‹ L'histoire de SavoieChapitre 6 sur 7 · SS · texte numérisé non relu

SS

Page 337. — Les démocrates décrétant Tunilé à tout prix.

L'idée de l'unité italienne, Rome comprise, est peutêtre pour le gouvernement actuel plutôt un embarras qu'une conviction.

Page 338. — L'appfirition du drapeau tricolore, à Chambéry, le 25 avril 4859, causa une émotion telle qu'on crut un instant à Tannexion consommée sans qu'il fût besoin de protocoles et de congrès. Il se trouvait dans la foule deux vieillards qui avaient vingt ans chacun lore do

rentrée en Sa foie des années françaises, en 4792

Leur expansion coramunicalive gagna le peuple; mais le syndic interdit l'accès du chemin de fer et le^^ r(?giments qui suivirent ne turent plus salués que de loin par les cris de : Five lU France !

Sans entrer dans Tintérieur de la gare» ce qui est toujours défendu au nom de Tordre et de la sûreté, le public a pu librement assister à Tarrivéc des troupes françaises en dehors de renceinlc du terrain réservé au chemin de fer qu*on dominait et dont on élait très rapproché: cette curiosité sympathique, mais non émouvante, n*a donc nullement été entravée; on a voulu prévenir des accidents, et non comprimer.

L*anecdole de deux vieillards qui auraient eu alors quatre-vingt-dix ans, et leur expansion de joiecommunicative qui gagna le peuple, ne me paraissent pns d*une authenti* cilé bien certaine, car, lorsqu'on est arrivé à celte extrême limite de la vie humaine, elle ne peut s'exprimer d*une manière assez bruyante pour réagir sur la foule. Nous serions au reste heureux que l'auteur ne se fftt pas livré i des exagérations plus blâmables.

Page 311. — les démocrates furent battus le ^ juillet dans les élections municipales.

A reKeption d'une seule élection pour le renouvellement du Conseil municipal, sur laquelle je m'abstiens de toute observation, ce qu'on appelle le parti démocratique n'a jamais pu obtenir à Chamhéry la majorité des voles, quoiqu'il compte dans ses rangs plusieurs hommes honorables, intelligents et dévoués.

Peut-être plus tard, sousTinfluence du libre développement et de la popularisation des théories les plus subversives et les plus anti-sociales, le résultat des élections sera-t-il bien diiïérent et ronsacrcra-t-il la déchéance de la démocratie elle-même comme trop conservatrice.

Page Z\\ — ... Ils prirent riniliative d'une mise en demeure hardie et assumèrent sur eux la responsabilité des actes qui allaient séparer le parti français du parti libéral dynastique dont M. de Coçta était le chef.

M. le marquisLéon de Costa avait de profondes affections et de loyales convictions; mais il n*a jamais sépaié sa cause de celle de sa patrie. Sa mort prématurée a été un grand malheur pour la Savoie dont il était un des enfants Icsplus dévoués, car il réunissait, pour bien la servir, les qualités du cœur, celles de l'intelligence et les dons de la fortune.

Pages^W 3<2. — Les corps des pompiers de la Savoie, suspects au cabinet depuis les ovations dont Tarmée

française avait élé l'objet, venaient d'être dissous

Surtout \\ Chambéry, où l'exislence d'un corps de pompiers armé créait de perpétuels conflits avec la garde nationale.

La suppression des pompiers de Chambéry, de ce corps si utile et si dévoué à Tordre, n'a point eu les motifs que paraît lui attribuer Tauleur, car des manifestations de sympathie pour la France, lors même qu'elles auraient été très chaleureuses, ne pouvaient être, à celle époqne, un grief auprès du cabinet de Turin qui avait déjà signé le con*

trat dont Nice et la Savoie étaient le prix. Lesconflitsaux^ quels donnait lieu la coexistence de deux corps armés, n'ont été aussi qu'un prétexte.

Si rinstilution des pompiers avait eu dans notre pays moins de popularité, si elle avait été plus directement sous la dépendance des autoritésgouvernementales, le ministère Rattazzi n'aurait pas songé à la supprimer.

