que nous pouvons espérer, c'est que cette double lacune sera bientôt comblée. Une œuvre se prépare qui, si elle est exécutée jusqu'au bout dans l'esprit où elle a été conçue, fera grand honneur à la science et à la critique française (i). Ce sera une œuvre collective;
(i) Voici quel sera le titre de l'ouvrage, en plusieurs volumes, auquel nous faisons allusion et dont l'impression va commencer à bref délai : Histoire générale de l'art depuis les temps chrétiens, publiée sous la direction de M. André Michel avec la collaboration de MM. E. Bertaux, Enlart, Leprieur, E. Mâle, G. Millet, Molinier, M. Prou, Pératé, Marcel Reymond, etc. Grand in-S», Paris, Colin.
86 L'HISTOIIŒ DE L'ART
comment un homme, quelles que fussent la rétendue de ses connaissances et sa puissance de travail, aurait-il pu avoir même la pensée de suivre, à lui seul, les arts du dessin, dans leurs transformations multiples et l'infinie variété de leurs créations, depuis la chute de Tempire romain jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle? Les collaborateurs sont donc déjàdési- §"nés, pour les premiers chapitres de cette histoire ; ils ont tous été choisis pour une compétence dont ils ont donné la preuve publique par leurs recherches et leurs études antérieures. Nous avons confiance dans le promoteur de 1 entreprise pour maintenir une juste proportion entre les différentes parties de cet ensemble complexe et pour réussir là où d'autres ont échoué, dans des conditions analogues ; tous les écrivains dont il a sollicité le concours n'auront peut-être pas le même talent; en tout cas, tous n'auront pas le même style ; mais il devra tout au moins, par une surveillance constante, par une discrète et ferme intervention, leur imposer l'unité d'esprit et de méthode. M. André Michel a toute l'activité, il a toute l'autorité nécessaire. C'est à la fois
un savant épris de la plus rig-oureuse exactitude et un connaisseur d'un goût très fin, un amateur passionné du beau.
Des années s'écouleront d'ailleurs avant que, des Catacombes de Rome, qui seront le point de départ du long- chemin où il s'eng-ag-e, Thistorien arrive à ce palais des Champs Elysées où il dressera le bilan du siècle qui s'achève en visitant les salles dans lesquelles vont se trouver réunis, en 1900, à Paris, les ouvrages des artistes les plus éminents de toute l'Europe. Ce serait, en attendant, pour nos maîtres, un précieux avantage que d'avoir eutre les mains un résumé substantiel qui pût^ à travers cette forêt de Fart, leur servir de g'uide et de mémento. Il abienétéfaitquelquestentativespour leur assurer ce secours : mais aucun des livres élémentaires qui ont été composés à cette fin n'est vraiment de nature à décourag-er les auteurs et les éditeurs qui voudraient entreprendre de donner aux besoins de Tenseig-nement une plaine satisfaction. Le seul d'entre eux qui ait été écrit par un homme familier avec les choses de l'art est tellement sommaire, en raison de l'étroitesse du cadre où l'auteur a dû s'enfer-
mer, que Ton j chercherait en vain beaucoup des renseig-nements que Ton a coutume de demander à un manuel (i). Tel autre, plus développé, paraît avoir été plutôt compilé dans les bibliothèques que conçu sous l'impression directe des monuments (2). Pour la richesse de l'information et pour l'abondance de l'illustration, nous n'avons encore rien qui soit l'équivalent des manuels de Kug-ler, de Lùbke, et de Ludwig-von Sybel (3).
(i) Bayet, Pi'écis de l'histoire de l'art, in-8*, 1886, 35o pages et 112 figures {Bibliothèque de renseignement des Beaux-arts). Dans la réimpression de l'ouvrage qui porte ce litre : Enseignement moderne {classe de première-Lettres), Précis élémentaire de Vhistoire de l'art, il a été ajouté un chapitre sur la musique, dû à Henri Lavoix.
(2) R.Peyre, 'Histoire générale des Beaux arts, avec 3oo illustrations. in-8'>, 800 pages. 3* édition, Delagrave, 1899. Plus nombreuses, les figures sont ici moins bonnes et, en tout cas, moins bien tirées que dans le précis de Bayet.
