‹ L'histoire de SavoieChapitre 5 sur 7 · T»04L À ISIS · texte numérisé non relu

T»04L À ISIS

Paffe 496, — A Mo û tiers.... l'Empire créa une Ecole pratique des mines dont la réputation devint européenne.

L'Empire a créé à Moûtiers la seule Ecole Théorique et pratique des mines de toute la France.

M. Schréiber, ingénieur distingue, d'orii^Miic saxonne,

m élait le directeur; MM. Brochant, Balliet el Ilasscnfraz, membres de llnsliliU en étaient les professeurs. Ils se partageaient les différents cours que devaient suivre les élèves, sortant tous de TEcole polytechnique, avant d'obtenir le grade d'ingénieur. Chacun de ces professeurs venait tour à tour résider à cet effet environ trois mois par année à Moûtiers.

Page -197. — Sa franchise (de M Saussay) déphil également an Gouvernement dont il résumait les erreurs, et aux Savoyens dont il ne ménageait pas les défiiuls.

En me référant à ce que j'ai dit sur M. Sausay, page 571 j'ajouterai seulement que rien ne ressemble moins à cet homme, aussi bon que bienveillant, que le portrait qu'en fait M. de Saint-Genis : je l'ai connu en Savoie et plus intimement encore à Chartres.

Page J9C. — M.Talluel, secrétaire général de la préfecture, aidé de l'archivislc Léger, rédigea, sous les auspices de son chef, M. de Verneilii, un remarquable travail de statistique,où labus de l'éloge satisfit les plus exigeants.

Les premières statistiques du département du Moniblanc ont en effet été rédigées par M. Palluel, secrétaire général. J'ignore si celle publiée eu 1807 avec la signature de M. Verneilh, second préfet, administrateur aussi intelligent que laborieux, a le caractère laudatif que lui attribue Tauteur, sans dire h qui s*adresse cet abus d'encens : ce que je sais très bien, c'est qu'elle a été citée par le ministre de l'Intérieur comme un modèle à suivre.

J'ai eu cette statistique en ma possession et je regrette de ne plus l'avoir ; car, si je consulte ma mémoire, je suis presque certain qu'en la relisant, j'y trouverais la réfutation des expressions de l'auteur : La Savoie n'est pas assez vaniteuse pour demander des éloges ; toute son ambition est d'ôtre jugée avec équité.

Pages <96 et -197. — L'abbé Grillet, savant distingué, mais caraclôro faible, publia (en 4807), son Dictionnaire historique et statistique des départements du Montblanc et du Léman. Les livres de ce genre sont la plus détestable forme de rhisloirc,' etc.

Je ne vois pas trop ce que le caractère faible ou énergique de M. Grillet, que je n'ai pas plus connu que M. de Saint-Genis, peut avoir à faire avec son dictionnaire. J'ai eu des relations intimes avec son neveu, M. Ducroz, avocat fiscal à Bonneville : il m'a souvent répété que M. l'abbé Grillet, en écrivant ses volumes, n'avait eu que la prétention de mettre en ordre quelques •matériaux pour servir à l'histoire de son pays.

Je ne comprends pas davantage le dédain avec lequel l'auteur parle des mémoires et dictionnaires historiques.

Il me parait que les historiens doivent au contraire de la reconnaissance aux hommes laborieux qui, sous une forme ou sous une autre, ont réuni les documents épars des annales de leur patrie.

C'est en fouillant dans ces précieuses compilations, en les comparant, en les contrôlant les unes par les autres, avec un esprit de sage critique, qu'on trouve la vérité historique : sans ces espèces de jalons des temps anciens,

qui nous initient aux grands évônements du passé, où riïisloricn Irouverail-il les él,én)enls de son œuvre? La tradition orale, qui, en traversant les siècles, exagère et dénalure, serait un mauvais guide d'ailleurs bien insuffisant. Ceux auxquels nous devons de semblables recueils sont en quelque sorte les pionniers de Thistoirc ; ils ouvrent la voie à ceux qui l'écriront plus tard.

Page 207. — Le i5 seplcmbfe> le comte d^Agliano^ son lieutenant général muni tic pleins pouvoirs, arrive à Saint- Jean-de-Maurienne ; le 49, mal inspiré, il déclare que les Royales Constitutions redeviennent la loi du pays \ le Vy octobre, il s'installe à Conflans et réunit autour de lui quelques vieux magistrats qui forment un Sénat provisoire, dont le chef, le comte Gattinaro prit séance le •!*"" décembre. Celte invasion de fonctionnaires piémontais déplut ; etc.

En exécution du traité du 31 mai 1814, les autorités piémontaises sont venues, au nom de Yictor-Emmanuel P*^, prendre possession de la portion de Savoie restituée à la monarchie sarde., et ont choisi pour capitale du duché la ville de Conflans et le bourg voisin de Lhùpital, réunis plus tard en une seule cité, sous la dénomination d'Albertville. Conflans était le siège du Sénat et de toutes les autorités judiciaires : Lo gouverneur, et les autofités militaires, civiles et financières résidaient à Lhôpital.

Ce n'est point un sénat provisoire qu'on a créé à cette l'époque, mais un sénat dénnitif : il n'a été modifié qu'à la

suite des «véncmcnis imprévus de 18 IT». Ce corps n'a pas éiè compose' de vieillards pris au hasard, comme pourraient le faire croire les expressions de l'auteur; mais d'hommes, vieux ou jeunes, tous honorables, et dont plusieurs étaient des magistrats et des jurisconsultes distingués.

Les fonctionnaires piémontais chargés de venir alors organiser la Savoie, étaient des personnages d'un grand mérite, presque tous anciens administrateurs ou magistrats de l'Empire. Ils oilt su bien vile se concilier la confiance et l'affection dos habitants ; s'il y a eu quelque mécontentement de l'invasion en Savoie de fonctionnaires étrangers, il a été plutôt l'expression de jalousies et d'ambitions individuelles que celle de l'opinion générale du pays. La ville de Lhôpital a prouvé son affection et sa reconnaissance pour M. le comte Caccia, premier intendant général, en donnant son nom à sa principale place.

Notre pays occupé par l'armée française et évacué, presque sans résistance par les troupes piémontaises a été réuni en novembre 1792 (1) à la France dont il est devenu le 84* déparlement. Les princes de la maison régnante de Savoie, relégués dés lors au de là des Alpes et ensuite en Sardaigne, étaient presqu'inconnus à la jeune génération qui grandissait : celle valeureuse jeunesse et la majorité de la population qui avaient assisté et contribué aux grandeurs du premier Empire, ont sans doute subi avec

(I) Ce n'est que par le Irailé du ^5 mai/l79C que Victor- Emmanuel m a fait à la France Tabandon de la Savoie.

douleur les conséquences du Iraité de 1814, mais le bon choix des fonctionnaires chargés de venir les premiers nous serrer la main au nom du roi, a rendu celle transition iRoins pénible.

Page 208. — Tandis que Joseph de Maistre écrivait : « Celle division de Findivisible est insupportable. Si au moins la Savoie n'éUiit pas divisée, en pleurant son ancien inaîlre, elle aurait la consolation de conserver son intégrité. »

Il est beau de voir, à cinquante ans de distance, la population de la Savoie animée, en 1860, des mêmes sentiments patriotiques d*unité savoisicnne que ceux si noblement exprimés, en 1814, par M. le comte Joseph de Maistre. (Voir plus loin\

Page 209. — Les généraux Guillet, Dessaix, Curial, le comte Berthollet et d'autres adressaient au Congrès de Vienne une protestation demeurée inédile.

Plus de vingt-cinq généraux, enfants de la Savoie dont les noms figurent glorieusement dans les plus belles pages de rhistoire militaire de France, ont versé leur sang pour elle : les survivants ont sans doute signé la protestation citée par Tauteur, si réellement elle a été faite, car tous avaient conservé dans le cœur Tamour du sol natal.

Pages 2\\ et 212. — Le colonel Bugeaud, commandant la ^4»"• demi-brigade, coupe le pont de bois sur TArly et se

rclranclie à Lhôpital... Le pont incendié et où il ne reste que quelques poutres... sert de théâtre à un combat furieux, le nombre remporte ; l'ennemi <s'insla]le sur la rive droite. Le village de. Lhôpital est pris el repris six fuis. Les habitants se jettent à leur tour sur les Croates qui pillent leurs maisons. Les femmes elles-mêmes s'arment de faulx ou chargent les fusils. Mais Trenk accourt au bruit du canon, mitraille les Français de flanc^ d'une rive à l'autre de l'Arly, et les force à se replier sur St-Sigismond. Après une courte trêve tacite, Bugeaud masse ses soldats et les habitants confondus dans les mêmes rangs, forme une solide colonne d'atlaque et reprend le bourg d'assaut, après Irois quarts d'heure de lutte à l'arme blanche. Le soir, un armistice est conclu, qui interdit aux Autrichiens

de molester les braves habitants de Lhôpital Le

combat de Lhôpital reste vivant dans la mémoire des hommes^ dans les annales du pays. De Conflans à Grenoble, d'Ugines à Genève, ce récit légendaire occupe souvent les veillées d'hiver ; le peuple en est fier : quand il en évoque le souvenir, on croit entendre battre le rappel pour le salut de la patrie.

Les forces qui ont concouru à la bataille de Lhôpital étaient au nombre de 6 à 7,000 hommes du côté des Âustro-Sardes, et de 3 à 4,000 du côté des Français.

La veille de la bataille, le maréchal Suchet est venu annoncer aux régiments réunis sur ce point les funestes résultats de la journée de Waterloo, el leur donner Tordre de battre en retraite : ces braves ont répondu que, s1ls ne pouvaient plus combattre pour Tempercur, ils voulaient se battre encore une fois pour Thonneur du drapeau de la France.

Les troupes concentrées autour de Lbôpitai se sont Lien vite aperçues, avec l'intelligence qui distingue le soldat français, que leur général prenait des dispositions de retraite plutôt que de combat : exaspérés par le désastre qui les frappait dans leurs plus nobles sentiments, leur culte pour lempereur et Tamour de la patrie, elles Tonl traité de lâche et de traitre. Cet officier supérieur a fui devant ces énergiques démonstrations qu^il était impuissant à maîtriser, et s*est dirigé, après avoir quitté ses insignes militaires, sur Favcrgcs par le col de Tamié.

Les officiers des grades les plus élevés se sont ensuite réunis en conseil de guerre, et ont déféré le commandement en chef à Bugeaud, colonel du H** régiment de ligne, et non commandant de la H** demi-brigade, organisation remplacée depuis longtemps par celle de régiments cl de colonels.

L'armée austro-sarde est arrivée par le col dos Encombres et par le Petit-Saint-Bernard, vers les dix heures de la matinée du 27 juin 1815, àMoûliers, harassée de fatigue: elle en est partie à sept heures du soir : h Taube du jour du 28, les Autrichiens venaient de dépasser l'avenue de la fonderie de Condans, lorsqu'ils ont reçu de trois compagnies de voltigeurs français placées en embuscade sur ce point, deux décharges meurtrières tirées presque à bout portant : cette fusillade a été le début de la bataille et a mis hors de combat plusieurs centaines d'ennemis.

Tout rhonneurde ce combat appartient à Bugeaud, devenu plus tard maréchal de France. L'ordre de la retraite était déjà donné par le général en chef de l'armée autrichienne, lorsqu'un aide de camp du maréchal

Suchet est vena ordonner de la manière la plus précise, la cessation des hostilités. Une suspension d'armes a été signée après neuf heures de combat. La ville deLhôpilal a été prise et reprise plusieurs fois; les Français en sont reslés maîtres : ces derniers voulaient attirer l'ennemi dans la plaine du côté de Gilhs mais les Autrichiens se bornaient, après avoir pénétré dans la ville, à piller les magasins et les habitations : les Français furieux rentraient alors et refoulaient les Austro-Sardes de l'autre côté du pont après avoir tué les pillards sur les lieux môme où ils commet- (aient leurs dévastations. Une charmante demoiselle de 17 ans^ réfugiée dans la cave de la maison paternelle, a failli être la victime des outrages de plusieurs Croates, qui ont été tués sous ses yeux par les Français rentrés à temps pour la sauver.

Les Autro-Sardes ont eu plus de 2,000 hommes morts ou blessés et les Français 500 ou 000.

Celte bataille glorieuse pour les armées françaises a été le dernier resplendissement de Tempire expirant : peu importante par le nombre des combattants, elle a été un des faits d*armes les plus mémorables par Tacharnement et par le nombre des morts et des blessés.

Le pont de bois-sur Arly, aboutissait alors à la place Gaccia ; il n a pas été coupé, mais seulement dépouillé de ses plateaux pour en rendre le passage plus diQicile; personne d'ailleurs n'avait intérêt à le détruire ; ni les Austro-Sardes, qui voulaient s'emparer de Lhôpitâl; ni les Français, qui voulaient attirer l'ennemi dans la plaine.

Tout le fracas de mitraille et le récit épique qui termine le 2^ alinéa de la page 211, sont autant d'erreurs.

L'arlilierie a jou6 uu rôle insignifiant dans celle bataille : les Autrichiens n*onl eu que deux canons sur la terrasse du château de Condans et un 3* placé devant le clos du couvent des capucins.

Les habitants de Lhôpital avaient presque tous abandonné leurs maisons; ils n'ont tué aucun Croate, n ont tiré aucun coup de fusil, ne se sont réunis à aucune colonne d^attaque : si dans un moment d'entraînement, ils avaient voulu combattre avec les Français, le colonel Bugeaud aurait, le premier, refusé de les admettre dans ses rangs ; il avait trop de noblesse et de générosité dans le caractère pour compromettre inutilement, en faveur d'une cause irrévocablement perdue, Texislence et la fortune des habitants de la ville. Les femmes que l'auteur veut transformer en héroïnes, n'ont pas mérité un tel honneur : elles n'ont chargé aucune arme, ne se sont pas armées de faulx ; elles se sont bornées a remplir leur rôle plus modeste de mères dévouées et à veiller sur leurs enfants réunis autour d'elles. Voilà donc un récit légendaire dont l'imagination ou la crédulité de fauteur ont fait tous les frais.

Si la conduite de la population avait donné lieu à quelques représailles, il est plus que douteux qu'elle eût trouvé une protection efficace dans le prétendu article de l'armistice par lequel, selon M. de Saint-Genis, on interdisait aux Autrichiens de molester les braves habitants de Lhôpital.

Sans doute la population a pu voir, des hauteurs où elle s'était réfugiée, quelques épisodes de la bataille, et

admirer la valeur des combattants, mais elle n'a nullement pris part à la latte.

D*ailleurs, la Restauration qui venait de transformer un petit bourg en une capitale, pesait de quelque poids sur les sentiments des habitants et avait tout au moins mis une sourdine à leurs sympathies pour la France.

Ce qui prouve davantage encore la complète abstention de la population dans la lutte, c*est que celte journée n*a coûté la vie qu'à un seul habitant de Lhôpital, un cordonnier : ce malheureux a été victime de son imprudente curiosité; il a voulu regarder par la fenêtre ce qui se passait dans la rue, et a été frappé à la télé par une balle qui ne lui était pas destinée.

Il est vrai que ce mensonge de participation au combat a été colporté, et môme, je crois, imprimé dans le temps, pour justifier un acte odieux de vandalisme conmiis par le général autrichien; celui d^avoir incendié^ la ville en faisant tirer sur elle à boulets rouges.

J'habitais alors Moùtiers silué à 27 kilomètres seulement de Lhôpital où je suis allé peu de jours après visiter des parents et des amis ; j'y ai séjourné souvent plusieurs, mois consécutifs dès le commencement de 1 8 IC, époque* où mon père y a été appelé comme intendant de la> province de Hante-Savoie dont cette ville était devenue* le chef-lieu : j'ai donc puisé aux meilleures sources tous mes renseignements sur ce sanglant combat.

Les erreurs et les exagérations que je viens de signaler prouvent combien un historien doit apporter de circons-. pection à accueillir des écrits éphémères trop souvent dictés par la passion ou par l'intérêt personnel.

Pour rendre un hommage complet à la vérité, je dois dire ici que les Croates seuls se sont livrés au pillage, et que l'armée piémonlaise élait loin, alors, d'avoir reçu la bonne organisation qui lui à été donnée depuis.

Les soldais pris isolément avaient bien le courage individuel qui, de tout temps a distingué les populations des Etats Sardes, mais ils manquaient de cet ensemble et de celle confiance en eux, et surtout dans leurs ofliciers, si indispensable sur un champ de bataille.

Les chefs de celte armée, tous honorables et dévoués, étaient [dépourvues . d'expérience, car la plupart d'entre eux avaient été choisis parmi les survivants des cadres des régiments de 1792. Depuis cette époque ils avaient quitté le service pour suivre jusqu'en 1814 d'autres carrières, ou n'en suivre aucune. On les a admis avec les grades et les avancements qu'ils auraient obtenus s'ils étaient restés en activité pendant cette lacune de 22 ans.

L'armée n'avait point encore ouvert ses rangs à tous les braves rentrés du service de France ; ils étaient en suspicion auprès du gouvernement de Turin.

Page 212. — Le maréclial Suchel fort indécis, ne recevant de Paris que des nouvelles contradicloires, essaie de gagner du temps par des sursis et des entrevues à Planaise, à Montmélian, ne réussit qu'à jeter de Téquivoque sur sa conduite, ne combine ni l'attaque ni la défense» entraînant dans sa triste inertie une armée peu nombreuse, mais irritée des fautes commises, prête à tout oser pour venger la honte de Tinvasion et que la population aurait partout secondée avec la même ardeur qu'à Co7tflans.

Le rôle équivoque que Tauleur fait jouer au maréchal Suchet dans celle campagne est en opposition avec les conviclions des hommes contemporains, qui n'ont jamais mis en doute les talents, la bravoure et la loyauté de cet officier général.

Le maréchal Suchet, aussi avare du sang de ses soldats que prodigue du ^ien versé sur de nombreux champs de bataille, est une des grandes gloires de la France.

Un général en chef ne doit pas subir des entraînements nobles, sans doute, mais qui ne peuvent avoir d'autres résultats que de faire inutilement de nouvelles victimes.

De la haute position où était placé le maréchal, il jugeait très bien que c'était dans les plaines de la Belgique que les destinées de la France devaient se décider, et que sa mission était de se borner à surveiller les frontières de* l'Est et à s'opposer à Tinvasion sur le sol français des. troupes autrichiennes et piémontaises. Il savait aussi qu*aprës la défaite de Vaterloo et ses désastreuses conséquences, il ne lui restait plus que de grands devoirs, d'humanité à remplir.

Bugeaud s*est conduit dans celle circonstance en valeureux colonel et en héroïque soldat; Suchet a rempli les. devoirs, peut-être plus difficiles encore, de sage général en chef.

Page 213. — Dans la nuit du 5 au 6 juillet, deux hommes du pays, le comte de Vars et le chevalier Télémaque d» Costa, guident une colonne autrichienne par un sentier de chèvres qui conduit sur la vieille voie celtique de la montagne de Lépine ; à Taube les Français relranchés au mont du Chat etc.

J*igT)ore à qaelle source Tauleur a puisé cette anecdote, dont moi, contemporain des événements, je n*ai jamais entendu parler, malgré mes intimes et fréquentes relations avec Cbambéry : elle est donc tout au moins douteuse, et ne peut avoir, dans tous les cas, qu'un intérêt de médisance : je crois que pour ces motifs il aurait été plus convenable que M. de Saint-Genis ne lui accordât pas Thonneur de figurer dans les pages de son histoire.

Page 213. — Plusieurs communes du Chablais, eu cessant d'être françaises, ne s'étaient pas résignées à devenir italiennes et s'associèrent aux démarches que fit la confédération helvétique pour prendre sa pari des dépouilles de TEmpire.

Il est très vrai qae d'activés démarches ont été faites par un grand nombre d'habitants du Chablais et du Faucigny pour être unis à la Suisse ; mais Fauteur aurait dû dire aussi qu'une autre partie de la population de ces provinces en faisait en même temps dans un sens opposé : M. de Cholex, alors avocat à Genève et devenu en 1821 ministre de la justice et de l'intérieur à Turin, était à la tête de ce dernier mouvement, car, à cette époque comme en 1860 il s'est manifesté en Savoie une honorable répulsion contre le morcellement de la patrie savoisienne.

Cette opposition a dû être bien énergique, puisqu'elle a prévalu contre l'influence qu'avait sur l'empereur Alexandre, M. de La Harpe, son ancien précepteur, retiré en Suisse, sa patrie.

Page 217. -- L'édil royal d«i 22 décombre 1815 remit en

vigueur les royales constitutions de 4770 et le règlement

de ^1773 Celle mesure inouie fut une insulte de plus

inflgéc au pays....

.... L*édit de 4815 brouillait les contrats, jetait la division dans les familles et le trouble dans les actes de deux générations.

Sans doute, au moment de la restauration, le roi, d'ailleurs plein de bonté et de bonnes intentions, a été mal inspiré en supprimant les lois françaises et les remplaçant par les anciennes institutions Sardes dont quelques unes cependant avaient bien leur mérite ; on a eu surtout le tort de donner à celte suppression un effet rétroactif.

Pour constituer dans ses états l'unité de législation, Victor-Emmanuel I" devait en imposer une nouvelle ou à ses provinces de Terre ferme, ou à la Sardaigne, son apanage royal.

On doit lui pardonner, ou du moins admettre comme circonstance atténuante, d'avoir tranché cette alternative en faveur de Tile qui avait abrité sa couronne pendant la tempête révolutionnaire et là durée du premier empire.

Dans Tapplication des anciennes lois, il y a eu moins d'abus et de bouleversements que ne le laisse croire M. de Saint-Genis. La magistrature a conservé une honorable intégrité, el s'il y a eu exceptionnellement quelque chose à désirer dans Tadministi^ation de la justice, il faut moins en faire remouler la responsabilité à la pression gouvernementale qu'à l'esprit de réaction et peut-éire aussi à finexpérience d'un petit nombre de magistrats auxquels on avait appliqué le même système de promotion et

d'avancemenl que celui adoplé, au début, pour l'organisation de Tarmée.

Page 248. — Us ont perdu les notions de la terre, s'écriail Chateaubriand à propos des fautes des émigrés français : Vadcersife' n'est qu'une plébéienne grossière gui leur a manqué de respect, et les catastrophes ne sont pour eux que des insolences ! cerles les erreurs dont il se plaignait étaient peu de chose à côté des actes insensés de l'émigration piémontaise etc.

Les événements, qui, comme ceux de 1814 et 1815, apportent de grandes modifications dans la circonscription des états européens ne peuvent avoir lieu sans réaction; cependant dans les étals Sardes où Tabsolutisme était tempéré par la bonté paternelle héréditaire chez les princes de la maison de savoie, cette réaction a été moins violente qu'en France, quoiqu'en dise M. de Saint-Genis avec une prévention excusable en faveur de son pays. L'auteur aurait dû savoir au reste qu'en Piémont il n'y avait presque pas eu d'émigration.

La transition a été adoucie, comme je l'ai dit plus haut, par un choix aussi bienveillant qu'intelligent des hauts fonctionnaires civils, judiciaires et financiers chargés d'organiser la Savoie.

MM. le comte Caccia, ancien Préfet du département de Marengo, intendant général, le marquis de Gattinara , premier président du sénat; de Boncompagni chef du parquet, et Simondi, trésorier général, se sont concilié

l'aSèction et ta confiance de la population; ils ont sa opposer la barrière de leur loyauté aux dénonciations el aux intrigues d'une réaction moins gouvernementale que locale représentée d'ailleurs par un peiit nombre d'individus. Ceux qui les ont remplacés à Chambéry après le traité de 18 1 5, ont continué ces bonora^fles traditions. Je me bornerai à citer ici les noms de MM. Calvi, Petliti et Cotla, premiers présidenis, des comtes Tornielli el Pullini intendants généraux, Porta et Deleuse sénateurs, et Corso, directeur de l'enregistrement et des domaines qui tous ont laissé en Savoie d'affectueux et fralerneissouvenirs. Malheureusement les premiers gouverneurs et les autorités militaires n'ont pas mérité les mêmes éloges et, sous ce rapport, il y a eu de fréquents motifs de mécontentement qui, plus tard, sont devenus des sujets de moqueries dédaigneuses plutôt que de colère.

Page 218. — Ce renversement subit des habitudes prises, des opinions reçues, parut sans remède et rejeta la Savoie dans une complète indifférence de ses destinées. Beaucoup de Siivoyens employés en France ou qui y avaient noué des relations de famille, d'affaires ou d'amitié, abandonnèrent leur nationalité plutôt que de perdre leurs droits civils et de retomber sous le régime de l'arbitraire et du bon plaisir.

Cette prétendue indifférence de la Savoie et ce mouvement de refuge vers la France pour se soustraire au régime du bon plaisir et de l'arbitraire sont au nombre des récits exagérés qui se reproduisent bien souvent dans le cours de l'ouvrage de M. de Saint-Genis : après avoir

adopté un principe plus ou moins hasardé» il va en chercher la justification dans des faits plus douteux encore.

En 1814 et 1815, il ne s*est passé dans notre pays rien de plus et rien de moins que ce qui a toujours lieu aux époques de grands remaniements de circonscription des étals : La pliyart des Savoisiens, ayant des positions acquises en France, y sont restés \ quelques uns y ont renoncé pour rentrer dans leur pays natal. Il en a été de même des Français établis eu Savoie.

Les éloges que fait lauteur des actes récents des princes de la maison de Savoie, ne le justifient pas de la légèreté avec laquelle il parle du passé.

Note de la page 2t8. — Parmi les procès curieux auxquels donnèrent lieu, soit la question du mariage civil ou celle du divorce, soil la revendication d'tiéritages échus pendant la période révolutionnaire, je citerai l'inslance introduite par pauvre D^^ de Montfalcon contre des parents que leur haute position permettait de qualiiier de cousins du roi dans le grimoire de procédure (1822-1825). Le procès finit, comme dans les comédies, par un billet du roi et le mariage de la plaideuse avec M. le comte Calvi premier président du sénat.

M. le comte Calvi, premier président du sénat de Savoie, était un digne magistrat : Le procès de M"® de Montfalcon a peut-être mis en rapport ces deux personnages, mais leur mariage n a été que le résultat d'honorables sympathies auxquelles les bonnes ou mauvaises lois du royaume ont été entièrement étrangères.

Onel que soit le mérite de la plaisanterie qui termine le texte reproduit ci-dessus, il lui manque le premier do tous, celui de Tù-propos, car M. Calvi n*éfait pas la partie adverse de M*'" de Monlfalcon, el leur mariage n*a pu, comme dans la comédie, finir un procès dans lequel une des parties contractantes était désintéressée.

Page 219. — La réaction continue d autant plus impré- Toyante que personne n'osa la braver en face, on alJait jusqu'à blâmer les effusions de famille^ le lutoyemenl des pères et des enfants etc.

En exagérant les eiïets de la réaction, l'auteur calomnie Tatlitude de la population qui a toujours été digne et honorable. Jamais les elTusions et les réunions de famille et d'amis n*ont été plus fréquentes et plus animées qu'à cette époque. On ne s'est ni plus ni moins tutoyé alors qu'auparavant. Au reste il est permis de craindre que le tutoyement avec les ascendants ne porte quelque atteinte à la déférence et au respect que les enfants doivent avoir pour eux.

Si des mesures blâmables ont été prises dans les premières années de la restauration du roi de Sardaignc dans ses états de Terre ferme, on doit rendre au gouvernement la justice de reconnaître qu'ensuite on a presque toujours marché dans la voie de sages et progressives améliorations.

Pages 249 et 220. — Pie VII venait de reconstituer légalement Hn^titut des Jésuites et le tribunal de Pinquisition.

promenade portée par Tarrêt, car la pendaison a eu lieu immédiatement après la mutilation.

Une semblable condamnaîion a été prononcée à Chartres pendant le séjour que j'y ai fait en 1812 et 1813, avec la seule différence qu'après avoir eu le poing coupé, le condamné, tout jeune encore, a été guillotiné : il avait tiré sur sa grand mère un coup de fusil dont elle n'est pas morte (1).

Si M. de Saint-Genis avait, étudié l'histoire et le mouvement des lois criminelles de son pays, il n'aurait pas accusé un Etat voisin d'une barbarie exceptionnelle parce qu'un grand coupable y a été condamné au même supplice que celui infligé, peu d'années auparavant, par un tribunal français, à l'auteur d'un assassinat qui n'a pas été accompagné de circonstances aussi odieuses que le parricide commis par l'avocat Dumontel (2).

Pages 222 et 223. — Les grains la de récolle de ^816 furent rapidement consommés; on tua les bestiaux que le manque de fourrages empêchait de nourrir, puis au printemps de 1817, les greniers et les élables vides, une pluie froide tombant sur ces misérables affamée, sans

(-1) Voir la note 4.

(2) Avant les adoucissements apportés au code criminel français, par la loi du 6 juillet -1830, les parricides marchaient au supplice la tête couverte d'un voile noir et on leur coupait kl main droite avant de leur trancher la tête.

interruption, de février en avril, en fit périr quantité par des phlhisies et des fiovres malignes.

Les survivants allaient dans les champs, dans les bois ramasser les herbes, chasser les fauves, les oiseaux de proie, se mettre en quête des reptiles les plus immondes ; ces tristes ressources vite épuisées, on les vit hâves, décharnés se traîner sur les chemins où ils effrayaient les rares passants, et mourir de faim aux

portes de villes 2î78 personnes furent employées

pendant sept mois aux digues de Tlsère et à la route de Chamousset à Conflans ; ces transports de terre dans un pays malsain, amenèrent des fièvres qui firent périr un tiers de ces malheureux, etc.

Il n'est que trop vrai que les mesures prescrites en 1816 et au commencement de 1817, contre rinsullisance de la récolte ont été peu intelligentes et ont donné lieu à de justes plaintes. Le roi croyait que les précautions prises mettaient la Savoie à fabri de la famine, et que les céréales s y vendaient à un prix modéré. Il était mal informé par son ministre de l'Intérieur; ce dernier le trompait ou se laissait tromper lui-même, ce qui n'était guère plus honorable; cependant Tauteur exagère nos souffrances, grandes sans doute, mais bien adoucies par Tcsprit de charité fraternelle qui unit tous les habitants de la Savoie.

