‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 82 sur 101 · LA MORT DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

LA MORT DE NAPOLÉON

[L'Empereur^ sous la pression des hommes du gouvernement, a abdiqué. Contraint à fuir, il demande à l'Angleterre une hospitalité loyale. Les ennemis en profitent pour le traiter en prisonnier de guerre. L'Europe l'exile à Sainte- Hélène.

Mais les grognards de l'armée demeurent fidèles à son souvenir.

Après six années de souffrances morales et de privations matérielles qu'il endura avec calme et dignité, Napoléon agonise à Sainte-Hélène, tandis qu'un ouragan des tropiques déchaîne sa fureur sur l'île (5 mai i 82i).\

... 5 mai. La nuit a été très mauvaise ; vers deux heures du matin, le délire était évident et accompagné de crispations nerveuses. Un instant, j'ai cru distinguer les mots sans suite : France, armées tête d'armée, Joséphine ; au même moment, l'Empereur s'est élancé hors de son lit par un mouvement convulsif, contre lequel j'ai vainement lutté ; sa force était telle qu'il m'a renversé en m'entraînant sur le tapis. Il me serrait si vivement que je ne pouvais appeler à mon aide. Heureusement que Archambault,qui veillait dans la pièce voisine a entendu du bruit et est

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accouru pour m'aider à replacer l'Empereur sur son lit. Quelques secondes après, le grand maréchal [Bertrand] et M. Antoraarchi, qui s'étaient jetés sur un canapé de la bibliothèque sont venus également; mais déjà l'Empereur était recouché et calme.

Il paraissait dormir tranquillement, quand je l'ai quitté à six heures du matin ; mais à peine avais-je eu le temps de me jeter sur mon lit, qu'on vint me chercher en hâte : le râle de la mort commençait.

Quand je me suis approché de lui, l'Empereur a porté son regard sur moi et m'a fait signe de lui donner à boire ; mais déjà il ne pouvait avaler ; ce n'est qu'à l'aide d'une éponge humectée d'eau sucrée qu'il y eut moyen d'étancher sa soif en pressant constamment l'éponge entre ses lèvres.

Il est resté immobile depuis ce moment jusqu'à cinq heures quarante-neuf minutes du soir, qu'il a rendu le dernier soupir ; toujours sur le dos, la main droite hors du lit, l'œil iixe, paraissant absorbé dans une profonde méditation, sans l'apparence d'aucune souffrance. Les lèvres légèrement contractées, l'ensemble de sa figure exprimait de douces impressions.

Toutes les fois que M. Antomarchi a voulu me relever dans le soin d'humecter ses lèvres avec l'éponge, il l'a repoussé de la main en portant son regard vers moi. Comme le soleil se couchait, l'Empereur quittait la terre et je perdais plus qu'un père 1

J'ai pieusement rempli le devoir que son affection paternelle pour moi m'a confié et je lui ai fermé les yeux...

0 mai... Ce malin, à sept heures, Sir Hudson Lowe, suivi do tout son état- major et accompagné de l'amiral Lambert, du marquis de Montchenu, commissaire français, du général Goffin et des membres du Conseil

du gouvernement, ainsi que des capitaines de vaisseaux en rade, est arrivé à Longwood et m'a requis de lui faire représenter le corps de l'Empereur. Tout était préparé pour cette triste cérémonie. L'Empereur était sur son lit de camp, dans sa petite chambre à coucher. Noverraz, quoique épuisé par la dysenterie, avait rassemblé toutes ses forces pour le raser et M. Marchand, aidé de Saint-Denis, l'avait revêtu de Tuniforme de chasseur à cheval de sa garde impériale. Le manteau qu'il portait à Marengo couvrait ses pieds. Un crucifix avait été posé sur sa poitrine. Le grand maréchal se tenait à la droite du lit, M. Marchand à la gauche ; l'abbé Vignali était en prières auprès du lit, lorsque je fis entrer Sir Hudson Lowe, qui s'était fait accompagner du marquis de Montchenu, commissaire du roi Louis XVlII,et chargé par intérim des fonctions de commissaire de l'empereur d'Autriche ; de l'amiral Lambert, commandant l'escadre ; du brigadier-général Coffin, commandant la brigade des troupes de terre, de MM. Brook et Thomas, membres du conseil d'administration coloniale de l'île, de deux capitaines de la marine royale et des médecins de l'escadre, de la garnison et de la compagnie des Indes.

Sir Hudson Lowe s'inclina respectueusement et cet exemple fut suivi par toutes les personnes de sa suite, lorsque je lui montrai le corps inanimé de l'Empereur. Tous défilèrent devant le lit dans l'attitude d'un recueillement religieux...

Comte de Montholon. Souvenirs.

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