‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 67 sur 101 · FONTAINE BLE AV · texte numérisé non relu

FONTAINE BLE AV

[La campagne de France est l'une des plu parfaites qu'ait menée l'Empereur. Il a huit séparément les armées alliées, triomphé à Cham paubert^ à Montmirail. Vains succès. Le géni n\i rien pu devant le nombre.

Paris vient de capituler devant les allié (3i mars 1S14) et cependant Napoléon, pens à combattre encore. Mais ses généraux sont la de la guerre et le Sénat, le 6 avril, a prononcé s déchéance. C'est à Fontainebleau que la défectioi de Marmont l'oblige à abdiquer.]

... Le 3 avril, h dix heures et demie, la division de 1 vieille garde de Priant et la division de jeune gard de Honrion, arrivées la veille ;\ Fontainebleau, se mas surent dans la cour du Glioval-Blanc pour une rovu de l'Empereur. Formée en colonnes par bataillons, 1 vieille garde (la brigade de chasseurs de Pclet en pre mière ligne, la brigade de gendarmerie de Cambroun et les gendarmes à pied en deuxième ligne) occupai la moitié do la cour, la droite au perron. En face, h jeune garde de Henrion était rangée dans le mômi ordre. L(^s troupes attendirent plus d'une heure sou les armes ; les officiers (jui voyaient passer les porsoa nages do l'entourage do l'Empereur remarqnaicnl leu mine allongée, surtout celle du duc de Viconce. A mid l'Empereur parut sur le perron, avec le prince vico' connétable, l'nide-mnjor général Drouot, les marô*

chaux Ney et Moncey, les généraux Flahaut, Petit. iKellermann, Belliard et une foule d'aides de camp et i d'officiers d'ordonnance. Les troupes présentèrent les larmes, les tambours battirent aux champs. Napoléon les fit taire d'un geste et descendit les degrés, l'air agité, le visage monté en couleur, les yeux battus, le chapeau posé légèrement de travers. 11 commença la revue ou plutôt l'inspection par le 1" régiment de chasseurs qui tenait la droite. Il faisait ouvrir les rangs, s'arrêtait devant chaque homme, lui parlait familièrement, le questionnait sur son âge, ses services, semblait interroger sa force et sa bonne volonté — « qui n'étaient pourtant pas douteuses », dit un témoin — provoquait par ses paroles des demandes de récompenses et donnait la croix à presque tous ceux qui la réclamaient. Du 1®' de chasseurs, il passa au 2% puis au l*"" de grenadiers et ainsi jusqu'à la gauche. Pendant cette inspection, qui fut très longue, l'Empereur n'était suivi que par Berthier et Drouot et deux officiers d'ordonnance. Les maréchaux et l'étatmajor se tenaient groupés au bas du grand perron.

La revue terminée, l'Empereur se plaça au milieu de la cour et fit appeler les officiers et les sous-officiers de la division. Lorsqu'ils eurent formé le cercle, il dit d'une voix haute et vibrante : « Officiers, sousofficiers et soldats de ma vieille garde, l'ennemi nous a dérobé trois marches. Il est entré dans Paris. J'ai fait offrir à l'empereur Alexandre une paix achetée par de grands sacrifices : la France, avec ses anciennes Umites, en renonçant à nos conquêtes, en perdant tout toe que nous avons gagné depuis la Révolution. Non seulement il a refusé ; il a fait plus encore ; par les suggestions perfides de ces émigrés auxquels j'ai accordé la vie et que j'ai comblés de bienfaits, il les autorise

à porter la cocarde blanche, et bientôt, il voudra la substituer à notre cocarde nationale. Dans peu de jours, j'irai l'attaquer à Paris. Je compte sur vous... ))

L'Empereur, s'attendant à un cri de ses grognards, s'arrêta un instant. Il se fit dans la vaste cour un grand et terrible silence. Etonné, ému, interdit, Napoléon trouva cependant la force de reprendre : « Ai-je raison ?» A ce mot, s'éleva une immense acclamation, pleine d'enthousiasme et grosse de menaces : Vive l'Empereur ? à Paris 1 à Paris I — « On s'était tu, dit avec une sublime simplicité le général Pelet, parce qu'on croyait inutile de répondre. » L'Empereur ra^ nimé poursuivit : « Nous irons leur prouver que Is nation française sait être maîtresse chez elle, que S] nous l'avons été longtemps chez les autres, nous le serons toujours chez nous et qu'enfin nous 1k)mmeî capables de défendre notre cocarde, notre indépendance et l'intégrité de notre territoire. Communiques ces sentiments à vos soldats. »

Une nouvelle acclamation, plus forte encore que la précédente, accueillit ces derniers mots. Les officiers retournèrent vers les troupes, firent former le cercle dans cha(jue compagnie et répétèrent la harangue qu'ils venaient d'entendre. Les vivats retentissants les furieux cris de vengeance se succédaient comnu des coups de tonnerre, j\ mesure que chaque ccroh était rompu. Les soldats électrisés juraient d'alloi s'ensevelir sous les ruines de Paris.

On reforma les rangs. La vieille garde défila auî cris vingt fois répétés par eiha({uo bouche : « Viv( l'Empereur ! Vive l'Empereur ! i\ Paris ! à Paris 1 i Pendant le défilé, la musique des grenadiers jouait h (llmnl du /Jt^/xtrt et la Marseillaise ^ les airs victorieux que la plupart de ces vieux soldats, débris de

tant d'années, avaient entendu l'autre siècle à Zurich, à Marengo et à Hohenlinden.

H. Houssayb: 1814.

Perrin, édit.

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