(3) Franz Kugler, Handbuch der Kunstgeschichte. La 4^éditiojî. revue et corrigée par Wilhelm Lùbke, est de 1861 et forme 2 volumes in-8. Lùbke, tout en s'occupant de mettre au courant l'ouvrage de Kugler, qui datait de i84i, a voulu fournir aux étudiants et aux artistes un livre plus élémentaire ; il a donné, en 1860, un volume in-8 de 720 pages, intitulé Grundriss der Kunstgeschichte ; l'antiquité n'y prend guère plus du quart de la place. C'est au contraire à l'antiquité seule qu'est consacré un ouvrage plus récent, que mettent fort au-dessus des précédents la précision d'une science très bien informée et le soin avec lequel les figures ont été exécutées ; nous voulons parler de celui de Ludwig
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Sauf le précis de Lûbke, ces ouvrages ne sont accessibles qu'aux personnes qui lisent Tallemand. Conviendrait-il d'en patronner et d'en procurer une traduction française ? C'est ce que l'on peut se demander, non sans quelque hésitation. Il est commode, sansdoute, quelle que soit l'étude que l'on poursuit, d'avoir à portée de la main un de ces livres où l'on est sûr de trouver la date et le nom que l'on cherche, le catalogue des principales œuvres d'un artiste, les renvois aux monographies qui permettront d'approfondir telle ou telle question ; mais, d'autre part, dans le mérite même du livre et dans la confiance qu'on lui voue, il y aune tentation et un danger, la tentation d'y prendre des jugements tout faits, le danger de s'habituer à le consulter plutôt que les monuments. Pour aller voir un musée, une ruine, une église, il faut se déplacer, tandis que pour tourner les feuillets d'un volume, il suffit de lever le doigt. Or, s'il est un enseignement qui ne puisse s'accommoder des redites banales et des récitations automa-
loii Sybel, la Weltgeschichte der Kunst bis zur Erbauung der Sophienkirche, 8", 1888, 479 pages, une planche en couveur et 38o figures dans le texte.
tiques^ de ce que l'on appelle le psittacisme^ c'est bien celui de Thistoire de Tari. La plu5 profonde érudition, si elle est purement livresque, n'y vaudra jamais Texpérience qui aura été acquise en vivant dans le commerce et comme dans l'intimité des monuments, cette expérience toute personnelle qui donnera seule au lang-ag-e du maître l'exacte propriété des termes et l'accent d'une émotion sincère et communicative.
L'historien le plus curieux de s'instruire n'aura d'ailleurs jamais étudié sur l'orig-inal qu'un nombre de monuments plus ou moins restreint, et, tout ambitieuxque nous puissions paraître, nous n'avons jamais son^é à proposer que l'on annexe à chaque lycée une galerie qui contiendrait des antiques ou des œuvres de sculpteurs et de peintres modernes. Tout ce que nous demandons, c'est que l'on mette le maître en demeure et en état de présenter aux élèves les imag"es de ces orig"inaux dont il les entretient. Ces images, on peut aujourd'hui, grâce à la photographie, les avoir fidèles, et celasans grands frais ; il en coûtait bien davantage, autrefois, pour se munir de dessins ou
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de gravures qui, presque toujours n^étaient que d'une médiocre exactitude. Il y a diverses manières d'utiliser la photographie. La plus simple, c'est de réunir des épreuves que l'on classe dans un carton et que l'on en tire pour les montrer aux auditeurs du cours ; mais, pour peu que ceux-ci soient nombreux, ils voient mal l'image piquée sur le tableau et, si l'on veut la faire passer de main en main, c'est du temps perdu, c'est le risque couru par toutes ces feuilles ainsi exposées au contact de bien des doigts d'écolier.
Il sera toujours avantageux, il sera même indispensable au maître d'avoir ainsi, dans son cabinet, une collection de cette sorte, dont les éléments lui révèlent ou lui remémorent le caractère des formes et l'esprit des styles qu'il devra définir dans ses leçons ; mais il y a une autre façon, plus pratique et plus effective, de mettre à profit le concours de la photographie. Ce moyen, c'est l'emploi de l'instrument qui est connu sous le nom vulgaire de lanterne magique. Cette lanterne n'était jadis qu'un jouet pour amuser les enfants; mais, pour y tirer parti des clichés photographiques, on Ta
beaucoup perfectionnée, et elle est devenue ainsi, dans ces dernières années, un des plus puissants auxiliaires de la parole mag"istrale. Agrandie autant qu'il le faut pour que tous les traits en soient visibles, Timag-e est proj etée en pleine lumière, au milieu des ténèbres qui remplissent la salle, sur la surface lisse de récran ; elle y est maintenue, sous les regards tournés vers elle, aussi longtemps que l'exigent les besoins de la démonstration, tandis que le professeur, du bout de sa baguette, appelle l'attention sur les détails qui lui paraissent la mériter. Peut-on imaginer un mode d'enseignement qui soit mieux fait pour frapper l'esprit en parlant aux yeux, qui ait chance de laisser dans la mémoire des impressions plus nettes et plus ineffaçables ?
