LES REINES BLANCHES
Par crainte des compétitions successorales, et pour d'autres raisons encore, le Concile de Saragosse avait décidé, en 691, que les veuves des rois finiraient leurs jours dans un cloître. Ultérieurement, cette règle sévère s'atténua : les reines ne furent plus astreintes qu'à subir une retraite de quelques mois, au décès de leur époux.
A la mort de Louis XII, sa veuve fut installée à l'hôtel de Cluny, et comme les reines veuves portaient le deuil en blanc, la « reine blanche » laissa son nom à la chambre qu'elle aurait occupée alors ; la tradition rapporte à son sujet une aventure galante dont les chroniques s'égayèrent. Lorsque Anne de Bretagne, seconde femme de Louis XII, mourut en 1514, le roi, qui pourtant avait éprouvé un violent chagrin, se remaria presque aussitôt, épousant une princesse anglaise, Marie, sœur d'Henri VIII ; celle-ci avait seize ans. Brantôme raconte que le roi, alors âgé de cinquante-deux ans, et malade, se mit à « faire du gentil compagnon avec sa jeune femme ». Il en mourut au troisième mois, sans laisser d'enfants. La branche des Valois d'Angoulême se trouvait ainsi appelée au trône, en la personne de François Ier. On peut croire que la reine regrettait sa majesté déchue : un fils héritier du roi défunt l'eût ramenée vers le trône; elle simula une grossesse, enflant sa robe « de linges et de dra-
peaux * . Au surplus, son intimité avec un gentilhomme anglais. I3 comte de Suffolk, risquait de transformer les supercheries de la toilette en des réalités plus dangereuses ; François Ier, avisé du péril par sa mère Louise de Savoie, aposta « des espies ». fit surveiller l'hôtel. La chronique scandaleuse rapporte qu'une nuit, avisé de la présence du comte dans la chambre de la veuve, il vint en personne les surprendre, et les maria, séance tenante, dans la chapelle des abbés de Cluny. Que ce détail soit authentique ou romanesque, le fait certain est que la reine de France devint comtesse de Suffolk et retourna en Angleterre. Le comte de Suffolk était le même qui, plus tard, accompagna Henri VIII à l'entrevue du camp du drap d'or (entre Guines et Ardres, en Flandre, juin 1520).
Ameublement du xvne siècle :
Lit et fauteuils du maréchal d'Effiat (f 1632).