Les travaux ordonnés en 1816 pour contenir Tlsère dans son lit ont éié une bonne mesure sous le double rapport de saîubrulé publique et de secours aux malheureux. Il y a exagération dans l'appréciation du nombre des victimes de cette disette et surtout dans le tableau

hideux qui termine la page 222 où il fait intervenir les reptiles les plus immondes dans un pays où il n en existe presque pas.

Lrs villes de Savoie n'ont jamais laissé personne mourir de faim à leurs portes.

L'historien en parlant des temps malheureux, doit éviter de puiser ses renseignements dans des écrits empreints de Tespril de dénigrement qui, trop souvent, veut rendre le gouvernement responsable de toutes les calamités publiques : ici la part de responsabilité des autorités piémontrises est incontestable» mais il ne faut pas en exagérer les funestes conséquences.

L'auteur n'aurait pas dû ignorer que les années fraîches et pluvieuses sont les plus favorables à la production des prairies et à la prospérilé des pâturages ; c'est ce qui a eu lieu en 1815 kl 1816, où les fourrages ont été très abondants ; ce n'est donc pas le manque de nourriture qui a vidé les Habits; la disette des céréales a seulement nécessité alors la consommation d'une plus grande quantité de hilail pour Talimentation.

Il n'était pas encore question en 1816 et 1817, d'ouvrir la route actuelle de Chamoussel à Albertville : on n*a donc pu agglomérer sur ce point les 2,478 ouvriers que M. de Saint-Genis indique d'une manière si précise : quelque soit d'ailleu.is le nombre de ceux à qui on a procuré de l'ouvjage, ces travaux to/onfatres n'ont certainement pas coûté la vie à tant de personnes.

Avant le dignement de l'Isère, la stagnation des eaux hors de son lit occasionnait toutes les années des maladies.

el faisait un certain nombre de victimes; en 18 16 et 18 17, la mortalité a été un peu plus grande.

Note de la page 223. — Je dois citer les noms des citoyens dévoués qui présidèrent les commissions de secours; MM. de Sonnaz, de Boigne,... Âugier et Bérard en Tarenlaise.

On s*expose à des erreurs et à des omissions, en voulant citer les hommes dévoués qui, à une époque déjà éloignée, ont consacré leur fortune et leur temps à diminuer les funestes résultats des malheurs publics ; à MoAtiers, il n*existait aucune personne du nom d'Âugier, et Fauteur ne mentionne pas le digne avocat Sage qui a présidé la commission des subsistances avec le zèle, Tactivité et la haute intelligence qu'il a déployés ensuite dans les fonctions d'Intendant, d'Intendant général, et celles électives ou il a été appelé plus lard par Testimeet la confiance de ses compatriotes.

Il a siégé huit ans au conseil divisionnaire de Chambéry qui Ta élu deux fois vice-président et six fois son pr^ident.

La croix de commandeur de TOrdre des SS. Maurice et Lazare et celles de la Légion d'Honneur et d'Italie sont aujourd'hui le couronnement de sa longue et honorable carrière.

Page 224. — Des sept provinces, les Bauges et le Chablais surtout, eurent à souffrir les plus cruelles épreuves.

Les Bauges n ont jamais été une des sept provinces de

la Savoie ; elles faisaient partie de celle de la Savoie propre dont Chambéry était le cBef-lieu.

Même page. — Un cri de douleur se répand dans la ville protestante : on meurt de faim en Savoiel Des commissaires partent aussitôt, dans toutes les directions, pour se rendre compte des besoins, tandis que des Comités de secours s'organisent à Genève, provoquent des collectes.

L*auteur rend un juste hommage aux sentiments d'humanité .des habitants de la ville de Genève : dans toutes les calamités qui ont frappé la Savoie, ils sont venus à son secours avec un empressement et un dévouement fraternels dont j*ai été témoin plusieurs fois, entre autres à Tépoque des incendies qui ont dévoré les villes de Sallanches et de Cluses.

Page226, — Les souffrances physiques des populations les laissèrentindifTérenles aux émotions politiques qui agitaient le Dauphiné. Le complot de Didier venait d'être découvert. Le malheureux conspirateur dont la léte était mise à prix, poursuivi par les carabiniers sardes dans les montagnes encore couvertes de neige de la Maurienne, fut livré à Saint-Jean d'Arves (^6mai), traîné à Turin, ramené à Chambéry, et remis aux autorités françaises*, on le fusilla à Grenoble.

Pour la première fois, une trahison avait souillé celte noble terre de Savoie.

La misère n'a point laissé la Savoie indifférente aux événements qui se passaient dans son voisinage. Le corn-

plol dont Tavocal Didier, de Grenoble, était le chef, pouvait d'autant moins être inaperçu/dans n.otre pays que ce dernier était personnellement connu des nombreux Savoisiens qui avaient fait leur cours de droit dans cette ville.

Après un court engagement et la défaite des insurgés (3 mai 1816), leur chef réussit à s^échapper avec trois de ses compagnons, Dussert, Durif et Cousseux. Us franchirent ensemble la frontière française du côté de la Savoie. C'est alors, dit-on, que ces trois derniers apprirent de Didier lui-môme qu'il les avait trompés en leur faisant croire qu'ils s'insurgeaient au nom de Napoléon, tandis que la conspiration avait pour but de mettre le duc d'Orléans sur le trône. Â cette révélation, ils déclarèrent qu'ils ne se croyaient plus liés envers lui. Cousseux se sépara immédiatement d'eux, et ce fut avec Durif et Dussert que Didier continua sa route : dans la soirée, ils arrivèrent à Saint- Sorlin d'Arves, petit village de Maurienne, chez un aubergiste nommé Balmain. Pendant que Didier, blessé et accablé de fatigue, dormait sur une botte de paille, ses deux compagnons Greut connaître à leur hôte quel hommeil avait chez lui et le prix de 20,000 fr. que valait sa tête. Au point du jour, Durif et Dussert quittèrent l'au-^

berge avec B ; aussitôt ^ue le fugitif fut réveillé, la

femme de Taubergiste le prévint qu'il avait été trahi et» les larmes aux yeux, rengagea à chercher un asile plus sûr. Didier, sous la conduite d'un berger, arriva à rentrée d'une vallée s'ouvranl sur la France. Après s'être un peu reposé, il reprit la route de Sainl-Sorlin et s'arrêta devant une maison isolée du village de Saint-Jean d'Arves a la porte de laquelle une vieille femme se réchauffait au\

derniers rayons du soleil ; il lui demanda rtiospitalité ; celle brave villageoise, après l'avoir bien regardé, lui répondit qu'il étail, sans doute, celui qui avait conspiré contre le Roi et que Ton cherchait dans tout le pays ; elle ajouta ; entrez, il n'y a dans nos montagnes qu'un seul

misérable capable de trahir son hôte, c*cst B

Le maître de la maison arriva un instant après el fît conduire Didier dans une grange isolée aumilieu des bois, où il lui était plus facile d*échapper aux recherches, avec promesse de lui porter chaque nuit à manger jusqu^au moment où il aurait recouvré assez de forces pour chercher un meilleur refuge. Dans la soirée même, les carabiniers royaux, guidés par B...., vinrent faire une visite domiciliaire dans la chaumière où le proscrit avait trouvé l'hospitalité quelques heures auparavant : les recherches n'ayant amené ni résultat ni délation, B... qui connaissait l'existence de la grange, y conduisit la force armée ; eWe y trouva et s*empara, le 16mai,dc Tinfortuné Didier encore endormi. Le 18, Sert se présentait à Thôtel de la préfec* ture de Grenoble et remettait au préfet un certificat dn maréchal des logis des carabiniers piémontais constatant que c'était sur les renseignements de Dussert, son beaufrère, et sur ceux de B..., l'aubergiste, que le chef du complot avait été pris. Les 20,000 fr. furent partagés entre ce dernier et Sert. Durifet Dussert eurent la vie sauve (1).

(f ) Voir le vol. I***, page 478 et suivantes de Thistoire de Louis-Philippe, par A. Dumas,

^^^^^kMMfca^tf^^^B^M

C*est donc sur une première dénonciation de deux français, compagnons de sa fuite, et sur des renseignements donnés ensuite par Tun d'entre eux, que larrestaiion de Didier a été opérée. Il a été trahi par deux de ses compatriotes secondés par un seul habitant de la Savoie qui a emporté dans la tombe le mépris de ses concitoyens. Je suis entré dans tous ces détails pour jusliHer mon pays de f espèce d*accusation et de responsabilité que l'auteur veut faire peser sur lui ; la lâche avidité d*un individu isolé ne peut souiller la loyauté savoisienne. Le prisonnier D*a pas été trainé, mais conduit en voiture à Turin dont le Oouvernement était d'ailleurs lié envers la France par un traité d'extradition.

L'avocat Didier n'a point été fusillé ; il a été jugé et guillotiné à Grenoble, le 16 juin 1816.

Page 227. — Le magistrat de la Réferme (Conseil supérieur des éludes) prescrit de ne faire passer d'une classe à l'autre, que les élèves qui justifieront de progrès soutenus dans l'élude de Tilalien.

(L'auteur mentionne, quelques lignes auparavant, le billel royal du 29 novembre 4817 qui prescrit le cours de langue italienne.)

Les exigences dont parle M. de Saint-Genis à l'égard de la langue italienne, n'ont jamais reçu une bien rigoureuse applitation, et le défaut de connaissance de cette langue n'a fait obstacle à la carrière d'aucun Savoisien dans retendue de son pays. Il est bien évident que ceux qui ne la connaissaient pas ne pouvaient prétendre à occuper des-

emplois dans les pàrlies des Elats sardes où Ton parlait et écrivait exclusivement l'italien.

Ce billet royal du 29 novembre 1817 qui encourt le blâme de Tauteur n*était au fond qu'un avis paternel aux Savoisiens qui désiraient que leur carrière ne fût pas bornée à la Savoie ; cette explication ma été personnellement donnée par M. le marquis de Brignoles, ministre des Finances ; il m'exprimait en môme temps son estime pour les habitants de la Savoie et son désir de les appeler en Piémont. Jamais la langue italienne n'a été enseignée dans les écoles de village; elle n'était même pas regardée comme obligatoire dans les collèges.

Note mise au bas de la page 228. — ... Mais les Bonapartistes accueillirent avec des bravos frénétiques ce vers dans lequel M"«. Georges dont on connaît rallacticment particulier à TEmpereur mit toute son Ame ;

« Je ne Fai donc revu que pour le perdre encore. » Dans Sémiramis. le trouble fut à son comble lorsque des bravos ironiques saluèrent celte plainte de Milrane :

n Ailleurs on nous envie, ici nous gémissons, etc. »

Il y a une grande exagération dans le récit de la démonstration rappelée par la note de la page 228. Il est cependant très-vrai qu'à cette époque le regret de ne plus faire partie de la France et un culte pour la mémoire de Napoléon étaient, dans les masses, les sentiments dominants.

Pages 22$ et 230. — Le mécontentement était général^ les

esprits aigris n'attendaient qu'une occasion pour manifester, de part et d'autre, leurs rencunos.

Le -(0 mars ^821., le comte de Palma entraîne son bataillon et avec lui la garnison d'Alexandrie, etc.

Les événements de 1821 ont eu une origine tout italienne à laquelle le mécontentement de la Savoie a été entièrement étranger; ce mouvement a eu pour complices toutes les sommités piémonlaises, et le roi lui-même, qui accueillait avecsympaihie l'espérance de conquérir l'indépendance de Tllalie que son entourage faisait luire à ses yeux, et celle delà réalisation prochaine d'agrandissemenls au-delà des Alpes, oljjel, depuis plusieurs siècles, de I*ambition de la maison de Savoie. L'esprit public de notre pays était favorable à la noble pensée d'affranchissement de la péninsule de toute domination étrangère, elles hauts fonctionnaires subissaient la même influence.

Le comte Provana, inspecleur général de la police en Savoie, a le premier fait sa proclamation publiée solennelletnent dans toutes les communes, et dans laquelle, on lisait cette phrase: l'aurore du bonheur commence à luire pour nous. Raturée par ce fonctionnaire sur l'original rédigé par son secrétaire, M. Miguet, de Moûtiers, elle y a été rétablie par M. d'Andezcno, gouverneur dii duché. Ce dernier, lui-même, avait déjà envoyé à Timprimerie son manifeste plus accentué encore, et en avait reçu la première épreuve, lorsque le baron de Bindrr, ambassadeur d'Autriche à Turin, où sa position n'éiait plustenable, est rentré auprès de sa cour en passant par Chambéry parce que cette voie, quoique plus longue» était plus sûre pour lui.

A son arrivée dans la capitale de la Savoie, il s*est de suile mis en rapport avec les principales autorités, il leur a donné Tassurance que la levée de boucliers du Piémont n'avait aucune chance de succès; que la France, sur Tappui de laquelle on comptait, ne la soutiendrait pas, et que probablemcn!, au moment où il parlait, l'insurrection élait déjà écrasée par les forces irrésistibles dont l'Autriche pouvait disposer, sans avoir à craindre aucune diversion.

Les aulorilés de Chambéry se sont alors empressées de remplacer /fiirs manifestations italiennes par une conlrerévolution bien Facile, et de les faire oublier par un zèle réaclionnaire (l).

Une autre direction prise par l'ambassadeur d'Autriche ou un retard de 24 heures à son arrivée à Chaafibéry auraient donc sauvé la Savoie de tous les actes de réaction dont plusieurs de ses habitants ont été les victimes innocentas, car on n'a eu en deçà des Alpes que le tort ou le mérite d'accueillir, avec plus ou moins de sympathie, une révolution dont on n'était nullement complice, et dans laquelle quelques-uns, sans doute aussi, voyaient la prochaine réalisation de leurs aspirations vers la France.

En abdiquant et conTiant la régence au prince de Garignan, Victor-Emmanuel Ta chargé d'un immense fardeau

(I) M. le comte Provana, désavoué par M. d'Ândezeno^, a été une des premières victimes de cette réaction dont il n'a pas été complice. Sos promoteurs les plus violents ont été le Gouverneur et les aulorilés militaires qui subissaient plus directe, ment son influence. La menace de destitution a entraîné quel, cvues autres fonlionnaires.

qu*ila, peut-être, accepté plus par dévouement que par ambition, car alors déjà bien des illusions élnient dissipées; on savait qu'il ne fallait plus compter sur une diversion de la part de la France, et que Tarmée sarde, en supposant qu'il y eftt unité de sentiments et d'action chez elle, aurait seule à soutenir une lutte inégale contre une des grandes puissances militaires de l'Europe.

Quelque dévoué qu'il fût a la réalisation de l'indépendance iialicnne, il était évident pour le Régent qu'elle n*avait alors aucune chance de succès, et que sa mission devait se borner à une politique de temporisation, surtout depuis la publication de la proclamation de Charles-Félix du 16 mars 1821 ; en suivant celte ligne de conduite que la nécessité lui imposait d'ailleurs, il a probablement évité de plus grands malheurs à sa patrie. Et puis, en admettant même que la conduite du prince n*ait pas été à la hauteur des circonstances, l'inexpérience de ses 22 ans à peine commencés sera son excuse.

Page 230. — Charles-Albert, prince de Carignan, déclaré régent, essaya à Turin pendant quelques jours le rôle que le duc d'Orléans devait jouera Paris vis-à-vis de Charte X^ avec un meilleur succès pour la cause libérale. Mais tandis qu'il adhère aux désirs communs . exprimés, suivant ses expressions, avec une ardeur invincible, el qu'il écarte les ministres savoyens de son cousin, MM. de Rcvcl et Gerbaix do Sonnaz, pour demander le concours du marquis d'Oncieu signalé à l'eslime de tous les partis par sa conduite de ^815; tandis que Marentini, SanU-Rosa, Villaraarina, ses amis personnels, décrètent la Constitution, Charles- Félix, acceptant la couronne^ prend à Modènc les ordres

de l'Autriche, révoque les actes du régent, s'entoure des ollîciers de Savoie restés presque tous fidèles au prestige royal, rentre à Turin et y rétablit l'ordre.

L*auteur fait on rapprochement entre le prince de Carignan et le duc d'Orléans devenu le roi des Français sous le nom de Louis-Philippe.

Il n*y a entre eux d'autre ressemblance que d avoir élé r4jn et Tautre les représentants de la branche cadette des familles régnantes.

Par respect pour de grandes infortunes, je ne veux pas entrer ici dans des détails rétrospectifs sur Thistoire, au reste bien connue, des maisons d'Orléans et de Carignan, et je me bornerai à dire que le prince de Carignan devenu, par droit de naissance, le roi Charles-Âlbert, n*était, au commencement de 1821, séparé du trône que par deux princes déjà avancés en âge et sans postérité.

L*auteur dit dans la même page que le prince régent à écarté les ministres savoisiens, MM. de Revel et Gerbaix de Sonnaz : or, ni l'un ni l'autre de ces personnages n'était ministre de Victor-Emmanuel à celle époque, et M. de Revel, devenu plus tard ministre des Finances, était Piémontais; le père de ce dernier remplissait les fondions de gouverneur de Turin. Quant à M. le marquis d'Oncien, il n'a jamais fait partie du ministère.

Charles-Félix, en acceptant la couronne et révoquant les actes des trente jours de révolution piémontaise, a probablement agi d'une manière conforme à ses convictions, mais, bien certainement, il s'est aussi incliné devant une nécessité.

Ce prince arrivé sur le trône dans des circonstances bien diiBciles, a Hé plutôt le modérateur que le promoteur de la réaction qui succède toujours aux crises politiques.

Sans être doué des grandes qualités qui ont illustré plusieurs princes de sa race, Charles-Félix avait un excellent jugement, et il a su s*entourer de bons conseillers qu*il maintenait au pouvoir malgré les intrigues et les ambitions qui s'agitaient autour de lui pour les faire renvoyer.

M. Roget de Cholex a été appelé, à cette époque, à exercer une grande influence comme ministre de Flntérieur et de la Justice. Il a su se concilier, par sa modération et sa haute capacité, Testime de tous les partis et la confiance des amis de leur pays.

Depuis lors le gouvernement n*a pas cessé de marcher d'une manière plus persévérante encore dans la voie de sages progrès. M. de Cholex a eu le mérite d'y entrer résolument, et le roi, celui de le maintenir au pouvoir malgré de puissantes jalousies piémontaises contre Tinfluence d'un Savoisien.

Toute Tépoque antérieure au ministère de Cholex est traitée par fauteur avec un esprit de dénigrement bien évident.

Page 239. — Le Cabinet de Turin crut éviter le pifiL^n éteignant ce qui restait dans la province cTacficité intellectvelle, en faisant le silence et la nuit autour des dmes. Les manifestes du magistrat de la Réforme décrètent successivement que nul étudiant ne pourra suivre les cours des Universités que s'il possède 4,500 livres de revenu...

que nul écolier ne sera reçu dans les écoles primaires, si sa famille ne possède un capital de l|500 livres.

Quelques décrets royaux sont sévèrement cri tiques, sans admission des circonstances atténuantes par lesquelles ils onlétémotivés. Dans ce nombre se]trouve celui qui exigeait un revenu déterminé pour admettre les jeunes gens à suivre la carrière du barreau, et celui relatif à la réception d*élèves dans les écoles primaires : ce dernier n*a été ni imprimé dans le recueil des actes du Gouvernement, ni traduit en français ; il doit donc être considéré comme n*étant pas sorti de l'état de projet ; il en est à peu près de même de celui d*admission aux cours universitaires dont Tappiication n*a élé faite nulle part.

Sans doute, Tavocat a une noble mission, mais sous la condition qu'il trouve dans fexercice de sa profession un honorable moyen d'existence; si leur nombre excède de beaucoup les besoins, cet excédent devieiît un des plus dangereux éléments de désordre social ; il ne produit qu'un ruineux déclassement et une funeste exaltation d*orgueil. Or, à l'époque dont je parle, toute la jeunesse, en Piémont surtout, voulait être saluée du titre d'avocat qui était en quelque sorte une initiation dans les rangs de Tarislocratic.

Le Gouvernement a pu avec raison se préoccuper de lentraînement avec lequel on se lançait dans cette carrière qu'un trop grand concours rendait improductive pour plusieurs de ceux qui croyaient y trouver un bel avenir; il a cru devoir prévenir des déceptions ruineuses pour bien des familles; c'est donc au nom de sa sollicitude paternelle

que C8S décrets onl eu un commencement d'exislence, et non pour éteindre Taclivité intellectuelle et faire la nuit dans les âmes. — J'ajouterai à Tappui de ce que je Tiens de dire qu'alors soixante-douze avocats ont plusieurs fois prêté le serment de rentrée dans la ville de Chambéry. — Le Gouvernement n'a eu que le tort de donner un prétexte à ses détracteurs en voulant détruire par une disposition législative, un inconvénient que l'excès de la concurrence a seul fait disparaître plus tard.

La loquacité intarissable de quelques avocats sans cause a, sous nos yeux, fait trop souvent perdre un temps précieux au parlement de Turin, où d'ailleurs d'autres avocats dignes de ce titre ont fait entendre d'éloquentes et nobles paroles. Et, de nos jours, dans la capitale de notre France, n'en est-il pas plusieurs aussi qui vont prostituer la dignité de leur profession dans des réunions publiques où se proclament hautement les théories sociales les plus déplorables ?

On dit que ces excès de langage sont tolérés pour compléter l'éducation du peuple en lui faisant voir le but de désorganisation où veulentarrivercesaudacieux novateurs. Hélas 1 pour un que l'excès ramène, on en livre cent à la corruption.

Les anciens législateurs pensaient que les lois devaient d'abord proléger la société, et ensuite la famille et les individus qui la composent ; si c'était la une erreur^ elle a du moins droit à quelque indulgence: nos législateurs modernes prodiguent au contraire toutes leurs tendresses à l'individu pris isolément, et relèguent au second plan les intérêts de la société et de 1^ famille.

Notre expérience de chaque lour nous prouve qu1l y avait bien quelque sagesse dans ce qu'on critique aujourd'hui avec tant de dédain chez nos pères.*

L'égalité (elle que la veulent maintenant quelques insensés utopistes serait la plus grande ennemie de l'harmonie sociale.

Celui qui écrit Thistoire ne doit pas songer à s'en faire un moyen de popularité en suivant le courant de Tesprit de parti ; il a une plus noble mission, celle d'instruire et d'améliorer les générations futures par les leçons du passé.

Page 231. — Mais la révolution poursuivait son œuvre ;

de lomps à autre, de subites explosions prouvaient que l'opinion, comme la vapeur qui devient plus terrible à mesure qu*on la resserre en un plus étroit espace, ne peut être comprimée sans danger.

L'opinion publique qui hurle aujourd'hui dansles clubs delà cité qu'on aimait à appeler la capitale du mondecivilisé, les hommes qui fréquentent ces mauvais lieux avec la prétention de représenter le véritable peuple de France, se plaignent bien aussi de ce qu'on se permette de mettre des entraves à la liberté de consommer leur œuvre de destruction ; et cependant il est indispensable de comprin.er cette insalubre et formidable vapeur qu'on appelle le déchaînement des passions populaires, carsa libre expansion couvrirait bientôt le pays de ruines et de sang.

Page 232.— Guizol, Augustin-Thierry, Cousin répliquent par des preuves historiques aux théories autoritaires^ et leurs

écrits que la censure piémonlaisc melà Tiadex, sonl lus en Savoie dix fois plus que s'ils étaient permis.

Les Savoisiens ont toujours été au courant de toutes les productions littéraires de la France dont les difficultés de circulâtiQn sont exagérées par Tauleur. Ils ont surtout la arec une sympathique émotion les écrits qui s^adressaient au sentiment d*honneur national et faisaient un appel h h génération qui grandissait pour venger la France de ses héroïques dc^sastres de 1814 et 1815. Ces écrits étaient aussi les plus populaires en France ; il faut au caractère français plus de gloire encore que de liberté; car chez nous, celte dernière ne dégénère que trop souvent en licence désordonnée.

Page 233. — En iS22f des cérémonies annoncées a?ec grand fracas, entourées de manifestations officicl!es auxquelles il n*est point permis de se soustraire, sont destinées à réubaufTer la ferveur royaliste, comme les missions à surexciter le sentiment religieux...., Le 25 février 4822| on public les bulles d'érection de Tévéché d'Annecy.

En parlant des manifestations veWgieusesofficielles auxquelles il n'était pas permis de se soustraire, l'auteur calomnie le pouvoir, puisque même à cette époque de réaction tous les personnages officiels pouvaient user à cet égard de leur entière indépendance sans compromettre la carrière qu'ils suivaient. Le clergé d'ailleurs remplissait sa mission, en s'eiïorçanl de réchaufler la ferveur religieuse; mais le Gouvernement ne persécutait personne pour des questions de conscience.

— bO —

Le rélablissement des anciens évéchés de Savoie a été sollicité par les villes qui en étaient autrefois le siège et par les populations des diocèses. Le Gouvernement ne Ta point imposé, et n'a môme donné son adhésion qu*après de longues négociations.

Pages 233 et 234. — Le savoyen Roget de Cliolex, ministre de \^2\ à ^828, fil entendre qu'il étail malhabile de réduire au désespoir ou à l'inertie des populations aussi intelligentes, aussi fidèles que celles de la Savoie, etc.

Le mot désespoir n'est nullement caractéristique de Télat de la Savoie antérieurement au ministère de Cholex. Si l'auteur avait vécu, et visité notre pays avant les événements de 1821, il aurait reconnu que jamais il n'y avait eu dans les villes plus d'animation et de gaité qu'à cette époque, et que les habitants des campagnes, qui payaient peu d'impôts, jouissaient d'une aisance qu'ils regrettent encore aujourd'hui.

Pa^« 23Î. — L'édit sur les hypothèques (^ 6 juillet 4822), rétablit les garanties légales de la propriété^ mais on lui reproche d'exagérer les charges foncières en donnant à rinscriplion une durée de quinze ans.

Le système hypothécaire consacré par l'édit du 16 juillet 1822, n'est pas sans doute une œuvre parfaite; mais celui de France donne lui-môme lieu à de justes critiques. Ce dernier admet des hypothèques occultes, celles légales produisant leur effet sans inscription, tandis que sous la législation sarde, améliorée encore par le Code du 20 juin

1837, elles devaient être toutes iDscrités, sous la surveillance des chefs du parquet, par les notaires et lesgreOiers qui avaient reçu les actes. Le dépôt au bureau des hypothèques d*une copie des titres soumis à la formalité de la transcription était aussi une mesure tutélaire qu'il est regrettable de ne pas voir figurer dans la loi française.

Quant à la plus longue durée de l'effet de Tinscriplion, qu'on pouvait toujours abréger par la radiation, elle présentait l'avantage pour les parties de leur imposer moins de frais de renouvellement.

Page 2^. ^- ... Et trois actes publics d'une gravité exceptionnelle vinrent rendre quelque courage aux hommes qui avaient eu Taudace d'être de leur temps.

L^immense majorité des habitants dé la Savoie a toujours eu Taudace d'être de son temps; elle a hautement réclamé, et accueilli avec bonheur, toutes lesaméliorations gouvernementales.

Page 235. — Les leltrei patentes du 43 juillet 48t4, organi*» sant le singulier régime connu sous le nom de Buon Governo, avaient établi la dictature capricieuse et vexatoire des agents inférieurs de la police, etc.

Les vexations du Buon^Governo créé par lettres patentes du 13 juillet ne sont que trop réelles, surtout au début de la restauration et dans les centres éloignés de la résidence des autorités supérieures. Il constituait une police indépendante exercée par les carabiniers royaux, et souvent, par de simples sous-officiers de cette arme» n*ayant ni

la modéralion ni rintelligence nécessaires pour ne pas faire de leurs allribulions exorbitantes un inslrumenl de tracasseries odieuses ou ridicules.

Les hauts fonctionnaires civils et judiciaires bien plus éclairés que les autorités militaires de cette époque, n*ont pas tardé à modérer les abus d une semblable institution impuissante à faire le bien et qui excitait une juste et fâcheuse irritation. Grâces aux sages remontrances faites au roi, le corps des carabiniers royaux est bientôt devenu ce que sont les gendarmes en France, c'est-à-dire, le défenseur modéré et vigilant de Tordre et de la société.

PageTSo. En 482 f, les commandants de pface^ yieux officiers piémontais^ dont Tâge ou Tincapacité arrêtait Tavancement dans Tarmée et auxquels ces positions mixtes servaient de retraite, héritèrent des pouvoirs discrétionnaires du Buon-Governo.

Les attributions des commandants sont restées les mêmes en 1821 qu'en 1814; et ces emplois étaient occupés autant par des Savoisiens que par des Piémontais.

Celle organisation était moins mauvaise dans son principe que dans son application : ce qui Ta surtout dépopularisée, c'est le mauvais choix de son personnel, sauf quelques honorables exceptions ; quand on était embarrassé daiis un corps d'un oilicier incapable de commander un régiment ou même un bataillon, on en faisait le premier fonctionnaire d*une population de 50 i 100,000 imes !

aussi dans farinée» Texpression : Béie comme un cornfnandant^ était-elle devenue proverbiale (1).

On a reconnu plus tard l'urgence de relever ces fonctions par des choix intelligents et plusieurs commandants se sont depuis cancilié TalTection et la confiance des populations. Ils n^intervenaient dans les affaires privées que pour terminer par la persuasion bien des différends qui» sans eux, seraient devenus de longs et ruineux procès, et se bornaient à punir par une paternelle réprimande des délits qui, déférés aux tribunaux correctionnels, auraient donné lieu à une sévère condamnation : si c^était encore là de Tarbitraire, ils Tennoblissaient par la manière bienveillante dont ils en usaient.

i^age 236. — Ce pouvoir discrétionnaire livré à des soldats étrangers dont les revanches étaient aussi redoutées que les caprices rendaient le séjour de la Savoie intolérable pour quiconque avait le sentiment de Thonneurdu pays,

de la dignité de citoyen C'était Télat de siège en.

permanence, et cela dura 32 ans.