Il n'est pas d'établissement où il ne soit aisé d'installer une salle qui se prête au jeu de cet appareih Le tout est de pouvoir y faire la nuit à volonté, soit, pendant la journée, en fermant un volet, soit, le soir, en baissant à la fois tous les becs de gaz. La chose est encore plus facile là où l'on possède l'éclairage électrique. Quant au prix de la lanterne et à celui des positifs de
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projection, tout montés, il est très modique, et un garçon de laboratoire apprendra, en quelques heures, à manier l'instrument (i). Ce qui manquerait peut-être maintenant, ce serait des suites de clichés où toutes les époques de l'art, où tous les grands styles nationaux fussent représentés par des monuments choisis avec goût et en nombre suffisant ; mais une fois que l'usage de ces séances serait devenu général et presque obligatoire dans l'enseignement de Tart. il se trouverait des éditeurs pour constituer ces séries, d'après des listes dressées pour chaque période par l'historien de l'art qui la connaît le mieux. S'ils s'y refusaient, on s'adresserait à l'Allemagne ; plusieurs maisons y sont déjà en mesure de livrer des suites de figures qui sont fort bien compo-
( I ) Voir des Instructions pratiques sur remploi des appareils de projection^ lanternes magiques, fantasmagories , polyoramas, appareils pour l^ enseignement et pour les aggrandissements fabriqués par Molteni, constructeur d'instruments, in-i8, 4* édition. Cet ingénieur, qui a contribué plus que personne à répandre l'usage de la lanterne à projections, tient aussi à la disposition de ceux qui voudraient s'en servir de riches suites de clichés, ainsi que les catalogues des maisons allemandes et anglaises avec lesquelles il est en relation. Ceux-ci comprennent par exemple tous les marbres de quelque importance du Musée britannique.
sées et qui comprennent tout ce qu'il y a de vraiment important.
C'est encore à FAllemag-ne qu'il faudrait aller demander, jusqu'à nouvel ordre, un secours d'un autre g"enre, celui de planches d'assez grande dimension, qui rendraient là le service dont s'acquittent, dans les cours de géographie, les cartes murales. On peut dire de la photographie ce que l'on a dit de l'esprit ; elle sert à tout, mais ne suffit à rien. De la peinture, elle supprime la couleur. Elle déforme la statue qui n^est pas toute entière dans le même plan, qui offre des parties très saillantes. Quant aux édifices, c'est toujours en perspective qu'elle les montre ; elle ne saurait donc en donner les dimensions vraies, la longueur, la largeur et la hauteur; elle ne les donne ni séparément, dans leur valeur numérique, ni collectivement dans leur relation de mutuelle dépendance. Si, dans un détail tel qu'un chapiteau ou une corniche, elle accuse très franchement l'originalité du motif et les qualités ou les défauts de la facture, si même elle excelle à rendre l'aspect général d'une façade, et ce que l'on peut en
appeler la physionomie, elle nous laisse dans rig-norance au sujet des rapports que soutiennent entre elles les différentes parties du bâtiment et qui déterminent le caractère de cet ensemble, qui en définissent l'expression. Pour percevoir ces rapports, c'est du plan qu'il faut partir, du plan auquel viennent se superposer les élévations et les coupes. On aura beau avoir sous les yeux une vue des ruines du Parthénon; sans un plan qui indique la place jadis occupée par les colonnes qui se sont abattues et par les murs qui ont été renversés, on n'aura qu'une bien vag-ue idée des dispositions d'un temple dorique périptère à trois nefs et à cella partagée en deux salles de grandeur inégale. La vue ne se comprendra que si l'on a commencé par regarder le plan, puis une coupe longitudinale ou transversale de rintérieur restauré. On en peut dire autant d'une église romane ou gothique. Par ces exemples^, on se rend compte de ce que devra être la collection de planches qu'il importera d'adjoindre au matériel d'un cours d'histoire de l'art. Nous voudrions y trouver, pour ce qui est de l'antiquité, les plans d'un temple
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ég"yptien, d'un palais assyrien et d'un palais perse, ceux de quelques-uns des grands temples de la Grèce, ceux d'un théâtre grec et d'un théâtre romain, d'un amphithéâtre tel que le Colysée, de thermes tels que ceux de Caracella, d'une maison de Pompei, etc., plans qui seraient accompagnés d'essais de restauration dessinés à g-rands traits. Le même mode de présentation serait adopté pour des ensembles, tels que Louqsor ou Karnak, la terrasse de Persépolis, l'Acropole d'Athènes, TAltis d'Olympie, l'enceinte sacrée de Delphes, le forum romain, les édifices du Palatin.
