LA CRÉDENCE
Par crainte de l'empoisonnement, les hauts personnages faisaient essayer devant eux les mets et les boissons qu'on allait leur servir ; cette épreuve, qui leur permettait d'avoir confiance (en latin, credere), se pratiquait sur un meuble spécial, la crèdence. Celle-ci n'avait été d'abord qu'une niche creusée dans la muraille, ou même une simple planchette ; seulement au xne elle se détache du mur et devient meuble : c'est alors un guéridon circulaire qu'on déplace et qu'on recouvre d'une nappe. Plus tard, elle prend un dossier et revient s'appuyer au mur, le bas restant à jour, le haut formant armoire à deux vantaux. Jusqu'au xive, la crèdence reste simple ; au xve, elle gagne une décoration sculpturale, puis un dais. Dans la maison des seigneurs ou des riches bourgeois, elle sert, non plus à l'épreuve de9 aliments, mais à l'exposition des orfèvreries, au service de la table ; elle devient ainsi un témoin de la richesse ; dès lors, la vanité en multiplie l'usage, qui sera commun au xvie. Les laquais, allant de la crèdence aux convives, font le service. Sous Louis XIV, ils se tiennent rangés, chacun derrière son maître ; la bourgeoisie imite l'étiquette de la Cour. Mai* après la mort du Grand Roi, une réaction se produit dans le? goûts, qui se simplifient ; afin d'être plus libres, les maîtres renvoient les valets à l'office ; de très hauts personnages affectent de se servir eux-mêmes : une table légère, placée à portée de la main, et qui s'appelle la, Servante, remplace les serviteurs; ainsi le xvme siècle remet en faveur le guéridon mobile qui avait disparu depuis le xine siècle.
Salle V — Bronzes
Devant les fenêtres, en deux vitrines plates :
Plaquettes et médailles. Art français, italien, allemand; espagnol, du xve au xvne siècle.
Aux ébrasements :
Plaques commémora tives et plaques funéraires.
Au milieu de la salle :
Plaquettes, miroirs, baisers de paix en bronze el
cuivre ciselé, doré, etc. Art français et italien, des xvie et xviie siècles.
Sphère céleste, en bronze gravé et doré. Art ita lien. 1502.
Lutrin en laiton coulé et ciselé, à pupitre en forme d'aigle aux ailes éployées, portant la date 1383 et les noms de deux marguilliers de l'église Saint-Nicolas, à Tournai, d'où il provient.
LES DÏNANDERIES
Les « potiers d'airain » ou chaudronniers de Dinant-sur- Meuse étaient si réputés, dès le xnie siècle, que leur nom servait à désigner les multiples ustensiles qu'ils fabriquaient en cuivre, bronze ou laiton, martelés, fondus ou tournés. Plusieurs Dinantais, au xive siècle, s'étaient installés en France et en Allemagne ; lors du sac de Dinant par Charles le Téméraire, en 1470, les potiers d'airain achevèrent de se disperser; leur ville, qui avait produit de véritables œuvres d'art, ne renonça pas complètement à son industrie, mais ne conserva plus la préséance qu'elle avait aux xive et xve siècles ; à partir du xvie, on ne désigne plus, sous le nom technique de « dinanderie », que les cuivres ou bronzes repoussés au marteau. Malgré leur nombre autrefois colossal, les dinanderies sont aujourd'hui très rares, ayant été, aussi bien que nos vieux émaux champlevés, systématiquement détruites et jetées au creuset, depuis l'invention de l'artillerie (bataille de Crécy, 1346).
Contre la cloison est, en une vitrine plate :
Orfèvrerie, bimbeloterie et pièces de harnachement, en bronze et en laiton, du xme au xvne siècle.
A droite et à gauche, en deux vitrines murales :
Statuettes en bronze, du XVe au xvir8 siècle.
Joueur de flûte, par Antonio Pollajuolo (f 1498) .
Tête de Faune ou de Lutteur antique, cire perdue de ia Renaissance italienne, ultérieurement complétée d'un buste en bronze coulé.
Nymphe, Bacchante. Art allemand, xvie siècle.
En face des fenêtres, en une vitrine murale :
Figure équestre de la fin du XVe siècle, en bronze coulé et ciselé, dite « Jeanne d'Arc », en raison de l'inscription apocryphe gravée sur la base « la Pucelle Dorliens ».
Deux aquamaniles. Art flamand, XVe siècle.
A droite de la cheminée, en une vitrine murale :
Petite marmite, aiguières, coquemar. Dinanderie des xive et xve siècles.
Calvaire en cuivre repoussé. Art flamand, fin du XVe siècle.
Accrochés au mur :
Le Raisin de la Terre Promise. Plat en cuivre martelé. Art flamand, xvie siècle.
Divers plats à décor d'armoiries, d'arabesques ou de godrons, en cuivre estampé. Art allemand, xvie siècle.
A. gauche de la cheminée, en une vitrine murale :
Baisers de paix en bronze ciselé, doré, du XVe au XVIIe siècle.