Pages 342 et 343 — M. Dénari^ adresse au Courrier de Lyon une lettre où il pose nettement la question savoyenne. Celte lettre reproduite aussitôt par tous les journaux de France, sert d'attache aux diverses fractions du parti français et de point de d<^part pour la rude campagne politique qui allait s'ouvrir. Les députés libéraux comprennent à leur tour qu'ils doivent marcher en léle du mouvement au lieu de se laisser dépasser par Topinion ; douze d'entre eux se réunissent à Annecy et délibèrent de développer par toutes les voies légales ridée émise par le docteur Dénarié et qui résume le désir du pays. Une pétition au Roi de Sardaigne est immédiatement imprimée à Lyon, nul imprimeur de Savoie n'ayant osé prêter ses presses au

comité; Ces douze députés sont MM. Costa de

Beaurcgard, Mollard, de Martinel, Grange, Carquet, Ginet, Pelloux, Montgellaz, de la Fléchère, Girod de

Monlfalcon^ Chapperon, Lachenal La Gazette de

Savoie prend à partie les douze séditieux d'Annecy.

La lettre de M. le docteur Dénarié citée page 342, n'a eu ni le retentissement ni Tinfluence que lui attribue l'auteur: la Savoie était déjà alors suffisamment préparée à l'avenir qu'elle savait lui être réservé. M. Dénarié jouit

d'ailleurs à Chambéry, sa ville natale, de l*eslime el de ralTcclion de tons ses rompalriotes.

Dans la r(^union, à Annecy, des douze députés cités par M. de Sainl-Genis, je doute que la question mise, d'après lui, en délibération ail obtenu l'unanimité; je suis sûrque ces hommrs honorables avaient trop le sentiment de leurs devoirs de loyauté cl de haute convenance pour prendre, en b»ur qualité de députés au parhmenl de Turin, Tinitiative d'une demande sépar<iliste; ils n'auraient surtout pas donné leur adhésion à un écrit ou pétition rédigé de manière à compromettre la responsabilité des imprimeurs nationaux.

En donnant à douze députés la qnalilication exclusive de libéraux, l'auteur prouve une fois de plus combien il connaît peu noire pays, car le libéralisme de ceux qu'il ne nomme pas est incontestable.

Je ^rai encore observer que plusieurs des personnages que désif^ne M. de Saint-Genis, étaient bien loin de désirer la séparation de la Savoie du Piémont.

Page 353. — Le Courrier des Alpes, saisi trois fois à la poste, est suspendu par le ministre en verlu de la loi dictatoriale du 28 avril et poursuivi pour délit d'Etat,

M. Bertier, homme de heaucoup d'esprit, aiijourd'hui conseiller d'Etat, était le principal rédacteur du Courrier des Alpes et avait pour collaborateurs plusieurs personnes honorable^ de Chambéry qui formaient avec lui ce qu'on appelait le comité français.

Après le succès, quelques individualités dont les servîcet

rendus à cette cause sont contestables, ont prélBndu en avoir été les membres les plus actifs.

Une partie de la population de Savoie a toujours conservé de la sympathie pour la France, et à l'époque où sa séparation du Piémont a été prévue, cette vieille affection s'est aflirraée davantage encore. Le parti libéral conscrvateurqui s'était rallié, sansarrière-pensée, au gouvernement sarde, a accepté le refuge qu'on lui offrait vers la France, parce qu'elle présentait alors plus de gages d'ordre et de stabilité que l'Italie : les opposants à l'annexion étaient ceux dontle libéralisme se rapprochait de l'opinion radicale, quelques anciennes familles dont les glorieuses annales se mélaienlauxplusbellespagesderbistoiredesprincesdelamaison de Savoie, et de vieux serviteurs qui obéissaient à une noble exagération de fidélité, car ce n'était pas nous qui nous séparions du Piémont, mais bien lui qui brisait notre lien séculaire d'union.