Lorsque, en I876, je fus appelé à l'honneur de fonder, dans la faculté des lettres de Paris, l'enseignement de l'archéologie classique, je trouvai, dans une collection éditée en Allemag-ne, quelques-unes des planches que je viens d'énumérer (i) ; celles qui m'auraient
(i) Cette collection reste encore la plus importante de toutes celles que divers éditeurs ont tenté de mettre à la disposition des maîtres, pour l'enseignement par les yeux. En voici le titre: Launitz (Ed. Von), Wandtafeln zur Veranschauiichung antiken Lebens und antiker Kunst, Th. Fischer, Kassel. Elle comprend actuellement Sa planches, qui se partagent entre deux formats. La plupart ont o m. 44 sur o m. 6i ; quelques-unes, de vraies cartes murales.
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manqué me furent fournies, sous forme de grands dessins au lavis, par un auditeur de mes premières leçons, M. Charles Chipiez, le savant architecte qui devait devenir plus tard mon collaborateur. Malgré le programme de 1891, il n'avait encore rien été publié, en ce genre, jusqu'à ces derniers jours, par un éditeur français, qui eût quelque valeur. La seule
ont I m. 5o de long sur o m. 75 de haut. Elles répondent bien à leur destination ; l'image est très visible à distance ; mais ce résultat n'a été obtenu qu'au prix d'une certaine lourdeur d'exécution qui se retrouve d^ns la plupart des produits de la librairie allemande. Elles ont un autre défaut, c'est leur prix élevé. Les 82 planches jusqu'ici publiées ne coûtent pas moins de 218 marcs, c'est-à-dire 272 francs, et elles ne se rapportent qu'à l'antiquité, c'est-à-dire au tiers tout au plus des matières que devrait embrasser un cours complet de l'histoire de l'art. Enfin, par la liste que nous donnons en appendice des sujets de ces planches (IV), on verra que l'éditeur qui en a réglé le choix et le nombre n'a pas suivi un plan très méthodique. Certaines de ces images paraissent vraiment destinées à illustrer une histoire de l'art, tandis que d'autres, comme celles des atlas de Fougères et Parmentier, semblent plutôt faites pour donner aux élèves quelque idée de ce qu'étaient, dans la vie publique et privée, les rites et les coutumes des Grecs et des Romains. Sans doute, c'est des œuvres d'art que reproduit, à cette fin, l'éditeur du recueil ; mais le point de vue où il se place diffère pourtant de celui où devrait se mettre celui qui entreprendrait de constituer l'atlas que réclame l'enseignement dont nous nous occupons ici. Une dernière remarque : l'art oriental n'est pas représenté, même par une seule planche, dans cette collection.
tentative dig^ne d'intérêt que nous puissions sig-naler est celle qui a été faite tout récemment pour offrir aux jeunes gens des ima§"es vraisemblables de ce qu'ont pu être, au temps de leur plus haute fortune, les cités historiques dont ils rencontrent sans cesse le nom dans leurs lectures et dans les leçons de leurs maîtres, Jérusalem et Garlhage, Athènes et Rome (i).
(i). Les villes antiques, panoramas en cartes murales, restaurations archéologiques (grandes planches phototypiques) par Paul Aucler. Ch. Delagrave, 189g
Athènes. Longueur 2'"io, hauteur o'"75. Carthage, i"3o, hauteur. o'"75. Jérusalem^ longueur 2»^ hauteur, o'"75. Rome^ longueur 2"io, hauteur, o™75.