La description que Tauteur fait de notre patrie est' plutôt Tœuvre d'un romancier visant à l'effet que d*un historien sérieux ; on pouvait alors, comme toujours, concilier le sentiment de Vhonneur et la dignité de citoyenavec le séjour en Savoie; et son prétendu état de siège pendant trente-deux ans esi un mensonge aussi injurieux pour le Gouvernement qui Taurait inQigé que pour la population qui Taurait subi.

(i) Voir la note 5.

Un écrivain aussi intelligent que M. de Saint-Geuis aurait dû bien vite s^apercevoir du piège que tendaient à sa bonne foi d*hislorien ceun auprès de qui il allait imprudemment puiser tous ses renseignements: Je regrette qu avant de les accueillir avec une si aveugle crédulité, il n*ait pas eu la bonne pensée de faire une contre-enquête auprès de Savoisienssages et impartiaux, témoins des faits. Ce contrôle, n*eûl-il apporté que le doute dans son esprit, aurait été pour lui un salutaire avertissement.

Page 236. — L'année 4823 fut signalée par la reprise des travaux publics, abandonnés depuis la chute du Gouvernement impérial.

Les travaux publics ont, sans doute, pris plus de développement sous Tinfluence du calme qui a succédé à la crise de 1821 , mais ils n'avaient point été abandonnés depuis 1815, comme le prétend Tauteur. C'est pendant cette période qu*a été ache\^ et livré à la circulation le tunnel de la Grotte; d*aulres grandes entreprises étaient en cours d'exécution ou à Tétude. M. le comte Caccia, intendant général de Tlnlérieur et des Travaux publics, ancien intendant général àe la Savoie, était un administrateur aussi actif qu*intelligent; il a toujours été à la hauteur de ses importantes fonctions.

Page 237. — En 4825, le Sénat érige un tombeau au président Favre et, faussant l'histoire, le célèbre dans des discours pleins d'emphase, comme si Tautorilé du succès et l'obéissance aveugle au prince suppléaient à la fierté du faractère.

Rabaisser une des gloires séculaires du pays, sur la foî de quelques détracteurs que les grands hommes rencontrent toujours sur leur glorieux passage, c*est presque une mauvaise action. Je me référé au reste à Tégard du président Farre, à ce que j'ai dit ci avant, page 2.

Je n*insisterai pas sur Tespëce de ridicule que M. de Saint-Geuis veut jeter sur les magistrats qui ont concouru à l'hommage pieu\ rendu à la mémoire de Fauteur du Code Fabrien, je dirai seulement q^u'il est plus excusable d'exagérer un peu les éloges du bien que de dénaturer trop souvent avec une persévérante hostilité les faits et les inlenlions.

Page 237. — La cour fait un séjour de six semaines en Savoie (22 juillet au 4 septembre 'I82{)^ le roi dissipe par sou afiabilité, sa droilurCj sa bonhomie pleine de dignité, cd que les actes ministériels et les inconséquences des ultraroyalistes avaient accumulé de prévenlions.

Même page. — En 4820, Léon XII achève Tœuvre de Pie VII Pfir les bulles d'érection des évéchés de Maurienne et de Tarentaise.

L*auteur rend à la page 237 un juste hommage aat qualités du roi Charles-Félix ; nous verrons plus loin s*il sait être conséquent avec lui-même.

Je Tai déjà dit, le rétablissement des trois anciens évéchés de Savoie a été accordé par le Gouvernement et non imposé.

Pages 2Z7 et 23S» — Pour répondre au mouvement inleltec-^tuel qui se produit en Savoie..., Tabbé Frézet rédigea 1».

hàle, sous le patronage du roi, une histoire de la dyaaslie où la vérité se dérobe à chaque mot sous Téloge,

M. de Saint-Genis. attribue trop d*iniportance et un patronage trop élevé à Touvrage de M. I*abbé Frézet qui a passé presque inaperçu.

Page 238. — Le roi assiste, à Bonneville, à la pose des premières pierres des digues de TArve que la flatterie des ingénieurs enchaîne d'ayance sous la main du prince, et préside à Annecy à la translation des corps de saint François de Sales et de sainte Chantai^ fête tumultueuse où lenlrafneuient contagieux des populations, un enthousiasme de déYOtion atteignant au délire, purent lui faire croire que la SaToie était plus catholique que TEspagne et que ritalie.

£st-il convenable de flétrir, ainsi que le fait Tauteur, la pose de la première pierre d*une entreprise aussi grande et utile que le dignement de TArve, et une cérémonie aussi digne de respect que la translation des corps de saint François de Sales et de sainte Chantai ? Il calomnie une population qui s'enthousiasme pour ce qui est grand et beau» mais ne subit jamais la pression du délire

Je crains qu*en écrivant ces lignes, M. de Saint-Genis n*ait pris ses inspirations auprès de personnes pour lesquelles cette dernière solennité avait le tort impardonnable d'être une cérémonie religieuse.

L*auteur a omis de parler aussi delà pose de la première pierre du dignement de l'Isère placée à la même époque par le roi. Cette solennité a réuni sur les bords de la rivière» près de Lhôpital, devenu Albertville, plus de

20,000 personnes ; elle a eu un caractère imposant de grandeur et a présenté en même temps Taspect émouvant d*une fête de famille.

Page 240. — L'unique journal de la Sayoie rédigé par un homme de goût, mais soumis à la censure, du gou?erneur, était maintenu par les opinions royalistes de M. Reymond dans une voie fort étroite.

Le poison qu*in(iltre de nos jours la presse radicale dans les populations ; les progrès que font dans les masses les utopies sociales les plus absurdes et les plus dangereuses, le spectacle enfin des réunions désordonnées qui arrachent et déshabituent les classes ouvrières au travail qui, seul, pourrait leur donner l'aisance, où on les égare et les fascine en leur prodiguant le titre de peuple souverain jusqu'au moment où on pourra les détrôner pour en faire les serviles instruments de sinistres projets, feraient presque regretter rinolTensif journal de M.' Reymond, père, à ses anciens lecteurs, s'ils étaient témoins de ce qui se passe aujourd'hui sous le régime de la liberté ou plutôt de la licence de la presse.

Pages 240 et 24f . — Les Jésuites, les Capucins et les Frères ignorantins^ comme on les appelait alors vulgairement, étaient seuls maîtres de renseignement des écoles et de la direction des consciences ; il n'y avait d'autres pensionnats de ûlles que ceux ouverts par des religieuses.

Dans la nomenclature des corporations religieuses ayant en Savoie le monopole de Tinstruction publique M. de

Saînt-Genis cite les capucins qui D*ont jamais fail partie des corps enseignants : quant à la direction des consciences, aucun des ordres qu*il nomme n*en a eu le monopole et le clergé séculier y a toujours pris la plus grande part. Plusieurs pensionnats 6u écoles libres de filles étaient aussi dirigés par des femmes indépendantes de toutes congrégations religieuses.

En réponse à Tespèce de dédain avec lequel M. de Sainl- Genis traite le système d*éducation suivi en Savoie, qu*il me soit permis de reproduii*c ici quelques passages d'un rapport sur l'instruction publique fait par un membre du Conseil divisionnaire deChambéry, dans la session de 1857. (Voir le compte-rendu P 153).

On commençait déjà à celte époque à demander Tinstruclion gratuite et obligatoire, et à formuler des arrêts de proscription contre les maisons d'éducation dirigées par des corporations religieuses.

a ... Il est une chose qu'on semble vouloir arracher du « cœur des enfants, c'est le respect pour Texpérience de <c ceux qui ont guidé leurs premiers pas. Hélas ! cette « expérience tutélaire, rien ne peut la remplacer ; elle est « un frein nécessaire à Tardeur d'une jeunesse généreuse <c mais facile à égarer.

(c La sollicitude paternelle et l'action des anciens sur la « jeune génération qui grandit, voilà des appuis provi- (c dentiels qu'il ne faut pas affaiblir ; on doit surtout éviter ce d'exalter l'orgueil, car il est l'ennemi le plus dangereux. « de la société et de la liberté.

ce Les principes religieux doivent être la première « semence qu'il faut mettre dans le cœur des enfants, eC^

« à cet égard, les faits ne sont pas toujours d'accord avec « les protestations.

«c Que les hommes qui président à Téducation sachent a se concilier la confiance des pores de famille; à cette a condition, ils ne rencontreront aucun obstacle d^s leur « grande et belle mission.

« Disons la vérité, Messieurs, ce que bien injustement, «c on a quelquefois regardé comme hostilité systématique « contre les bienfaits de Téducation, n*élait que Texprescc sion d*une sollicitude qui avait besoin d*étre rassurée.

a Quelques personnes disent aussi que le Gouver-

« nement devrait rendre Tinstruction primaire obliga- <K toire ; c'est encore une des erreurs de notre époque de « vouloir substituer 1 Etat à toutes les autres autorités ce parmi lesquelles je mettrai en première ligne'celle du «c père de famille; sa sollicitude pour Tavenir de ses ena fants est, sauf quelques bien rares exceptions, le guide ce le plus sûr.

<c Si ceux auxquels on conGe le noble sacerdoce de « Tinstruclion et de Téducation en sont dignes par leur moa ralité et leur savoir, si, dans leurs mœurset dans leurs « principes, rien n'effarouche la tendresse éclairée des ce mères, tous les parents, soyez-en bien sûrs, s'empresse* <c ront de leur confier leurs enfants. Mais si les instituteurs « ne présentent pas ces garanties tutélaîres, laissons à la ce puissance paternelle une de ses plus belles prérogatives, <c celle de défendre sa famille contre un danger.

« Il est des maux qui sont réparables, mais les

« funestes résultats d'une éducation qui n'a pas pour base <c la moralité ne le sont jamais. A côté delà haute surveil*

— co —

« lance de raatorité, laissons donc intacte celle qui résulte «c de Tamour el du dévouement paternels...... Tout le

<c inonde est d'accord sur le but de Tinstruction primaire « qui est d*éclairer et de moraliser la population agricole <c des Q^mpagnes, sans cependant la détacher du sol qu'elle

« féconde par son travail Cette instruction doit sur-

<( tout comprendre la lecture, récriture, le calcul, des noce tiens d'économie agricole et domestique, d'arpentage et « de géographie.

<c Améliorons, par une éducation morale et intelligente, <c la condition des agriculteurs, ces pères nourriciers de « là pairie si dignes d'intérêt : mais ne propageons pas « cette lèpre de village connue sous ta dénomination d'avo- <c cats de campagne qui ne sont que la déplorable parodie a d'une noble profession.

a On met sur le compte de l'ignorance tous les crimes « qui afnigent la société ; il serait plus juste d'en faire pe- « ser une grande partie de la responsabilité sur les mau- « vaises passions, le développement derorgueil,etraffaice blissement du principe religieux.

ce Le sujet que nous traitons m'autorise à vous parler « encore d'une croisade qu'on parait organiser contre ce l'élément clérical appliqué à l'éducation.

ce Je pense qu'au nom de la liberté et de l'émulation, on ce ne doit pas plus proscrire l'éducation dirigée par le a clergé que celle confiée à des laïques.

ce D'ailleurs, Messieurs, quand nous voyons cette inléres- « santé jeunesse, à l'attitude si modeste et si joyeuse en « même temps, sortir aujourd'hui de nos écoles pour rente trer sous le toit paternel ; quand nous avons assisté aux

« exercices de ces jeunes intelligences si bien cnltivées, « pouvons-nous refuser noire reconnaissance aux dignes « Frères qui les dirigent?

c< N'a-t-il pas bien mérité de la patrie ce bel établissent inentde la Motte-Servolex, qui, digne émule des plus « célèbres écoles des grandes cités, forme pour le comte merce, les sciences, le génie, les armes savantes, des a élèves distingués qui sont Tespérance et une des gloires <c de la Savoie !

« C*est au nom de la démocratie qu*on attaque ces institc tulions; en est-il, Messieurs, de plus démocratiques « qn*elles? Les Frères qui les dirigent sont presque tous <c les enfants du peuple ; ce sont les enfants du peuple « comme eux qu'ils affectionnent le plus ; et si, parmi ces « pauvres déshérités de la fortune, il en est qui aient reçu « du Ciel quelque étincelle de génie, c*est avec amour « qu*ils soignent ces jeunes plantes qui promettent de si « beaux fruits, pour en faire hommage à la patrie.

« Si Téducation que donnent les Frères pèche, ce n*est « pas par insuffisance; ce serait plutôt par excès, car elle « développe peut-être chez la jeunesse des espérances et « des ambitions que la société n*est que trop souvent im« <c puissante à réaliser. Si c'est là une erreur, je n*ai pas le « courage de leur en faire un reproche.

4( Âh ! Messieurs, proscrire du sol de la patrie de sem- « blables institutions, ce serait plus que de Tingratitude, « ce serait un suicide.... (1). »

(1) Voir note 6.

Pages 24^ et 242. — Les royalistes s'associenl pour répandre les bonnes lectures-^ on rédige le programme d'une Bibliothèque choisie^ destinée à foire concurrencé auop mauvais licres qu'on achôle à Genève, ei à la collection trop philosophique et point assez erpurgée des chefsd'œuvre de la littérature ancienne et eonteraporaine que Ton publiait à Turin sous le litre de Bibliothèque fran^

'^' çaise^ et qui obtenait un grand succès. L'appel aux souscripteurs est charmant d'aveux naïfs C'étaient des

livres d'une haute portée et d'un choix excellent; mais réduire à huit ouvrages exclusivement religieux la bibliothèque d'un homme de goût en ^830^ n'était-ce pas faire trop bon marché des exigences de Topinion et des progrès de Tesprit humain?

La Savoie a toujours suivi les progrès de respril humain. Elle a eu ses poètes et ses écrivains distingués et n*d jamais été étrangère aux éludes lilléraires.

Je ne comprends pas bien en opposition de quel parti Tauteur emploie ici le mot royaliste ; sous une monarchie, il est tout naturel del*étre, à moins qu*on ne soit révolutionnaire ; il peut y avoir sous ce sysième gouvernemental des nuances d'opinions plus ou moins libérales qui ne sont pas incompatibles avec le dévouement à la monarchie.

Alors, sans doute, beaucoup de personnes désiraient, dans rinlérôl de la liberté et de la stabilité, une base constitutionnelle, mais on n'était pas révolutionnaire.

M. deSaint-Genis se trompe d*ailleurs en attribuant à une association ultra-royaliste la publication à laquelle il fait allusion ; elle n*a été qu'une spéculation privée, et

rappel aux souscripleurs, qu'il reproduit à la page 241, n'élait qu'une simple réclame.

La Bibliothèque française imprimée 5 Turin à laquelle l'auteur donne une trop grande importance, n'a eu que le succès de Vapparence du bon marché, car sous ce rapport comme sous celui de l'impression, du choix du papier et des matières contenues dans chaque volume, il y a eu déception complèle.

En lisant la mauvaise ou naïve plaisanterie qui termine le texte cité, on dirait que la Savoie a attendu Tannée 1830, pour pourvoir à sa nourriture intellectuelle ; heureusement nos nombreuses bibliothèques publiques et privées où figure tout ce que Tesprit humain a produit de plus remarquable en poésie, philosophie, histoire, science et littérature font foi du contraire.

Page 2î2. — En Savoie, le 9 décembre ^829, à la rentrée du tribunal de jiidicalurc-mage, le substitut avocat fiscal Justin prononça un beau discours sur ia fermeté du maghtrat^ et à la reprise du cours de l'école de Droit, Tavocat Reymond lut un discours latin, vif et nerveux, sur les principes des Lois^ qui Peut certainement conduit en exil si on lavait compris.

M. de Saint-Genis dit qu'en 1829, M. le substitut avocat fiscal, Justin, fil un beau discours sur /a fermeté du Magistrat, en appelant 1 attention du lecteur sur ces quatre derniers mots par des caractères spéciaux. II dit encore qu'à la reprise du cours de l'école de droit, M. le professeur Reymond lut un discours en latin qu'il Teût cerlaiDement conduit en exil si on l'avait compris.

M. Justin, magisiral intègre, que je comptais au nombre (le mes amis, n'a été que rinlerprôte des iionorahles traditions de la magistrature savoisienne, et dans son discours sur la fermeté du Magistrat, il n*a pas eu d'autre prétention.

Les appréciation de l'auteur sur le discours d'entrée de M. Reymond sont injurieuses pour ce dernier qui aurait commis l'inconvenance d'employer une langue inconnue à ses auditeurs.

Elles le sont pour son auditoire composé d'hommes sortant d'écoles où la langue latine était spécialement cultivée.

Elles le sont plus encore pour Charles-Félix dont il vient défaire l'éloge quelques pages auparavant, éloge qu'il reproduira plus loin; car c'est bien jusqu'au roi qu'il veut faire remonter la nsponsabiiité d'un exil auquel n'a échappé Voraleur que parce qu'il n*a pas été compris

Celte recherche et ce travestissement de petits détails affirment toujours plus le système de détraction, on rinfluence d'injustes préventions qui caractérisent bien souvent les pages de M. de Saint-Genis; on dirait, en les lisant, que le gouvernement sarde n'était dirigé que par des hommes dépourvus de toute intelligence, et que la population de Savoie n'avait au cœur ni sang ni dignité.

Pages 212 et 2î3. — La roYolution de ^830 éclate : la Gazette de Savoie ne parle point de ces graves événements : oa eût dit que tous les rouages ofTicicls ou olTicieux conspiraient pour étouffer les bruits du dehors; pour cacher cette flamme qui venait subitement d'illuminer l-horizon.

La Savoie était aux portes de la France et il y avait entre les deux pnys un échange incessant de relations inti* mes; on ne peut donc supposer, comme le fait Tauteur, que tous les incidents de la révolution de 1830 niaient pas été immédiatement aussi bien connus dans notre pays que dans les déparlements français. Mais il avait besoin de cette fausse supposition pour faire intervenir son étouffe^ ment officiel et officieux des bruits du dehors.

Ces phrases à effet peuvent avoir quelque mérite littéraire, sous la condition cependant qu'elles soient Texpression énergique de la vérité et qu on en fasse un usage modéré.

Chacun d'ailleurs appréciait ces événements à son point de vue, d'espérance pour ceux dont les aspirations étaient vers la France, et de crainte chez ceux restés fidèlesà leurs affections pour les princes de la maison de Savoie.

Page 2î3. — De la fronti6re on voyait les cocardes tricolores^ on entendait le canon de Grenoble et de Barraux célébrant les trois journées; d'une rive h Taulre du Khône, au chant de la Marseillaise oublié depuis trente ans, l'écho résonnait, les vieillards se redressaient^ le cœur des jeunes hommes vibrait.

Je comprendrais très bien l'enthousiasme qui a inspiré ce dithyrambe, s'il avait été écrit le lendemain des journées de juillet, sous l'induence de Texallation du combat et.de rcnivrement de la victoire qui venait de briser un trône séculaire ; mais il inspire aujourd'hui de pénibles réflexions quand on pense à tout ce qui s'est passé depuis.

Cette royauté, acclamée en 1830, renversée en 1848

par un ouragan révolutionnaire, et remplacée par une république improvisée quun homme presque inconnu à la France, l'ouvrier Lagrange, suivi de 4 ou 500 individus plus inconnus encore, a imposé à une population de 38,000,000!

Après s*étre bientôt épuisée dans son impuissance, au milieu de sanglantes émeutes, elle est remplacée à son tour, aux acclamations de presque toute la France, par l'Empire.

Et aujourd'hui, cet Empire, qui, peut-être a sauvé le pays d'un affreux cataclysme, est grosssièrement injurié, môme du haut de la tribune nationale. Les journaux radi eaux ne respectent ni l'enfance, ni une mère et une femme aussi distinguée par ses grâces que par la noblesse de son caractère.

Des hommes, qui n'ont que le cynisme de Tinsolence et professent hautement les doctrines les plus subversives de tout ordre social, sont portés en triomphe et salués du titre de libérateurs de la patrie dont un accident ou une surprise peut leur livrer les destinées !

On ne saurait trop le répéter, ce n'est pas la république que craignent les amis de leur pays, mais ses faux apôtres qui égarent le peuple en leur disant qu'elle permelde faire tout ce qu'on veut, tandis qu'au contraire, plus que tout autre système gouvernemental, elle exige qu'on ne fasse que ce qui est juste et équitable.

Tout le monde a pu faire la remarque que, dans les villages comme dans les villes, les hommes qui se proclament le plus haut républicains, sont presque toujours les plus connus par leur caractère violent et despotique ; ce n'est

donc pas âunom de ia liberté quils agitent dans leurs mains le drapeau provocateur de la république, mais dans Tintérét de leur orgueil et de leur ambition ; ils déshonorent et compromettent le nom de républicain, et ne sont que des haineux et envieux révolutionnaires de la pire espèce.

Page 253. — Le respect de la majesté royale fut cependant, cette fois encore, plus puissant en Savoie que Finstinct révolutionnaire. Charles-Félix se trouvait en villégiature ^ Hautecombe lorsque le bruit arriva de la révolution de Paris; ses oUlciers le sollicitent de retourner à Turin.... Le roi les raillant finement de leurs terreurs, répond à ces amis zélés : ioit ! Chef de CEtat, je n'ai pas le droit de m' exposer à un coup de main. Mais il suffit que je nC arrête àChamhéry; /à, au milieu de mes fidèles Savoyards^ je ne crains plus rien. Qu'ai-Je besoin de soldais?,.

Ces nobles paroles et cette simplicité confiante, rai* lient au vieux roi jusqu'aux plus impatients partisans de la révolution française-, les habitants de Chambéry s'empressent autour du prince, lui font au théâtre une touchante ovation. Un fougueux patriote, témoin de celte scène, laisse échapper ce mot approbateur : Tel est le prestige cTun roi honnête homme !

Ce que dit Tauteur, page 243, de la noble attitude du roi Charles-Félix visitant alors la Savoie, et de la touchante ovation par laquelle il a été accueilli à Chambéry, est vrai, sauf peut-être ce prétendu hùmmage rendu au Roi honnête homme par un fougueux patriote.

Je présume, qn*en dénaturant la véritable et noble sipiilcation du mot patriote, M. de Saint*Genis a voulu

personnifier par cette expression, ce qu'on appelle mainte* nani radical ou irréconciliable. Les fongueux de ce parti no sont guère disposés à rendre hommage ^ux vertus royales. Cette réception enthousiaste du roi au théâtre de Chambéry prouve que la Savoie n*a pas Tinstinct révolu* lionnaire.

Page 240. — En Savoie, les missions se succédaient à de courts inlervalles, depuis trois ans; point de paroisse qui n'cûleu SCS plantations de croix, ses processions; qui ne posséd{\l sa confrérie de pénitents; où Tbomme suspect de tiédeur, accusé de libéralisme, ne fût montré au doigt.

La majorité de la population savoisienne était aussi intelligente que libérale dans la plus noble acception de ce • mol ; ci elle marchait la têie haute sans craindre d'élre montrée au doigt. Il est vrai que le libéralisme d'alors n'avait point encore des tendances à de funestes el déplorables utopies, et qu'il n'était pas la négation de tout principe religieux.

An lieu de consigner dans la page 240 dos lamentations sur les missions, les croix, les confréries elles processions, usages anciens en Savoie, que n'avait pas proscrits le premier Empire, il aurait été de meilleur goût d'avoir, pour ceux qui allaient chercher les consolations de la foi dans ces cérémonies, la même tolérance qu'ils avaient euxmêmes pour ceux qui y restaient étrangers.

Pages 245 et 246. — Pendant Tautomne de \%Z\, le choléra lit en SaYoie de tels ravages qu'on prit des précautions tardives pour isoler les pays infeclés : trois seules issues restaient ouvertes pour sortir de Savoie ou y entrer : La route de St-Julicn, celle des Marches, celle du Pont-de-Beauvoisin. Partout ailleurs, on risquait d'être fusillé par les paysans comme «n faisait des soi-disant semeurs de peste en '1723.

Le choléra de 1831, dont parle M. de Saint-Genis,elle cordon sanitaire que les babilanls des contrées infestées De pouvaient franchir sans s'exposer à élre fusillés, n*ont heureusement existé que dans son ouvra;^e. Cette maladie ne s'est manifestée en Savoie que deux fois : en 1854 et en 1867; au nom de la vérité, de Thumanilé et de la civilisation, je donne donc un démenti à Taccusation de mesures et d'actes de sauvage barbarie cités au commencement do la page 246.

Page 246. — En janvier 4832, l'abbé Guyon prêche la* mission à Chnmbéry. Un an plus tard... le clergé célébra le fameux jubilé de Grégoire XVI oii, pour arracher les populations aux légitimes préoccupations de Tavenir, on les soilici a par Tappareil des cérémonies religieuses, les processions aux flambeaux, les discours passionnés, les apostrophes véhémentes, les afTiIiations mystiques aux confréries et ces attaques imprudentes qui provoquent aux représailles. La dignité du culte fut compromise, l'ordre public troublé. Le gouverneur^ If. de Launay, aussi Tiolenl que* maladroit, ne sut ni

agir ni reculer à propos et, si les rues ne furent pas ensanglantées, on le dut à la fermeté conciliante du marquis d'Oncieu.

La mission de 1832 n'a pas eu lieu; le bon sens des autorités locales et de la population de Chambéry s*y est opposé; Touverlure s'en est faite, il est vrai, le 6 janvier, par une procession à laquelle bien peu de personnes ont pris part, non, sans doute, par hostilité contre le principe religieux, mais parce qu*on avait le tort de vouloir la célébrer pendant le carnaval, malgré Topposition de toutes les autorités gouvernementales et de Monseigneur Martinet, archevêque de Chambéry lui-même. Sans vouloir tenir compte des bonnes raisons d*inopportunilé qu*on lui donnait, M. Guyon, égaré par son zèle, a envoyé au roi une demande de célébration de la mission revêtue d'un grand

nombre de signatures dont rauthenticitén*a pu être vérifiée. Charles-Albert a répondu que, puisque la population voulait la mission, il (allait la célébrer. Celle mission ouverte le jour des rois n'a pas eu de lendemain ; elle est tombée, le soir même, après de regrettables scènes qui auraient pu avoir de funestes conséquences sans la modération et la fermeté de M. le marquis d'Oncieu, gouverneur, et de M. le comte Pillet commandant de place.

Toute cette fantasmagorie de cérémonies religieuses par lesquelles le Gouvernement voulait arracher les populations de Savoie à de justes préoccupations de l'avenir, est une de ces déclamations si fréquentes dans les pagrs que nous parcourons.

M. de Launay que l'auteur veut rendre, avec bien de

légèreté, responsable des scènes de désordre, aux quelles a donné lieu la mission, ne remplissait point les fonctions de gonverneur; il n*était alors que colonel d*un régiment de cavalerie en garnison à Chambéry ; il avait des ordres à recevoir de ses supérieurs, et ne pouvait prendre aucune initiative. Il s*est borné à commander, dans la nuit du 6 janvier et le lendemain matin, des patrouilles de cavalerie dans les rues presque désertes. Il est vrai qu*il a exécuté ces promenades militaires de surveillance avec une certaine dureté de formes provenant, sans doute, moins d'irritation de sa part contrôles habitants de la ville, que d*ennui d*être obligé de faire un semblable service.

M. de Launay, devenu plus tard vice-roi de Sardaigne, était un homme honorable; il comptait beaucoup d*amis en Savoie, son pays natal. Après les désastres de Novare» il s*est dévoué en acceptant, quoique presque mourant de la maladie qui Ta emporté peu de temps après, le ministère des affaires étrangères dans le seul but de traiter de la paix sous des conditions moins défavorables avec TEmpereur d'Autriche dont il était personnellement connu ; après avoir rendu ce dernier service à sa patrie, il s*est retiré pour achever de mourir.

Si ces lif^nes tombent sous lesycuxdeM. de Saint- Genis, je suis sûr qu'il regrettera d*avoir voulu flétrir la mémoire d*un homme qui avait droit à plus de justice.

Ce qui irritait surtout M. Guyon, c'était, disait-il, d*avoir échoué dans une bicoque savoyarde comme Chambéry, après avoir eu de si grands succès dans les principales villes de la France, sa patrie.

H. le marquis d'Oncieu était h cetie époque gouverneur,.

M. le comte Pillet commandant de place, le comte Ponini intendant général^ et le comte Peltili premier président du Sénat. Tous ces hauts fonctionnaires ont acquis dans cette circonstance de nouveaux titres à Tallection et à la confiance des habitants de Chambéry.

Malheureusement des rapports mensongers faits, a-t-on assuré, par le chef d'élat-major, M. Martin d'Orfenga, étrangère la Savoie, ont amené la démission de M. d*Oncieu, aimé et respecté de tous ses compatriotes, et la mise à la retraite de Texcellent M. PuUini ; M. Pillet envoyé commandant à Casai a obtenu, peu de temps après, du roi mieux informé, une complète satisfaction parsa promotion au grdde*de général.

Je dois ajouter que les provocalion$ aux représailles^ la dignité du culte compromise, l'ordre public troublé^ que Tarticle cité attribue d'une manière générale aux cérémonies religieuses, se sont exclusivement bornés aux faits relatifs à la mission intempestive de M. Guyon.

Page 246. — Les fêtes du jubilé étaient à peine terminées qu'avorta un complot militaire, peu connu, dont le dossier, perdu à dessein, ne peut plus donner les détails.

La conspiration militaire dont parle Tauteur, page 246, est un fait malheureusement incontestable; elle était, paraît-il, un premier essai du mouvemement qui a éclaté en 1834, sous la direction de Mazziui et de Ramorino.

M. de Saint-Genis, dit avec bien de légèreté, que le

dossier de la procédure de cette coBspiratioD a été perdu à desseini Les procédures pour complots dans lesquels des militaires se trouvaient compromis étaient dans les attributions d'un tribunal spécial, Vauditoriat général des guerres dont le siège était à Turin ; un vice-auditeur le représentait dans chaque circonscription d'intendance générale. C*est au bureaucentral de Turin que s'envoyaient les procédures terminées; c*est donc dans ses archives et non en Savoie que l'auteur aurait dû chercher le dossier de celle dont il s'agit ici.

