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CHAPITRE IX

Famille des Folkunga.

BIRCEU JARL.

Au temps do l'idolâtrie, vivait un homme très-considéré , nommé Folke Filbyter; il est devenu la souche d'une famille puissante et nombreuse, celle des Folkunga. Son petit-fils, Folke-le-Gros, fut jarl du roi Inge l'aîné. Il passait pour riiomm ; le plus puissant de son époque, et sa réputation était telle dans le nord, qu'il obtint en mariage une princesse de Norvège; ses enfants contractèrent des alliances avec toutes les maisons royales, et acquirent ainsi des richesses et une influence considérables. Il paraît que les dignités de jarl, de sénéchal et d'évêque étaient alors exclusivement réservées a cette famille. Mais Folke-le-Gros et son petit-fils Birger Brosa durent la considération dont ils jouirent, plutôt encore à leurs qualités personnelles qu'à leur fortune. Après leur mort, la famille Folkunga s'enorgueillit de sa puissance et de l'éclat que ses richesses ré-

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pandaient sur elle. La jalousie désunit ses membres; aussi, lorsque Canut-le-Long eut été proclamé par eux, en opposition à Erik-le-Boiteux , plusieurs de ses parents se tournèrent-ils contre lui, prêtant secours à Erik, qui cherchait à ressaisir la couronne. Birger Brosa avait un frère, Magnus Moneskold, qui résidait à Bjellbo, en Ostrogothie. îl avait épousé Ingerd Ylfra, femme de rares capacités et d'une ambition peu commune. Entre leurs nombreux enfants, Birger, l'aîné, devint le plus célèbre. Pendant la guerre qui divisa Canut-le-Long et Erik, il embrassa le parti du dernier, et obtint la main d'Ingeborg, sœur du roi. Cependant Birger, malgré ses éminentes qualités, ne parvint pas de prime abord au comble de ses vœux.

Dans la paix qu'Erik conclut avec les partisans de son adversaire il fut stipulé qu'il accepterait pour jarl celui de Canut, Ulf Fasi, homme tellement jaloux de son autorité et si sévère, que tout plia bientôt sous lui. Dans ces conjonctures, Lubeck, la plus importante des villes anséatiques de la Baltique, fut assiégée par le roi de Danemarck. Les habitants réclamèrent l'assistance d'Erik, qui envoya Birge» à leur secours. Celui-ci s'acquitta de sa mission avec tant de bonheur, que la ville, reconnaissante, accorda au commerce suédois de nombreux privilèges. Cette expédition attira sur Birger l'attention de ses compatriotes et en particulier celle du roi, qui, après la mort d'il lf Fasi, le

DE SUEDE. ëO

choisit pour son jarl, à l'exclusion du fils de ce dernier. Cette conduite éveilla la jalousie des autres membres de la famille Folkunga. Le monarque n'avait pas d'enfants, et il était à présumer qu'à sa mort, aucune autre famille noble ne pourrait se présenter à l'élection du peuple pour la dignité royale.

A son entrée en fonction; Birger déploya une grande vigueur, et le légat du pape, qui assistait au concile de Skenninge, dit que c'était l'homme le plus puissant du royaume. Sa fille Rikissa épousa Hakon, roi de Norvège. Il dut surtout sa célébrité à ses croisades contre les idolâtres. Le siège épiscopal d'Abo était alors occupé par un Anglais, Thomas, prêtre zélé, mais quelquefois imprudent. Les Tawastiens, peuples idolâtres, qu'il avait irrités, envahirent la Finlande méridionale et y mirent tout à feu et à sang. Erik et Birger annoncèrent une nouvelle croisade contre eux. Ils y étaient surtout déterminés par les instances du pape, qui y avait attaché les mômes avantages qu'à celles de Palestine; Birger fit un appel aux évêques et au peuple. L'esprit guerrier, longtemps assoupi, se réveilla. Les Tawastiens étaient braves, mais cruels. Les croisés débarquèrent là où a été bâtie depuis la ville de Wasa, y plantèrent une croix et battirent les idolâtres sur tous les points. Ceux qui consentirent à recevoir le baptême furent bien traités, et Birger établit , au moins extérieurement, le