Une restauration de la Carthage punique, dans l'état actuel de nos connaissances, ne peut guère être que de pure fantaisie. Nous ne possédons pas le moindre débris de ses édifices, dont nous ne connaissons même pas l'emplac^ement. M. Aucler aurait été mieux inspiré en entreprenant de restituer l'aspect d'une ville telle que la Thèbes égyptienne, dont les bâtiments subsistent ou ont tout au moins laissé sur le sol des traces très claires de leurs dispositions. On en peut dire presque autant de la planche consacrée à Jérusalem. Pour restaurer le temple d'Hérode, qui a péri tout entier, l'auteur a emprunté à M. Chipiez des formes architectoniques, telles que le pylône phénicien, qui, croyonsnous, conviennent mieux au temple de Salomon qu'à l'œuvre tardive d'un prince philhellène. Dans la vue d'Athènes, prise du haut du Lyeabette, l'Acropole, avec les Propylées et le Parthénon, a vraiment trop peu d'importance ; il faut presque la chercher pour la trouver. La vue de Rome, avec le Colisée au premier plan et le large ruban du Tibre qui traverse tout le tableau, est peut être ce qu'il y a de mieux
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Ces tableaux, de grandes cartes murales, prêteraient sans doute à plus d'une critique. On pourrait discuter et le choix même des thèmes et celui des points d'où les vues ont été prises. Peut-être aussi le mode de présentation ne se recommande-t-il point par une clarté suffisante. Le dessinateur a péché par excès de conscience ; il n^a pas assez éliminé les détails secondaires; il n'a pas assez simplifié. Quelle que soit la portée de ces réserves, nous ne saurions trop recommander d'introduire, dès maintenant, ces planches dans les classes de nos lycées. Elles sont d'ailleurs, comme le
réussi ; encore là aussi l'œil se perd-il un peu au milieu d'un pêle-mêle de constructions qui le déroute. Le dessinateur a mis là trop de maisons, de toits et de terrasses ; les arbres, comme dit le proverbe, empêchent de voir la forêt. En revanche, ce qui est partout très bien indiqué, c'est le relief du terrain, le profil des collines et des montagnes voisines. Quoique le crayon ait souvent manqué de légèreté, le caractère du paysage est, en général, bien saisi et rendu fidèlement. Cette tentative a attiré l'attention même à l'étranger. La Berliner philoloffische Wochenschrift, le meilleur recueil critique de l'Allemagne, a consacré un article à cette publication. C'est d'ailleurs uniquement sur la restitution de Garthage que portent les observations de M. Raimond Oehler, l'auteur du compte-rendu (26 déc. 1899). Il développe ce que nous avons indiqué d'un mot ; il montre à quelles objections prêtent la plupart des partis qu'a pris, dans cette planche, M. Paul Aucler.
déclare l'auteur lui-même dans une des notices très soignées qui les accompag-nent et les expliquent, destinées à aider plutôt le professeur qui enseig'ne l'histoire générale que celui qui serait chargé d'un cours d'histoire de l'art. Etant donnée l'étendue de l'espace que chacun de ces panoramas embrasse dans son cadre, les édifices les plus importants n'y sont figurés qu'à une échelle très réduite. On ne saurait donc s'en servir pour donner une idée du style et des dispositions les plus caractéristiques de l'architecture phénicienne, de la grecque et de la romaine ; à plus forte raison serait-il inutile d'y chercher aucun trait qui fasse soupçonner le rôle que la sculpture et la peinture jouaient dans la décoration des bâtiments religieux ou civils de la cité antique.
De toute façon, ce n'est pas quatre tableaux, sur quelque plan qu'ils soient conçus et exécutés, qui, même pour une période strictement limitée, pourraient être d'un grand secours au maître dont les intérêts et l'avenir nous préoccupent; n'aura-t-il pas à suivre dans leur évolution les trois arts majeurs, et chacun de ceux-ci ne doit-il pas être représenté
dans la suite de documents que nous voudrions lui mettre en main? Cette suite, qui, pour chaque civilisation, devrait elle-même se diviser en plusieurs séries, il serait pourtant aisé d'en réunir aujourd'hui les éléments, tout au moins pour l'antiquité, pour l'art oriental et pour l'art g'rec et romain. Nombre des figures seraient données par les planches de F Histoire de Vart dans Fantiquité que des procédés mécaniques permettraient d'agrandir à volonté (i); quant aux autres, on les de-
(i) Pour celles des planches qui, dans l'atlas à créer, devraient représenter l'architecture orientale et l'architecture grecque, il suffirait de reproduire les dessins originaux qui ont été exécutés pour les planches de notre Histoire de l'art ou même les cuivres qui ont été gravés pour ces planches. Ceux-ci étaient déjà des réductions de ces dessins, et les épreuves qu'ils ont données ont encore été réduites, au moyen de l'héliogravure, pour pouvoir s'adapter au format de l'ouvrage. Les premiers cuivres, ceux que l'on peut appeler les générateurs de la planche, fourniraient des images dont les dimensions seraient encore assez grandes pour qu'elles pussent être visibles à distance. La maison Hachette, qui a prêté aux maîtres et aux élèves de nos lycées et de nos universités, pendant de longues années, un si utile concours, leur rendrait un service signalé soit en mettant elle-même à leur disposition, sous cette forme, la série de ces planches, soit en cédant l'usage de tout cet appareil à l'éditeur qui entreprendrait de procurer au nouvel enseigne ment les instruments de travail et de démonstration qui lui sont nécessaires.