Page 2Î7. — La Congrégnlion élail toute puissante : rien ne se faisait que par l'influence occulte et sous le pesant et m.ysléiienx contrôle du clergé. Le trône n'était plus seulement adossé à Tau tel, comme avait dit M. de Viliamariâja, il en (?lait devenu le marchepied, il n'y avait pas, eu Savoie, de comte de Monllo^^ier pour dénoncer les abus de cei invisible pouvoir; d'ailleurs l'élablissement des Jésuites y éLiit légal depuis 1823, et à qui confier sa plainte? Au roi? Il était d autant plus enchaîné au clergé qu'il avait plus tristement déserté ses complices de iS2\. Au parlement? Il n'existait pas...

Le tableau aux sombres couleurs que M. de Saint- Genis se comptait à faire de notre Savoie, au début de la page 247, n'est heureusement que le produit d'une imagination obsédée par le spectre noir.

Il répèle l'accusation faite à Charles-Albert d'avoir abandonné ses coinpiices de 1821 ; il aurait dû, en historien consciencieux, reconnaître que le mouvement de cette époque était Texpression d'une noble pensée, celle de Tin-

dépendance italienne, qui devait avoir les sympathies, st non la complicité, du prince de Carignan, tandis que ceux dirigés plus tard par Mazzini, auxquels ont pris part des réfugiés ou exilés de 1821, avaient pour but le renversement de la monarchie. D'ailleurs, en 1833, les hommes compromis douze ans auparavant étaient presque tous paisiblement rentrés dans leurs foyers où plusieurs môme remplissaient des fonctions publiques.

L*auteur aurait-il voulu qu*à son avènement au trône, le roi eût tendu une main débonnaire à ceux qui continuaient à conspirer publiquement, non plus pour Tindépendance de la patrie italienne, mais pour porter le désordre et Tanarchie dans leur pays, au nom des utopies d*un orgueilleux et implacable rêveur?

Nous avons vu de nos jours un grand souverain obéir à ce généreux sentiment de pardon évangélique ; je fais des vœux bien sincères pour que, à cet égard, Tavenir soit plus encourageant que la récolte d'apaisement recueillie jusqu'à ce jour.

Celui qui, étranger, à la France, voudrait, avec les meilleures intentions de loyale impartialité, écrire Tbistoire du deuxième empire, tomberait dans de grossières erreurs s'il allait chercher ses renseignements auprès des irréconciliables.

Page 2Î7. ~ Au sénat? Il se donnait pour seule mission, etc.

Quelque soit mon désir de ne pas m'écarler de la ligne de modération que je me suis imposée, je ne nepuis^

sans un senliment d'indignation, lire des phrases comme celle-ci : Le Sénat ? Il se donnait pour seule misssion de rédiger des sentences de mort contre des écervelés politiques, ou de porter, en se prélassant, le dais des processions. La magistrature de Savoie avait droit, je ne veax pas dire ici, à plus de respect, mais à plus de justice. Elle a rempli avec courage et une noble impartialité tous ses devoirs, même les plus pénibles. Lorsqu'au nom des lois de son pays, elle a rendu les rares sentences capitales consignées dans ses archives, elle Ta fait avec douleur, mais en conservant la paix avec sa conscience.

Je Tai déjà dit, les complots dans lesquels se trouvaient impliqués des militaires, n*étaient pas de la compétence du Sénat.

Peut-être M. de Saint-Genis aurait-il dû respecter les convictions religieuses de ceux qui portaient le dais dans les processions, fussent-ils même des sénateurs, mais en se permettant la triviale moquerie qui termine sa phrase, il a oublié que le premier devoir d'un historien est de ne pas s'exposer à être accusé de mensonge.

Le Sénat ne se prélassait point à porter le dais; seulement, comme la magistrature française s'honore encore de le faire, et comme cela se pratique probablement dans tous les pays où on ne rougit pas d'être chrétien ; il assistait à la procession de la Fête-Dieu et marchait en corps et en robe rooge immédiatement après le dais qui, selon un usage ancien, tombé depuis en désuétude, était porté par les avocats les plus récemment inscrits sur le tableau de l'ordre. Apres la cérémonie, cesderniers se réunissaient dans un banquet de corps où ils invitaient tous leurs collègues.

Page 247. — A la presse? Elle était muselée. A

Topinion? Elle flottait incertaine entre les horreurs qu'on lui débitait des libéraux et le dégoût que lui inspirait Thypocrisie de l'oppression. C'est un grand embarras pour un gouvernement de sortir d'une insurrection. Compromis auprès des libéraux, exploité parla Congrégation, Charles-Albert vi?ait entre deux périls et trébuchait, Tâme navrée, de ses instincts révolutionnaires à ses obligations de' roi absolu.

La presse esl aujourd'hui une espèce de magistrature, malheureuseroenl trop souvent exercée par des hommes qui metlent à la place de la conscience et d'un noble et désintéressé patriotisme, leur ambition, leurs passions et leurs haines ; elle devient aussi, sauf d'honorables exceptions, un commerce où chacun fabrique et vend Tarlicle, bon ou mauvais, dont il espère tirer te plus de bénéfice.

Ses anciens défendeurs en sont à se demander avec anxiété si la suppression de toute action modératrice qu'on invoque en sa fiivcur ne serait point Icnnemie la plus implacable de la société et de la liberté.

L'opinion des populations de Savoie était plus intelligente que ne le suppose Tauteur; elles rendaient hommage au vrai libéralisme qui était la religion politique de la grande majorité.

Nous savions alors, sans tutelle étrangère, apprécier à lieur juste valeur les personnes elles choses, et ne subissions nullement la pression sur laquelle M. de Saint-Genis aime tant à insister; nous étions enfin aussi éloignés des routines rétrogrades que des déplorables théories de la démagogie.

Charles-Albert n'a pas éléan roi sorti d'ane révolution ; il est arrivé sur le trône au nom des lois de son pa;s, par droit d'hérédiié. C'est aussi par dévouement pour sa patrie elnonpar instinct révolutionnaire, qu'il a renoncé, de son plein gré, au pouvoir absolu en devenant roi conslitutioDoel.

Page 247. — On accusait, à Rome, de tiédeur et de libéralisme les prêtres de la Savoie^ on les fiL surveiller de fort près par les prêtres de la Propagande, les Dominicains et surtout les Jésuites.

Je doute que des prêtres de Savoie aient fait à M. de Saint-Genis la confidence de la suspicion et de la surveillance dont il prétend qu'ils étaient Tohjet.

Si le fiiit cité par Tauteur est vrai, il prouve d'ailleurs combien il y a injustice de sa part à insister avec tant de persistance dans son accusation d'action anti-libérale de ce môme clergé sur l'opinion publique.

Page 2^9. — Les commissions miliUiires Orent fusiller quelques jeunes gens plus exaltés que coupables. Le Sénat sauva les autres en évoquant l'afTaire -, douze des plus compromis furent condamnés^ par contumace, à être pendus.

Après avoir voulu jeter Todieux et le ridicule sur le Sénat de Savoie quelques lignes auparavant il lui rend ici un juste hommage ; un historien doit éviter des contradictions si rapprochées, sans les motiver par des faits différents tour à toar honorables on blâmables.

Les exécutions militaires Taites à Chambéry ensuite du complot précité ont été au nombre de cinq; deux personnes étrangères à Tarmée prises les armes à la main dans la tentative d'invasion par les Echelles, ont été fusillées ; heureusement le mouvement de 1834, dirigé par Ramorino, n'a coûté la vie à aucun des insurgés.

Le but républicain de cette dernière tentative était peu sympathique à notre pays, à l'exception de quelques jeunes gens généreux, mais sans expérience, et d'un petit nombre d'ambitieux prêts à exploiter les agitations de ce mode de gouvernement. Le bon sens savoisien comprenait très bien que ce système, séduisant en théorie, est celui dont l'application présente le plus de difficultés, car on ne trouve pas, à l'époque actuetle, les vertus de désintéressement, de loyale fraternité, de dévouement et d'abnégation qui sont pour lui une condition indispensable de stabilité et de durée. En un mot, ce n*est pas la république que l'on craignait, mais les prétendus républicains qui promettent la liberté et ne donnent que le despotisme le plus brutal et le plus intolérable.

Page 250. — La Sa?oie, enveloppée par les clameurs de l'émeute, à deux pas des insurrections de Lyon (9 au 13 avril\ de Grenoble et de Vienne; sollicitée par ses propres enfants, exilés ou émigrés ; ?oyant l'Europe entière livrée à la guerre ci?ile^ depuis les Romagnes, le Modenais, TEspagne, le Portugal^ jusqu'aux grandes cités anglaises, U Savoie ne protesta que par son silence.

La page 250 commence par des réflexions un peu déclamaloires el qui me paraissent aussi manquer de clarté. Je ferai cependant observer à l'auteur que les sollicitations des propres enfants delà Savoie exilés ne pouvaient exercer une grande influence sur nous, car, on ne comptait plus alors qu'un bien petit nombre de Savoisiens exilés pour causes politiques.

Quant à la portion laborieuse de nos compatriotes qui émigrent volontairement pour aller à l'étranger, en France surtout, chercher du trevail, ils savent trop bien que Tordre et la tranquillité sont leur première condition de succès, pour faire appel à Tinsurrection.

Le caractère savoisien donne d'ailleurs peu de prise aux provocations de cette nature, tout en inspirant quelque indulgence pour le sentiment dlrritation qui les . motive.

Page 250. — Les services administratifs d:' vinrent l'objet d'améliorations importantes ; le Duché eut deux intendants généraux, Tuu à Chambéry, Tautre à Annecy, ce qui permit une plus prompte expédition des

affaires La ville de Conflans, réunie au bourg de

Lhôpital, prend le nom d'Albertville (\9 décembre 4835).

Le mouvement d'améliorations progressives n'a pas cessé dans notre patrie : cependant l'opinion publique n'a pas été unanime en Savoie pour applaudir au morcellement du pays par la création de Tintendance générale d'Annecy : Tétat d'antagonisme, qui a toujours un peu divisé les deux portions du territoire sarde séparées par

— soles Alpes, nous faisait désirer de rester nnis en un. seul faisceau dans l'inlérôl de notre juste pari d influence.

Le même sentiment s'est reproduit en 1860 : le conseil divisionnaire de Ch&mbéry a reçu à celle époque une députalion des villes de Bonneville, Sainl-Julien et Tho* non, pour l'engager à demander que la Savoie ne formât qu'un département : tout en reconnaissant qu'une popula* tion de 500,000 âmes, unie en une seule circonscription, aurait plus d'importance et d'influence que fractionnée en deuK départements , le conseil n'a pas cru devoir solliciter ce mode d'organisation, qu'on aurait probablement obtenu, dans la crainte qu'il n'entraînât la suppression de la cour d'appel.

La réunion des villes de Conflans et de Lhôpital, sous le nom d'Albertville, a été un hommage rendu au roi Charles-Albert, mais n'a nullement réagi sur !a prospérité de la province dont elles étaient le chef-lien, et sur celle de la Savoie en général. Cela est si vrai, que, sur la demande d'une des parties intéressées, il a été sérieusement question, peu de temps avant l'annexion à la France, de rendre leur indépendance municipale à chacune de ces deux villes.

Page 250. — Le gouvernement se relâche des rigueurs de 4831, et lol^rc certaines manifesUilions de la pensée que Charles-F(5llx eût puni de l'exil ou des galères.

Pages 2'iO et 25 1. — On s'était habitué à certains abus, on craignit de payer d'une absorption, plus complète encore du pays par Téiémeat italien la rançon de quelques avantages apparents.

En parlant de manifestation de la pensée que Charles^ Félix eût puni de l'exil ou des galères, Tauleur oublie qu'il vient de rendre, peu de pages auparavant, de jasies hommages à la modération du roi. Avant de se contredire par de semblables insinuations, il faut au moins les motiver sur des faits.

C'est à tort aussi que M. de Sâint-Genis veut faire de la Savoie une cspi^ce dlrlande : bonnes ou mauvaises, les mêmes lois étaient applicables à toutes les parties des Etats sardes.

Pa^e 231. — Quantité de jeunes gens intelligents, formés à la prêtrise par réducation essentiellement religieuse

qui dorninail depuis 4823 , s*élaient expatrii^s et se

dévouaient en Chine, sur la côte de Coromandel, au fond du Thibel, à d'obscurs devoirs. On écrirait une étude pleine d'intérêt sur cette émigration spéciale. Et quel rapprochement! La servitude de la patrie devenant^ au delà des mers, la cause d*une expansion plus rapide et plus féconde du rachat évangélique de peuples ignorants.

Ce n*est point la prétendue servitude de la Savoie qui a lancé une partie de son jeune clergé dans les missions lointaines, mais la charité, le dévouement évangélique : ce qui le prouve, c'est le plus grand développement progressif de cette espèce d'émigration depuis les événe* mentsde 1848.

Les éloges du zèle civilisateur de ce jeune clergé qui terminent la page 251, doivent avoir d'autant plus de prix pour lui, que Tauteur n'en est pas prodigue à son égard.

Page 253. ~ Les rares symptômes de yie publique qui se produisent çà et là ne sont plus dissimulés avec le même soin que par le passé. On autorise la presse à raconter les fêtes de Sallanches (^1 juin 4837), de la Roche (12 juillet 4S38), où se réunissent les oflicicrs et les musiciens des gardes urbaines du Faucigny; sous le drapeau bleu à croix blanche, au\ airs rhytbmés des vieilles mélodies. Le patriotisme assoupi se réveille.

Si M. de Saint-Genis avait assisté aux fétcs des Chevaliers Tireurs et aux réunions musicales qu'on célébrait, hîen des années avant celles de Chambéry, à Bonneville, et dans plusieurs autres villes du Chablais, du Faucigny et de la province d'Annecy ; s'il avait élé témoin de la galté et de la franchise de langage qui animaient ces charmantes solennitées où se trouvaient réunis dans un banquet fraternel la population et les autorités, il n'aurait pas os6 dire si souvent que la Savoie gémissait et s'éteignait dans l'asservissement; mais, tout en rendant plus de juslice augouvernemeni, il aurait reconnu qu'elle saurait, au besoin, résister à toute espèce d'oppression.

Quant à ses chants, il aurait appris que, sans dédaigner les simples et touchantes mélodies des temps passés, nous savions reproduire aussi les plus belles inspirations des poètes et des compositeurs modernes.

Le patriotisme de la Savoie n'a jamais sommeillé ; mais nous n'avons pas la manie, que Ton prend trop souvent pour du patriotisme, de dénigrement de toute autorité qui fait injurier avec haine le lendemain le pouvoir qu'ona acclamé avec enthousiasme la veille.

Page 254. — ,... Aussi la cour se hâle-t-elle de faire prêcher des missions à Cluses, centre industriel le plus important de la yallée de rÂr?e, par le célèbre père Laevenbruck, orateur véhément et persuasif, dont on comparufl la vigoureuse éloquence à celle du père Bridaine.

Page 2^^. — La révolution reprenait ainsi possession de la légalité après une réaction qui avait duré 24 années.

Je crois la cour de Turin bien innocente du délit d'attentat au développement de la vie publique que lut impute rauteur au début de la page 254 ; ce que je puis affirmer, c'est que ces véhémentes prédications, qui retentissent encore, à 40 ans de distance, aux oreilles de M. de Saint- Genis, n*ont pas eu le moindre retentissement à Bonneville que j'habitais alors, éloigné de Cluses de 14 kilomètres seulement , quoiqu'il y ait entre ces deux villes d*actives et journalières relations.

Chaque commune de Savoie avait des fondations consacrées à des missions ; remploi de ces sommes était dans les altribulions exclusives du clergé sur lequel le gouvernement n*exerçail à cet égard aucune action.

Le mot révolution n*est ^uère applicable à desaméliorations réalisées sans soulèvement et sans violence, sous la seule pression de Texpërience et du bon sens des populations et du gouvernement.

Page 2f»0. — Je«n-Picrrc Veyrat, jonnc exilé que le malheur

fit chrétien, rentra dans son pays apiès sept ans d'absence. En iS^i, il fil imprimer ses poésies : La Coupe de Vexil qu'on lut avec émotion ; l'édition fut épuisée en quelques semaines. Il promettait un rival à Claude de Buttet; on l'appela prématurément le Lamartine des Alpes; nul doute qu'avec lâgc, il n'eût acquis un talent plus personnel et plus original, mais il mourut en ^844. Ses rêveries sont la paraphrase de ces beaux vers :

« Oui! si rude que soit le sein de la patrie, « Et si rare le lait dont la lèvre est nourrie, « Oui, la patrie est douce et Toxil est amer I »

Sa philosophie, faite de mélancolie et de religion, se résume dans celte pensée délicate :

« Et cet arbuste, hélas! si frêle

« Qu'un oiseau courbe de son aile,

« Ce roseau qu'un jour Toil périr,

« N'ont pas assez de cette terre,

« Seigneur! pour vivre et pour mourir! »

Quand les pages de l'auteur sont Vexpression de la Térité, il sait toujours la reproduire dans un noble et beau langage. La vie de M. Yeyrat est dans ses écrits ; en les lisant, M. de Salnl-Genis Ta vue se dérouler toute entière sous ses yeux ; il n'a donc parlé ici que de ce qu'il connaissait bien, et les lignes que je viens de citer, empreintes d*ane sympathique émotion, sont dignes du poète à la mémoire duquel elles sont consacrées.

Comme tant de jeunes gens à imagination poétique, M. Veyral a peut-être rôvé la gloire et son brillant cortège; c'est cette illusion décevante qui a prolongé son exil en le retenant plus longtemps à Paris où iJ n'a trouvé que de

stériles bienveillances et de crnelles déceptions qui, sans doute, lui ont inspiré ces baaux vers brûlant de Tamour da sol natal.

Ce n'est que sur les sollicitations réitérées de ses nombreux amis qu'il a adressé au roi une pièce de vers finissant par ses mots :

Sire, Toici ma plume, elle vaut une épée.

Ces vers ont été remis par M. le comte Âvet, garde des sceaux, à Charles-Albert qui s'est empressé de faire répondre au jeune poète que sa patrie le recevrait comme un de ses enfants.

M. Yeyraty dont le talent était apprécié autant qu'il était aimé pour son beau caractère, a trouvé de nobles sympathies à Turin ; malheureusement la mort, en le frappant si jeune encore, n'a pas parmi h ceux auxquels il avait inspiré un intérêt paternel de réaliser leurs espérances pour son avenir.

Je reproduis ici une lettre en vers inédits par laquelle M. Veyrat a offert à la duchesse de Savoie, devenue plus tard la reine Marie-Adélaïde, un exemplaire de ses poésies intitulées : La Coupe de l'exiLCes vers ont été improvisés en quelques minutes dans le cabinet et en présence du comte Avet.

Madame,

On dit que sur la page où pleure ma souffrance Votre regard ému un jour s'est arrêté, Et que dans votre ciel d'amour et d'espérance, Le cri de ma douleur jusqu'à vous est monté :

On dit, serail-il Trai ? que votre main chérie A cueilli quelques fleurs dans mon bouquet d*hiTer, Et qu'un mol est tombé de voire ûme allendrie, Doux comme la rosée aux plantes du désert.

Puisque ces pauvres fleurs, de tant d'ombre couvertes, Ecloses sous le vent de mon champ de douleur, . Bruyères des rochers et des grèves désertes, Ont un parfum amer qui plaît à votre cœur.

En voici du même arbre et du même rivage \ Frêles et sans appui les vents les fermeront ; Mais lorsque tous verrez p&lir leur vert feuillage. Souriez-leur, Madame, elles refleuriront.

Pages 265 et 260. — Mais l'organisMlion du Sunderbvndy la suppresson des couvents de TÂrgovie et du Valley, l'îatolérance bernoise, la défuite des catholiques, Texpulsioa • des Jésuites, (juillet-novembre iHM), intéressant leurs propret croyances, louchant à des inlérêls communs, sollicitèrent leur attention et furent vivement discutés par Topinion publique, surtout lorsque Genève devint le

refuge des exilés démocrates Tandis que la Suisse

semble adopter les maximes mazzinienncs, etc.

Sans doute la Savoie se préoccupait de la réunion a Genève, le point le plus accessible de nos frontières, des éléments cosmopolites de révoluiion qui pouvaient exercer sur elle une influence, désirée par quelques-uns, redoutée par le plus grand nombre ; mais elle s'intéressait très peu aux luttes dont la Suisse était le théâtre : Elles avaient leuroriginc dans la différence des croyances religieuses qui divisaient ce petit état, tandis que notre pays était exclusivement catholique.

D*ailleurs nous étions rassurés dans notre affection de boa voisinage parle choix fait du général Dufour pour commander Tarmée fédérale; nous savions que ce personnage , aussi distingué par son talent que par sa modération , avait un dévouement fraternel pour tous ses compatriotes, sans distinction de croyance, et qu'il saurait concilier, dans laccomplissement de sa mission, les devoirs de l'humanité avec le maintien du pacte d*union des différents cantons.

Le gouvernement suisse ne sera que médiocrement flatté de Tappréciation de Tauteur, quand il prétend que cette république acceptait les maximes mazzinienne^.

Page 266. — L'Italie est entraînée vers lidée unitaire

par les écrits d'Azeglio, de César Balbo, de Gioberti, de Mamiani. La Savoie n'adoptait ni ces maximes ni cette idée.... Les premiers actes de Pie IX sont des bénédictions et des libertés. Tout se règle d'abord sur la sagesse de sels pensées.

La maison de Savoie a suivi à cette époque ses traditions séculaires d*dgrandissement au delà des Alpes et d'indépendance italienne ; mais il n'avait été au début nullement question d*unité.

La Savoie était loin d*étre hostile à la noble pensée d'indépendance de la Péninsule ; elle Ta prouvé au prix de son sang sur de glorieux champs de bataille.

Oui, PielX s*élaitmis franchement à la tête du mouvement italien, et un des premiers, il donnait l'exemple d'une organisation libérale, lorsque son ministre, M. Rossi,^ fut lâchement, et presque sous ses yeux, assassiné par les.

séides de Mazzini : ces conspirateurs se souciaient très peu, comme ils Tont proclamé plus tard, des institutions par lesquelles étaient régis les E(d(s du Pape, car ils étaient bien plus les ennemis de la papauté et du principe religieux qu*elle représente que de son système gouvernemental qui n'était pour eux qu*un prétexte.

Page 267- — A Turin, Balbo désaroue la hardiesse des

utopistes ; Mazzini semble abdiquer dans les saintes mains du Pontife \ M. Guizot le relient, M. Thters Fencourage, ' lord iMinlo le pousse en avant..

On aimerait à avoir sousles yeux des pièces jusiificalives do faction que, selon Tauteur, les conseils de MM. Guizot et Thiers ont exercée sur les actes de Mazzini : sans doute ces deux hommes d*élat étaient dans une trop haute position pour rester indilTêrents à Tagitalion italienne, notoirement excitée par Lord Minto, agent de TÂngleterre, de eetle colossale maison de commerce qui ne voitdansles autres états européens que des maisons rivales auxquelles elle est intéressée à susciler des embarras par tous les moyens possibles ; mais rien, dans les écrits et dans les actes des deux éminents diplomates français, n*aulorise à croire que Mazzini ait reçu de Tun ou de l'autre des encouragements à son hostilité contre le Pape.

Page 268. — ïi]mu par de vigoureuses ot patriotiques nianifestationS) le roi céda, et la promulgation spontanée des lois organiques du 29 octobre \W! consomma la rupture définitive, etc.

Fq9^ 274. — Les libéraux, après le premier entrainemeal, firent toutefois remarquer certaines dissonnances que la réactionavail introduites dans Féconomiedes luis organiques Ces réformes ont U7i inconvénient, cest cTétre

un octroi du bon plaisir; un cajjrice les donne, un caprice les reprend.

Les réformes consacrées par les lois organiques du 29 octobre 1847, ont été accueillies avec satisfaction par la Savoie ; on les a regardées comme un premier pas vers une prochaine et complète transformation de la monarchie absolue en monarchie constitutionnelle.

Les murmures signalés par Tauteur étaient Texpression des impatiences d*une minorité qui s'exerçait au radicalisme et ne voulait rien recevoir de l'initiative royale.

Page 274. — La crise d'Italie devint Tun des embarras de la diplomatie européenne ; la question des réformes locales faisait place à celle de Tindépendancc *, Tidée d'unité dominait désormais toutes les autres.

Avant la coalition de toutes les sociétés plus ou moins secrètes qui aujourd'hui enveloppent la France et TEurope dans un vaste réseau, il était si peu question d*unité italienne que l'association de la Jeune Italie avait consacré, plusieurs années avant 1839, Torganisation de ce beau pays, affranchi de toute domination étrangère, en trois royaumes fédérés; celui du nord, celui du centre et celui du midi, ayant pour capitales Turin, Rome et Naples.

Ces détails m*on( été répétés plusieurs fois par un ami

intime aussi distingué par sa haute intelligence que par les qualités du cœur; l'Italie n*avait pas d'enfant plus dévoué que lui (1).

L'avenir prouvera si ce système, consacré plus tard par le traité de Zurich, n'était point préférable à celui qui a prévalu, et qui a bien des épreuves encore à subir avant d*avoir conquis le degré de stabilité nécessaire à sa prospérité.

Page 272. — Comnienl une dynasties! brillante^ si populaire, ne trouvait-elle, de ce côté des Alpes, que méliance et injustice? c'est que la Savoie^ respectueusement attachée au Prince, détestait le Piémont.

Il n*est pas vrai que la Savoie détestât le Piémont ; il existait seulement entre les deux pays un certain antagonisme, résultat inévitable de leurs positions différentes; peut-être aussi subissions-nous trop Tinfluence du sentiment de la déchéance que nous avaient infligée les agrandissements successifs de la maison de Savoie au delà des Alpes ; nous étions une puissance déchue !

Il y avait encore dans les appréciations de la Savoie à regard du Piémont beaucoup de cette crainte affectueuse qu'on éprouve pour un frère en le voyant se lancer avec trop d'ardeur dans une carrière aventureuse semée d'écueils.

(I) Voir la note 7.

Page 273. — La SaToio ne s'y trompa point. Désormais, la fédération devenait un rêve, et c'était l'indépendance unitaire que le Piémont allait pou rsuivreji>er/a&'«^»6/as. Aussi le^ nienifestations eurent-elles un caractère bien différent, suivant qu'elles se Tirent sur l'un ou l'autre revers des Alpes... Li presse, organe du parti conservateur et libéral, me paraît être, pour ce court instant, l'interprète exact de l'esprit public; car le peuple des can pagnes et les artisans des villes obéissaient encore aveugléraentaux ordres du clergé et des propriétaires fonciers qui seuls possédaient l'influence.

Comme je viens de le dire, môme au delà des Alpes, on ne se préoccupait d'abord que de la noble pensée de conquérir I indépendance italienne, sans songer à son unité; ce sont les intrigues du parti mazzinien pour Hiire surgir do la lutte Punité et la république, qui ont paralysé les efforts héroïques de Tarmée commandée par Charles-Albert, et changé en désastres les succès du début de la première campagne.

L'auteur retombe, à la fin de la page 275, dansTerreur qui est arrivée chez lui à Télat d*idée fixe, celle de l'asservissement de notre pays sous le despotisme clérical et celui des propriétaires fonciers; ces pages reproduisent presque ici le même anathème que fulminent les hommes de désordre des clubs pajisiens contre le clergé et la propriété qu'ils rendent responsables de tous les maux de la société.

Dieu veuille qu'il ne s'cxrrce jamais rur nos campagnards et nos artisans de plus funeste influence.

Tous les habitents de nos communes rurales cultivent p^ailleurs leur patrimoine, et c'est l'amour de la propriété

cl du travail qui est leurmeilleur conseiller et a été jusqu'ici pour eux un bouclier contre renvabissement des doctrines anti-sociales.

Page 276. — L'organe des politiques atténuait ainsi lesmanifestalions bruyantes doat la ville de Chambéry fut le théâtre dans la journée du 40 janvier 4848. Le peuple se livrait sans arrière-pensée à son enthousiasme-, les jeunes gens applaudissaient, avec la confiance de leur âge, aux temps nouveaux dont ils se croyaient les maîtres.

La fêle célébrée au théâtre de Chambéry, le 10 janvier 1848, a présenté un beau spectacle d'union, déloyale fraternité et d*enthonsia$me ; mais cette communauté de joie et d'espérance a été bientôt refroidie par les démonstrations révolutionnaires de la démagogie ; elles n'ont pas tardé à prouver aux plus incrédules que les hommes de ce parti n'appréciaient les institutions de 1848, que comme une étape qui conduirait bientôt au triomphe du radicalisme. Ces démonstrations des rues et desplaces publiques avaient au reste pour acteurs principaux des ouvriers étrangers à * la Savoie.

Plusieurs toasts ont été portés dans ce banquet par des personnes qu'avaient désignées les commissaires organisateurs de la fête : Je n'en reproduirai ici qu'un seul, parce qu'il est le moins long et qu*il me parait être Texpressioa fidèle des sentiments qui animaient à cette époque la population de Chambéry ; c'est celui porté à Pie IX.

« Messieurs, des hommes providentiels viennent de « temps en temps remplir ici-bas une mission divine.

a Parmi ces nobles bienfaiteurs deThumanilé, la récente naissance proclame Tangusle Pontife qui vient de consa- «c crer la sainle et féconde alliance de la religion et de la ce liberté; non de cette liberté éphémère qui ne sait que « détruire et d'ailleurs ne pourrait prendre racine dans « cette terre classique de la fidélité, mais de la liberté <c sage et intelligente, de la liberté amie de Tordre et du -c progrès, destinée à civiliser le monde.