Page 3U. — Les prétentions helvétiques et certains actes du gouvernement Italien jetèrent un nouvel élément de trouble dans le débat. On crut deviner que la Savoie ne serait séparée du Piémont qu'au prix d'un démembrement; que des accords secrets prévoyaient celle éventualité, et que le gouvernement, comptant sur la répulsion traditionnelle dos savoyens pour tout ce qui blessait leur autonomie, userait de cet argument pour se dégager des promesses faites à la France.

Quant à cette guerre de morcellement de la Savoie,

M. de Saint-Genis aurait du n'y voir que les intrigues de

ebancelRries des puissances européennes auxquelles don^» nent toujours lieu les agrandissements de l'une d*entre elles, surtout lorsqu'elle s'appelle la France.

Le promoteur de ce mouvement suisse était probablement aussi M. de Cavour, qui aimait Genève comme une seconde patrie, car il y avait fait ses éludes et y comptait des parents et des amis dévoués : peut-être voulail-il encore, par ces démonstrations, obtenir du gouvernement français en faveur de Tltalie, un prix plus élevé de la cession de la Savoie.

Page 343. — Le voyage en Savoie du prince de Piémont et du duc d^Aoslc parut destiné à réchauffer le zèle dynastique ; mais l^abslenlion de la noblesse et raffectiilion des radicaux à fêter les princes furent également significatives.

Le voyage des jeunes princes avait un caractère tout privé ; ils venaient visiter à Moûtiers l'ancien précepteur de leur père. Monseigneur Charvaz, archevêque de Gênes, pour lequel ils avaient une affection filiale. Ce digne prélat, enfant de la Savoie, leur a fait à sa campagne desCordeliers une réception digne d'eux à laquelle la noblesse a pris une part aussi chaleureuse que le reste de la population. Peut-être encore, les princes ont-ils voulu faire un pieuxet dernier adieu à cette Savoie, berceau de leur auguste famille.

Ce voyage fait sans apparat, sans escorte et presque ncognilo ne pouvait détruire la conviction de notre

inévitable séparation du Piémont solennellcipent consentie avec une puis sance qui ne perofiel pas qu'on se joue d'elle: nos populations ont d'ailleurs conservé intacte leur aiïectiou pour la famille royale, et ce sentiment la suivra dans ses nouvelles destinées (1).

Pages Sio^ 356 e^ 357. La terreur du démembrement se fil jour, pour la première fois, par une lettre anli-française

que publia le statut et la Savoie, le 25 août \So9 La

polémique reprit avec plus de vivacité et des brochures énergiques furent publiées par le parti radical italien,

(I) La Savoie est encore aujourd'hui dignement représentée en Ilalie, et c'est avec un juste orgueil que nous citons, entre autres, M. le comte Ménabréa, lieutenant-général commandant le génie; il est un des hommes les plus distingués du royaume: à la science de son arme il unit les qualités de Thomme d'Etat. M Ménabréa a su mériter la haute cousidéraliou dont il jouit dans des missions diplomatiques, à la Tribune parlementaire et comme président du ministère à Turin et à Florence.

M. le comte Âvel, successivement membre du Sénat de Savoie^ conseiller d'Etat et ministre garde des sceaux à Turin, a laissé deux fils qui ont religieusement recueilli la succession d'honneur et de dévouement que leur a léguée leur père : Faîne est procureur général à Gènes, son frère est général d'état-major.

Le lieutenaut^général du génie et sénateur Gonnel est représenté par un fils digne de lui, le baron Ernest Gonnet : jeune encore, il a déjà obtenu le grade de lieu tenant-colonel dans lamémearme,et remplit maintenant les fonctions de membre et secrétaire du co-

en décembre 4S59 el en janvier 4860, pour critiquer les institutions de la France impériale et déreioppcr la maxime que les intérêts de la liberté priment lesitUértts

de la nationalité ils alfirmaient que, sans les lois du

29 octobre la Sayoie se serait levée en masse le 2{ fé- Trier 4848 pour Tannexion, et que, sans le statut du 4 mars, elle aurait proclamé la république le 3 avril.

Ce n'était pas une émotion de (erreur qu'excitait chez nous la menace de démembrement de la Savoie, mais une noble indignation ; nous ne voulions pas qu*on brisât le lien séculaire de famille qui unissait nos provinces.