manderait à divers ouvrag^es que connaissent les archéologues et à ces restaurations des pensionnaires de TAcadémie de France à Rome dont quelques-unes seulement ont été publiées, mais qui sont toutes conservées à la bibliothèque de l'école des Beaux-arts. Le jour où l'histoire de l'art serait partout enseignée, peut-être verrait-on enfin quelques éditeurs français se décider à entreprendre l'exécution d'une collection de tableaux qui ne pourrait manquer d'être acquise et employée par tous les maîtres. Si, alors même, par timidité, ces éditeurs se refusaient à courir ce risque, encore resterait-il la ressource de faire ses commandes à Fétrang-er.
Quant aux statues, c'est en face des plâtres qui les reproduisent qu'il conviendrait d'en parler ; mais nous ne saurions vraiment prétendre doter chaque lycée de cette g-alerie de moulages, rangés par ordre chronolog-ique, que n'a point encore et que n'aura peut-être pas de sitôt, telle que la comprend et que l'exige le travail de l'archéologue, l'Université de Paris, (i). Il y aura pourtant, avec quelque
(i). Dans notre grande Sorbonne neuve, il n'a été assigné.
bonne volonté, moyen de s'arranger. Partout^ la salle de dessin possède quelques plâtres^ plus ou moins nombreux suivant Timportance de l'établissement. Ce sera au maître de faire des emprunts à son collègue ; telle ou telle tête de travail attique ou florentin pourra être apportée sur la table du cours. S^agit-il au contraire du Thésée ou deTApollon du Belvédère, de quelque lourde figure qui ne se prête pas au déplacement,, on fera comme ce prophète qui^ ne pouvant décider la montagne avenir à lui, allait à la montagne ; élèves et maître se transporteraient dans le cabinet ou se gardent les modèles.
Que si, par aventure, ce cabinet se trouvait être trop pauvre, pourquoi toute la bande
malgré mes réclamations et celles de M. Collignon, qu'une place très insuffisante à la galerie de moulages. A cet égard, Paris est condamné à rester très au-dessous de Lyon, où ce musée des plâtres, ordonné par MM. Holleaux et Lechat, est comparable à ce que l'Allemagne possède de mieux en ce genre. Le musée de Lille, dont la création et l'arrangement sont dus à M. Fougères, est lui même plus riche et mieux disposé que ne pourra jamais l'être, dans un local trop petit et assez mal éclairé, la collection de notre université parisienne. Peut-être même Paris n'arrivera-t-il pas à réunir autant de pièces, classées en vue de l'enseignement, que Montpellier ou Bordeaux.
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d'écoliers, professeur en tête, nuirait-elle pas frapper à la porte du musée de la ville ? Celuici, je le sais par expérience, possède d'ordinaire, même dans plus d'une sous-préfecture, une certaine quantité de moulag-es. Ces moulages n'ont pas été toujours choisis avec beaucoup de discernement ; ils sont souvent mal entretenus et parfois écornés ; mais il est rare que l'on ne rencontre pas parmi eux certaines de ces statues et de ces bas-reliefs que la routine et une convention tacite ont accrédités comme les représentants officiels des principaux modes de l'art. Il n'en faudra pas davantag"e au maître pour faire saisir des difTérences de facture qu'il serait moins aisé de percevoir nettement sur la photographie et particulièrement sur l'image que la lanterne envoie à l'écran ; dans cette image, par l'effet de l'agrandissement qu'elle subit, le modèle est toujours un peu flou, comme on dit en style d'atelier.