« C'est au nom de ce principe évangélique proclamé du « haut de la chaire de saint Pierre que cette cité naguère» « divisée par d'injustes préventions, présente aujourd'hui « dans cette enceinte le beau spectacle d'une réunion de « famille animée des mêmes sentiments d*amour, de recon- « naissance et de joie.

« Dès ce jour commence pour nous une ère de confiance « et d'union fraternelle. Tous appelés à contribuer au « bonheur de la grande famille savoisiennc, nous saurons <c chacun remplir nos missions diiïérentes sans jalousie et « sans dédain, car tout est i.oble dans le concours indivi- « duel au bien général.

« Cette religion de fraternité et de patrie existait au « fond du cœur de tous les enfants de notre chère Savoie, « mais elle avait besoin d'être fécondée par une céleste a rosée.

<c Honneur à ceux qui ont ouvert les sources de cette « rosée bienfaisante.

ce A celui qui le premier fut l'organe d*un noble concert « d'augustes et royales volontés.

« Au régénérateur de l'Italie.

<i A celui enfin dont te nom seul est un long cri d'allé- « gressequi retentit dans le monde entier : A Pt>/X/(1).

Dans les premières lignes du texte de la page 276 qu*on vient de citer, Tauteur fait allusion à Tarticle du Courrier des Alpes qu'il reproduit avec nuance de blâme ef qui, cependant, me parait très sensé (2).

Page276. — Les meneurs essayèrent de modérer cet en-

Iraînemenl plus spontané, plus unanime, et si Ton peut associer deux mots qui paraissent contradictoires, plus réfléchi qu'ils ne l'attendaient d'un pays qu'on jugeait insouciant, crédule, ignorant, inerte.

Les meneurs qui, d'après M. de Sainl-Genis, croyaient que la Savoie était msoucian/c, crédule, ignorante el inerte, n'étaient, sans doute, pas des Savoisiens, car nous nous connaissons et estimons trop les uns les autres pour nous calomnier réciproquement par de semblables épilhètes.

Les habitants de notre patrie ne donnent à personne le droit de se croire leurs meneurs ; ils ont des égards, de la déférence pour ceux qui le méritent, mais jamais du servilisme.

La Savoie est aussi le pays où les exagérations du journalisme, à quel parti qu'il appartienne, exercent le moins d'influence.

(4) Voir la note 8.

(2) L'article du Courrier des yilpes reproduit aux pages 275 «^t 276 se termine par ces mots : un immense cri de joie et de reconnriissnuce salua cette ère nourelie.

Si M. de Saint-GeDis connaissait mieux le caractère savoisient il n'aurait pas été égaré par cette idée tixe de meneurs et de menés qui se reproduit si souvent sous sa plume : elle est la cause de presque toutes ses erreurs.

Des hommes que Tauleur ne connaissait pas assez, des malheureux prétendants au triomphe électoral, lui ont dit qu'ils ne pouvaient jamais obtenir la majorité à cause de rinfluence abrutissante du clergé, et alors, sans se douter que le bon sens savoyard était le seul coupable^ M. de Saint-Genis a proclamé la domination du cléricalisme en

Savoie.

Cette espèce d'injure qu'on jette à ceux qui ne veulent pas

s'incliner devant le drapeau du radicalisme, est déjà bien usée; il serait temps d'en inventer une autre.

Je désirerais d'ailleurs qu'on voulût bien s'expliquer sur la signification du mol clérical et me dire si on est coupable de cléricalisme parce qu'on a conservé la foi de ses pères sans cependant devenir intolérant ; et parce qu'on respecte et entoure d'affection les membres du clergé qui remplissent dignement leur ministère de consolation et de charité, tout en reconnaissant que le zèle peut avoir ses excès ?

Page 277. — Un très-jeune poète, ravocal Piaget, rima q«elques strophes où le nom du roi se mêlait à ceux de patrie et de liberté. Le musicien chargé de noter ces vers se sentit défaillir à la dernière heures il désespéra de trouver le rythme et raccenl rêvés et, par une inspiration patriotique, adapta l'air de la Marseillaise à la Savoyenne. Le lyrisme entraînant et passionné de la musique

donna des ailes à celle Biropbe parliculièremeat éloquente el qu*on chanla bieulùld'un bout à Taulre de la Savoie :

« Peuples ! nous étions dans Tallenle,

a La nuil du passé va Gnir I

« Par lui la Presse déliée

« Fera parler sa libre voix \

« Toule tête sera pliée

« Sous le niveau des mêmes lois I

« Tout culte aura son sancluaire !

« Tout culte aura droit de cité I

M. de Sainl-Genis est quelquefois poète dans sa prose; il doit donc savoir que pour adapter un air connu à des couplets, il faut que Tauieur ait suivi dans leur composi* lion le rythme exigé par le chant, c'est-à-dire que les vers aient été faits pour l'air.

Les strophes de M. Piaget, aujourd'hui membre de la Cour d'appel de Grenoble, ont été écrites pour lair de la Marseillaise et il n*a été nullement question de leur en chercher un autre.

M. Tavocat Puget, jeune poète savoisien, a aussi alors payé son tribut poétique, et ses vers, qui ont eu Thonneur d'être chantés sur une musique notée exprès pour eux par le compositeur Gentil-Maurin de Chambéry, n'ont pas été moinschaleureusement applaudis et ont obtenu la môme popularité.

La Marseillaise a souvent conduit nos soldats à la victoire, elle a élevé jusqu'à Théroïsme, le courage el le dévouement de nos valeureuses armées. Ce chant qui a été inspiré à Rouget de Lisie, la veille du combat^ par un pur et patriotique enthousiasme, est admirable sur un

champ de bataille, en face dé l'ennemi ; mais il a été souvent aussi, dans le sein de notre France, le lugubre signal de bien des scènes fratricides de terreur et de sang, dont il évoque le douloureux souvenir.

Dans le nombre des jeunes gens qui ont partagé avec Tardeur généreuse de leur âge les entraînements et les espérances de cette époque, plus d'un n ont pas lardé à être désillusionnés en voyant surgir le despotisme brutal de ceux qui, tout en criant plus fort le mot liberté, voulaient en avoir seuls le monopole.

Pages 278 et 279. — La proclamation royale du 8 février qui promet une constitution est lue au milieu d'un enlhou^^ siasme qui redouble à chaque groupe. Les premiers informés se dispersent aussitôt par la ville et relisent la proclamation de café en café. Des milliers de lumières sallument... Le jeudi, cet élan résiste à une pluie bat-^ tante... Les femmes de Mâché placent le laurier dans leurs cheveux.

bans les pages 278 et 279, l'auteur exagère Taspecl d*exaItation que présentait la population de la ville de Chambéry. Les plus bruyants n'élaient peut-être pas les constitutionnels les plus consciencieux : il y avait ce jour-là , à côté de la loyale satisfaction , Tenthousiasme d'apparat et d'excitation.

Page2H\. — Les événements sont si près de nons, qu'ils restent confus et brouillés ; la multitude des écrits et des témoins, les causes secrètes encore dissimulées, Finlérét de ceux qui trompèrent, Li pudeur de ceux qu'on trompa^

bI ]a fanilé^ la crainte, les mille passions mauvaises <|ui font de Fhomme un perpétuel menteur^ que d'obstacles à écarter d'une main ferme, que de pièges à deviner» que de vaincs apparences à dissiper! Nommer un tel? Accuser celui-ci? Y pensez -vous ? Ce sont choses trop près du temps présent et qui sont dangereuses h mettre en lumière. Pourquoi remuer ces souvenirs? Laissez le flot du passé emporter tout cela et ne risquez pas de TOUS perdre vous-même en essayant d*arracher ces épaves au débordement des faits contemporains.

Page 282. — Tel est le langage des gens habiles qui se croient assez sincères dès qu'ils n'ont pas menti. Mais le plus vif attrait de Thisloire n'est-il pas dans ce cahos de contradictions dont il faut dégager la vérité comme on cherche le diamant dans le sable ou la perle au fond des mers? Et l'histoire elle-même n'est-ce point Tart d'appliquer aux heures présentes les enseignements du passé?

Le 2i février 48{8, à l'heure où un trône se brisait à Paris, le Conseil général de Chambéry réclamait du roi Charles-Albert qu'un article spécial du statut consacrât pour la Savoie le maintien de la langue française dans la rédaction des lois^ les discussions parlementaires et les plaidoieries devant les cours suprêmes.

M. de Saint-Genis commence le chapitre X par une espèce de justification des pages suivantes, basée sur les difficultés d'écrire l'histoire contemporaine d*après des renseignements donnés par ceux qui en ont été les témoins el les acteurs tous intéressés, dit-il, à cacher qu'ils ont été trompeurs ou trompes.

Je proleste d'abord contre la classiOcation des habitants de mon pays en trompeurs ou trompés.

El puis, comment fera donc l^étrangerqui voudra écrire rhisloire d'un peuple qu'il ne connaît pas? pent-il avoir la prétention de reproduire les faits contemporains sans les recueillir de la bouche môme de ceui qui en ont été témoins où dans les documents écrits de Tépoque? mais, comme je Tai déjà dit, ces récits et ces documents, il ne faut les adopter qu'après les avoir contrôlés les uns par les autres, et s'être assuré, par un examen consciencieux et une espèce d'enquête, qu'ils ont le caractère de la vérité historique dégagée de tout esprit de parti.

La prévention entre par bien des portes dans le cœur humain et, si elle a su y faire une petite brèche, elle devient bientôt maltresse de la place.

Ce que dit l'auteur au début du même chapitre prouve que quelques voix amies lui ont donné de bienveillants avertissements sur lesquels il aurait été convenable qu'il n'eût pas essayé de jeter le ridicule ; s'il a cru que ces conseils lui étaient donnés contre et non en faveur de la vérité, il a bien fait de ne pas en tenir compte, mais ils lui imposaient l'obligation de chercher cette vérité avec une plus scrupuleuse impartialité et avec un esprit dégagé de loute prévention.

L'auteur a tracé dans un beau langage les devoirs de Vhistorien à la page 282 ; et cependant à mesure qu*on avance dans la lecture de son troisième volume, on reconnaît qu'il c'est bien souvent laissé égarer par les récits et Icsécrits les moins dignes de foi.

Une réclamation semblable à celle du conseil municipal

de Chambéry avait déjà été faite par le C!ongrè^, corps électif remplacé en 1848 par le Conseil divisionnaire; et ce dernier, lui-même, dans sa première session (du 15 au ?8 juin 1849}, a demandé que tous les actes du gouvernement dont l'original était rédigé en italien fussent traduits en français avant d'ÔIre envoyés en Savoie. Ce vœu n a pas tardé à être réalisé. Le gouvernement de Turin n'a d^ailleurs jamais méconnu les droits de la Savoie à cet égard, puisque le Code civil promulgué, le 20 juin 1837 a été rédigé à double original, l'un en italien, Tautre en français.

Page 283. — Tandis que les ouvriers, aifamés par quatre mois de fêles civiques et de chômage, demandent du travail ou du pain.

Ces quatre mois de fêtes civiques et de chômage qui for* cent les ouvriers affamés à demander du travail ou du pain sont une absurbe exagération ; on ne devrait pas la voir ligurer dans un ouvrage sérieu.\. £lle est injurieuse pour le bon sens savoisien.

Pa(;e2S3. — Survient la dépèche annonçant la pro*

mulgation du statut. Celle nouvelle qui, quelques jours plus tôt, aurait provoqué de bruyants transports^ passe d'abord inaperçue au milieu de l'inquiétude universelle ^ toutes les oreilles, tous les yeux étaient tournés vers Paris.

M. de Saint-Genis oublie trop vite ce qu'il vient de dire,

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d*enthousiasme qui redouble à chaque inslanl et de quatre mois de fêtes civiques, (Voir pages précédentes).

La constitution du 4 mars 1848 a été accueillie avec espérance et avec joie, et na nullement passé inaperçue ; cependant la république proclamée à Paris par le peuple d*Earape qui a peut-être le moins les qualités, les mœurs et les vertus nécessaires à la sagesse et à la stabilité de ce systèn^ gouvernemental, faisait prédominer alors les craintes sur Tavenir.

C*esl sous cette influence que se sont manifestés en Savoie deux courants: l'un entraînait vers la France révolutionnaire tous les hommes qui, loin de craindre lanarchie que la république amène trop souvent avec elle, rappelaient de tous leurs vœux ; ceux-là étaient en bien petit nombre,, mais ils avaient avec eux les Savoisiens dont les loyales convictions républicaines, croyaient que, sous ce drapeau, ^ on pouvait réussir à fonder un gouvernement honnête et populaire, n'ayant peur de personne et n'épouvantant personne. Il faut le dire, ils comptaient encore dansleurs rangs ces déclassés ruinés par Tinconduile, la débaucheetia paresse qui déshonorent le titre de républicain qu'ils se donnent, car i!s ne sont que d'ignobles oiseaux de proie, heureusement bien rares dans notre Savoie, que Ton trouve partout où il y a une curée à espérer. L'autre courant rattachait à la monarchie sarde les hommes qui savaient concilier leur émancipation politique avec le respeét des pouvoirs établis et voulaient marcfier d'un pas égal dans l'ordre et la liberté^ profession de foi consacrée dans le compte-rendu de la première session du conseil divisioiirfiaire.

Lorsque plus tard, M. de Cavour ajugé qu'il ne pouvait atteindre son but d'envahissement italien et de renversement des gouvernements existants sans caresser le parti mazzinien et s'en faire un allié, avec l'arrière pensée, probablement, de le briser après le succès; lorsque le Piémont a paru se faire révolutionnaire, lorsqu 'enfin le prince Napoléon, par le coup d'état du 2 décembre 1851, a sauvé la France du sanglant cataclysme qui la menaçait et que quelques républicains de bonne foi espéraient en vain conjurer (1), les rôles ont subitement changé, et les amis de la veille de la France révolutionnaire sontdevenus et restent les ennemis de la France impériale. C'est alors aussi que s'est arfiimé le mouvement de refuge vers cette puissance, du parti libéral conservateur. Le clergé qui ne pouvait être sympathique à la lutte avec Rome a subi la même influence.

Je m'en rapporte à la bonne foi de M. de Sainl-Genis lui-même pour qu'il juge en faveur duquel de ces deux partis a penché sa confiance d'historien.

Page 2&I. — Du jour où l'arabilion du Piémont le met à la léte des peuples italiens, de mercenaire de rAutriohe il devient 1 avant-garde de la Révolution, et la France ressaisit, du même coup, sa légitime influence sur les peuples de race latine.

Je crains que l'auteur ne se trompe quand il croit que le

(I) Voir la noie 0.

succès du mouvement italien assure à la France sa légitime influence sur les peuples de race latine.

Nous tous qui connaissons par une longue expérience, tes sentiments des piémontais et des italiens, nous savons qu*ils n*aiment pas les français pour des motifs de susceptibilité nationale qa'il serait (rop long de développer ici. Si le jour du danger arrivait, il n*est que trop probable que, malgré la bonne volonté et la loyauté du gouvernement de Florence, il ne fût entraîné parles populations et surtout par le parti républicain, k prendre les armes contre nous, ou tout au moins à ne pas s*en servir en notre faveur.

Les italiens croient ou paraissent croire, que les immenses services que leur a rendus la France impériale sont soldés par la cession de Nice et de la Savoie.

Je présume qu*en disant que l'Italie devient l'avant" garde de la révolution et en faisant entendre que la France en est le corps d*armée, le mot révolution a été dans Tiurtention de Tauteur le synonime iesage progrès..

Page 284. — II fallait des gages aux radicaux excités par lesuccès inouï de leurs amis de Paris. Le 6 mars (1848), le décret de Gioberlis^exécute; les Jésuites sont violemment expulsés de leur collège de Chambéry comme ils Tétaient, depuis trois mois^ de leur collégo de Fribourg.. On donne aux Pères deux heures pour quitter la ville les enfants, qu'ils fussent de Savoie ou de Télranger,. sont jetés à la rue, au mépris de la pudeur de cet âge..

La brutale expulsion des jésuites est un fait aussi vrai que regrettable, mais elle a été le résultat d*un excès à/ù?

zèle des autorités chargées de Texécution du décret, car j'ai eu mpi-même sous les yeux la lettre écrite à cette occasion pan le ministre de la justice à M. Tavocal général auquel il recommandait formellement de faire rapplication de cette mesure avec tous les égards convenables pour les jésuites et l^îurs nombreux élèves. Ce n'est donc pas sur le Gouvernement de Turin que doit retomber la responsabilité de la dureté de formes dans Texécution de la loi, qui a encouru le blâme de toute la population, sans distinction de parti. Un grand nombre de jeunes élèves ont trouvé une hospitalité paternelle chez les habitants de Chambéry.

Page 28i5. — Aussi accueillit-on corame inopportune une letire par laquelle le baron de Villetie sollicilail la Savoie de déclarer ses sentiments inaltérables d'union à riLalie.

M. de Villelte est le représentant d'une des familles les plus distinguées et les plus anciennes de Savoie ; il a donc honorablement proclamé son attachement séculaire pour la famille régnante; mais son appel, n'a pas exercé la moindre influence, pour ou contre les démonstrations annexionistes qui ont eu lieu depuis.

Pages 285 et 28G. — Les partis se dessinent aussitôt et lancent leurs manifestes. M. Brunier, d'Aiguebelle, demande Fannexion à la France; M. Despine, d^Annecy, le maintien de Tunion sarde -, M. Bastian, de Carouge, raccession à la Suisse. Par une bizarrerie dont on s'étonnerait à vingt ans ^e dislance, si Ton ne connaissait aujourd'hui le jeu qu'essayaient alors les chefs de la Uévolulion, loul s'accordait pour solliciter les habitants

de la Savoie à manifester des opinions hostiles au Piémont. Cbambéry devint le cenire de ces intrigues, car les actes qui sortent de la règle commune émanent toujours de la capitale, et s'imposent à Fobéissance des provinces, au Caput moriuum des campagnes-

Il y a plus de fantaisie que de réalité dans les lignes qui terminent la page 285 et commencent celle 286.

Trop souvent Paris impose ses caprices à la France entière; il n'en est pas demômedeChambéry, noire modeste capitale de la Savoie dont chaque province a su conserver l'indépendance de ses appréciations et de ses actes dans les campagnes comme dans les villes.

Si le chef-lieu avait aujourd'hui un peu plus d'action sur les autres parties du département, ce serait parce qu'il est le centre d'associations d'où partent des instructions et le mot d'ordre pour les différents arrondissements : mais ce n'est pas sans doute à cette influence, quelque bien organisée qu'elle soit, que l'auteur a voulu faire allusion.

Le bon sens savoisien n'avait pas besoin d'excitation pour se préoccuper avec plus de sollicitude de l'avenir de notre pays, car nous n'ignorions pas que depuis le développement du mouvement italien, la Savoie n'était presque plus regardée, par quelques hommes d'état du Piémont, que comme une monnaie courante destinée à solder, à la première occasion favorable, un agrandissement au delù des Alpes, ou à payer les secours étrangers nécessaires pour le conquérir.

Quant à l'accession à la Suisse demandée, d*après M. de Saint-Genis, par M. Bastian de Caroiige, elle ne

pouvait avoir aucune importance puisque celte ville fait partie du canton de Genève et qu*elle n^aurait été que Texpression d*un vœu formulé par un citoyen suisse.

Page 285. — L'attachement à la France, vivace et sympatique, avait des racines profondes.

Il est vrai que les gloires et les grandeurs du premier empire avaient laissé de sympathiques souvenirs dans les populations de Savoie, et que les émigrations vers la France, nombreuses et continues, nous unissaient à elle par un lien puissant.

Page 286. — xV Chambéry, Tordre fut troublé le 43 mars par des chants séditieux et le 25 par- une attaque brutale contre le rédacteur du Courrier des. Alpes, Ces maladresses apparentes étaient calculées»

Les désordres signalés à la page 286 et Tattaque brutale organisée contre la personne et le domicile du rédacteur du Courrier des Aipes ont été des ballons d'essai lancés par un petit nombre d-agitaleurs de l'intérieur d'accord avec ceux de Textéricur. L'attitude impassible de Taulorilé administrative chargée de veiller à la tranqurllile publique ressemblait beaucoup à une complicité.

L'intendant général, homme d*une capacité incontestable, aurait pu facilement les prévenir, il ne Ta pas voulu parce qu'alors déjà il élail probablement initié aux négociations suivies, a-t-on assuré, par deux membres influents du ministère piémontais (1) avec le ministre deTIntérienr

(I) Voir note 10.

de la république française, Ledru-Rollin, pour livrer la Savoie à cette dernière en échange d*un secours de 20,000 hommes. Cette intrigue se tramait secrètement par les personnages que je viens de citer, sans la participation du ministre des allai res étrangères, Lamartine, opposé à toute entreprise hostile à la Savoie qu'il aimait, car par des alliances de famille, elle était presque devenue sa seconde patrie. Ce grand poète a eu la faiblesse de vouloir devenir un grand homme politique, mais il a toujours conservé le noble et chevaleresque caractère qui lui faisait repousser avec indignation tout acte déloyal.

C'est à cette négociation peu honorable que se rattache l'invasion des Voraces; elle a été en quelque sorte le premier épisode du traité de Plombière entre Napoléon III el le comie de Cavour. La première fois, on livrait notre patrie à une bande d'aventuriers ; la seconde fois, on a au moins respecté les usages consacrés par les nations civilisées.

Ce qu'il y a de bien sûr, c'est que le commissaire de la république a Lyon (1) organisait ou laissait publiquement organiser sous ses yeux l'expédition des Voraces, et que M, Doria, consul sarde dans cette ville, refusait de délivrer ou de viser des passeports pour la Savoie par le motif, disait-il, qu'elle ne faisait plus partie des étals du roi de Sardaigne.

(0 Voirnole<l,

Page 286. — Le 30 mars, les troupes qui forinaieat la garnison de Chambéry parlent pour TI laite.

Toutes les troupes qui composaient la garnison de Chambéry et pouvaient facilement empêcher Tenlrée des Yoraces, ont (Hé enlevées dans le but, aurait-on dit, de laisser le champ libre, puisqu'au lieu de se rendre à marches forcées à Tarmée d'Italie, elles sont rentrées dans la vitre à la première nouvelle de Texpulsion des insurgés; en six jours elles ne s'en étaient éloignées que de 40 kilomètres environ.

Il paraît bien certain que le loyal général Olivieri, gouverneur de la Savoie^n était point inilié à ces intrigues: 8*il a manqué de décision et de fermeté, on lui doit quelque indulgence, car il n*était soutenu par aucun des hauts fonclionnaires et était intimidé pai* les obsessions de personnages qui voulaient, même au prix de Thonneur national, la réunion de la Savoie à la France républicaine, ils lui faisaient croire à une invasion formidable et irrésistible soutenue par des troupes régulières qui pénétreraient de tous les côtés et lui rendraient toute retraite impossible; ils Tout eiïrayé jusque dans sa dignité militaire en lui faisant craindre d'humiliantes avanies s'il devenait prisonnier.

Une démonstration royaliste composée de plus de 2000 personnes parties de la place de l'Hôtel de ville pour se diriger vers le château, aurait dû lui rendre la confiance; il n*en a pas été ainsi, et le lendemain dans la soirée, sans doute en exécution d'ordres précis, il a quitté son poste»

accompagné de son élat-major et de l*inlendanl général, do commandant de place.

Sa femme, seule de tout son entourage, a eu le sentiment des devoirs et de la dignité d'un gouverneur : J'ai assisté' à la dernière soirée qui a eu lieu dans ses salons; elle priait toutes les personnes qu'elle connaissait plus intimement de relever le courage du général, et de l'engager 5 ne pas quitter Ghambéry.

Malheureusement d'autresconseillers détruisaient Tœuvre de ceux qui lui disaient qu'au jour du danger un gouverneur doit rester au milieu des populations que son devoir est de protéger. Au reste le brave général Olivieri a bien expié ces instants de défaillance ; il est mort de chagrin peu de temps après.

Ce qu'il y a d'honorable pour sa mémoire, c'est qu'on n'a pas osé le mettre dans la confidence du piège tendu à l'hoDneur et au courage savoisiens ; car, si nous n'avions pas été meilleurs gardiens de notre dignité que ceux dont la mission était de nous défendre contre les attaques du dehors, on n'aurait pas manqué, tout en consacrant le fait accompli, d'en rendre responsable, avec quelque apparence de raison, la lâcheté et la trahison de la Savoie.

Page 28b. — Le 3t, les syndics, MM. de Quincy et Rey, font aflicber une pruclamalion qui ddchirail tous les voiles : « La ville est sans troupes régulières. Des rumeurs nous disent qu'un grand nombre d'ouvriers quittent les villes de France les plus voisines de nos frontières et s'avancent au milieu de nous. Ce sont^ nous le croyons, des enfants de la patrie qui rentrent dans son sein*, elle leur ouvrira

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!^es bras cl leur tendra la main pour les conduire jus->>

qu'au foyer domestique Si jamais les événements

devaient amener noire séparnlion des Etals dont nous faisons aujourd'hui partie, il n'appartiendrait qu'aux Savoisiens réunis de prononcer sur leur sort. Personne n'a le droit ni le pouvoir de leur imposer un gouvernement qui ne serait pas l'expression de leur volonté librement émise et librement recueillie* »

La proclamation citée par Tauleur n a déchiré aucun voile : les savoisiens sout trop clairvoyants, pour ne pas avoir eu alors le sentiment de la position qu^on leur faisait ; elle ne leur a appris que ce quMIs savaient déjà très bien.

Cette proclamation est d'ailleurs écrite avec dignité; mais elle a le tort bien grave de laisser croire qu'une horde armée, qui vient changer le gouvernement de notre pays, n'est composée que d'ouvriers rcnlrant paisiblement dans leur terre natale.

L'auteur n a pas Texcuse des perplexités du momenl; le temps et les moyens de s'éclairer sur ces événemenls ne lui ont pas manqué; il a donc le tort plus grand encore de dénaturer la vérité historique en donnant ce caractère à rinvasion d^avril 1848, comme il le fait quelques lignes après.

Page 287. — Le ^•*' avril, le gouverneur Olivieri réunit les 4,200 hommes de la milice communale et demande s'il peut compter sur leur concours pour combattre les colonnes insurrectionnelles dont l'approche est signalée. Les olTiciers ne s'engagent qu'au maintien de l'ordre.

La revue du l'** avril citée page 287, n*a été qu*une vaine démonstration : tout le inonde connaissait assez le personnel de la majorité des officiers de la garde nationale pour ôtre sûr d'avance de la réponse qu'ils feraient aux interpellations du gouverneur ; et puis, avec les meilleures intentions, ils ne pouvaient prendre d'engagement au nom d'un corps organisé la veille seulement, dans lequel il n existait aucun lien de discipline et de confiance réciproque, et presque dépourvu d*armes. La lumière des fusils à percussion qu'on venait de lui distribuer n'était point encore percée. En s'engageant loyalement, comme il l'ont fait, au maintien de Tordre, il leur était même permis de craindre d'être impuissants à tenir celte promesse.

Page 2S7, — Le Conseil général, pour sa part, fait l'aveu de son impuissance à paralyser l'opinion que tant de circonstances ont fait surgir dans le public^ opinion qui tuait la résistance en en prouvant rinutilife\ mCme en cas de succès.

Il n'y avait dans ce moment d'autre pouvoir à Chambéry que les syndics et leurs conseillers, et je doute que ces hommes honorables aient répondu au gouvernement le là-* cbe mensonge que Tauteur attribue au conseil général ; l'événement a du reste donné un solennel démenti à celte prétendue opinion publique qui tuait la résistance en en prouvant l'inutilité même en cas de succès.

Avec plus d'expérience M. de Sainl-Genis aurait reconnu dans ces paroles le style d'une école dont la tactique est d'exagérer sa puissance pour paralyser la résistance par la peur.

Page 288. — Tandis que leurs émissaires rappelaient le gou- Terneur en lui faisant connaUre la faiblesse de la colonne insurgée, leurs délégués cuiraient en pourparler avec les cliofs républicains qu'accueillaient avec sympathie la ville d'Yennc et les habitants des communes traversées, et s'cflbrcaienl de retarder leur marche.

Des émissaires d*abord el des parlementaires ensuite, .ont en effet t^lô envoyés par les autorités auprès des Voraces, soit à Lyon, soilauBourget où ces derniers ont séjourné plus de 24 heures. Ces délégués ont été en général" assez mal choisis; tous sont revenus faire les rapports les plus décourageants, les uns sans doute, parce qu'ils étaient un peu complices ou obéissaient à une consigne, el les autres parce qu'ils subissaient l'influence d'une crainte exagérée. L'un d'entre eux, homme honorable, el mort depuis en emportant les regrets de tous ses compatriotes, rendait compte d'une semblable démarche qu'il venait de faire, la veille de l'entrée des insurgés à Chambéry, el suppliait, du haut du balcon de l'Hôtel de ville, la population de ne pas résister, car les Voraces, disait-il, fanatisés par leurs opinions, persistaient d'une manière irrésistible dans leur projet. Ils étaieet plus de 3,000, bien armés, suivis de 5,000, el, s'il le fallait de 15,000, loul prêts à envahir la Savoie.

Leurs partisans de l'intérieur qui, eux aussi, paralysaient toute démarche tendant à sauver la ville d'une invasion, savaient très-bien à quoi s'en tenir sur ces 5,000, et 15,000 hommes organisés pour soutenir le mouvement; aussi, au moment delà revue du général Olivieri, ont-ils vu avec inquiétude un petil corps de douaniers bien armés^

réunis par leur directeur, le commandeur Vignet, ancien officier du premier empire : ils ont excité contre ces hommes, à l'aspect martial, les susceptibilités des gardes nationaux sur lesquels ils avaient le plus d'influence, en les engageant à demander réloigncmenl de ces auxiliaires qu'on a eu la faiblesse de leur accorder.

L'honneur savoisien avait contre lui dans ce moment critique, les personnages officiels qui obéissaient à une consigne plus ou moins justificative, la complicité de quelques habitants de Chambéry, et la peur d'un petit nombre d*autres.