culte chrétien clans le Tavastland et l'Ostrogothie. Tandis qu'il soumettait la Finlande, opération qui dura plusieurs années, Erik-le-Boiteux rendait le dernier soupir (1250). Il y avait beaucoup de prétendants à la couronne, appartenant tous à la famille Folkunga ; mais leur désunion leur ôtait la force nécessaire pour agir avec succès. Quelques-uns travaillaient dans l'intérêt de Birger, d'autres pour le fils de Canut-le-Long, ou pour le jeune Charles fils d'Llf Fasi. Le pays redoutait les troubles qui paraissaient devoir être la suite inévitable de ces prétentions opposées. Il y avait dans le même temps au château de Groneborg, près de la petite ville d'Enkœping , un chevalier trèspuissant , du nom d'Jvar Bla. Pour prévenir une guerre civile , il convoqua tout à coup une diète, et, par son influence, Waliemar, fils de Birger, fut proclamé roi , quatorze jours après la mort d'Erik. Birger à son retour, irrité de voir qu'un autre que lui eût été appelé au trône, demanda avec hauteur qui avait osé en son absence donner un monarque à la Suède :

« C'est moi, répondit Ivar ; et si vous n'êtes pas content, nous saurons bien où en trouver un autre. » Le jarl garda quelques instants un profond silence : « Qui voulez-vous donc pour roi? ajou te-t-il enfin.— Sousl'habit que je porte, réplique Ivar, il pourrait s'en rencontrer un autre. »

Birger Jarl s'en tint à cette explication. Mais

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en 1251, il fit couronner son fils à Linkœping. Cet acte d'autorité lui attira la haine des Folkunga. Ils résolurent de lecombaltre, quoiqu'ils ne fussent pas d'accord sur le chef auquel devait échoir la couronne. Après avoir cherché des alliances en Allemagne et en Danemarck, ils rassemblèrent une grande armée, avec laquelle ils envahirent la Suède. Birger ne resta pas tranquille spectateur de celte levée de bouchers; il réunit ses forces, et les deux partis se trouvèrent en présence devant le pont de llerrewad, dans le Weslmanland ; les armées n'étaient séparées que par la rivière. Les troupes desFolkunga n'avaient pas seulement J'avantage du nombre; elles étaient braves jusqu'à la témérité. Le jarl commençait à craindre pour l'issue de l'affaire. Il proposa une entrevue à ses adversaires, par l'intermédiaire de Roi évèque de Strengnaes. Celui-ci, à force de promesses et de serments, détermina les Folkunga à le suivre au delà du fleuve ; mais à peine eurent-ils passé le pont, qu'il les fit arrêter et décapiter. Les victimes de celte infâme trahison furent Philippe, fils de Canul-ie-Long, Canut, ids de Magnus Brok et plusieurs autres membres de celle famille. Birger atlaqua immédiatement leur armée, qui, privée de chefs , ne put résister, et se dispersa dans les montagnes et les forèls. Il fit périr tous les Allemands qu'il rencontra, et crut avoir assuré par ce coup de main les droits de ses enfants à la, couronne.

En expiation de son crime, il se soumit à la pénitence que lui imposa l'archevêque Laurent Lille. Kol, saisi d'une douleur et d un regret profond, pour avoir, quoiqu'innocemment contribué à cette trahison infâme, ne voulut iamais dire la messe et prononcer les paroles sacramentelles sur le corps du Christ de cette même bouche qui avait trompé tant de braves gens. Il fonda l'église de Kolbeck, près du pont de Herrewad, pour racheter son crime. Mais il ne put recouvrer le repos. H déposa enfin la crosse et la mitre , quitta le sol de la patrie, et entreprit le pèlerinage de la Terre-Sainte, 11 v trouva un tombeau et la fin de ses remords. Le jeune Charles Folkunga, fils de Canut-le- Long, quoique faisant partie de l'insurrection, ne se trouvait pas à l'armée; cet heureux hasardlui sauva la vie. Les amis, departet d autre, réconcilièrent Birger et Charles, qui n en conservèrent pas moins, au fond de leur cœur, une défiance réciproque. Charles, las d une vie toujours menacée, passa en Prusse et prit parti dans l'ordre teutonique. Il périt glorieusement dans un combat contre les idolâtres. A ce te nouvelle , Birger dit à sa femme : « Dieu veuille avoir son âme; mais il est heureux que nous soyons séparés. »

