L^DÉE ET LA LÉGENDE NAPOLÉONIENNES
bourse et de caserne. Et des arcs de triomphe ouvrent toutes les avenues.
Bonhomme en famille, et faible même avec les siens, fidèle ami, il paraît sans cœur comme la Révolution. Parvenu comme elle, comme elle toute raison. D'ailleurs, se servant de la raison sans scrupules, il y asservit tout ce qui le gêne. Il pense : la raison, c'est moi. Et voilà les crimes de Tordre et la raison d'Etat.
Ils disaient de lui : l'Usurpateur. Mais rien de plus fort ne peut être dit du conquérant, quand on refuse puérilement de lui donner son nom. Le pouvoir légitime ne doit, d'abord, sa tranquillité et son usage qu'à la faiblesse des hommes. Celui qui usurpe la puissance est celui qui la mérite, s'il la garde ; il est l'homme seul qui a osé. 11 n'y a rien de plus beau sous le ciel que l'homme qui ose. Celui-là qui est assez hardi pour fonder son droit sur sa puissance, celui-là du moins a plus que le pouvoir : il a l'autorité.
C'est pourquoi, lui qui est la force, il est Tordre aussi ; et Tordre bien plus même que la force ; car Tordre est le second âge de la force, et tout le blé de Tépi.
Où donc est Tunité de cet homme, en qui l'unité est si forte ? On est maître dans l'action, à la mesure
où l'on est un. Nul n'en a l'instinct plus que lui, le grand Punique.
Napoléon est l'homme de la valeur, en tout ordre, en tout lieu, en tout temps.
Personne n'a connu comme lui la valeur de tout objet, de toute idée, et de tout acte. Il est une prodigieuse machine à peser des valeurs, hommes et^événements. Peser, penser. Il place tout sur ses balances, et il n'a que faire de ce qui ne s'y laisse pas placer. Il n'est pas mathématicien : il est l'arithmétique incarnée. Au soir de Friedland, vingt mille morts, soixante mille blessés, c'est lui qui dit : « Une nuit de Paris réparera tout cela. » 11 n'est pas aveugle, il n'est pas insensible : il a vue sur ce charnier énorme ; il en a la puanteur au nez. On était en juin. Mais ni l'horreur, ni la tristesse, ni la putréfaction, ni les cris des mourants ne l'occupent. Son affaire est ailleurs : ayanl considéré l'immense carnage, il l'a pesé ; puis il l'a compensé, selon les règles de son arithmétique, laquelle est sa justice. Aussitôt qu'il pèse, il compense Et non moins sûrement, il récompense.
La guerre, calcul des masses, est le calcul suprêm» des valeurs, dans l'ordre dos coups.
Celui qui commande à la guerre, commande iX toui les marchés. 11 règne sur les valeur^ de la matière il donne l'étalon légal à toutes. C'est pourquoi le plu grand des hommes nés pour peser les valeurs et le fixer, Napoléon, est aussi le jjIus grand des homme do guerre. Il a tout engagé dans la guerre, quand i l'a fallu; et depuis Napoléon, à la guerre, il y va, pou
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un peuple, de la vie et de la mort. La guerre est 1 opération qui les enferme toutes : elle est le mètre temporel entre les intérêts et les nations.