LES CORPORATIONS
Dès l'époque où les Francs installèrent dans les Gaules une domination et une hiérarchie militaires, la guerre fut la fonction exclusive des nobles ; donc elle seule était noble ; les serfs et les vilains souffraient par elle et travaillaient pour la payer, mais ne se battaient point : c'est pourquoi le travail manuel était considéré comme une marque de servitude et déshonorait.
Mais à Rome déjà les ouvriers de même profession s'étaient associés ; chez les Germains, les ghildes avaient eu un caractère analogue ; cette double origine explique comment purent se constituer de si bonne heure des associations dont quelquesunes étaient secrètes (origine de la Franc-Maçonnerie), mais dont la plupart avaient pour but la défense des intérêts communs et la réglementation du travail. Vainement Charlemagne, à la fin du vme, et Philippe- Auguste, à la fin du xn° (synode de 1189), essayèrent de les interdire; saint Louis les réglementa (milieu du xme). Pour chacune d'elles la production était spécialisée en monopoles, et dans chacune les syndics ou jurés limitaient le nombre des ouvriers, les heures de travail, la durée des apprentissages, contrôlaient et timbraient les produits, décernaient la maîirise; ils faisaient leur police et étaient responsables des désordres. Leur importance s'accrut notablement lorsque Louis XI, suscitant le peuple pour s'appuyer sur lui contre la noblesse, réglementa les Corporations et leur octroya non seulement des enseignes, mais encore le droit, jusqu'alors seigneurial, de porter la dague (1467). La bourgeoisie moderne, ce Tiers État qui fit la Révolution française, est sorti de cet organisme. Le nombre des corporations était
considérable : toute profession avait la sienne, puisque tous les travailleurs, sans distinction, appartenaient à la classe ouvrière, chirurgiens, peintres, sculpteurs, quel que fût leur talent ou même leur génie (les œuvres artistiques étaient rarement signées par leur auteur, et très souvent le nom inscrit était celui du donateur, le mot fecit ayant alors le sens de : fait exécuter.) Chacune de ces corporations possédait des insignes spéciaux, reproduits sur les mêreaux de plomb, sur les bannières, et dont l'usage est fort ancien, antérieur même aux armoiries nobiliaires, puisque déjà, sous l'empereur Tibère (14-37), les Nantes parisiens avaient pour emblème la nef que nous voyons sculptée aux retombées de la voûte, dans la Salle des Thermes, cette même nef que les Marchands de Veau exhiberont plus tar 1, et qui figure encore sur l'écu de la ville de Paris. Toutefois les armoiries corporatives, à part l'exception des Nautes, n'apparaissent guère qu'au xiiip, pour se généraliser au xve.
Toutes ces corporations étaient sous le patronage d'un saint, qu'elles avaient choisi quelquefois en raison d'un détail de sa vie, souvent aussi à cause de son nom, qui prêtaient à l'une de ces équivoques auxquelles se complurent le moyen âge et la Sorbonne : ce que nous appelons aujourd'hui le calembour fut de tout temps une délectation pour les Français, et même en matière religieuse ; c'est ainsi que nous voyons sainte Barbe, patronne des artilleurs qui généralement portent la barbe ; saint Sébastien, patron des aiguilletiers, parce que les aiguillettes servent à retenir les bas-de-chausse ; saint Laurent, patron des rôtisseurs, parce qu'il mourut sur le gril ; saint Crépin et saint Crépinien, patrons des cordonniers qui emploient la crépine; saint Jean, patron des imprimeurs, parce qu'il fut jeté dans une cuve d'huile bouillante et que l'encre d'imprimerie, à base d'huile, se prépare dans une cuve ; saint Clair, pour les vitriers, pour les lanteraiers ; saint Blanchard, pour les lavandiers ; saint Roch, pour les paveurs ; saint Vincent, pour les vignerons ; l'Ascension, pour les couvreurs ; la Nativité, pour les nattiers, etc.
Méreaux religieux» jetons de commerce et jetons divers, bulles pontificales, etc.
Ait milieu de la salle, une vitrine cubique : Galice, France xme siècle.
Pyxide hexagonale en étain ; sur le couvercle, l'Annonciation. Art français, milieu du xive siècle.
Coffret à pentures et ornements d'étain. France, xve siècle.
Aiguières et bassins d'aiguières, buires, burettes, tasses, grands plats et petits plats d'étain. Art français et art allemand du xive au xvne siècle.
En quatre vitrines plates :
Plaquettes et médailles en plomb. Art italien, français, allemand, du XVe au XVIIe siècle.
Cœur en plomb, contenant le cœur de Louis de Luxembourg (t 1573)-
Jouets d'enfants en plomb et en étain (jouets militaires, jouets religieux, petits ménages, etc.). France, du xive au xvme siècle.
Grands plats et petits plats en étain. Art lorrain (François Briot), et art allemand (Nuremberg), milieu du xvie siècle.
Moules en pierre et en bronze, pour estamper ou pour couler le plomb et l'étain (plats, tasses, médailles, ampoules, crucifix, affiques, figurines, boutons, etc.), du xne au xviie siècle.
Contre les murs :
Deux grands retables flamands. Bois doré, peint et doré. Ateliers d'Anvers, vers 1500.
Triptyque peint et doré. Art flamand, commencement du xvie siècle. Motif central sculpté en ronde bosse, la Descente de croix, avec le donateur agenouillé à droite. Sur les deux volets, peintures représentant la Nativité, l'Adoration des mages, la Passion.
Le Calvaire, panneau ogival, peinture sur bois et enduit. Art français, XIVe siècle.
Grédences et dressoirs gothiques. France, fin XVe et commencement du xvie siècle (parties restaurées).