On a vu que la première femme de Birger Jarl était Ingeborg. L'ayant perdue, il épousa en seconde noces la reine douairière Mechtild de Danemarck ( 1261 ), et donna en mariage

au roi Waldemar, son fils , la princesse danoise Sophie, célèbre par sa beauté. Birger était, à celle époque, le souverain le plus puissant du nord. Il prit le titre de duc, et dès lors celui

»de jarl disparait de l'histoire. On le vit user de son aulorilé pour maintenir la paix dans le royaume et améliorer la législation. On lui doit enlre autres réformes l'abolition de l'épreuve par le fer rouge et celle du servage volontaire. C'était par ce mot qu'on désignait l'état de ceux qui, de leur plein gré , aliénaient leur liberté.

On lui attribue encore la fondation de k ville de Stockholm. II est cependant certain qu'on avait commencé à y bâtir des habitations dès la destruction de Sigtuna par les Finnois. La petite lie su« laquelle était bâtie la première ville entre les deux bras du Melaren fut fortifiée ; on en fit un boulevard contre ce peuple, si redoutable encore, que le pape, par une bulle de 1259, crut devoir engager les rois de Suède et de Danemarck à réunir leurs forces contre les déprédations des idolâtres sur les côtes de Suède. Birger Jarl, le dernier et le plus puissent des jarls suédois, avait exercé l'autorité d'un roi, sans en avoir le titre; il mourut le 1" octobre 1266, laissant des regrets, quoique sa vie n'eût pas été exempte de reproches. «Les vieillards et les jeunes gens le pleurèrent, disent les chroniques, et les femmes, dont il avait réhabilité et assuré les droits, prièrent pour son âme, »

Qd HISTOIRE

Après sa mort, le royaume fut partagé conformément à ses dernières volontés. On resserra le pouvoir royal clans des bornes plus- étroites. Comme Waldemar se montrait aussi ami du plaisir et des femmes que son frère Magnus était actif et entreprenant, l'autorité du roi s'affaiblissait à mesure qu'on voyait grandir celle du duc. Ce dernier tenait une cour brillante à Nikœping. Les plus braves chevaliers y accouraient à l'envi ; Waldemar en fut jaloux, et la reine mit tout en œuvre pour accroître sa haine. Elle apostrophait sans cesse Magnus de l'épithète de chaudronnier, parce qu'il était maigre et avait le teint brun. Son autre beau-frère, Erik, prince doux et bon, était, disait-elle, un vaurien. Ces épithètes ne furent pas ignorées des princes, et Magnus promit de raccommoder un jour la batterie de cuisine de la reine Sophie.

Elle avait une sœur, supérieure du couvent

de Roskild, appelée Juta, belle comme un ange,

mais dont les mœurs s'accordaient mal avec la

rigidité de la vie claustrale. Quittant son pieux

asile, elle reprit les terres et les biens qu'elle

avait donnés au couvent. En vain ses tuteurs lui

conseillèrent-ils d'accepter la main de l'un des

princes, ses adorateurs; elle déclara quelle

voulait vivre libre , et que son seul vœu était

de visiter sa sœur en Suède. Elle trouva dans

le roi , son beau-frère , un amant. Juta était

légère et Waldemar séduisant ; leur liaison ne

fut bientôt plus un mystère pour la cour. Juta

mit au monde un fils (1273), souche, du côté des femmes, de la noble famille de Leyonlmfvud. La reine, accablée de chagrins, perdait chaque jour sa beauté ; elle, autrefois si joyeuse, se consumait maintenant en sinistrespensées. La conduite criminelledu roi inspira de l'horreur à tout son peuple; car Juta n'était pas seulement sa belle-sœur, elle appartenait encore à Dieu par des vœux solennels. Waldcmar alla chercher à Rome l'absolution de ce double adultère.

