NAPOLÉON, HOMME D'ACTION
[Des différents aspects que présente le génie de Napoléon, l'un des plus étonnants est celui de « réalisation ». Partout et en toutes circonstances, il déploie une activité merveilleuse: il anime tout de son ardeur et en même temps qu'il gagne des batailles, il organise et il jette, au milieu du désordre, les éléments d'institutions fécondes.}
Le monde est plein de son nom, et pour longtemps encore, û semble plein de son œuvre. 11 a épuisé la gloire de l'homme qui veut et qui règne.
Napoléon est le souverain spectacle de Taction Gomme elle, odieux et admirable. Mais la grandeui emporte tout. Et ceux qui ont l'âme puissante, pardonnent tout à la puissance. Toute sorte de contradictions en lui, mais toutes accordées. De là qu'on le hait et qu'on l'admire. La France n'a pas cessé d'ec être vaine, comme une femme qui a eu pour épou5 le maître de tous les hommes. Elle ne peut penser è lui sans frémir ; et dans son frémissement, autant qu'elle le regrette, elle a peur de lui, elle a peur du regret qu'elle garde.
Il est tout ce qu'on veut, bourgeois et jacobin, peuple et soldat, empereur des légions, préfet des préfets, grand pontife des diverses Eglises. Mais, quand il serait Dieu, il serait toujours chef de bande. Tous les hommes de guerre admirent en lui le maître de la guerre, le prince des généraux. Le génie des armes est le sien : non pas le torrent des invasions, mais l'art achevé de la manœuvre, et le poète sans égal de la stratégie. A l'Etat et à la paix, il a donné les formes de l'armée et de la guerre. 11 a la passion de l'unité : tel est le génie de l'homme seul, sans liens profonds qu'à soi-même.
Il est l'homme de la Révolution : il est donc l'homme du destin. Il accomplit r(L'Uvre énorme que la Révolution lui prépare. Il est pareil, avec sa grosse tête d'enfant boudeur, au marmot qui rassemble les morceaux du jeu. La Révolution lui a jeté en tas les pierres, les poutres neuves et les débris ; il s'empare du chantier, et il bâtit la maison aux deux ailes d«