LE BLASON
Les premières armoiries datent des Croisades. Elles n'apparaissent d'abord qu'en petit nombre, sur les seules bannières des grands seigneurs, et, dans cette mêlée internationale, elles servent de ralliement ; bientôt le principe s'élargit et les chevaliers qui n'ont pas le droit de lever bannière adoptent néanmoins des couleurs qui les aident à se reconnaître au loin, et qui seront encore plus utiles quand le casque aura caché le visage. On les porte sur la cotte d'armes, sur le bouclier ou écu, dont elles prennent le nom [écusson) ; plus elles deviennent nombreuses, plus il faut en varier le champ et les pièces, et c'est pourquoi nous les voyons se compliquer d'âge en âge.
Celles du xne siècle se montrent fort simples : la croix, insigne des croisés, y est fréquente. Louis VII adopte, sur champ d'azur, la fleur de lys d'or, image probable d'un fer de lance, et, désormais, elle signifiera « France » ; en février 1376, Charles V réduit à trois le nombre de fleurs de lys semées sur 1 ecu royal ; simplification remarquable dans une époque qui tend à exagérer tout et dont les modes comme les moeurs vont tout à l'heure confiner à la folie. Déjà les blasons se surchargent et la branche maternelle y figure aux côtés de la branche paternelle : ainsi écartelé, Técusson indique les alliances, et, par le nombre des quartiers, il indiquera le nombre des générations nobles. Cependant l'ingéniosité des héraldistes s'applique à inventer d'innombrables pièces décoratives. De même, les ornements extérieurs se multiplient : après le timbre et le cri d'armes, qui se placent en haut, voici la devise, qui se place en bas ; par côtés, les portants, figures allégoriques qui soutiennent l'écu ; alen-
tour, les insignes des ordres, des charges, des dignités. Les couleurs sont : deux métaux, or (jaune), argent (blanc) qui doivent alterner avec les six émaux : gueules, rouge ; azur, bleu ; sinople, vert ; sable, noir ; pourpre, violet ; carnation, chair. Supplémentairement, deux autres s'adjoignent, pannes, fourrures {hermine et contre-hermine, vair et contre-vair). Seulement à la fin du xvie on imagine de représenter les couleurs par des traits et des guillochis.
Salle IV — Plombs et Étains
Devant les fenêtres, côté sud, en deux vitrines plates :
Objets d'orfèvrerie religieuse et civile, en plomb et en étain, du xne au XVIe siècle, la plupart trouvés à Paris, dans la Seine, au cours de dragages effectués de 1848 à 1860, près du pont Saint-Michel et du pont au Change, et recueillis par A. Forgeais.
l'êtain
L'étain est un des métaux les plus anciennement employés en Europe ; son apparition, antérieure à celle du fer et de l'argent, remonte à 2000 ou 1500 ans avant notre ère ; alors il s'emploie seul, ou allié au cuivre, pour constituer le bronze. On retrouve des rouelles, des figurines, des lingots, dans les habitations lacustres; plus tard dans les tombes byzantines de la Haute Egypte (111e siècle), des bijoux et des ustensiles divers; de même, dans les tombes franques et mérovingiennes ; le xiie siècle a des calices en étain (fouilles dans la cathédrale de Troyes). Jusqu'au xnie siècle, ce métal provient d'Angleterre (Cornouailles) ; puis la découverte des mines de l'Allemagne provoque en ce pays une industrie qui dès lors produit non seulement des objets du culte, mais aussi des objets usuels, plats, pots, pintes, écuelles, jetons de corporations, affiques, etc. L'étain est fondu, martelé ou gravé. Pendant la Renaissance, et surtout dans le dernier quart du xvie siècle, l'art des étains prend un nouvel essor avec François Briot, lorrain, et Gaspard Enderlein, bâlois. Chaque ville eut ses marques ou poinçons d'atelier : Nuremberg, Strasbourg, Bâle, Cologne, Soleure, Colmar, Liège, etc.
Vitrine de gauche :
Enseignes de pèlerinages, du xne au xvie siècle.