Les brochures hostiles ï la France , publiées en Savoie et en Piémont, ont un cachet caractéristique indiquant assez leur communauté d*origine.

Toutes les opinions, lorsque elles sont consciencieuses, ont droit à une indulgente tolérance, même dans leurs erreurs; mais à celle époque d'agitation, l'ambition, la vanité et des haines qui se couvraient du masque trompeur d'amour de la liberté, ont été le mobile de beaucoup d'actes el d'écrits.

mité du génie. Nous comptons dans la marine le contre-amiral deSainl-Bon, et le capi laine de vaisseau Ârminjon; dans la haute administration, M. de Rolland, préfet; dans la diplomatie, M M. Albert Blanc, de Barrai et Michaud.

Les deut généraux de Sonnaz, les colonels Rosset, Dois, Montréal Demontfalcon sont aussi des ofFiciers distingués de l'armée italienne qui compte dans ses rangs beaucoup d'autres Savoisiens qui font honneur à leur pays natal.

Page 348. — Le parti suisse peu nombreux, car il ue réunit que 953 voix lors de la yiolatiou.

L^annexion à la Suisse avait bien des sympathies dans les popuIalioDs donl les principales relalions étaient avec Genève : cependant les dissidences ont bien vite disparues devant la formule Zone et France due à Tinitiaiive do plusieurs hommes honorables des Provinces du nord, au nombre desquels il faut mettre en première ligneM. Tavo-

cat Joseph Jacquier, ancien député au parlement de Turin et conseiller divisionnaire, secondé par MM. Michel Dufour, maire et conseiller général, Tun et l'autre de Bonneville; le docteur Guy, conseiller général, maire de Cluse; le docleur Pelloux de La Roche, ancien député et conseiller général, que je compte tous au nombre de mes meilleurs amis. Malheureusement, la mort récente deMM.Dufour et Pelloux a privé notre Savoie de deux de ses deux enfants les plus dévoués.

Page 352. — Les démocrates de Chambéry préparent la fameuse manifeslalion anti>françaisc du 29 janvier.

C'était un dimanche par une neige épaisse; quatre à cinq cents personnes conduites par ceux qui croyaient avoir le secret de Turin, se rendent au château sans réussir à provoquer sur leur passage le moindre cri. Le soir^ au théâtre, ces bandes réunies dans un étroit espace eurent enfin le succès de bruit et de clameurs qui leur avait manqué dans les rues ; les menaces, les provocations atteignirent â ce point que les rares séparatistes qui eurent le courage d assister aux scènes du théâtre s^étaient armés de revolvers. L'esprit de parti s'empara de cette

manifestatioa avortée ; les cléricaux en diminuaient riiD'porlance, el les radicaux Texagéraient.

La démonstration anti-française du 29 janvier 186fls*est faite sous la même influence que les tentatives de morcellemenlde notre patrie : celte journée annoncée d'avanceavec vanteries mêlées de quelques menaces, a élé l'objet d'une première dépêche télégraphique de M. Orso Serra, gouverneur, au Ministère, à laquelle il fut répondu : empêchez^ Une seconde dépêche a prévenu le gouvernement que ce projet de manifestation paraissait prendre de grandes proportions, et a obtenu la même réponse; enfin le cabine^ de Turin a répondu à une troisième dépêche, qui insistait sur la gravité de la démonstration el les difTuullésde Tcmpêcher, laissez faire.

Ainsi que le dit Tanteur, celle représentation n*a eu aucun succès, et n*a excité qu'une curiosité un peu dédaigneuse. On jugeait avec raison que ses promoteurs faisaient jouer un rôle de dupe à leurs agents deCharabéry.

On m'a assuré, dans le temps, quec*cst à la prière de Tautorité supérieure, et dans un but modérateur, qu'on a vu des magistrats et des hommes aussi honorables que modérés figurer dans celte manifestation. Il est regrettable qu'elle ait coûté à la magistrature, a-l-on dit, deux hommes démérite, MM. Bouvier el Jacquier: par un sentiment de dignité, pcul-êlre exagéré, ils onl refusé une place qu*ils regardaient comme inférieure à celle qu'ils occupaient sous le gouvernement sarde.