Page 288. — L'embarras des hommes quile composaient était grand; Français de cœur pour la plupart, ils avaient uno peur effroyable du spectre rouge; redoutant le relourdes Piémonlais au même degré que l'invasion des clubs lyonnais, désarmés par le refus réitéré de la milice de combattre, sollicités à la fois par leur dépit de Tabandon du Piémont, leur vanité nationale, et surtout l'amour de Tordre, ils résolurent de gagner du temps...

Sans doute l'embarras des hommes sur lesquels pesait une si grave responsabilité était grand, mais le sentiment qui dominait chez eux ainsi que dans la population était celui de I9 dignité nationale et non de la peur. Cette crainte du retour des Piémontais, invoquée par l'auteur, est un mensonge, car il n'y avait pas d'autre issue honorable à l'impasse dans laquelle nous nous trouvions.

On n*a point voulu, comme le suppose M. de Saint- Genis, gagner du temps; mais on a rempli un devoir en faisant, auprès de la bande insurgée, des démarches, malheureusement infructueuses, pour obtenir qu'elle renonçât à ses projets d'envahissement.

Quant au spectre ronge dont Tauteur parle avec une espèce de dérision, il ne faut pas trop le craindre pour avoir fa force de le combattre. Il y aurait cependant de Taveuglemenl à en nier l'existence ; il est proclamé assez haut dans ce Paris qu on appelle le cœur et la tête de la France, pour qu'il puisse rester quelque illusion à ret égard.

Quoi qu'il en soit, ce n'est qu'au nom de la patrie outragée, que la population de Chambéry s'est levée, comme un seul homme, contre les étrangers qui s'arrogeaient le droit de venir disposer d'elle. Ce noble mouvement a été si unanime qu'il a entraîné les partisans des envahisseurs euxmêmes.

Les Voraces ont été tellement irrités de ce qu'ils appelaient la trahison de ceux dont les excitations les avaient encouragés à envahir la Savoie, qu'en rentrant à Lyon ils roulaient, a-t-on assuré, publier un récit de leur expédition et de ses antécédents, avec indication du nom de leurs complices. Heureusement, ce projet, qui aurait été une cause de récriminations et de discorde pour nous, n'a pas été réalisé et s'est borné à une relation aussi inexacte qu'insigniOante.

C'est en lisant les pages que l'auteur consacre à cette période de notre histoire nationale, qu'il travestit d'une

manière si injurieuse pour noire chère Savoie, qu'une patriotique indignation m'a mis la plume à la main.

Pour rendre mon travail plus complet, j'ai voulu, comme je Tai déjà dit, comprendre dans mon examen toute la partie contemporaine de Thistoire qui vient d'être

publiée.

Je n'ai d'autre prétention que celle d'apporter le flambeau de la vérité la plus impartiale sur les événementsque mon âge et le développement de ma raison m'ont permis de voir et d'apprécier.

Les Voraccs auxquels on avait promis une entrée triomphale à Chambéry, une dépulation nombreuse qui irait les recevoir, et un banquet fraternel, n'ont trouvé en arrivant qu'un accueil glacial et répulsif. Pendant toute la journée du 3, ils se sont efforcés, à défaut d'enthousiasme, d'inspirer au moins de la crainte, en coudoyant d'une manière presque provocatrice, les promeneurs qui les laissaient passer sans avoir Tair de s'apercevoir de leur présence; on peut dire qu'ils ont été battus à coups de dédain avant de l'être les armes à la main.

Ce sentiment patriotique de répulsion instinctive était partagé par toutes les classes et tous les âges : les femmes des ouvriers et des artisans, elles-mêmes voulaient, dans leur impatience, que les Voraces fussent chassés de la ville dans la journée du 3, et disaient avec la simplicité énergique de leur langage populaire, y è de vaties qui ontfénoutrous homos : Ce sont des vaches qui ont fait nos maris.

Celle attitude du brave peuple de Chambéry qu'on avait inutilement tenté de corrompre et d'égarer, et dont la veille encore, on proclamait les sympathies

révolutionnaires, a rendu la confiance à tons ; mais les hommes sensés, pour éviter les calamilés inséparables d'un combat de nuit, se sont efforcés de modérer cet élan jusqu*au matin du 4 avril.

Page 288. — Et liésilcrent devant les deux partis qui,

seuls, auraient pu concilier leur honneur avec la sûrelé publique: ou prendre Tinitialive d'une annexion jugée inévitable et Tennoblir par sa sponlanéité, ou se défendre à outrance. Ils n'eurent ni celle hardiesse ni ce courage.

L'auteur prétend que les hommes qui roprésenfaîenl 'l'autorilé municipale, auxquels ils s'obslinc à donner la dénomination de Conseil général, invrstis de tout pouvoir, ont hésilé entre les deux partis qui, seuls, pouvaient concilier leur honneur avec la sûrelé publique: ou prendre rinitialive d'une annexion jugée inévitable, dil-il, et Vennoblir par la spontanéité; ou se défendre à outrance.

Je ferai d'abord observer qu'après le départ du gouverneur et des principales autorités, il n'y a pins eu à Chambéry qu'un simulacre de gouvernement, et que depuis rentrée des Voraces il n'y en a plus eu aucun.

Quant aux alternatives posées d'une manière si senlencîcuse par l'auteur, je lui répondrai, à l'égard de la première :

« On aurait donc dû, sur l'injonction d'hommes incon- < nus ou trop connus, hamilierson front, et irahir la mère « pairie au moment où presque toutes les forces de l'Etal « luttaient en LorabarJie contre l'armée autrichienne, au « moment où nos valeureux frères delà brigade de Savoie

« versaient héroïquement leur sang, pour Tindépen- « dance italienne? Ali ! M. de Sainl-Gcnis, si vous aviez « réfléchi un instant sur les obligations que nous imposait (c notre situation exceptionnelle, vous n'auriez pas voulu tt prendre la triste responsabilité d*un semblable conseil, « heureusement rétrospectif. »

Les lignes que vient d'écrire Tauleur, et surtout son étrange théorie de la spontanéité qui ennoblit la trahison et la lâcheté, ne seront jamais comprises en Savoie.

L'imagination est sans doute un don précieux, mais, comme Ta dit notre Xavier de Maistre, elle devient facilement la folle du logis lorsqu'on en subit trop les entraînements.

Quant h la seconde alternative, c'est précisément celle qu'on a adoptée, puisque, après moins de 24 heures d'occupation, l'armée révolutionnaire était expulsée du sol savoisien ou prisonnière. En l'absence de tout pouvoir protecteur, la population seule a obéi à ses instincts de dignité et d'honneur. Les autorités gouvernementales ont manqué à leurs devoirs de protection cl de loyauté ; les habitants de la capitale ont rempli tous les leurs.

Page2Sf<, — Tandis que leurs émissaires rappelaient le gouverneur en lui faisant connailre la faiblesse de la colonno insurgée.

Il n'est venu dans Tidée de personne de faire prévenir le Gouverneur de la prétendue faiblesse de la colonne entrée àChambéry ; on savait très-bien qu'il en connaissait mieux la force que nous tous, car noua n'avons pu l'apprécier

qu'en la royant défiler au nombre de 2 à 3,000 hommes, indépendamment de plusieurs insurgés arrivés isolément dans la ville les jours précédents.

Ce n'est qucdans la matinée du 4, après la défaite complète des Voraces, que j'ai moi-même engagé M. deFaverges, vice-intendant général, seul représentant deraulorité administrative resté à son poste, à envoyer de suite une dépêche, non cachetée, au quartier général piémontais établi h Aiguebelle ; je l'ai portée à Thôlel de la poste, situé au faubourg Montmélian : je ne suis rentré au château qu'après avoir vu partir l'exprès, et lui avoir recommandé défaire lire la dépêche au premier officier commandant un détachement qu'il rencontrerait: celte démarche de prévoyance et de prudence a eu pour résultat l'arrivée d'un bataillon du régiment de Savone entré à Chambéry, le même jour à 1 1 heures du soir. La présence de cette force armée a rassuré la population et prévenu les désordres, que pouvaient faire craindre pour la nuit, 1 1 à 1,200 prisonniers enfermés au manège, dans la vieille église de Haché et dans la grenette, d'où il leur était facile de s'évader pour se réunir aux 1,000 à 1,500 Yoraces épars dans la ville et les environs.

A mon retour, j'ai encore suggéré à M. de Favcrges de prévenir, par une dépêche, le gouvernement de Turin des événements de la journée : je l'ai portée aussi à l'hôtel de la poste et l'ai fait immédiatement partir. Son arrivée au ministère a calmé les murmures de la population de la capitale; et les menaces, qu'elle commençait à proférer contre les Savoisiens résidant à Turin, ont é(é bientôt

- lia —

remplacées par des félicitations et des embrasscinenis fraternels.

Pour remplir ces missions, j'ai parcouru deux fois une grande partie de Chambéry, sans rencontrer sur ma route ni tué ni blessé : j*ai passé devant la caserne d'infanterie où s'étaient renfermés 7 ou 800 Yoraces; ils échangeaient

encore avec les défenseurs de la ville des coups de fusils heureusement presque inoiïcnsifs.

Quelques hommes dévoués ont invoqué auprès des chefs des insurgés les dispositions peu sympathiques de la population, pour les engager dans la nuit du 3, à évacuer la ville et à sortir de la Savoie, en leur donnant d'ailleurs l'assurance qu'il ne serait mis aucun obstacle à leur retraite : d'autres influences les ont empêchés de suivre ce sage conseil.

Dans son ignorance des faits et de l'esprit public de notre pays, l'auteur laisse entendre, dans le texte de la page 288 reproduit ci-avant, que le bon accueil que recevaient les insurgés à Yenne et dans les autres communes qu'ils traversaient, et surtout les négociations entamées avec eux, étaient le résultat dune tactique perfide ayant pour but de retarder leur marche.

Je ferai d'abord observer que cette prétendue perfidie serait au nombre des ruses de guerre permises contre un ennemi. J'ajouterai ensuite qu'il n'y a eu dans tout ce qui s'est passé ni perfidie ni tactique, et je. dirai, pour me servir des expressions même de l'auteur, en en faisant cependant une plus juste application, que la résistance a été ennoblie encore par la spontanéité.

Quant à Taccuetl chaleureux dont parle M . de Saint-Genis, il n'a été que Texpression exceplionnelle de quelques sympathies individuelles.

Page 2SS. — Le 3 avril, dans la matinée, un groupe d'une centaine d'hommes, dont soixante seulement armés de fusils, précédés de tambours et [portant des drapeaux français et italiens, apoaraît au pont du Reclus, traverse la ville au milieu d'une foule plus curieuse qu'émue, * et prend position au pont de la Garatte, sur la roule d'Italie. Moins d'une heure après,'arrivail en désordre une colonne d'un millier d'hommes chantant la Marseillaise^ mal vêtus, l'air fatigué, beaucoup de très jeunes gens, presque des enfants; quelques-uns avec la ceinture de laine rouge, des pistolets d'arçon et des sabres enlevés aux soldats de Lyon désarmés, etc.

La hande arrivée le 3, que Tauteur n'a pu compter, et dont il exagère la faiblesse, je ne veux pas examiner ici dans quel but, ne pouvait être bien fatiguée, car elle ne venait que du Bourget où elle avait séjourné plus de 24 heures. Je l'ai vue défiler sans désordre et comme un corps armé en marche ; je n'y ai point aperçu d'enfants. Il y avait sans doute dans les rangs des jeunes gens; ce sont ceux qu'on recrute plus facilement pour les entreprises aventureuses ; mais le plus grand nombre était composé d'hommes dans la force de I âge, et les uns et les autres ne négligeaient rien pour se donner Taspcct le plus redoutable et mettre en évidence leurs armes. Akurarrivée sur la place de Lans, alors marché aux herbes, toutes les femmes venues pour approvisionner la ville se sont

enpressées d'emporter leurs marchandises avec plus de colère que de frayeur.

Page 289. — Le Conseil ne proteste que par son silence.

M. Peyssard arbore au balcon le drapeau français \ à ces cris de : f^ice la République ! la foule répond par ceux de : k'ive la Savoie!

Les premiers actes du comité provisoire sont dictés par cet esprit de conciliation....

Je ne sais en vérité comment M. de Sainl-Genis peut trouver un esprit de conciliation dans une bande armée, composée d'hommes sans considération ou inconnus, qui vient porter le trouble et le désordre chez une nation voisine ?

Les habitants de Chambéry ont répondu noblement par le cri de : Vive la Savoie I au cri de Vive la République! par lequel les provoquait le citoyen Peyssard, usurpant le titre de maire d'une ville où ilsavaittiës-bien qu'il n'avait pas le droit d'exercer la moindre influence.

L'auteur parle avec mépris du Conseil qui ne proteste que par son silenee. Mais le premier acte des Voraces n'a-t-il pas été de se substituer à tous les pouvoirs? Le Conseil avait d'ailleurs déjn protesté par sa proclamation reproduite ci-avant, et il n'existait plus pendant cet interrègne. La milice était aussi dissoute, et le peu de postes qu'elle occupait avaient été abandonnés au moment de l'entrée des insurgés; un seul oflicier que je ne veux pas nommer ici, parce qu'il porte un nom honorable, leur 9 présenté les armes qu'il leur a lâchement livrées

immédiatement après. Je dois ajouter que sa famille n*était pas d'origine savoisienne.

Page 290. — , on fait ressortir Tinsolence avec laquelle

les clubistes de Lyon, les Voraces^ ont désarmé la milice, oq exa^'ère les sottes menaces du maire proTΗ soire, et des messagers parlent dans toutes 'les directions pour ameuter les paysans et appeler les paroisses au secours de la capitale.... Dans Taprès-midi du 3, un semblant d'élection constitue un comité administratif composé de douze habitants honorables, etc.

On n'a eu recours à aucune exagérntion contre les Voraces; leur prise de possession de la ville deChambéry était une souillure que ses habitants voulaient efTacer ; on apportait peu d'attention à leurs actes ; on n^avait qu'une seule préoccupation, celle de s'en débarrasser au plus tôt.

Si des avisent été donnés aux populations voisines pour les engager à venir au secours de la capitale, on a rempli en cela on devoir fraternel, car l'invasion des insurgés était un attentat contre toute la Savoie dont Chambéry devenait en quelque sorte, dans ce moment, la sentinelle avancée. Mais la plupart sont venues spontanément. Au resie tous ces secours ne sont arrivés que lorsque les habitants seuls de la ville avaient déjà effacé la honte de l'occupation étrangère, sans abuser jusqu'à la cruauté d'xine facile vicloire^ comme se permet de le dire M. de Saint- Genis.

Si l'auteur, dans le texte qui précède, veut faire allusion à la formation du comité administratif, nous nous bornerons à dire qu'elle s'est faite en famille, exclusivement

par les insurgés et leurs affiliés : mais dans la soirée du 3, an simulacre d^appel à la population a été fait par les chefs des insurgés: plusieurs des hommes honorablesqui se sont rendus alors à THôtel de ville ont donné la preuve de leur courage et de leur patriotisme, en protestant contre Tinvasion,^ ses prétentions insolentes, et en engageant les Voraces à renoncer à leurs projets.

Page 29^. — Les prêtres et les nobles qui ne virent plus en face d'eux que lu République avec ses avanies et se§ terreurs, exploitèrent promplement les préjugés du populaire et la crainte qu'inspiraient les Yoraces lyonnais.

Les prêtres et les nobles qui ont Fhonneur d*étre cités page 201, n^ont rien exploité : quand il s^agit de Thonneur national, les Savoyards ne font qu*une seule famille et ne se divisent pas en castes.

Toutes les démarches et excitations que M. de Saint- Genis accumule dans ses pages sont de sa part une exagé ration d'autant plus absurde, qu'il ne s*est écoulé, entre rentrée des \oraces ù Chamhéry et leur expulsion, que 22 heures, y compris la nuit du 3 au 4 avril.

Le mot paroisse employé dans le texte de la page 290, désigne la circonscription ccclésinslique, et a pour but do faire croire que !e clergé a prêché dans chaque commune une croisade contre les envahisseurs ; c'est une calomnie de plus, ajoutée à tant d'autres.

Page 291. (noté), — Les femmes de Mâché, affolées par les accusations atroces dont on chargeait les f^oraces, déclarèrent h leurs maris qu'elles entendaient que pas un étranger ne pénétrât dans cette rue étroite et montueuse.

Mâché n*a point eu de femmes affolées par d'atroces cusations; fous tes habitants de ce patriotique faubourg, réunis d*une manière plus compacte que ceux des autres quartiers de la ville ont pu mieux aiTirmer leurs nobles sentiments, en ne permettant pas qu un seul étranger y entrât.

Sous la plume de M. de Saint-Genis, les actes les plus honorables de celte époque ne sont pas même àTabri de ses flétrissures.

Page 289. — Le comité exécutif présidé par M. Philibert Reveyron, recueille les adhésions, d abord rares et timides^ puis plus nombreuses et plus accentuées, à mesure que l'ordre s établit.

Pages 290 et 29t. — On avait désormais la certitude que la méprise était complote des deux parts, que cette bande d'aventuriers obéissait à des chefs qui n'osaient se déclarer et qu'elle n'était point, comme on l'avait espéré ou craint, l'avant-gardcdc la nation française. Dès lors tout changea de face... La tragi-comédie tournait au drame.

Il n'y a eu à Chambéry aucun revirement, car la population entière a laissé voir, dès les premiers moments de l'invasion, combien elle avait de Tantipatbie pour les insurgés, à l'exception cependant du petit nombre de leurs complices qui, quoiqu'en dise M. de Saint-Genis, ont probablement composé seuls la liste des prétendues adhésions plus nombreuses et plus accentuées par lui proclamées : il n'a pas pu d'ailleurs les vérifier plus que moi.

S'il y a eu méprise, comme le dit l'auteur, page 290, c'est seulement de la part des Yoraces assez crédules pour

avoir ajoaté foi aux promesses trompeuses de ceux qui les envoyaient ou les appelaient, promesses auxquelles les sentiments d'honneur du peuple de Chambéry ont donné un noble démonti.

Je ne comprends pas comment M. de Sainl-Genis a le courage de qualifier de Tragi-comedie le grave événement auquel il consacre quelques-unes de ses dernières pages.

Page 291. — Le mardi, 4 avril, \ l'aiibo, les chefs républicains acceplaient les condilions ofïerlcs par les ofïïcicrs de la garde rialionalo pour assurer leur départ, puisque, disaient-ils Vopinion publique se déclarait contre eux, lorsque soudain les coups répétés du tocsin, etc..

Il n'est point vrai qu'àTaribe, le 4, les chefs républicains aient accepté les conditions oITertes par les ofliciers d'une garde nationale désarmée, qui n'existait plus ; ces derniers n'ont pu agir qu'individuellement : j'aime à croire que quelques-uns d'entre eux, sans dist.nction d'opinion, ont employé toute leur influence pour prévenir un conflit, mais si leurs démarches ont eu un commencement de succès, personne dans le public n'en a eu la moindre connaissance : ce qu*il y a de bien sûr, c'est qu*un arrangement, ayant pour résultat immédiat le départ des insurgés pour la frontière, aurait été accepté avec empressement par toute la population.

En cela comme en beaucoup d'autres détails, Tauteur s'est laissé induire en erreur : en voici une preuve plus convaincante encore : M. le docteur Mollard, chirurgien major de la garde nationale, mon voisin et ami, s'est trouvé

au début de la journée du 4, avant le commencement des hoslililés, au café Pache, place Octogone, en contact avec le citoyen Guillerme, né à Yenne, décoré du titre de général de Tarmée républicaine; il Ta invité de la manière la plus pressante, à rentrer en France avec toute sa bande. Il a même invoqué son origine savoisienne pour le décider à ne pas attirer des malheurs sur sa patrie par une coupable insistance ; c'est en voyant l'inutilité de ses exhortations, et la persistance du chef des Voraces, que le brave docteur est sorti du café en poussant le cri aux Armes ! il a été le premier signral du combat. Après être monté chez lui pour s'armer, il est immédiatement descendu sur la place d'où, avec quelques personnes de cœur qui avaient entendu son appel, il s'est lancé sur le poste de l'Hôtel de ville dont il s'est emparé, après avoir fait prisonniers ou expulsé les insurgésqiii s'y étaient installésavec leur général; ce dernier a été pris et désarmé (1). Pour sa belle conduite dans cette journée, M. Mollard a été décoré de la croix des SS. Maurice et Lazare.

Pages 2$S et 2S9 Les deux tiers n'ayant à la main que

leur bâton de voyage et le mince paquet de l'ouvrierqui fait son tour de France.

L'historien qui se laisse tromper au point d'écrire, page 289, que ceux qui venaient envahir et révolutionner la

(\) C'est le conseiller de la cour, M, Pernal, accouru, un des premiers, à Tappel du docteur Mollard qui a pris et désarmé le chof des Voraces.

Savoie n'étaient que d'inofTensifs touristes n'ayant à la main que le bâton de voyage et le mince paquet de l'ouvrier qui fait son tour de France, donne la mesure de sa crédolilé, de la légërelé ou de la partialité avec laquelle il a cherché la vérilé ; ce n'est qu'ainsi qu'on peut s'expliquer une si longue série d'erreurs.

Dieu veuille préserver la ville natale de M. de Saint- Genis de la visite de semlilablcs amis dont les premiers actes sont de se [substituer aux autorités légales, e( d'imposer au pays une autre nationalité, un autre gouvernement.

Pages 291 et 292. — Lorsque soudain les coups répétés du toitsin jettent dans les airs ce frisson de terreur et de colère qui agit si puissamment sur les fibres de Thomme. La métropole donne le signal; toutes les églises répondent; le tocsin, convulsif et provocateur, bondit de clocher en clocher, d'une paroisse à l'autre, jusqu'aux rives du Léman et au sommet des plus hautes vallées.

C'est au nom d'une légitime défense, et non au mépris d'une capitulation, que le tocsin s'est fait entendre et a appelé la population aux armes. L'auteur trouve encore ici loccasion de lancer une de ces phrases à effets : elle figurerait mieux dans des œuvres d'imagination que dans une histoire sérieuse.

Il est matériellement impossible qu'à une époque où les nouvelles ne volaient pas encore sur les ailes du télégraplie électrique le tocsin provocateur et convulsif ait pu se faire

entendre depuis les rives de Laisse jusqu'à celles du héman pour annoncer une invasion à main armée dont la durée n'a pas dépassé 22 heures.

Page 292. — Tous les habitants en élal de porter une arme, au signal des cloches, enveloppcnl les postes rf^publicains ; tinclques-uns réussissent à se replier sur la cjserne, ils s'y relranrhent, on les attaque, et, après deux heures d'une fusillade qui ne lit malheureusement que trop de viciirnes, cédant aux ordres deleurs chefs et aux instances d'amis coura^'eux, ils acceptent la capitulation débattue à Thôtel de villeet qui assure la liberté de leur départ. A peine, ont-ils livrés les armes, que des bandes de pay«ans les entourent et les menacent; l'escorte est débordée ; Théroïsmc d'un honnête homme, M. Mollard, ne réussit pas à faire respecter lesdroilsdes vaincus dont on ne peut sauver la vie qu'en les cnLissant dans les prisons^. Quelques coups de feu furi-nl échangés au faubourg Monlmélian; les républicains, qu'on poursuivait comme des bêles fauves, se dispersèrent dans la campagne où plusieurs furent égorgés par les paysans; d'autres se réfugièrent dans des maisons où on les rechercha sans pitié. D'odieux excès souillèrent cette facile victoire ; il faut s'y résigner; la peurct la vuedu sang cnivrenl, etc.

Les insurgés n'ont pas élé enveloppés, comme le prétend Tautenr, car Tatlaque a commencé avant le retentissement du tocsin, et, dans toutes les positions dont ils ont été chassés, ils étaient en nombre égal et souvent supérieur à celui des assaillants.

J'ai fait partie moi-même de la colonne qui a. enlevé le château ; soixante Voraces au moins, postés sur la plateforme et parfaitement armés, nous tenaient enjoué ; nous

étions à peine trente, armés de la manière la plus îrrégiilièrp, n'ayant d'autre chef et d'autre discipline que notre palriotisme ; nous avons aliordé Tennemi avec un élan irrésisiible, et avons été maîtres de celte position importanîe en moins de temps que je n'en mets à le raconter; il est vrai qu'au moment où nous attaquions en face par la rue de Boip:ne, nous avons été secondés par une colonne un peu plus faible que la nôtre arrivant par la rampe de la rue du château ; nos deux corps improvisés ne pouvaient se voir, mais l'ennemi les apercevait très bien ; cette double attaque n'avait point été combinée, cependant elle a sans doute paralysé la défense et probablement sauvé bien des

vies.

Nous avons pris sur ce point et désarmé une centaine d'insurgés sans qu'un seul d'entre eux ait été maltraité.

Huit cents vora ces environ sont resjés enfermés ou se sont réfugiés dans la caserne d'infanterie : pour éviter l'effusion du sang, on n'a pas voulu les en chasser de vive force, et quelques personnes armées de fusils de chasse se sont bornées à surveiller toutes les fenêtres pour les empêcher de faire des victimes dans la foule compacte qui entourait le bâtiment et se tenait prête à repousser une sortie.

Une circonstance heureuse, la hauteur du mur d'appui des fenêtres delà caserne et la crainte des fusils de chasse, empêchaient les Yoraces de diriger le canon de leurs armes assez bas pour atteindre Ips défenseurs de la ville. Dans cette fusillade si meurtrière, d'après l'auteur, il n'y a eu d'autres victimes qu'un drapeau atteint de plusieurs balles et quelques insurgés blessés ; ces malheureux ont

été transportés à Thospice ou ils ont reçu les soins les plus fraternels.

Aucune capitulation n*a été débattue et n*a pu ôire discutée à THOtel de ville où pas une seule autorité légale ne siégeait.

M. de Saint-Genis s'est fait Técho d'impudentes calomnies, lorsqu'il dit que les insurgés, après avoir déposé les armes, sont entourés et menacés par les paysans et que leur escorte est débordée.

M. Tavocal Mollard, un de mes amis, est allé en ciïet à la caserne avec son compatriote, Guillerme, général des Voraces, prisonnier et relâché ensuite, pour engriger ceux qui s'y étaient enfermés à déposer les armes: il a rempli en faisant cette démarche, un devoir d'humanité et de bon citoyen, mais il n'a pas eu la prétention de faire un acte héroïque. La mission qu'il s'est donnée n*avdit d'ailleurs qu'un caractère privé. La vie des insurgés désarmés dans la caserne n'a pu être menacée et leur escorte n'a pu être débordée, car on s'est borné, après le désarmement à les y laisser renfermés.

L'œuvre de démoralisation qui poursuit librement son cours en France où une espèce de tolérance mystérieuse semble même l'encourager, exerce sans doute une funeste influence sur la Savoie ; cependant nous avons su jusqu'ici conserver nos honorables traditions : la grande majorité de la population de Chambéry, au milieu de laquelle j'ai passé trente ai nées de ma vie, se distingue surtout par son intelligence, sa bonté et son patriotisme; M. de Saint- Genis la calomnie quand il accumule contre elle d'odieuses accusations, ainsi qu'il le fait encore en disant, page 292,

qo on n*a réussi à faire respecter les vaincus, et à sauver leur vie qu'en les entassant dans les prisons.

Je l'ai déjà dil, les corps armés des campagnes ne sont arrivés que lorsque les habilanls de la ville étalent déjà victorieux sur tous les points, el ils sont rentrés dans leurs communes respectives sans avoir commis le moindre désordre.

La sécurité publique exigeait qu on se mit à Tabri de toute nouvelle tentative de la pari des insurgés, et ce devoir, on l'a rempli, non en les entassant, dans les prisons, mais en les réunissant dans les bâtiments aussi spacieux que salubrcs dont on pouvait disposer; le manèî^e, la grenette e( Tancienne église de Mâché. Dans la soirée du 4, le?« prisonniers de la grenette ont été transférés dans le local mieux abrité de Tancien collège : ces mouvements ont été exécutés sans qu'aucune menace ail été proférée contreoux.

Entre les h:ibitants du faubourg Montmélian el le poste des Voracesqui occupaient le pont de la Garatte, la fusillade a duré quelque temps et a coûté la vie au brave Âlisan, un des défenseurs de la ville : il a été la première victime* de cette journée.

A l'autre extrémité de Chambéry un Vorace est tombé atteint d'une balle, dans le voisinage du poste des prisons enlevé aux insurgés après une courte et inoffensive fusillade.

Toute cette hécatombe de Voracesqu ont Iratlreusemenl

massacré?, d'après M. de Saint-Genis, les habitants do

« notre capitale, enivrés par la peur et la vue du sang, s'est

donc bornée, dans l'intérieur de la ville, à une seulo

victime et un petit nombre des blessés.

Bien loin de souffler une facile victoire par d\ excès, la population de notre cité a été aussi généreuse après la victoire que courageuse pendant la lutte.

Sur la demande des propriétaires eux-mêmes, quelques maisons dans lesquelles des insurgés s'étaient introduits et cachés , ont été visitées pour les en faire sortir, mais tout cela s'est opéré sans qu'aucune violence ait été exercée contre eux; j en ai été témoin dans la rue Croix-d*Or.

Plusieurs habitations, occupées par des familles appartenant à toutes les opinions, se sont ouvertes poar donner aux vaincus une bienveillante hospitalité.

Il n*estque trop vrai que des agriculteurs des communes voisines, accourus par petits groupes et sans chefs, au secours de la capitale où le son du tocsin et les éclats de la fusillade qui arrivaient jusqu'à eux leur annonçaient qu'on se battait, ont tué quelques insurgés en fuite. Pour l'honneur de l'humanité, il faut croire que les auteurs de ces meurtres ont cru voir des agresseurs dans les fuyards qu'ils ont rencontrés ^1).

La ville a été étrangère à ces actes de cruelles représailles qu'elle a appris avec douleur, mais qu'elle n'a pu ni prévoir ni empêcher, car ils se sont passés hors de son territoire et en dehors de son rayon d'action. Si ces infortunés avaient eu confiance dans la bonté de la population de Chambéry, et s'étaient rendus comme leurs camarades, on n'aurait pas eu un semblable malheur à déplorer.