A son retour en Suède , il convoqua une diète à Strengnaes. La jalousie éclate entre les frères dans cette assemblée. Les efforts des évêques et des seigneurs pour les réconcilier sont inutiles. Leur frère Benoit va jusqu'à leur offrir de partager entre eux son duché de Finlande , s'ils veulent consentir à vivre en bonne intelligence. Waldemar revient à Stockholm, et Magnus en Danemarck, où il se procure de l'argent par des emprunts. Il lève des troupes, et pénètre dans la Vestrogolhie. Là , il trouve de nombreux partisans , à la tête desquels marche son frère Erik. Waldemar arme de son côté : ses troupes franchissent la grande chaîne de montagnes du Trweden , et s'avancent dans la Vestrogolhie. Mais il commit l'imprudence de s'arrêter avec sa femme à Hamundaboda , laissant ses soldats sans chef. Le prince Magnus les attaqua et les mit en déroute. Waldemar est réveillé par le bruit de la déroute de ses légions. A peine a-t-il le temps de fuir dans les forêts du Wermland

et de gagner la Norvège, laissant son fils entre les mains d'un seigneur du pays. Le vainqueur ne perd pas un instant. Profitant de la victoire qu'il vient de remporter, il arrive à Upsala , où il se fait couronner. Ses partisans qui s'étaient mis à la poursuite du roi, le firent prisonnier. Dans une assemblée que Magnus convoqua (1275) , il donna la Gothie à son malheureux frère, et garda pour lui la Suède proprement dite, Dans ces anciens temps, tout Suédois, au premier ordre du monarque , devait se présenter complètement armé , pour faire la guerre , c'est-à-dire muni, suivant la coutume de l'époque , d'un bouclier, d'un arc, de trente-six flèches , et pourvu de vivres pour plusieurs semaines. Bientôt l'art militaire se modifia en Europe. Les cavaliers se bardèrent de fer, de pied en cap ; ils garnirent leurs chevaux mêmes de harnais de défense, et portèrentpour armes une épée et un javelot long et fort, qu'ils nommèrent lance. Cette armure les préservait presque entièrement des flèches de l'infanterie , et, lorsque ces cavaliers attaquaient en colonne serrée les fantassins, la résistance devenait presque impossible. Les lances atteignaient ces derniers avant qu'ils fussent en mesure de riposter ; leurs rangs se rompaient, et ils étaient écrasés par les chevaux lourdement harnachés. Le roi Magnus, dans la guerre contre les Danois , reconnut l'utilité d'une pareille cavalerie. Il voulut en organiser une ; mais les paysans

peu aisés ne pouvaient s'armer ainsi. Il fit donc annoncer que quiconque fournirait pour son service un cavalier et un cheval tout équipés, aurait ses propriétés franches de tout impôt. Ces terres privilégiées furent appelées exemptes (frelse) , et leur possesseur exempt (noble) ; de là les expressions exemption noble, état noble d'origine, si fréquentes clans les écrits de cette époque. Ces nobles avaient coutume de peindre quelque figure sur leurs boucliers, afin de se reconnaître au fort de la mêlée, leur visage étant caché par la visière de leur casque. Ces emblèmes, transmis de père en fils, donnèrent naissance aux armoiries.