L'anecdote des revolvers me paraît peu autheutique : dans tous les cas Tauteur ne les a pas plus vus que moi qui cependant étais présent.

 cette occasion, M. de Saint-Genis ne manque pas de proclamer encore la division de la Savoie en cléricaux et en radicaux.

Page 334, 357 et 35». — Le 45 février -1860, quinze notables de Chambéry se décident à toul braver pour rompre ce faisceau de manœuvres hostiles et de négociations équivoques dont souffrait le pa^'s... Ces quinze citoyens rédigent la déclaration suivante, etc.. Le 8 mars, le Conseil provincial de Chambéry... adhère à la déclaration du -15 février.

La déclaration contre le démembrement de la Savoie citée par Tauteur n'a pas eu la publicité qu'il lui attribue et n*avaif qu'un caractère privé, qui a sans doute préparé les voies, mais n*a pu avoir Tautorité officielle indispensable.

Le Conseil divisionnaire devenu Censeil provincial depuis la promulgation de la loi du 23 octobre 1859 a été convoqué pour la session ouverte le 8 mars 1860 : la veille, tous les membres présents à Chambéry ont été invités individuellement à se réunir, le soir même, chez le président : c*est dans celte réunion qu*ils ont, non pas adhéré à la déclaration précitée du 15 février dont ils n*avaieut aucune connaissance, et dont il n a pas été fait la moindre mention pendant la séance, mais arrêté la rédaction d*une énergique protestation contrôle morcellement de la patrie saicoUienne. Comme il était urgent que cette manifestation

eût une prompte cl grande publicité, elle a été imprimée dans le numéro du 10 mars du Courrier des Alpes qui a successivement publié les adhésions des communes de la Savoie.

Les membres du Conseil, animés des mêmes préoccupations patriotiques, avaient presque tous, sans connaître le motif de la convocation du 7, apporté un projet de protestation : ils ont, à l'unanimilé, adopté celte dont le Président, le marquis de Costa, rédacteur, Icura donné lecture.

Les sentiments, de patriotisme et de haute convenance qu'elle exprime dans un noble langage, auraient dû lui procurer l'honneur d'être reproduite dans l'histoire de la Savoie : elle était d'ailleurs le premier acte officiel de notre pays sur cette question.

Ce qui est bon ne saurait avoir trop de publicité ; je crois donc remplir un devoir en donnant ici le texte de cette protestation. *

(c Au milieu de l'anxiété que fait naître dans tous les cœurs l'avenir de notre patrie, quelle que soit la détermination du roi dans les graves circonstances qui peuvent l'amener à se séparer de l'antique berceau de sa famille, il est pour la Savoie en ce moment solennel, d* s devoirs et des sentiments qui doivent réunir tous ses enfants dans une action commune.

Ces sentiments, ces devoirs, sont le culte des souvenirs, l'amour de la patrie, le respect pour les liens fraternels qui nnissenl, dans une solidarité séculaire de gloire ou de souffrance, les membres de la vieille famille savoisienne.

Cette noble famille peul-*elle se désunir? Sa nationalité pourrait-elle être saciifiée, sans molif et sans droit, aux

étranges prétentions de la confédération helvétique? Quel est le crime de la Savoie envers son roi, envers la France pour mériter un semblable outrage?

En présence du péril qui semble la menacer, elle doit se lever unanime, et les soussignés représentant au Conseil provincial les arrondissements de Savoie propre, Haule-Savoie, Maurienne et Tarenlaise, croient remplir un devoir impérieux de conscience et d'honneur en portant, à leur roi et au souverain de la France, une respectueuse mais énergique protestation contre la cession à la Suisse du Cbablais et du Faucigny. »

Pages ^S et 359. — Une députa lion de quarante notables, dirigée par un comité de cinq membres, MM. Greyfié de Bellecombe, Bertier, de Lachenal, Rupby,.De9saix^serend ^ Paris et porte à l'Empereur l'expression des vœux unanimes du pays. Le 21 mars 1860, Napoléon III, dans une "audience solennelle, entouré de tout lapparat que Téliquclte réserve aux seuls ambassadeurs, répond aux discours des Savoyens par des paroles dont la dignité lièrc eut un retentissement européen.