(I) Voir In note i2.

Kotei des pages 292 et 293. — 32 hommes aYaienl été tués dans la Tille et 67 blessés; 43 furent massacrés isolément sur les paroisses de Barberaz et de Saint-Alban ; 70 disparurent.

Le nombre des Yoraces lues dans la ville n a donc été que d'un seul; celui des blessés n*a pas dépassé dix, et si on n'a pu les sauver tous, ils ont du moins été soignés avec la sollicitude la plus dévouée.

Et cependant par sa note, mise au bas de la page 292, M. de Saint-Genis ose porter à 32 le nombre d'insurgés tués dans Tintéricur de la ville et à 67 celui des blessés ï

Quant à Tespèce de responsabilité que, par la même note, Tauteur paraît vouloir faire peser sur la population, eo disant 70 disparurent , je me bornerai à lui répondre que je ne comprends guère comment les insurgés prisonniers, dispersés, fugitifs, ou réfugiés chez différents habitants de la ville auraient pu s'occuper de celle constatation.

Ce que jepuiscertiGer, c'est qu'après la lutte on a laissé les plus grandes facilités aux prisonniers faits au nombre de 1,000 à 1,100, et surtout aux Yoraces, quand ils sont sortis de la caserne , de rentrer chez eux, et que plusieurs, d'origine savoisienne, se sont dirigés sur leur village où ils ont séjourné pendant assez longtemps sans être inquiétés, quoique Ton sût très bien qu'ils avaient fait partie de la colonne d'invasion. J'ai été au nombre de ceux qui les^ ont aidés de leur bourse à rentrer dans leurs foyers.

Pages 290, 291 et 292. — ; on insiste sur la honte pour

une ville de dix-huit raille habitants d'avoir abdiqué entre les mains de quelques aventurîers armés de bâloiis,... ces hommes mal disciplinés, mal armés...

Le soir même le gouverneur^ informé à Âiguebelle des événements de la matinée, rentre à Chambéry aux cris de : Vice le roi\

M. de Saint-Genis aime à donner le rôle de victimes aux agresseurs et prôlend qu*ils ne se composaient que de quelques aventuriers armés de bâtons : ils étaient au contraire bien pourvus d'armes; dans la journée du 3, ils avaient d'ailleurs transporté à la caserne qu'ils occupaient tous les fusils de la garde nationale et s'étaient empressés de les mettre en élat de service. Les hahilanls de Chanibéry, sans aulre organisation que Tamour de la patrie, n'ont eu pour Tatiaque que les armes diiïérentes dont ils étaient propriétaires.

Dans la soirée du 4, un seul bataillon piémonlais est entré dans la ville, comme je l'ai dit plus haut.

Ce n'est que le lendemain, vers les dix heures du malin, que le général et les autorités sont rentrés avec le reste des troupes.

Au moment où la brigade de Savone, marchant on léte de colonne, arrivait au pont des Garallcs, les lessiveuses, qui déjà avaient repris leurs habitudes d'activés et vigilantes ménagères accueillirent ces tardifs libéralcurs, en leur disant dans leur ancien pnlois: v Savona, savonna tant que te vodraif y i trop tard, la lessiva i faifa. » Savone,

UTonne tant que (u voudras, c*est trop tard, la lessive est Taile.

Je le répète, tout ce qui se rapporte à reKpédilion des Toracesest, dans Touvrage de M. de Saînt-Genis, mensoDge ou calomnieuse exagération.

Page 293. — Le Conseil général publie une adresse au peuple dont Temphase insullail aux droits de rbumanilé :

o Vous tous, courageux citoyens, qui avez en cette belle journée écrasé les ennemis de nos ihslitu lions, les spoliateurs de nos propriétés et les perlurbateursde Tordre public, recevez par notre organe les expressions do la reconnaissance de la ville de Chambéry. Vous avez écrit en ce jour la plus belle page de son histoire dans le sang de ses ennemU! »

Il invoque à Tappui de ses récits les expressions de ta proclamation d*un Conseil général qui n'a jamais existé. Je relève cetle erreur parce qu'elle pourrait faire supposer rinlervenlion du Conseil divisionnaire représenlanl alors le Conseil général d*aujourd'hui.

Il n*y avait à Chambéry, comme dans toutes les com^ munesdu royaume, qu'un Conseil municipal dont tous les membres se réunissaient quelquefois en assemblée gêné* raie. La proclamation citée par l'auteur est donc l'œuvre exclusive de celte autorité communale.

M. de Saint-Genis, ne dédaigne pas le prestige du langage et les phrases à effet : il aurait donc dû avoir quelque indulgence pour celle qui termine la proclamation; elle n'est au reste que la formule consacrée pour caractériser une victoire.

Plusieurs fois dans le courant de son ouvrage, Taotear paraît rendre hommage à la noblesse du caractère savoisien ; et cependant il lui inflige dans les pagesque je viens de parcourir une flétrissure aussi odieuse qu'injuste !

Le 5 avril 1848, un ordre du jour a convoqué la garde nationale à se rendre le lendemain matin, en armes, sur la place du Verney.

A rheure fixée, M. l'intendant général, acrompsgné du commandant de place et de quelques conseillers de ville» est venu la passer en revue.

Les six premières compagnies ont présenté les armes, mais la septième est restée immobile, et son capitaine (1) a répondu au conseiller qui lui demandait pourquoi il ne rendait pas les honneurs militaires : « On ne présente pas les armes à des lâches et des traîtres, » Un caporal sorti des rangs a ajouté ; « Vous avez commis un crime de lèsenation et de lèse-majesté; vous mériteriez de passer devant un conseil de guerre. »

L'Intendant général a alors invité les officiers cl sousofficiers, dont je faisais partie, à se réunir en cercle autour de lui ; il s'est ensuite efforcé de balbutier quelques paroles justificatives dans lesquelles on ne pouvait distinguer que ces mots plusieurs fois répétés : « Vous ne connaissez pas ma position y* , le commandant de Chamléry placé à côté de lui, et dont son regard implorait Tappui, n'a pas dit un seul mot. Ils ne pouvaient avouer que s'ils avaient rempli une mission, elle élail peu honorable, car^

(i) Voir la note f3.

die aurait été de livrer, sans défense, à une bande d^aveuturiers, le pays qu*ils devaient proléger. De semblables autorités devenaient impossibles en Savoie, aussi ellebn*ont pas tardé à être remplacées et appelées à d autres fonctions.

iVo/e ûe la page 293 — Cette accusation n*est justifiée

par aucun fait; dans la journée du 3, les chefs constatèrent la présence dans les caisses de la Trésorerie d'une somme de 522,207 fr. 79 cent, en numéraire, et n'en déloumorent pas un centime. M. de Fa verges n aurait livré le trésor que s'il y avait été contraint par la force; mais à ce moment il élait seul, sans défense, et le droit du plus fort ne fut pas invoqué.

Les chefs insurgés n*ont pu faire aucune constatation des valeurs en caisse dans la Trésorerie, car ni M. de Fa verges, ni le trésorier, M. Compagnon, ne leur ont livré les clefs adaptées aux deux serrures dont une était dans les mains de chacun de ces fonctionnaires.

Il est d'ailleurs bien certain qu'ils étaient les maîtres absolus du local où se trouvait cette caisse, et qu'ils auraient pu facilement l'ouvrir par eiïraction.

Je crois que la protection la plus eilicace de 500,000 fr. environ qu'elle contenait, a été la prompte expulsion des Yoraccs. J'aime au reste à penser que, malgré les sympathies pour ces derniers de quelques habitants de Chambéry, ils ont contribué à faire respecter ce dépôt.

On assure que les insurgés n*ont pas eu à Yenne le même respect pour les deniers publics; ces spoliations sont, hélas la conséquence inévitable d'une expédition semblable à la leur quand elle a quelque durée ; ce qui

n'eit pas douteux, c^est qu'on a été très-heureux que la journée du lendemain ne leur ail pas appartenu, car elle aurait probablement éclairé de sinistres actes de violence» ainsi que plusieurs des leurs leproclamaientd*avance. J ai entendu moi-même proférer la menace d*incendier le bâtiment où était établi le bureau des hypothèques.

Page 293. — La nouvelle s'était répandue dans toute la pro- Tince, avec le son lugubre du tocsin^ que Chambéry, envahi par une horde d'étrangers, menacé du pillage et de rincendie, appelait au secours. Des milliers de volontaires s'étaient précipités ; Tavis de la répression leur par?îiU en route. Cet élan généreux fit oublier les tristes scènes du 4 avril;....

Page 294. — V invasion des Foraees et la répression sommaire dont elle fut punie devinrent le sujet de vifs débats et d'accusations passionnées. Le Conseil général se crut obligé de publier une relation des événements, et ne comprit pas qu'unejustiûcalioa trop prompte devenait un aveu.

Page 29î. — Des trois partis qui s'étaient si Iég?remenl exposés aux équivoques d'une position fausse, Pun y voyait une défection, l'autre une méprise, le troisième un guet apcns.

Les clubs de Lyon organisèrent de violentes protestations contre la conduite des autorités de Chambéry, et, pour éviter des complications, le gouvernement sarde fit reconduire à la frontière les Français détenus.

Note de tapage 29 î. — Observations sur les événemenls qui eurent lieu à Chambéry au commencement d'avril 4848, par l'intendant général Sappa, (Turin).

Appréciation des principes qui ont dirigé el des fait»

qui onl accompagné le mouyement républicain des tolontaires savoyards, aux mois de mars el d'avril 4848, par Ph. Reveyron. (Lyon).

Le mouvement des autres villes de Savoie pour venir au secours de Chamhéry afiirme d*une manière plus éclatante encore le patriotisme qui unit tous les cœurs savoisiens; mais il ne doit rien faire oublier, car tous les souvenirs de cette époque sont honorables el bons à conserver.

Après avoir attribué a la peur une partie des événements du 4 avril, M. de Sainl-Genis, en employant le mot sommaire dans le texte de la page 29 i, a Tinlention d'insister sur Taccusation de cruauté qu'il veut faire peser sur mon pays. C'est toujours au Conseil général qu'il en donne laresponsahililé, lorsqu'il lui reproche magistralement de ne pas avoir compris qu'une justification trop prompte est un aveu de culpabilité, II est peu convenable de qualifier ainsi une relation qu'on oppose à dos mensonges et à des calomnies dont je regrette que Tautear se soit fait l'écho dans ses récits. Quant au quatre dernières lignes du premier alinéa de la page 294, commençant par: des /roi.spara*5 et finissant par guet-apens, j'avoue que je n'en comprends pas le mérite d'application, aussi je m'abstiens d'y répondre quoiqu'il soit évident qu'elles n'ont pas été écrites dans une intention bienveillante pour la Savoie ; et je me borm^rai à dire que, puisqu'il a plu à M. de Saint-Genis de classer ceux qui ont joué un rôle dans l'expédition des Voraces en trois partis, il aurait dû en constater un quatrième composé de rimmonse majorité des habitants de mon pays,

celui de Thonneur national qui repousse avec indignation ] Ignoble expression de guet-apens.

A lappui de Tespôce de réquisitoire que l'auteur fait contre la ville de Chambéry pour s'être permis d'expulser les étrangers qui venaient lui voler sa nationalité, ses institutions, son honneur, il invoque des témoignages qu'il aurail dû être le premier à suspecter; ses autorités sont les clubs de Lyon; les appréciations de M. Reveyron, un des chefs de la bande révolutionairequi venait porter le désordre dans son pays natal, et récrit d'un intendant général, exécuteur, sans doute, du plan concordé, a-t-on assuré, entre les deux ministres génois du cabinet de Turin et un membre du ministère français, pour livrer la Savoie qui n'a pas voulu subir cette humiliation.

La mesure adoptée de conduire à la frontière les Français détenus et d'éviter ainsi des complications, intéressait surtout les membres compromis des deux cabinets.

Celte détermination était d'ailleurs conforme aux vœux du parti libéral conservateur: dans un but d'apaisement, il avait usé de son influence auprès des autorités locales en faveur d'une indulgente modération à l'égard des insurgés et de Tabslenlion de toutes recherches contre les complices qu'ils pouvaient avoir à Chambéry.

Si M. de Saint-Genis avait mieux étudié le pays dont il voulait léguer l'histoire à la postérité, il aurait reconnu qu'entre les opinions extrêmes, il y a en Savoie une très grande majorité qui aime la véritable liberté, la seule durable, celle qui sait marcher de front avec Tordre et le respect de la loi, celle enfin qui, au lieu d'égarer sans cessa

le peuple, en ne lui parlant que de ses droits, Téclaire en lui rappelant aussi ses devoirs envers la société. Mais la liberté que cette majorité répudie avec énergie, c'est celle qu'on proclame aujourd'hui dans les clubs, et qui n*en est que la hideuse parodie.

Aveuglé par sa haine ou par sa peur du spectre noir, l'auteur a dans celle partie de son ouvrage, presque de l'indulgence pour le spectre rouge.

Il s'était établi entre M. deSaint-Gcnisetmoi d'amicales relations fondées sur une réciprocité d'estime et d'aiïection : je regrette qu'il n'ait pas eu assez de confiance dans cette amiliésurla loyauté de laquelle il pouvait cependant compter. S'il avait daigné me consulter surlesfailsqui se sont passés sous mes yeux il m'aurait évité le chagrin de le critiquer, et se serait épargné celui plus grand encore de n'avoir pas dit la vérité. Je ne lui aurais pas imposé noes observations et mes appréciations, maisau moins une parole amie aurait fait naître dans son esprit prévenu un doute salutaire.

Page 295. — Apres le sanglant malentendu du 4 avril on désavoua tout.

Tout ce que dit ensuite l'auteur à la même p«nge est dans la catégorie des dénégations et des récriminations auxquelles ont ordinairement recours les organisateurs des entreprises avortées.

Page 296. — , des pétitions se couvrent de signature»

pour demander le maintien, en Savoie, des corporations

religieuses, dont Texpulsion des Jësuitcs bit prévoir ta

suppression prochaine.

La demande failc 5 Turin du maintien des corporalions roligicuses vouées à l'éducalion des demoiselles élail Pexpression d'un besoin que loul le monde appréciait en Savoie, même ceux qui, par déférence pour une fraternité plus on moins révolulionnaire n^osaienl Tavouer tout haut.

Page 207 et 298. — Après un discours de M. Brunier, auquel réplique M. Jacquemoud, le dépulé Léon de Costa plaide avec véhémence les droiU méconnus de la Savoie.

La partie du discours de M. le député Marquis de Costa citée page 298 exprime dans un noble cl libéral langage la position respective de la Savoie et du Piémont.

Ainsi que je Tai déjà dit, ceux que M. de Sainl-Genis appelle le parti libéral, et que Thistoire devrait qualiGer d'une manière plus accentuée, voulaient à cette époque leur réunion à la France, parce que la route dangereuse dans laquelle elle s^ trouvait engagée était plus en rapport avec leurs tendances.

Pages 299 et 303. — Saize d'entre eux se réunirent et rédigèrent (16 février ISÎ9) un Mémoire sur l'efat de la Savoie qui fui remis aux ministres et distribué aux membres du Parlement.

Mais la protestation de ce groupe de députés, fidèles

au mandat impératif qu'ils avaient reçu des électeurs, disparut, sans écho, au milieu des clameurs patriotiques d'une assemblée d'Italiens.

I^e Parlement de Turin, rouvert le ^^ février iS\9,

demandait impérieusemenl le renouYellementdela guerre contre l'Autriche, et s'écriait par la Toix de ses plus fougueux orateurs : L'&ra délia secovda risccssaègiunfa! Les députés de la Savoie résistèrent à cet entraînement.

L'heure n'était plus aux transactions. Entre TiiiTasion étrangère qui menaçait l'Ilalie et la République qui menaçait son trône, Charles-Albert n'avait plus qu'une suprême ressource, la fortune des armes.

.... ; le 20 mars, le roi franchit le Tessin, le premier, marchant, triste et sombre, au désastre qu'il pressentait; il se bat le 21 à SForzesca, le 22 à iMortara, et le 23 à Novare. Au soir de cette journée d'efforts héroïques où la mort ne voulut pas de lui, Charles-Albert abdiqife. Les dépêches annonçant le deuil de la patrie piémontaise laissèrent la Savoie presque indifférente.

Les députés de la Savoie signataires du mémoire du 16 février 1849, n'ont nullement reçu de leurs électeurs un mandat impératif; ils n'ont fait que reproduire, pour leur donner plus d'autorilé, les justes demandes que les conseils éleclifs, et surtout les conseils divisionnaires, ont faites dans toutes leurs sessions.

La première déclaration de guerre à rAutriche pouvait être justifiée par le succès, car alors cette puissance n'avait à sa disposition, dans toutes ses possessions d'Italie, insurgées ou prêtes à s'insurger, que 80,000 hommes sous les ordres du vieux maréchal Radeski ; il aurait fallu pour cela plus d'ensemble dans le commandement et plus de résolution dans l'attaque: (1) mais malgré les vanteries

(I) Voir la note U.

des fougueux orateurs de Pexlréme gauche el leur cri ; Vora delta seconda riscossa è giunta ! la seconde campagne éfail loin de présenter les mômes chances favorables; c'est là le molif de Topposition qu'elle rencontrait cfiez la majorité des dépulés de la Savoie: celle guerre d'ailleurs, à laquelle les plus ardents partisans de la République excitaient le roi, n'élail point pour lui un houdier contre cette répuhlique, comme le prétend l'auteur. Il se trompe aussi lorsqu'il dit que riialie*élait menacée de Tinvasion étrangère, car l'Autriche, la seule puissance à craindre, né songeait pas à Tatlaquer.

La Savoie n'a pas été indifférente aux désastres de cette dernière campagne où, depuis la chaumière jusqu'aux hahitalions les plus somptueuses, chaque famille a eu ses glorieux représentants. Tous les deuils delà pairie ontélé portés par les cœurs savoyards.

Page 300. — Le 27 mars, quelques jeunes gens promènent le drapeau français ; à Albertville, le comilé radical propose la réunion d'une assemblée nationale; on en plaisante. Le 40 avril, un journal excessif dans sa haine de la révolution, ne trouva, pour honorerMes défenseurs de Brescia, que des paroles blessantes : c'est le dernier acte de cette farce belliqueuse de l'affranchissement de l'Italie pour laquelle nous avons payé assezcher notre billet cTetitrée,

La loyale population de notre pays n'est pas plus responsable de l'inconvenance de l'article du journal cité que des actes du comité qui , diaprés l'auteur, a organisé un mouvement républicain à Albertville dans un

moment où la réccnle et désastreuse dvifaite de Novarc répandaîten Savoie unelrîslesse sympathique cl fraternelle.

Pagen 300 et 301.— M. Brunier quiélail alors le chef du parti libéral françai>, dirigeait une guerre sans trêve contre les théories desjournaux cléricaux : r Echo du Mont-Blanc d'Annecy, et le Courrier des Alpes de Charabéry ; ceuxci répondirent mtcc une Tcrve que rien ne lassait^ aux brusques sorties que le jeune député faisait surieur terrain.

Je doute que M. le député Brunier, à Thonorabilité duquel tous rendent hommage, ait jamais eu la prétention d'ôlre à la Chambre chef de parti ; il est homme d'honneur et de talent, il est dévoué à sa patrie ; cela suQit sans doute à son ambition.

Page 301. — La session du Conseil divisionnaire de Cham-^ béry^^au 28 juin 48'i9) inaugura le régime parlemcnlaire et les nouvelles libertés de la Savoie. Les membres distingués qui composaient cette assemblée réagirent par la fermeté de leurs principes et la sagesse de leurs décisions contre l'exaltation des partis extrêmes. Ces déclarations sont demeurées, malgré les vinglannées qui se sont écoulées depuis, comme le programme politique de la Savoie qui n'est point devenue révolutionnaire, mais qui est restée libérale.

Je prends ma modeste part dans Thommage que M. de Saint-Gcnis rend à la Savoie et aux délibérations du Conseil divisionnaire dont je n'ai pas cessé d*ô(re, pendant

toale sa durée, un membre laborieux et assidu. Ses travaux consciencieux dans lesquels Tavenir pourrait trouver d*uliles matériaux sont roalbeurcusement peu connus; et cependant toutes les grandes questions de progrès administratif y ont élé traitées.

Page 303. — Victor-Emmanuel II, devenu roi, signe la paix (6 août) à de dures conditions, mais en refusant toute • concession de nature à compromettre les libertés acquises.

Pages 303, 30 î et 303. — Les chefs du parti conservateur, ennemis déclarés de Tespril libéral piémc^nlais, mécontents des Icis récentes qui rompaient Tan tique association de l'Eglise et de l'Etat, inaugurèrent contre le gouvernement une opposition malveillante M. de Cavour

attaqua indirectement l'Autriche en brisant avec Rome... Il n'y avait plus d'autres privilèges, en Savoie, que ceux des prêtres ; la noblesse sVfTHçait derrière eux, se retranchait avec eux dans cette dernière citadelle de l'idée féodale Non contents de créer ainsi, par les immunités

qui leur étaient spéciales, un Etat dans TElat, ils pesaient de toute leur influence sur la vie politique du pays, imposaient aux électeurs les hommes de leur choixel décidaient en dernier ressort toutes les questions graves. Les journées de Chambéry et la récente enquête parlementaire venaient d'en donner la preuve.

C'est à la négociation de la paix du 6 août 1849, et pour en rendre les conditions moins dures, que M. de Launay, comme je Tai déjà dit, a consacré les derniers instants de sa vie : celle paix était urgente, cl cependant personne ne voulait compromettre sa popularité en en acceptant la

responsabilité : Lui, près de mourir, a oublié les vanités de la terre, et ne s*est souvenu que du dévouement que Ton doit à sa pairie.

Jamdisle parti conservateur n*a fait d opposition systéinaliquemenl hostile au Gouvernement, comme veut le faire croire M. de.Saint-Genis.

Il vient de rendre, page 301, un hommage aussi bienveillant que délicatement exprimé, au conseil divisionnaire où cepend int siégeaient en majorité ces conservateurs si décriés , il aurait donc dû reconnaître en même temps que le grand parti libéral quoique conservateur n^obéit a aucune consigne eln*a d*autre chef que sa conscience.

Le clergé de la Savoie n'est point, ainsi que veut le faire croire l'auteur, un corps despotique et intolérant; il apporte au contraire dans ses relations sociales autant d'urbanité que de modération : remarquable par son érudition, il compte dans son sein plusieurs savants distingués; jamais il n'a fait à Taiilorité civile la résistance violente qu'on lui impute; il n*a pas non plus le monopole d'influence que M. deSainl-Genis veut bien lui attribuer et parait lui reprocher. Sans doute nos prêtres sont fidèles à leur mission évangélique, ce qui les rend plus dignes encore de respect, mais ils ne sont hostiles à aucune mesure de sage libéralisme ; la preuve du contraire que l'auteur voit dans les journées de Chambéry n'est que la reproduction de récits calomnieux sur les événements de c^te époque. Les privilèges du clergé, 'si exagérés par M. de Sant-Genis, étaient déjà alors bien réduits ou tombés en désuétude.

Quant h cette enquête devant laquelle il sincline, ni le

pays, ni même ceux qui en ont été chargés, ne Tont prise au sérieux, quel que rûr4'ailleurs le mérite personnel de plusieurs d'enlreeux. Ils étaient moins des juges impartiaux que les exécuteurs d'un mandai impératif.

L'école démagogique veut renverser tout obstacle à ses envahissements, et s'acharne surtout contre le clergé derrière lequel elle veut atteindre le principe religieux, parce qu'il représente la résistance la plus edicace au désordre social. Tauteur, je le sais, est loin d'appartenir à celle école; mais n'a-t-il point, sans s'en douter, trop prêté roreille à ceux qui vont y puiser leurs enseignements?

Page 306. — Il arriva, par suite des événements survenus à Paris et à Turin, que les cléricaux^ ennemis déclarés de Tannexion en 4848, en élaicnl les plus chauds partisans en 4860, tandis que les libéraux se faisaient piémontais en 1860 de français qu'ils étaient en 4848.

Ainsi que je Tai déjà dit dans les pages précédentes, les hommes que fauteur qualifie modestement de libéraux, voulaient être unis à la France révolutionnaire; et ceux qu'il appelle cléricaux, avec le même esprit de partialité, ont préféré la France impériale parce qu'ils la croyaient plus puissante pour défendre les grands principes d'ordre social.

Il ne faut pas oublier qu'en 1860, c'est le Piémont qui s'est séparé de nous : l'annexion de 1848 aurait été une honte pour la Savoie ; les Savoyards n'en ont pas voulu.

On ne saurait trop le répéter, ce n'est pas la république que craignaient les gens sensés etéclairésparrexpérience,

mais les faux libéraux qui voulaient en faire le marchepied de leur ambition el de le*ir despotisme, el dont le patriotisme et Tamour de la patrie se résument en ces mots : Ole-loi de là que je m'y melle,

La politique n*a eu au reste que bien peu d'influence sur Taltitude de la population deChambéryen avril 1848 ; je dirai seulement que mon pays a trop le sentiment de sa dignité pour acheter, au prix de son honneur, une annexion môme la plus sympathique.

Une semblable invasion organisée contre nous par la France monarchique aurait été de notre part Tobjet de la même réprobation.

Page 307. — Chaque jour, pendant des mois, Forgane du parti réveilla de la sorte raltenlion publique et provoqua une agitation patriotique qui se compliquait, etc.

M. Reymond Melchior, rédacteur duCotirnerdw Àlpes^ était un homme aussi honnête qu'instruit, et un journaliste consciencieux et convaincu, mais il subissait Tinflucnce de son caractère ardent que bien souvent ses nombreux amis s'efforçaient de modérer. Il était moins l'organe d'un parti que celui des ses convictions et de ses ardeurs. On a voulu rendre l'opinion libérale conservatrice responsable de tous ses articles, et cependant les hommes qui s'honorent de représenter le grand parti qui veut concilier Tordre, la moralité et la liberté, ont fait tout ce qu'ils ont pu pour donner à ce journal un caractère franchement constitutionnel, et pour qu'il s'abstint de toute personnalité : on l'a soutenu parce qu'il était presque le seul organe h opposer à la licence de la plupart des autres journaux.

— IbO —

Un juste hommage a élé rendu, peu de temps après, à M. Rcymond, par l'immense concours d'amis et de cornpalriotjBs, appartenant 5 toutes les classes, à toutes les opinions, qui ont accompagné son cercueil avec un recueillement et une tristesse qui étaient l'expression sincère de l'estime et de l'afTection qu'on avait pour lui.

Page 307. — L'assujettissement du clergé au droit commun, la réduction du nombre des fêtes légales^ raboliliou du droit d asile des églises, furent roccasion de la rupture éclatante du clergé cl du gouvernement.

Dans Tapplication, le droit d'asile n'existait plus depuis longtemps.

La réduction du nombre des fêtes légales avait déjà été demandée, au nomderagriculture, de l'industrie, et même de la moralité publique, par le conseil divisionnaire sans que les membres du clergé aient songé à lui en faPre un crime. Session de juin 1849, page 61 du compte rendu.

Note de la page 309. — Il faut noter pourtant un fait significatif. Le jour de la pose de la première pierre du Palaisde-JusIice, le gouverneur suggéra l'idée délever au Yerncy !a statue de Charies-Albcrl, premier roi constitutionnel. Aussilôl M. de Lîichena! réplique par l'avis de choisir plutôt la statue du président Favre, le plus connu des chefs de ce Sénat çui si souvent lutta cofifre les volontés des rois de Piémont,

M. de Lachenal était loin d'être un adversaire du roi et de la constution comme pourrait le faire supposer la note mise au bas de la page 309.

La place de Tillustre président, du grand jurisconsulte

I Favre, était marquée au seuil du sanctuaire de la justice :

c*est la que Térection du monument consacré à sa mémoire avait été d*avance déterminée ; c'est pour ces seuls motifs que l'on n'a pas voulu lui substituer la statue de Charles- Albert dont le souvenir aura toujours dans notre pays un culte digne de lui.

Pages3Ù9 et 310. — Le parti clérical, mauvais prophète en celte circonstance, et se flattant do trouver un serTÎtéur dans le pctil-^aeyeu de saint François de Sales, dit à ce propos : Ce choix ne sourit pas aux démocrates italiens, et cest pour cela que nous y applaudissons»

M. de Cavour est entré sur la scène politique comme conservateur : cependant je n*ai pas entendu formuler, à propos de son début dans les affaires, les espérances dont lauleur se fait l'écho à la page 310, mais ce que je sais très bien, c'est que la Savoie ne regarderait jamais comme grand ministre le serviteur d un parti.

M. de Saint-Genis inaugure le chapitre XI par des appréciations qui sont presque de sa part une profession de foi : il use en cela d'un droit incontestable, et il me permettra de leur opposer celles qui me sont personnelles.

Page 3H. — La rupture du cabinet de Turin avec le Saint- Siège fut un nouveau motif d'écart pour la Savoie ; cet accessoire inévitable de lldee italienne creusa plus profondément Fabîme moral qui séparait déjà les deux pays.

I/idée d'affranchir Tltalie de toute domination étran-

— lf>2 —

gère a toujours été une noble pensée à laquelle se sont associés lous les cœurs généreux : la Savoie a eu à cet égard un accord fraternel avec le Piémont, et l'a sanctionné en Tersanl son sang pour celle belle cause. Mais Tuni té de Tllalie réunie en un seul Etat est une question bien diiïérente qui n 'a jamais obtenu la même unanimité : Les patriotes italienslesplusdévouésonteux-mémescraint.coramejerai dit plus haut, que celte unité ne fût en opposition avec les mœurs de Tltalie, avec sa configuration géographique, et ils ont pensé qnW serait plus convenable de la diviser en trois Etats indépendants liés entre eux par un pacte fédéra lif.

L'unité proclamée plus tard a probablement été une concession faite au mazzinisme par M. de Cavour, car il voyait très bien qu'il avait besoin de ce parti pour révoluj tionner la péninsule.