Au musée, après les plâtres, on regardera aussi les tableaux ; on y apprendra ce qu^est la couleur, combien eJle varie d'une école à l'autre, en quoi celle d'un peintre vénitien
diffère de celle d'un peintre florentin ou d'un peintre flamand. Il y a bien peu de musées où Ton ne puisse trouver quelques toiles qui se prêtent à ces explications. Ce sera là, devant les œuvres d'art, que le maître donnera ses meilleures leçons, celles dont les élèves tireront le plus de profit. Ces visites rendues aux monuments ne devraient point avoir un caractère exceptionnel et accidentel ; je voudrais voir l'autorité ministérielle, puisque son intervention est nécessaire, les recommander et presque les imposer, en marquer la place dans le plan d'études. Chaque mois, une ou deux après-midi seraient réservées à ces promenades. Prenons, par exemple, les élèves des lycées de Paris. Durant l'année ou les deux années pendant lesquelles ils suivraient le cours d'histoire de l'art, ils iraient, avec leur maître, plusieurs fois au Louvre (i) ; ils
(i) C'est ce que pratiquent déjà certains maîtres. L'un d'eux, M. Lhomme,n'apas fait, l'hiver dernier, moins de cinq visites au Louvre avec ses élèves de \Si première moderne du lycée Janson de Sailly. En 1882 et i883, M. Larroumet, alors professeur de rhétorique au lycée Michelet, avait l'habitude de mener au Louvre, plusieurs fois par an, ses élèves qui prenaient grand goût à ces visites et à ces entretiens. Il n'avait alors paru aucun programme de l'histoire de l'art,
verraient, toujours avec lui, les musées du Luxembourg et du Trocadero, le cabinet des estampes et le cabinet des médailles à la Bibliothèque nationale, l'Ecole des Beaux- Arts, ses collections et cette charmante cour du mûrier qui leur donnerait un avant-goût de ritalie ; ils verraient aussi des édifices tels que Notre-Dame et la Sainte-Chapelle, la basilique de Saint-Denis et le Château de Versailles, où MM. de Nolhac et Pératé ne refuseraient pas, à l'occasion, de se faire leurs guides. Peut-être pourrait-on parfois, pour les plus curieux et les plus zélés, pousser Texcursion jusqu'à Chantilly et à Fontainebleau. On n'aurait donc^ à Paris, pour ces leçons de choses, que l'embarras du choix. 11 n'en serait pas tout à fait de même en province ; mais les grandes villes possèdent des musées qui renferment des œuvres de premier ordre, et il est peu de villes, même de second et de troisième rang, qui n'aient pas, soit dans leur murs soit dans leur voisinage immédiat, des
pour aucune classe. Le futur directeur des Beaux-arts, le futur secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-arts a donc, en cette matière, été un précurseur.
édifices de Tantiquité, du moyen-âg-e ou de ]a Renaissance où le maître puisse trouver une ample matière pour expliquer et justifier les idées qu'il aurait exposées du haut de sa chaire.
Avant de montrerauxjeunesg"ensces musées ^t ces édifices, il faudra que le maître commence par aller les étudier sur place ; il aura donc à ne point ménager ses pas, à prendre sur ses heures de loisir ; mais, cet effort et ce sacrifice, il en sera amplement payé, d^abord par ce qu'il aura ainsi ajouté à ses propres connaissances, puis par le vif plaisir que ses élèves prendront à l'écouter et par le bénéfice qu'il les verra retirer de ces courses et de ces entretiens.
Ce maître de Tavenir sur lequel nous fondons tant d'espérances, nous aurions encore quelque chose à lui demander : ce serait de savoir un peu dessiner, de manière à pouvoir, tout en parlant, tracer à main levée, avec la craie, sur le tableau noir, l'esquisse d'un plan, la coupe d'unenef de temple ou d'église, le profil d'une moulure. Rien ne réveille et ne soutient l'attention de l'auditeur comme
ces croquis exécutés sous ses yeux ; ils interrompent le cours, toujours un peu monotone, de la leçon débitée du haut de la chaire. C'est un plaisir pour Télève de suivre du regard ce contour qui se développe et se précise sous le doigt qui le crée ; ainsi perçue à l'état naissant, la forme se grave dans son esprit, qui sera dès lors en mesure de se la représenter^ au premier appel, avec les particularités qui la caractérisent.