Il est vrai qu'au commencement de mars 1860, une députation composée d'hommes très honorables à qui leur indépendance de tout lien officiel et de serment de fidélité envers le Gouvernement, donnait Tenliôre liberté d'action est partie pour aller à Paris défendre la cause dé la Savoie.

La première réception par l'empereur a été tout intime, et a eu en quelque sorte le caractère d'une réunion de famille : ce n'est qu'avec la protestation du Conseil provincial à la main que la députation a été solennellement reçue le 21 mars.

Je dois consigner ici un fait incroyable, dont cependant j'ai entendu alors affirmer la réalilé: lorsque des membres de la députation sont allés, pour la première fois, parler au ministère des affaires étrangères de la protestation delà Savoie contre son démembrement, on leur répondit: (( Messieurs, vous arrivez bien à temps, car, « quelques heures plus lard, le traité avec la Suisse était signé. » On croyait, a-t-on ajouté, que le Chablais et le Faucigny n étaient qu'une lisière de terrain insignifiante située entre la montagne et le territoire de Genève.

Page 365. — Le Conseil divisionnaire deChambéry, qui semblait s'être donné pour règle de ne jamais devancer les nianifeslalions de Topinion publique mais de toujours les suivre, proteste à son lour (21 mai) contre les lenteurs apportées à la ratification du traité de cession, contre de nombreuses mutations dans le personnel des employés.

Après avoir parlé d*une manière peut-être trop flatteuse des membres du Conseil divisionnaire à la page 301, Tauteur, en expiation de ces éloges, adresse à ce corps élecliff un reproche aussi malveillant qu'injuste.

Le lendemain de Vouverture et de la clôture de la session extraordinaire, qui ont eu lieu le môme jour, ce Conseil fait, non le 21, comme le prétend Tauteur, mais le 9 mai ! 860, une protestation motivée contrôles lenteurs du parlement italien à sanctionner le traité de cession. Voir pages 27 et 28 du compte-rendu des sessions de 1860.

Dans la séance du 21 mai, il a renouvelé sa protestation d*une manière plus énergique encore. Fotr page 31 du mime compte-rendu.

Il a protesté dans presque toutes ses sessions contre Tadjonclion à la Province de Siise du plateau et de l'hospice du Mont-Cenis appartenant à la Savoie: il a loyalement prévenu lé gouvernement de Turin que la persistance qu'il mettait à maintenir cet empiétement sur le territoire savoisien le faisait suspecter d'arrières-pensées, et portait une sérieuse atteinte à la confiance réciproque qui devait unir les deux parties des Etats séparées par les Alpes.

Il a signalé nos droits à ce plateau aux autorités françaises envoyées, les premières, pour s'occuper des préliminaires de l'annexion.

Le Conseil divisionnaire, enfin, s'est toujours montré le gardien vigilant des intérêts matériels et moraux du pays qu'il représentait, et il les a défendus avec une indépendance aussi pure de servilisme que d'hostilité contre l'autorité et le Piémont. Ce corps représentatif n'avait d'ailleurs qu'une seule et courle session par année. Si M. de Saiut-Genis avait parcouru avec plus d'attention ses volumineux comples rendus, il aurait vu qu'il a rempli avec dévouement tous ses devoirs*.

Les memhres dont il a été composé pendant sa durée n'ont jamais subi rinfluence de parli ; ils n'ont obéi qu'à celle de leur conscience et de leur amour pour la Savoie ; ils ont pris une féconde initiative dans beaucoup de questions, notamment dans celles du progrès agricole, de l'instruction primaire, des enfants trouvés, des chemins de fer et de toutes les voies de communication. Ils ont aussi pro-

posé et étudié le projet de percement de la montagne de Lépine qui est encore aujourd'hui l'objet des préoccupations de nos populations.

