‹ L'histoire de la France expliqueée au Musée de ClunyChapitre 65 sur 92 · LE LIT · texte numérisé non relu

LE LIT

Les matières les plus diverses furent employées pour la confection des lits : la pierre, le bronze, le fer, le bois, parfois décorés d'or ou d'argent, d'ivoire, etc. Ce luxe fut surtout notable au xne siècle. Au xiv*, les lits devinrent plus vastes ; il-: grandirent encore par la suite, jusqu'à atteindre quatre mètres de largeur. La caisse en était également fort élevée ; on y accédait par le moyen d'un coffre qui formait marchepied II ne semble pas que les lits à colonnes aient été en usage avant la fin du xve; jusque-là de simples courtines les protégeaient contre les courants d'air. Presque toujours, une veilleuse suspendue brûlait pendant la nuit, bien moins pour éclairer utilement que pour écarter les apparitions du Diable et des Esprits, si fréquentes au xie siècle, et qui persistaient encore après la Renaissance. Souvent les imagiers représentent les hauts personnages, étendus sur leur lit et revêtus de leurs insignes ; c'est là simplement un symbole ; tout le monde couchait nu. Cette habitude, qui existait déjà au temps de Charlemagne, durait encore au xvie siècle, et même au xvne; on se drapait simplement dans un drap ou linceul. Le double drap n'apparaît que très tard. Avant d'entrer au lit, on éteignait le flambeau posé sur le coffre ou sur le sol. Parfois aussi, des valets ou chambrières, debout au chevet du lit, tenaient la chandelle, en attendant que leurs maîtres fussent endormis. Rarement on couchait seul ; les rois eux-mêmes avaient cou-

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tume de prendre un camarade de lit ; Louis XIII est le premier qui s'en abstienne. La promiscuité du lit atteignit son comble au xvie siècle ; alors l'hospitalité s'offrait communément, et par pure civilité, au lit conjugal.

Les petits bourgeois et les paysans couchaient tous ensemble, en famille. Dans les hôpitaux, nous trouvons encore, en 1620, trois malades en un seul lit, l'agonisant auprès du moribond, et sans distinction des maladies diverses. La coutume royale de se tenir au lit pour rendre la justice (d'où Lit de justice) remonte à des époques très reculées ; les Rois fainéants du vne siècle ne l'inventèrent point ; sans doute elle est chez nous un héritage des rites orientaux. Elle donne un air de noblesse qui va suffire à l'accréditer, si bien que la bourgeoisie elle-même l'adoptera à son tour : au xive siècle il est de bon ton de rester au lit pour recevoir les visiteurs. Cette mode avait été d'abord le privilège des nouvelles accouchées ; pendant une quinzaine elles s'honoraient de réunir ainsi de nombreuses commères et de les héberger (d'où les locutions : parée comme une accouchée, les caquets de V accouchée). Plus tard, la mode s'étendit aux veuves, et ensuite aux jeunes mariées ; celles-ci, sous Louis XIV, non seulement étaient conduites en grande pompe et mises au lit nuptial, mais encore elles y demeuraient tout le lendemain, et leurs amis venaient leur présenter des félicitations. La coutume de garder le lit pour recevoir les gens s'était généralisée à tel point qu'on persistait à l'appliquer dans les circonstances les plus cérémonieuses : Richelieu, dans son lit, attendait les ambassadeurs.

Il importe encore de noter ici que, pour éviter toute substitution d'enfant, les reines de France devaient accoucher en public : cette prescription, d'origine évidemment barbare, était encore en vigueur sous Louis XVI, puisque Marie-Antoinette faillit mourir étouffée par la foule dont sa chambre était envahie.

Cabinets en ébène incrusté d'ivoire. Art espagnol, xviie siècle.

Cabinet florentin décoré d'incrustations de marbres polychromes, et miro r de même style, xvir8 siècle.

Grand miroir vénitien du xvne siècle.

Horloge astronomique, art anglais, xvne siècle.

Aux murs :

Deux des quatre tentures brodées, provenant de l'Arsenal, appartement de Sully (voir les deux autres, salle XXI et vitrine du Saint-Esprit). Art français, vers 1600.

Salle XXI 11 — Chapelle

Sur les murs :

Grand retable en pierre provenant de la Sainte-Chapelle de Saint-Germer (Oise). Art français, seconde moitié du xme siècle. Panneau rectangulaire décoré de figures en haut-relief. Au centre, abrités sous un arc en cintre surbaissé, le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean. De chaque côté de ce groupe central : i° A gauche, l'Église ; à droite, la Synagogue. 20 A gauche, saint Pierre; à droite, saint Paul. 30 A gauche, l'Annonciation ; à droite, la Visitation. 40 A gauche, une scène de la légende de saint Ouen : le saint guérit un paysan qui est paralysé de la main droite parce qu'il n'a pas observé le repos dominical. A côté de ce groupe, un archevêque. A droite, deux scènes de la légende d'Edouard le Confesseur, roi d'Angleterre : le roi donne son anneau à saint Jean l'Évangéliste qui, déguisé en pèlerin, lui demande l'aumône; un messager, envoyé par saint Jean, rapporte l'anneau au roi Edouard et l'avertit de sa mort prochaine.

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