Magnus s'était fait beaucoup d'ennemis par la trahison dont il s'était rendu coupable envers son frère Waldemar et les membres révoltés de sa famille. Il chercha un appui contre le mécontentement des grands , dans le clergé, qu'il combla de faveurs, et décida le pape luimême à le prendre sous sa protection. Il attira à sa cour des nobles étrangers et une foule de jeunes gens des premières familles, y introduisit un luxe inaccoutumé et créa des ordres de chevalerie. On lui doit aussi la fondation du couvent de Sainte-Claire ; et c'est à cette occasion qu'il est parlé pour la première fois de la cérémonie de l'accolade. Enfin il passe pour avoir institué l'ordre du Séraphin, auquel on tint à grand honneur d'être admis , parce que la dignité qui en résultait était supérieure à

celle de chevalier d'armes. La femme du titulaire avait seule le droit de s'appeler madame. Les paysans étaient fort attachés à ce prince, parce qu'il les protégeait contre les violences des grands. Les Gotlandais, libres jusque-là, se soumirent et le reconnurent pour roi. En 1282 , il ordonna les premières opérations du cadastre. Enfin , avant de descendre dans la tombe, il fit couronner son fils aîné Birger, et choisit pour son tuteur le marsk (connétable) Torkel Knutson. Quant à ses autres fils , ù les pourvut de duchés, afin qu'ils tinssent un rang supérieur à celui des seigneurs. Il crut , par ce moyen , perpétuer la durée de la dynastie qu'il avait fondée sur la ruine de son frère et affermie par le meurtre de ses parents.

Magnusmourutdans l'îledeWisingsoe (1290) .

Les paysans lui donnèrent des larmes et portèrent son corps à Stockholm , où il fut inhumé dans le couvent desFranciscains(l'église actuelle de Riddarholm) , sépulture des rois de Suède. Magnus Ladulos avait trois fils : Birger, déjà roi élu , et les ducs Erik et Waldemar. Leur grande jeunesse rendait un régent nécessaire: ce fut, comme nous venons de le dire, Torkel Knutsson qui en remplit les fonctions. La prudence et le courage qui le distinguaient firent fleurir le royaume , tant que dura son administration. 11 accorda une plus grande liberté au malheureux Waldemar, enfermé au château de Nykœping, et alla jusqu'à lui permettre un si-

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mulacre de cour. Mais le fils de ce roi déchu l'ut gardé dans la forteresse de Stockholm, jusqu'à la mort de son père. Torkel s'appliqua à agrandir le cercle du pouvoir royal, et à restreindre les privilèges des clercs , qui avaient considérahlement affaibli les revenus de la couronne. Celte conduite lui attira la haine du clergé et les analhèmes de Rome. Son activité ne s'arrêtant pas aux frontières du royaume, Erik-le- Saint, avait converti la Finlande méridionale, et Birger Jarl tout le Tawaslland ; mais il existait encore au voisinage uneconlrée enveloppée dans les ténèbres de l'idolâtrie. C'était le Karialand, ou la Carélie, dont les habitants, sauvages, vivaient errants dans les forêls et les déserts, et sacrifiaient aux idoles. Jumal était pour eux le bon principe, et Pcrkel le mauvais. Ils avaient dans leurs fovers les statues en bois de ces divinités, et possédaient au milieu de leurs forêts de vastes plaines , au centre desquelles s'élevait une pierre sur laquelle se consommaient leurs rites aiïreux. Constamment en guerre les uns contre les autres, ils se dressaient sans relâche des embûches , et faisaient pleuvoir sur leurs tètes des blocs énormes de rochers. Leur haine seule contrôles chrétiens était capable de les unir. Alors ils se précipitaient en foule de leurs repaires, et exerçaient toutes sortes de cruautés contre les adorateurs du blanc Jésus (*) .

(*) Cette qualification imposée primitivement aux chrétiens omit empruntée à la couleur blanche de leurs églises.

Torkel traversa la mer (1293) pour punir ces barbares, qui ne lui opposèrent pas de résistance. Pour les contenir en son absence, il fonda Wiborg, et y laissa des troupes. Il ne s'en tint pas là : les Russes avaient aidé lesCaréliens dans leur invasion en Finlande ; il fallait les châtier. Leur citadelle de Kexholm , située au milieu des eaux, fut prise. C'était la première fois que les Suédois et les Russes se trouvaient en présence. A son retour, le marsk célébra Pu* nion de Birger et de la princesse Marguerite, sœur du roi Erik Menwed (1298). Celui-ci a\ait épousé, deux ans auparavant, Ingebord, sœur du roi de Suède.