Ce Conseil avait donc droit a plus de justice.

L'opinion publique est une inconstante qu*il est facile d'égarer. Ceux qui sont avides de popularismc font bien de s'incliner devant cette reine capricieuse ; mais il est plus honorable de s'efforcer de Téclairer.

Dans la crainte d'être trompé par ce qu'il appelle Vin- /liience c/^rica/c, l'auteur est allé s'égarer ailleurs, et il a oublié que toutes les exagérations devaient lui ôlre également suspectes.

En apportant dans ses recherches plus de sage circonspection et moins de prévention, il aurait évité bien des écueib et aurait reconnu qu'après la réaction inévitable de 1814 et de 1815, il s'était formé en Savoie un esprit public libéral qui n'a cessé de grandir depuis lors et a en> traîné dans sa sphère d'activité toutes les nuances d'opinions modérées; il ne se serait pas laissé tromper par les jugements des hommes de parti qui, en Savoie, comme ailleurs, ont la prétention orgueilleuse de représenter exclusivement la sagesse du pays.

Dans plusieurs de ses appréciations, M. de Saint-Genis fait injure au clergé modéré et digne d'estime de la Savoie, à la noblesse qui compte aujourd'hui dans ses rangs des hommes distingués par leurs sentiments de sage libéralisme et leur dévouement actif cl éclairé à la patrie : il a été plus injuste encore envers les populations intelligentes et laborieuses de nos villes et de nos campagnes qui ont su jusqu'à présent, conserver une honorable indépendance.

Il existe encore, sans doute, des liens réciproques d*dffection et de conHance entre les curés et les paroissiens, mais ces bons rapports ont une influence salutaire et civilisatrice.

On a reproché l'accord, dans les élections surtout, existant entre les différentes nuances de Topinion libérale conservatrice et le clergé et la noblesse ; cette unité d'aclion n a point été concertée ; elle n'est que la preuve d'une communauté de sentiments modérateurs, et l'expression naturelle et honorable du besoin de défendre la société menacée par une démagogie implacable qui s^efforce d'apporter la corruption dans notre pays. Heureusement la Savoie n'a point encore dans son sein d'ap^lr^. de cessauvages utopies destructives de tout ordre social; mais le bruit sinistre des imprécations des masses qu'elles ont déjà corrompues arrive jusqu'à nous.

Pages 367 et 36tS. — El le journal officiel des passions éteintes par le vole d'avril pouvait s'écrier en constatant Tunanime satisfaction du pays : On ne reconnaît aujourd'hui les anciens adversaires de l'annexion qu'à un excès de chaleur patriotique,

G*est un beau nom que donne l'auteur au journal officiel en l'appelant le journal despassions éteintes : malheureusement ce n'est là qu'un vœu : le 14 juin 1860 a ses irréconciliables comme le 2 décembre 1851.

Page 368. — Le jugement des contemporains !.ur les événements qu'ils provoquent ou qu'ils subissent est rarement le même que celui de la postérité.

Sans donte les jugements de la postérité ne sanctionnent pas toujours ceux des contemporains des événements ; mais pour avoir le droit de se poser comme le juge impartial de ces époques, il faut réunir bien des qualités qui ont manqué à M. de Saint-Genis.

Impressionné par des influences dont il n*a pas eu le temps de se délier, il a pris pour la vérité, des critiques, des regrets, des calomnies et des haines qui n'étaient qu*une exception plus ou moins exagérée du véritable esprit public de la Savoie.

Toute celle mauvaise semence d'erreurs a pris racine dans son esprit, et quand ensuite il a mis la plume à la main pour résumer le résultat de ses études et de ses recherches, son siège était déjà fait, (1) et il a voulu tout faire aboutir à une idée préconçue qui a été en quelque sorte la pierre fondamentale de son œuvre.

Il nous adresse quelquefois des phrases élogieuses trop souvent démentiels par des récits mensongers: elles nesont que le miel trompeur répandu sur le bord de la coupe amëre.

