L»S TRUANDS
Durant tout le moyen âge, des hordes nomades, originaires d'Orient, rôdent dans la région balkanique et s'infiltrent dans
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1 Europe entière. Les routes sont leur patrie; en cette patrie errante, on parle toutes les langues, dont on fait une langue ; on convient de signes pour se reconnaître et s'entr'aider ; aux abords des villages, on grave au couteau, sur des troncs d'arbre, des hiéroglyphes qui sont des avertissements et qui dénoncent aux bandes à venir ce qu'on peut espérer par là ou ce qu'on doit y craindre. Pour être forts, ces groupes isolés s'unissent ; bientôt ils constituent une corporation ; tantôt ils inventeront de créer un État ; leur misère va devenir un royaume ; ils auront un roi, éligible chaque année, auquel ils obéissent, auquel ils payent l'impôt, et nul ne s'y dérobe, car les lois sont sévères. Au XVe siècle, ils sont assez puissants pour oser entrer dans les villes ; parfois on les tolère, et aussi on les pend. Louis XI, dont la politique s'accommode de toute combinaison provisoirement avantageuse, leur offre asile dans Paris.
Les voilà reconnus : ils s'appellent les Truands ; le quartier des Halles, où ils habitent, devient leur domaine et s'appelle la Cour des Miracles. Des miracles en effet s'y produisent chaque soir, car c'est là que les mendiants se débarrassent de leurs béquilles ou de leurs plaies postiches ; et c'est une Cour, aussi , puisqu'elle a son roi , ses dignitaires, sa bannière ; le Grand Coësre des Truands, qui peut-être a pris son nom du Grand Coëne des Hébreux, est empereur de Galilée ; il porte couronne et manteau princier, lorsqu'il siège en son lit de justice, pour condamner un sujet coupable, nommer un duc, préciser une mission, envoyer une ambassade, veiller au bon ordre des écoles, présider à l'examen des candidats. Car, en ce royaume de la pègre, les grades s'acquièrent par le mérite : nul n'est admis à remplir, dans le crime, des fonctions auxquelles ne le destinent point sa capacité personnelle et ses études préalables. Aux écoles du soir, les archisuppôts donnent des cours d'épilepsie, de claudication, de mendicité, de fièvre-quarte, de vol à la tire et de teigne ; ils instruisent à tuer proprement, à grelotter de froid ; les peintres de la corporation apprennent à peindre sur peau humaine des plaies qui sont des chefsd'œuvre. Puis, le matin venu, à l'heure de la messe et du marché, les Truands vont à leurs affaires; à l'entour des églises, sur les places publiques et à l'angle des ponts, voici les orphelins et les millards ; les rifodés, les malingreux, les marcandiers ; les callots et les piètres, les sabouleux et les coquillards, les capons et les polissons. Lorsque ces professionnels auront
disparu, plusieurs des titres qu'ils portaient subsisteront en aouvenir d'eux, et leurs termes d'argot passeront dans la langue française.
De loin, toute Ij, nuit, on les entendait crier. Jusqu'à Louis XIV, Paris écouta cette clameur du vice, qui montait du quartier des Halles. Une épouvante sortait de ce bouge ; la sauvage puanteur de toute l'infamie humaine s'exhalait de ce petit monde, où tous les péchés de la terre avaient droit de cité : le faible, le lâche et le pervers, enfants volés, écoliers perdus, soldats déserteurs de toutes les armées, des évadés, des déclassés, et parfois des innocences persécutées, pêle-mêle, vivaient en cette Babel de boue, et les mots de toutes les langues, française, italienne, allemande, anglaise, provençale, espagnole, basque, celtique et hébraïque, râlaient furieusement dans le jargon de la sentine universelle. Quand les soldats ée Louis XIV entrèrent dans ce cloaque, ils y trouvèrent, superposées, accumulées, la fange et la vermine des siècles.
Contre la même cloison, vitrine du milieu :
Figures en ivoire doré, en jais, etc. Art espagnol et portugais, des xvie et xvne siècles.
Contre la cloison opposée, en deux vitrines muraks :
Figures, groupes et médaillons. Art français, xvue s.
Boîtes à mouches, bonbonnières, etc. Art français et flamand, du xvie au XVIIIe siècle.
Autour de la salle :
Meubles et fragments de meubles, en ébène sculpté, incrusté ou non incrusté d'ivoire. Art français, flamand, espagnol, etc., du xvne siècle.
Salle XXV — Verrerie et enluminures