Pendant que la cour de Stockholm s'abandonnait aux fêtes, la guerre suivait son cours sur les frontières de Russie. Torkel avait rerais le commandement de la garnison de Kexholm à Sigge Lake, qui se défendit vaillamment, et périt dans une sortie. Deux soldats seulement échappèrent à la mort, et vinrent annoncer le malheur qui avait frappé leurs frères d'armes.

Une nouvelle expédition , conduite par le marsk , se porta à l'embouchure de la Newa , et y éleva la forteresse de Landscrona. Matts Kettilmundsson fit des prodiges de valeur, et excita l'admiration des troupes. Mais, lorsque l'armée se fut éloignée, Landscrona fut reprise, et ruinée de fond en comble (1300). Cet événement mit fin à la première guerre entre les deux nations.

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Peu de temps après, Birger fui couronné en grande pompe à Soderkœping (1302), et le duc Waldeinar épousa Christine, la plus jeune des filles du marsk. L'état du pays était prospère, et la concorde régnait entre les trois frères. Cependant l'année suivante, la tutelle de Torkel Knutsson expirée, les princes, qui étaient sur le point d'entrer en possession des duchés que leur avait assignés le roi leur père, se souvinrent que Magnus, étant duc lui-même, avait déposé son frère , et ils tinrent conseil à ce sujet avec plusieurs autres seigneurs. Le roi pria Torkel knutsson de garder son autorité. Les ducs mirent le drots Ambjorn Sixtcnsson Sparre à la tète des affaires. Les grands prirent parti dans cette querelle, qui devait finir d'une manière atroce. Elle éclata d'ahord à Aranes (1304), dans un repas chez le marsk, où le roi exigea de ses frères l'assurance écrite qu'ils n'entreprendraient rien contre lui. 11 les invita à se rendre dans l'Ile de A\ isingsoe ; Erik seul s'y trouva. Mais Birger le reçut si durement, qu'il se crut fort heureux d'échapper à un guet-àpens qu'il redoutait.

Une telle défiance faisait pressentir une rupture. Les ducs trouvèrent un appui clans la Norvège, et entrèrent en Suède. Mais, lorsque les frères se furent rencontrés, la voix du sang se fitentendre ; une réconciliation s'ensuivit(1305) , par suite de laquelle les ducs jurèrent fidélité au roi et rentrèrent dans leurs droits.

Depuis lors ils paraissaient tous vivre dans la meilleure intelligence. Mais bientôt les ducs accusèrent Torkel Rnuisson d'avoir été la cause de leur désunion. Les amis du marsk l'avertirent que le roi était mal disposé à son égard. Ce grand homme , convaincu qu'il n'avait agi que dans l'intérêt du monarque et de la patrie, répondit qu'il souhaiterait avoir aussi bien servi Dieu que le roi Birger. Cependant, en 1305 , le prince, les ducs et une foule de chevaliers se rendirent à sa demeure de Lena , se saisirent de lui et Je garoltèrent. Torkel, apercevant Birger, lui dit : « Faites attention, sire , ce sera une tache pour votre règne. » Mais on jeta le vieillard sur un cheval, lui liant les jambes sous le ventre de l'animal, et on le conduisit ainsi d'un seul trait à Stockholm, où sa tète tomba sous la hache du bourreau ( 6 février 1306). "Waldemar ne borna pas là sa vengeance; il répudia la princesse sa femme , fille de sa victime. Le roi avait cru désarmer ses frères en sacrifiant ce grand homme à leur vengeance ; il n'en fut rien. En 1306, les ducs assistaient aux noces de cinq de leurs serviteurs, au château de Bjelbo , en Oslrogothie. Tout à coup , du milieu des fêles, ils font partir secrètement pour Bepland des hommes armés , partagés en plusieurs bandes , leur promettant de les rejoindre à une certaine distance. Après avoir passé le Kalmorden , ils s'embarquent tous, et tombent inopinément sur le château de Ho-