Pages ZT\ et 372. —Les récits qu*on vient de lire ne prouventpas que le caraclôre propre au peuple de Savoie est d as^ socier Tamour du progrès au respect d« la tradition? Les Savoyens, qui déployèrent tant de fermeté et de vertus dans leurs luttes à travers les âges pour leurs croyances et leurs libertés, apportent donc à la France un appoint

(0 Voir la note iH,

ûe bon sons, de dignité, dé foi YÎrile dont peut s enorgueillir un grand pays (2).

L*auteur termine son histoire par nne apologie de notre Savoie noblement exprimée, nous Ten remercions.

J*espëre que, de son côté, il compreodra qu1l aurait été peu honorable pour mon pays qu*il ne se fût pas élevé une seule protestation contre les nombreuses erreurs que contient la période contemporaine de son histoire.

Je regrette qu une plume plus exercée que la mienne ne se soit pas chargée de remplir celte mission patriotique pour laquelle je n*ai d autre droit à invoquer que le triste privilège, que je dois à mon âge, à*avoir été le témoin do tous les événements de cette époque.

En critiquant Toeuvre, je conserve intacts au fond du cœur, mes sentiments d^afTeclion pour M. de Saint Genis.

Si je suis quelquefois entré dans des détails étrangers à Texamen du troisième volume, c*est pour citer des actes ou des faits de notre histoire nationale, peu connus, et qui présentent cependant quelque intérêt.

Mgueblanchc^ le 20 novembre 4869.

(2) Voir la note 49.

ISI^OTES

!. Page D. — Si c'est au nom des règles de lagrammaire que M. de Sainl-Genis a voulu chanfrer la dénominalion des habitants de la Savoie, je lui ferai observer que c'ost l'usage consacré par le temps qui fait ici loi.

C*est pour ce motif qu'on ne désigne pas les populations de la Pologne, de la Hongrie, de la Russie par les noms de Polognens, Ilongriens, Russiens.

IL Page 6. — Saint François de Sales.

m. Page 10. — L'ouverture de l'Ecole théorique-pratique des Mines a amené, en ^80'l, à Moûtiers, ma ville naliile, un grand nombre de Français : j'ai été témoin, à cette époque, de luttes de susceptibilités nationales^ qui ont failli occasionner de fAcheuscs collisions ; et puis, insenciblemenl on a appris à s'aimer réciproquement d'une aflection fraternelle, on s'est habitué à ne pllis s'efTaroucher d'une plaisanterie, à se rendre gaîroent moquerie pour moquerie, et lorsque les événements de 1814 et de 4815 ont séparé la Savoie de la France, c'est les larmes aux yeux qu'on s'est donné le baiser

Les mt^mes méfiances ombrageuses se sont réproduites en 1800, mais bien modifiées par la bienveillante urbanité des hauts fonctionnaires qui sont venus prendre possession de notre pays.

Aujourd'hui déjà les deux nationalités sont unies par de nombreuses et chaleureuses amitiés.

IV. Page 32. — L'exécution du parricide n'a pas eu lieu parce que la veille du jour fixé, il s'est empoisonné en

arracivinl des mains d'un employé pharmacien un flacon renfermant un réactif violent, dont il a avalé tout le contenu. H est morl dans la nuit après dalroces souffrances. Son recours en grâce avait été rejeté, et Tinstrument du supplice était déjà dressé.

V. Page 53. — Je cite ici un seul des abus du pouvoir militaire, celui quipcut-élre a produit le plus d'irritation : un homme justement estimé, que je compte au nombre de mes amis, j\I. Jean-Marie Mollard, jeune encore alors, a été témoin, en traversant la promenade du Verney de Chambéry, d'un acte de brutale violence exercée par quelques soldats sur un balayeur public.

Avec la générosité et la vivacité de son âge, il est allé au secours de ce malheureux qui était presque un enfant. Pour cet acte d'humanité transformé en rébellion, il a été sans jugement, en vertu des pouvoirs discrétionnaires de Tautorité militaire, enfermé pendant plusieurs mois au fort d'Aussois, où d'ailleurs il a été Irailé avec ics égards les plus bienveillants par les officiers de la garnison.

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