Rome, la ville des souvenirs, la ville des monuments, Timmense et imposant musée que l'antiquité a légué aux générations modernes, le siège enfin dix-neuf fois séculaire du Christianisme, est la cité qui remplit peut-être le moins les conditions que doit réunir de nos jours la capitale d'un grand Elat ; mais elle est la métropole du monde catholique : les disciples deMazzini la demandent omme rentre de Tunilé italienne pour la détruire comme capitale de plus de deux cent millions de chrétiens.

Voilà Porigine du cri de ralliement Borna ola morte. Il est moins l'expression du patriotisme quecelled'une haine irréconciliable contre Tinflucnce et la civilisation catholique.

Cette hoslilité est au reste bien loin d*élre partagée par

la majorité de la nation italienne; elle est le mot d*ordre d'une minorité qui, dans ce pajs, comme ailleurs, sait produire de l'illusion sur sa force par le bruit qu'elle fait. Heureusement les princes de la maison de Savoie et les hommes éminents chargés de présider aux destinées de rilalie savent que les ennemis de la papauté le sont au même degré du principe monarchique; ils savent aussi que ce système gouvernemental est la meilleure garantie de la prospérité et de l'avenir de ce jeune royaume si beau et entouré de tant de sympathies.

La nécessUé de T^xpulsion du Pape des Etals sur lesquels il régne à aussi juste litre que plusieurs souverains régnent sur les leurs, est tranchée d*une manière bien absolue par M. de Saint-Genis quand il la qualifie, page 311, comme l'accessoire inévitable de l'idée italienne. Il aurait du se rappeler que des puhlicisles et des hommes d'Etal d'une haute capacité et d'un libéralisme incontestable , ont émis une opinion opposée à cette spoliation qu'ils regardaient comme compromettante pour la société.

La question romaine est si grave, elle se lie à tant de grands intérêts qu'il y a de la présomption à croire à l'infaillibilité de son jugement à son égard. Ce qu'il y a de bien sur c'est que le Christianisme restera toujours une puissance avec laquelle il faudra compter.

C'est la un legs bien lourd que M. de Cavour a laissé à ses successeurs. Il avait sans doute une haute capacité, mais en voulant arriver trop vite à son but d'unité, par

des moyens d'une moralité quelquefois plus que douteuse, n'a-l-il point préparé pour l'avenir de sa patrie de graves embarras?

Doué d*uDe merveilleuse aptitude pour agiter et passionner les masses, il lui manquait peut-être le talent pacifique d'organisation ; aussi un de ses compatriotes a-t-ii dit de lui qu*il avait fait acte d'un homme d'esprit en mourant à propos pour sa gloire: il a en effet disparu de la scène au moment où il allait se trouver en face de grandes difficultés.

Tout le monde se rappelle que sa santé affaiblie par les veilles et le travail, a reçu le coup mortel à la dernière séance de la Chambre des députés où il a paru, et dans laquelle Garibaldi Ta interpellé delà tnanière la plus brutale : en rentrant il s est mis au lit, et peu de jours après il n*était plus!

Sa mort a été regardée comme un grand malheur, parce que Tascendant de son nom, de sa fortune et de son talent lui aurait donné, après s'être aguerri contre les émotions et les contrariétés parlementaires, une inllucnce que peu d'hommes pourront obtenir.

Une anecdote qui le concerne me revient à la mémoire :

Un étndiant savoisien, proche parent de la famille de Cavour qu*il fréquentait intimement pendant ses cours de

droit à Turin, félicitait un jour le père du futur ministre sur les brillantes qualités et I intelligence de son fils, alors âgé de quatorze ans, et sur les services qu'il pourrait rendre plus tard à son pavs ; M. de Cavour s'est écrié avec beancoup de vivacité : Que Dieu préserve le Piémont de voir Camille se mêler de ses affaires, car s'il y met le nez, U mettra tout sens dessus dessous.

Cette boutade paternelle n'est point citée ici comme un

oracle infaillible, mais comme un signe du caractère ardent ec entreprenant du futur arbitre des destinées desa patrie.

C'est au reste à Tavenir à sanctionner I œuvre de M. de Cavour par le succès, ou à prouver qu un édifice trop rapidement construit n'a pas toujours la solidité désirable. Les hommes d'Etat qui lui succéderont ont, cuï aussi, une grande et patriotique mission : elle exige autant de fermeté que de sagesse et de modération ; ils sauront sans doute la remplir dignement.

Quant à nous, Savoisicns, qui avons eu pendant plusieurs siècles une communauté de vie avec le Piémont, nous ne cesserons de faire des vœux fraternels pour la prospérité du jeune royaume d'Italie dont il fait aujourd'hui partie.

Pages 312, 313, 314. — Les ministres piémontais, malgré leurs efforts consciencieux, restaient suspects jusque dans les mesures les plus dt^ga^^iées de la politique; la question catholique envahissait et dominait tout Il est

instructif de suivre, dans les journaux, le progrès des

attaques, plus acerbes, etc La publication des rôles

de l'impôt pour ^855, servit de prétextes aux publicisles de Chambéry d'où parlait le mol d'ordre. (Suit un article du Courrier des Jlpes.,.) Le ministre Rallazzi prend un parti décisif et présente

la loi de suppression des corporations religieuses

Pour agiter l'opinion, pour la rendre complice des mouvements qu'on méditait et solidaire de la résistance, on agit sur elle par les moyens qui la touchai ni directement, par les critiques qui lui devaient être les plus sensibles. La loi de ^8o^ n'avait point ému la Savoie;

mais on insista sur la nouvelle répartition de Timpôl fon- •ier, eto.

M. de Saint-Genis parle avec son exagération ordinaire de rijostilité de la Savoie contre les actes du gouvernement: les Sa voisiens combattent toute mesure injuste du pouvoir, mais s'inclinent toujours devant h légalité et Téquité.

Il fait erreur en désignant comme organe exclusif de parti un journal rédigé par un homme honorable qui avait trop d'indépendance de caractère pour subir une direction contraire à ses convictions.

La loi de suppression des ordres religieux, d'ailleurs peu nombreux en Savoie et surtout de ceux voués à l'éducation, a été en général accueillie avec un sentiment pénible, parce quelle ressemblait à une spoliation, à une persécution, et enlevait à Chambéry ses principales ressources pourfinstruction des demoiselles.

Pour les masses, et les habitants des campagnes, qui voient passer au-dessus de leur tête les grands événements politiques, le thermomètre d'un bon gouvernement c'est le bien être matériel qu'il procure ; il n'est donc pas étonnant qu'ils n'aient point acclamé l'aggravation des charges que leur imposait le nouvel ordre des choses.

Il aurait été plus équitable de ne pas vouloir faire peser la responsabilité de ce mécontentement tout naturel surles excitations des prêtres, ou de ce que l'auteur appelle le parti clérical; il ne le nomme pas, il est vrai, mais il l'indique trop clairement pour qu'il y ait doute. Cette réaction cléricale sans cesse sous sa plume, et qu'il veut rendre responsable de tous les murmures, me rappelle involontairement la naïve préoccupation de celui, qui interrogé sur la cause du déluge, répondait : C'est Voltaire.

Quant au prétenda mouvement que, d'après M. de Saint-Genis, on méditait, on doit mettre cette accusation dans la catégorie des calomnies : ce n est pas dajis le parti conservateur qu il faut chercher les fauteurs de troubles publics.

Pages 315 c^ 316. — On reproche à M, de Cavour, comme une faute personnelle et préméditée, de n'avoir point établi un rej^islre à souche pour la recelte de rimpùt.

Le Courrier des Alpes, le Journal du Progrès et la Gazette de Sacoie se livrôrrnt aux personnalités lès plus blessantes: les uns allribuaienlàla colère divine les malheurs qui venaient coup sur coup, de frapper la famille royale. (La mort de la mère, de la femme et du fjère du rof).

On a pu blâmer quelques actes de M. de Cavour, mais on a trop de bon sens en Savoie pour avoir prononcé, ou approuvé de semblables paroles (celles citées pages 315,) à propos d'une simple formalité matérielle de registre.

Toute la Savoie a pris une part filiale aux pertes douloureuses qui ont frappé la faoïille royale au commencement de 1855 : la population de notre pays n*élait pas plus responsable des inconvenances de certains articles de journaux que la France ne Test de nos.jours des excès bien plus grands encore de la presse parisienne.

Si M. d^ Saint-Genis avait assisté à la cérémonie religieuse célébrée à la cathédrale de Chambéry en commémo ration des illustres princesses que Téloquent prédicateur, le Père Lavigne, a qualifiées d'une manière si louchante en disant d*elles : ce$ anges de la terre que les anges du ciel

onttro ptôt rappelées à eux, s'il avait éfé témoin de la profonde émotion des assislanlsquepouvailâ peine contenirla vaste église, il aurait vu que la Savoie a pourloules les afflictions des lariïies sympathiques.

Pages 3\7 et SIS. —M, Collino avait sollicité les nolnbles de faciliter sa tActie délicate en lui faisant part do leurs réclamations et en Taidant de leurs conseils : le parti clérical répond ainsi à ces loyales ouvertures. (Suit un article du Courrier des Jlpes.)

Quand une fois les susceptibilités d'un corps ou d'une population ont été froissée*;, il est naalaisé d*y porter remède. Les essais de conciliation deviennent autant de piqûres sur des plaies vives; et le mal paraît ingnéris"sable lorsqu'une influence occulte, qu'on ne sait où saisir, qui se dérobe au reproche comme à la persuasion, entretient ces motifs de querelle, dont un malentendu fait toute la gravité.

En faisant à tout propos intervenir le clergé, M. de Saint-Genis lui allribue 1 un • monopole d'influence et d'action qu'il n'a jamais eu et qu'il n'a jamais ambitionné en dehors des justes limites de sa mission évan^'éliqne.

L'article du Courrier des Alpes cité à la page 317 ne concernait qu'une question de détail administratif dans laquelle le parti clérical était désintéressé etdont il ne s'est nullement préoccupé.

Le rédacteur du Courrier était un sincère et fervent catholique; il y a toujours eu soiisce rapport communauté de sentiments entre lui et les membres du clergé de Savoie: mais dans les questions politiques et administratives, il

était l*organe eiclusif et indépendant de ses idées et de ses opinions dont il assumait seul la responsabilité.

Les réflexions philosophiques contenues dans la page 3 1 8, ne sont guère applicables à l'incident auquel Tauteur fait allusion, (la dissolution du Conseil municipal de Chambéry el son remplacement par un commissaire provisoire) car le personnel du Conseil dissout était bien loin d'être disposée subir rinfluence d'excitations cléricales par lesquelles M. de Sainl-Genis aime à expliquer tout ce qui se passait alors en Savoie.

Page 318. — Aux élections municipales (2 juillet), les ministériels cl les dé m oc raies sont bullus; les candidats de la droite pusscnl presque parlout avec une imposanle majorité.

Les candidats ministériels avaient presque tous été choisis dans les ran;{sde ceux que, à tort ou à raison, on appelait démocrates. Le besoin d'ordre avait peut-être exercé quelque influence sur le corps électoral ; il n'a d'ailleurs élu pour le Conseil que des hommes qui depuis longtemps avaient sa confiance et dont, à Texception d'une seule élection, les noms étaient toujours sortis de l'urne : el puis j'ajouterai que Tespril d'indépendance des Savoyards avait peu de sympathie pour toute candidature imposée.

La majorité des conseillers nommés ne représentait pas au reste ce qu'en France on appelle la droite ou l'extrême droite, mais le parti libéral conservateur aussi éloigné des exagérations absolutistes que des funestes théories du radicalisme.

Page 319. — M. de Cavour ne se lient pas pour ballu et donne Tordre d'exécuter la loi du 29 mai^ etc.

M. de Saint-Genis n'est pas juste envers M. de Cavour en laissant croire que Tordre donné d'exécuier la loi con tre les couvents éiail une revanche qu'il voulait prendre de sa défaite dans les dernières élections ; cette petitesse vindicative par laquelle il aurait fait payer à des innocents la faute des coupables, est une supposition injurieuse pour la mémoire d*un homme d'Etat dont on a été quelquefois l'adversaire, mais aux grandes qualités duquel on a toujours rendu hommage.

Pages 322, 323 et 324. — Sur des ordres réitérés Tenus de Turin, l'opération recommença le mardi 25. Les représentants de TElal, entourés d'une compagnie de liersagticrs et suivis d'ouvriers mis en réquisition, se dirigeai vers le couvent des carmélites au milieu d'nn immense concours de peuple, d'abord surpris de la nouveauté du spectacle, puis mécontent, etc..

Quelques jours plus tijrd, le roi Victor-Emmanuel, accompagné de M. de Cavour, traverse Cliarabéry à son

retour de Paris Les manifestations de la foule furent

significalives; un témoin oculaire les résumait ainsi: {Suit vue lettre dans laquelle il est question de manifestations contre M. de Cavour.

Les Savoisiens à quelque opinion qu'ils appartiennent désapprouvent toute espèce de persécution, ils ont donc été péniblement impressionnés par Texcès légal des actes auxquels a donné lieu Texéculion de la loi du 29 mai.

On n'en a point failremonler la responsabilité jusqu'au roi que Ton a très bien accueilli à son retour de Paris, car les senlimi'nls d'aiïeclion qui ont toujours uni noire pays avec les piinces de la maison de Savoie* ont de profondes racines dans le cœur de nos populations, même aujourd'hui encore, malgré Tunanimité de notre vote d*anne\ioa à la France.

Quant aux raanifeslalions contre M. de Cavour dont parle M. de Saint-Genis, page 324, elles ne sont qu'une illusion éclose dans Tespril prévenu de Taulrur de lalellre, ou une invenlion de sa part: il n'y a eu à Chambéry ni actes ni projets contre le président du ministère.

Pages 32 î et 325. — La ligne principale, se ralLichant à Turin par la Percée des.^lpes^ devail, de Chambéry, gagner directement Lyon par la Percée de VÉpine, Sainl-Genix, Moreslcl et Crémieu. Le projet rétréci qu'on adoptait renversait toutes ces espérances; cette ligne courte, coupée à Ciiioz, avec un embranchement éventuel sur Albertville ou Annecy et un autre sur Grenoble, semblait imaginée pour ruiner la Savoie.

La Savoie a en eiïet demandé que le chemin de* fer destiné à relier Tllalie avec la France, au travers du Mont- Cenis, passât par Chambéry, et de là se dirigeât vers la montagne de Lépine pour s'enfoncer dans un tunnel à creuser dès la cascade de Cou\, jusqu'au lac d'Aiguebellel!e, sur une longueur de 3,3 10 mètres, ou dès la gorge deForaisoni prés de Cognin, jusqu'au même poiut,sur

une longueur de 4,740 mètres (1). Elle a en outre offert au choix du gouvernemenl le percement d'un tunnel, par où passerait la voie ferrée, dans la montagne du Mont du Chat, aboutissant au lac de Chevelu, d'une étendue de 2,400 mètres.

Elle a ensuite exprimé le vœu que le tronçon à dirger sur Genève passât le plus près possible d'Annecy.

Un instanî nous avons pu compter sur la réalisation de ces vœux , malheureusement le contrat sur lequel reposait cette espérance n'a pas reçu son exécution. Mais, sur une proposition donlj'ai pris l'initiative et que le Conseil divisionnaire a approuvée, page 125 du comple-rendu de la session de 1855, on s'est rési;;né à voir aboutir à Cuioz le tronçon qui reliait Chambéry avec Genève et Lyon, parce qu'on savait trop bien que cette modification à un premier contrat élait irrévocablementarréléeàTurin. Par le même rapport, j'ai demandé qu'on substituât à une ligne, qui d'Aix se dirigerait sur Genève par Annecy, un embranchement partant des environs de Chamousset pour aller à Annecy en passant par Albertville, Ugine et Faverges.

D'autres propositions consignées au compte-rendu ont été faites.

Voici la délibération prise sur ces propositions par le Conseil divisionnaire :

i< r Prier avec la plus grande insistance le gouvernece ment d'activer les négociations tendantes à obtenir une

(4) Voir la note U.

« voie ferrée se rendant dircclcmenl de Chambéry à Lyon « par le (racé qu'il jugera le plus convenable ; d'aiilori- « ser, môme provisoirement, la conslruclion d'un des K tunnels indiqués, et, s*il en devient le cas dans Tinter- « valle des sessions, de convoquer extraordinairement le « Conseil divisionnaire.

« 2^ Le prier également d'aviser aux moyens d'obtenir « la jonction du chemin de fer Victor-Emmanuel avec « celui de Suse.

« 3" Le prier aussi d'aviser aux moyens d'obtenir « rembranchement de Chamousset à Annecy par Albcrt- « ville, ainsi que de faire exécuter le chemin d'Aix à a Annecy. (Le Conseil savait d'ailleurs très bien que le choix de l'un de ces deux tracés sur Annecy était alors presque exclusif de l'autre, et les treize conseillers de la Savoie propre, aujourd'hui arrondissement de Chambéry, qui représentaient plus de la moitié des voix, ont fait preuve d'esprit de conciliation et de justice dislribulivc en reléguant en quelque sorte au second plan le tracé d'Aix à Annecy qui les intéressait plus spécialement}.

« * 4"* Ordonner la jonction au procès-verbal des rapports « de MM. Avet, Dullin, Lachenal et Millioz. »

Il était notoire que des négociations actives avaient lieu à celle époque, avec l'appui d'un puissant personnage de Paris, entre Turin et Genève, pour faire souder la ligne principale du Victor-Emmanuel au chemin du département de l'Ain à Culoz.

La loi du 11 juin 1856 a consacré l'embranchement d'Aiton à Albertville et successivement à Annecy. Celle du 4 juin 1857 a approuvé la ligne d'Annecy à Genève et

la convention passée à cet égard, le 23 mars précédent, avec MM. Blanc el Motirl : il csl fâcheux qn'on ail résilié le conlral passé avec celle société qui s'était soumise, en cas d'inexécution, au paiement d'une somme de 5000,000 fr. à titre de dommages.

C'est dans la session paricruenlaire de la méme|année 1857, que le tunnel du Mont-Cenîs a été volé.

M. CoHi, ingénieur distingué, a rédigé trois projets pour le chemin de fer d'Ailon à Albertville : après différents examens de contrôle de ces projets, le tracé de la rive droite de flsère a été adopté.

Au moment où les travaux d'exécution allaient commencer, des difficultés se sont élevées entre la société Victor- Emmanuel el le conseil provincial de la Maurienne au sujet de la cession du pont d'Ailon, point de départ du tronçon sur Albertville.

Dans sa session de 1858, page 209 du compte-rendu, le Conseil divisionnaire s'est mis en rapport avec M. le chevalier Ranco, ingénieur directeur du V.-E., a concordé avec lui les conditions de cette vente et a aulorisé M. Tintendant général à traiter définitivement avec la Société en se conformant aux clauses consacrées par sa délibération.

On allait enfin mettre la main à l'œuvre, lorsqu'au commencement d'avril 1859, la guerre a été de nouveau déclarée à l'Autriche (1) et a tout remis en question.

(i) Peut-être alors les conseils ou les excitations personnelles et coDlidenlielIes de Napoléon III ont-elles exercé une grande influence sur la détermination du cabinet piémontais : c*e$

Yoilà le résumé de ce qui s'est passé à Tégard des chemins de fer sous le régime piémonlais: ce qui s*est fait depuis a subi exclusivement 1 influence française.

Je suis entré dans ces détails pour prouver que la Savoie a toujours apporté autant de vigilance que de modération dans les longs débals auxquels ont donné lieu les voies ferrées.

Page 327. — M. de Cavour, décidé à réprimer vigoureusement les exagérations des partis extrêmes, essayait de se tenir à une distance égale des ullramontains et des radicaux ; en Piémont, il luttait avec les démagogues, en Savoie, avec les cléricaux.

No^e mise au bas de la même page à V appui de ce qui précède.

Voir aux preuves, document n<> CIV, une lettre inédite de M. de Cavour, du 20 juillet 4854.

En citant et reproduisant sans autorisation spéciale page 554, une lettre qu*on lui avait communiquée confidentiellement, Tauteuraurait dû reproduire aussi la note» écrite en marge, de la main de celui à qui elle avait été adressée, portant que le ministre se trompait en divisant la population de la Savoie en de\ix parties extrêmes sans

dans cette action, plus tard incontestable et que Fhistoire appréciera^ qu'il faut cherctier rexplication de bien des événements de ces époques.

juste milieu, M. de Sainl-Genis traduit ces expressions, page 327, par celles de uUramontains et radicaux: Elles

ne représenlenl pas mieux l'opinion publique de noire pays.

Il aurait dû dire aussi que celte correspondance entre un modeste employé, dont la seule ambition est de bien aimer, de bien servir sa patrie, et le président du ministère, a été provoquée par la nécessité où il s'est trouvé de repousser une dénonciation calomnieuse envoyée contre lui par Tadministrateur de la division auquel l'auteur fait allusion à la page 330.

M. de Saint-Genis a rendu quelquefois une justice méritée au caractère savoîsien, il devrait donc moins insister sur la dénomination de cléricaux qu'il prodi;^ue à ceux qui ont eu assez d'indépendance pour résister, dans les limites de l'équité et de la légalité, aux volontés ministérielles.

Les populations de Savoie ne se laissent ni exciter ni fanatiser; elles ont d*excellents guides dans leur bon sens et leur intelligence. Les appréciations de l'auteur aboutissent toujours au même but ; excitations d'un côté et obéissance aveugle de l'autre; elles sont une injure et une « calomnie pour nous tous: ces misérables qualifications dont les partis ont tant abusé, en en dénaturant la signification, ne méritent plus que le dédain.

Si, au lieu de prendre ses matériaux dans des articles de journaux n'exprimant souvent que les idées de leurs rédacteurs, ou des individus qui en empruntent les colonnes, M. de Sciint-Genis était allé les chercher dans les comptes-rendus de nos assemblées électives, il aurait vu que la Savoie n'a pas plus marchandé les éloges que le

blâme, et que pour Pun comme pour les autres, elle n's obéi qu*à sa conscience.

Les hommes qui s'intitulent démocrales, sans d'ailleurs bien se rendre raison des obligations etdes vertus que leur impose cette qualification, ne sont pas non plus une aulo* rite impartiale à invoquer.

Jaime au reste à constater ici, àl'honneurdelaSavoie, qu*il y au fond du cœur de ses enfants, libres de toute influence étrangère un sentiment d'afTection fraternelle grâce auquel les dissidences d'opinion ne se sont presque jamais traduites en actes d'hostilité : dans les réunions et les cercles où des adversaires politiques se rencontrent souvent, ils se traitent avec une parfaite urbanité: il y a même entre les hommes de partis opposés de sincères amitiés.

Page 328. — Rien ne satisGt les hommes qui no cessaient d'accuser le Piémont de vivre de la Savoie, et qui reprochaient au premier ministre d'avoir, dans de telles circonstances, enlevé la hante direction des affaires locales à un savoyen, M. Mercier, pour les conGer successivement à deux piémontais, M. Gay di Quarli et l'avocat Magenta.

On était trop habitué, en Savoie, à voir le poste d'intendant général occupé par des piémontais pour attacher, ainsi que le suppose l'auteur, une grande importance au remplacement de M. Mercier par M. Gay di Quarli ; un bon administrateur, savoisien ou piémontais, était toujours bien accueilli; tout ce que nous^ demandions, c'était une part proportionnelle dans la distribution des fondions pu-

bliques et dans Tinfluence qu*elles donnent, dans rintérêt du pays.

Note de la page 328. — Au ^«»" janvier ^85C, les quatre évéchés, 60 canonicats, lous les postes ecclésiastiques sont occupés par des Savoyens ; sur les employés des diflerenles administralions, dont le chifTro lolal est de 531, on ne compte que 90 Piémontais : dans les deux régiments de la Brigade de Savoie, lous les ofliciers sauf \2, sont Savoyens. Dans la magistrature, les membres des tribunaux et des judicatures sont tous Savoyens : à la cour d appel, 2 sur 40 sont Piémontais.

Quoiqu*en dise M. de Saint-Genis, celte répartition équilahle n'cxisisit pas, et la note reproduite au l)as de la page 328, n'a pu induire en erreur qu'un homme peu iniiié encore au mécanisme administratif et gouvernemental des Etals sardes : pour établir un calcul exacl, il fallait tenir compte du petit nombre de Savoisiens appelés à rempUr des fonctions au delà dos Alpes, principalement dans les ministères, les administrations générales et les grands corps exclusivement centralisés à Turin.

Nous savions très bien que, pour les hautes fonctions surtout, b mérite doit déterminer le choix; mais il nous était bien un peu permis de douter de rimpartialilé de cette appréciation à notre égard.

Soie de la page 320. — Tantôt on refuse le baptême et les actes qui sont le fondement cl la preuve de Tétai civil des personnes, tantôt on refuse la sépulture ecclésiastique; au tribunal de la pénitence, on inquiète les consciences et l*on fait des e\cilations inconciliables avec la qualité et les devoirs des personnes qui s'en approchent, etc.

n est Tacite d^accuser, el d*exci(er la haine contre une classe delà société, heureusement. il est plus dilTicile de donner la preuve de ces accusations : j'ai bien entendu moi -même balbutier quel (ues-uns de ces reproches, mais toujours par des bouches suspectes. Les refus de baptême el des actes constatant Tétat civil des personnes ne peuvent être que des imputations calomnieuses.

Page 330. — Cependant le parti radical gagne du terrain.

Je ne sais si c'est avec regret que l'auteur constate, à tort ou à raison, que le parti radical gagne du terrain; je suis seulement convaincu que beaucoup de ceux qui ont pris part à quelques-uns des actes sur lesquels il base ce progrès radical, n'accepteront pas l'honneur qu'il leur fait de les compter au nombre des représentants de cette secte démagogique.

Page 330. — Uîic manifôstation populaire en faveur de rinlendnnl Magenta, accusé d'actes équivoques par le parti clérical, réunit les fonctionnaires, les ouvriers et les officiers de la garde nationale, malgré Tordre du syndic, el les efforts du colonel.

La mort prématurée et émouvante de M. Magenta à laquelle ceu\-mémes qui avaient le plus à se plaindre de lui, ont donné de sincères regrels que j'ai partagés, me prescrit une grande réserve à son égard. Je dirai seulement qu un homme étranger au pays a seul pu donner un

caractôre de presque unanimité imposante à la démonsiralion citée page 330(1}.

Page 331. — Les chefs les plus intelligents du parti conservaleur, compromis à cbaque instant par les impatiences de leurs écrivains, se décident à créer une feuille destinée à defenir /'or^/aMCûrj/n parti grande sérieux et honnête, et qui travaille ouvertement et légalement pour le bonheur de sa patrie, au lieu dûtre Vexpression dune indicidualité^ téc/io dopinioiis extrêmes. Un comité de douze notables, qu'inspire la sagesse du marquis Costa , assure la responsabilité de la politique du Courrier des Alijes transformé^ qui fusionne avec VEcho au Mont-Blanc^

Page 330. — Les éludi&nls brûlent le Courrier des Mpes sur la place Saint-Léger comme à Bonneville et à Thonon, en ^1848, on brûlait les journaux iluliens.

Les libéraux conservateurs ne reconnaissaient ni chefs ni écrivains : sans doute, ils préféraient aux journaux, qui avaient des tendances radicales, le vieux et honnôle Courrier des Alpes dont cependant ils regrettaient souvent les emportements.

C'est dans un but modérateur , comme le dit d'ailleurs M. de Saint-Genis, que plusieurs hommes honorables se sont efforcés, non pas de faire fusionner le Courrier avec VEcho du Mont-Blanc, mais de créer un journal libéral, et en même temps dévoué à Tordre, car la Savoie n'aime

(<) Voir la noie n» 46.

pas voir la révolution 8*agiter dans ses rues, soit à Toccasîon d'un journal que Ton brûle, soit sous le prétexte de prolêger les caisses publiques, soit en obéissant à un lâche mol d'ordre venu du dehors, qui prescrivait des démonsiralions contre le général de Broglie que ses ennemis livraient aux violences populaires, sous prétexte d'une mission qu'on lui donnait pour notre capitale (1).

M. de Saint-Genis parle beaucoup d'attaques violentes contre M. de Cavour, mais il se tait sur celles non moins ardentes de plusieurs journaux contre les hommes les plus dignes d'estime de la Savoie. L'opinion modérée de notre pays frappe de réprobation ce système déplorable d'injures personnelles dont il est injuste delà rendre responsable.

Pages ^3\ et 332. — La première mine de la percée desj^lpes fut allumée sous les yeux du roi de Sardaigne cl du prince Napoléon^ le 31 août 1857; do U, ils allèrent assister à la pose des pilolis du pont inlernalional de Duloz; mais ces solcnnilés qui, trois ans plus tôt, auraient enlhousiasraé les populations, ne furent accueillies qu'avec une curiosité méfiante.

L'auteur est mal informé quand il accuse la Savoie de n'avoir vu qu'avec une curiosité méfiante l'inauguration de la percée du Mont-Cenis et la pose des premiers pilotis du pont international de Culoz.

Les délibérations du Conseil divisionnairesont l'expression plus exacte de l'opinion publique que des articles de

(4) Voir la note 47.

journaux trop souvent passionnés : avant de faire suspecter noire pays d'une opposition systématique, Tauleur devait donc lire les comp(es-rendus des sessions de 1855, page 137 et de 1857, pages 1 et suivantes; il y aurait trouvé la réfutation de cette accusation d'indifférence pour les grands travaux auxquels il fait allusion.

Page 336 — On vit dans ces paroles, à tort ou à raison,

le dernier root des nobles et des prêtres, c'esl-à-dire des représentants de la grande propriété rurale et des maîtres de Topinion.

D'une manière plus ou moins précise, M. de Saint- Genis reproduit toujours la même idée fixe qui peut se traduire ainsi : à l'exception des démocrates, tout le reste de la population savoisienne n'est qu'un troupeau mené par les nobles et les prêtres I

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