tuna, où séjournait le roi, et qui était à une demi-lieue du lac Melaren. Ils s'emparèrent du prince, de son épouse et de toute leur cour, et les conduisirent à Nikœping. Erik entreprit la soumission du pays. Cependant, à la faveur delà confusion qu'avait occasionnée cet enlèvement, un fidèle serviteur, Arnid Smolenning avait soustrait aux ravisseurs le jeune prince Magnus, fils de Birger. Il marcha jour et nuil, le portant dans ses bras, jusqu'à ce qu'il fût arrivé en Danemarck, où il le déposa chez son oncle, le roi Erik, qu'il instruisit de tout ce qui venait de se passer. Erik, qui était attaché à son beau-frère par un double lien, résolut de venir à son aide. Cette manifestation n'eut pas de suites. Une nouvelle réconciliation eut lieu en 1308, à Œrebro, et Birger rentra en possession d'un tiers du royaume. Mais à peine eut-il recouvré sa liberté , ainsi que la reine son épouse , qu'il alla en Danemarck implorer le secours d'Erik. Bientôt il apparaît dansleSmoland. Ses frères, trop faibles, évitent le combat, et se retirent en mettant tout à feu et à sang sur leur passage. Birger met le siège devant Nikœping , sans pouvoir s'en rendre maître. Pour la troisième fois , les frères se réconcilièrent à Ilelsingborg (1310). Birger accepla le tiers du royaume, et promit l'oubli du passé. Mais ces événements avaientporlé un coup luneste à son pouvoir. Tandis que ses frères tenaient une cour brillante, le pays était en proie

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à la misère el n'avait jamais été aussi écrasé d'impôts.

Le roi avait invité ses frères à le venir voir. AYalclemar, une fois déjà, avait été bien accueilli; mais Erik concevait encore des craintes, surtout vis-;,-vis de la reine et du drots Brunkc; enfin il se laissa entraîner par les instances de son frère. Arrivés à un mille de Nykœping, ils rencontrèrent un chevalier qui leur dit que ce serait un grand malheur pour eux et leurs amis s'ils se rendaientauprès du roi. Ils furent sourds à cet avertissement et coururent à leur perte. Cordialement accueillis, ils furent traités de telle sorte, que le duc Waldemar commençait même à craindre que l'ivresse ne les gagnât.

Mais la folâtre gaieté de la reine dissipa ses soupçons: jamais elle n'avait été plus aimable. La nuit venue , les princes se retirèrent dans leurs appartements ; leurs serviteurs furentlogés dans la ville. Brunke veilla à ce que les portes fussent bien fermées. Cependant le roi eut un moment d'bésitation. Plusieurs de ses chevaliers lui conseillèrent d'abandonner une résolution qui ne pouvait que souiller son honneur. Mais la vengeance parlait plus haut que toutes les considérations ; les princes furent arrêtés. Le roi ent.a chez eux le regard élincelant : «Rappeler vous Holuna, leur dit-il; pour moi je ne lai pas oublié, et je vous en punis, quoiqu'un peu tard. » Il les fit charger de chaînes et JLter, pieds ■nus, dans des cachots, où ils furent plus m

DE SufcDE. 75

humainement Irailés que d'infâmes criminels.

Cette trahison consommée, le monarque envoya des messagers clans les duchés de ses frères, pour y faire reconnaître son autorité. Mais partout son crime était déjà connu; pnrtoul il avait soulevé une indignation générale. Les hahitanls de Stockholm lui refusèrent l'entrée de la ville, et le pays entier se souleva. Des chefs se mirent à la tête de chaque province. Birger Pehrsson organisa les Uplandais; Charles prit le commandement des Smolandais ; Malts Kettilmunsson conduisit les Yisigoths, et tous se dirigèrent vers Nikœping, dans l'intention de délivrer les prisonniers. Alors Birger put mesurer l'étendue du danger qui le menaçait. Une rage féroce s'empara de lui. Il ferma les portes de la tour où gémissaient ses frères, et en jeta les clefs dans le fleuve ; lui-môme quitta le château. La tradition rapporte que les ducs périrent de faim. Erik, malade et blessé , mourut le troisième jour; l'agonie du duc Waldemar s'p prolongea encore onze jours.

Cependant le prince Magnus, qui ne s'était point associé au crime de son père, avait quitté le Danemarck, où il était élevé , pour voler à son secours avec 600 lances; mais ce renfort était insuffisant. Birger évihiit sans cesse le comhat ; dn'attaquaitl'ennemi que par surprise, chaque lois qu'il en trouvaitl'occasion. Celle conduite, plus digne d'un bandit que d'un chevalier, ajouta encore à la haine qu'on lui portait. Il

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en vint à n'avoir plus d'autre ressource que de se réfugier dans l'île de Gottland, après avoir laissé de fortes garnisons dans les châteaux de Nikœping et de Stegeborg, où commandait son fils Magnus. Ces forteresses furent bientôt assiégées. La garnison de Nikœping exposa sur des brancards, en debors des murs, les cadavres des ducs, couverts de brocards d'or, pour faire voir aux assiégeants que ceux pour qui ils avaient pris les armes n'existaient plus. Ce spectacle porta la rage à son comble : le château fut pris et rasé. Magnus Ladulos y avait enfermé son frère aîné, le roi Waldemar; là aussi, Birger, fils aîné de Magnus, avait été emprisonné par ses frères ; enfin ceux-ci y avaient été traînés à leur tour et y avaient succombé aux tortures de la faim. Le prince royal, après une vigoureuse résistance, se rendit à discrétion. Dans une tentative désespérée pour le secourir, le drots Jean Brunke fut pris avec trois autres qui avaient trempé ainsi que lui dans le meurtre des ducs. On lui Irancba la tète à Stockholm , sur la colline de Norrmalm, qui a retenu de là le nom de Brunlceberg.

Deux ans après, le 28 octobre 1320, l'héritier de la couronne, Magnus Bigersson, âgé à peine de 20 ans, subit le même sort, quoiqu'il fût innocent du crime de son père, et que la capi- • tulalion lui eût garanti la vie sauve. La douleur que le roi ressentit de celte perte bâta sa firT. Il mourut à Spikaborg, enDanemarck.

La reine Marguerite lui survécut longtemps pour pleurer son crime et ses malheurs. Il ne restait plus d'autre descendant de Magnus Ladulos, que le fils du duc Erik Magnus, enfant de k ans.

Malts Ketlilmunsson et les partisans des ducs convoquèrent à Lpsala une diète dans laquelle le jeune prince Magnus fut proclamé roi sur la pierre de Mura (1319). Cette diète offre, cela de remarquable, qu'elle fut la première où l'on vit réunis les quatre états qui constituent aujourd'hui l'assemblée nationale. Vers le même temps mourut Hakon, roi de Norvège.

Magnus, en qualité de petit-fils de ce prince, était son héritier. Ce prince enfant se trouva ainsi à la tête des deux royaumes du nord , qui n'avaient pas été réunis depuis Sigurd Ring. Le Halland, laScanie, le Bleking, mécontents du gouvernement danois, se déclarèrent pour la Suède , de sorte qu'à sa majorité (1353), il régnait sur toute la presqu'île Scandinave. Matts Ketlilmunsson mourut l'année suivante. Le roi perdait en lui un conseiller aussi sage qu'éclairé , son meilleur ami et son appui le plus ferme. Magnus avait épousé Blanche , comtesse de Namur. Sa sœur Euphémie était mariée au duc Albert de Mecklenbourg.

Cependant, sous l'apparence d'un calme profond , fermentait un sourd mécontentement contre Magnus et son pouvoir. Souvent il était en désaccord avec les sénateurs les plus influents, et il n'avait ni assez d'adresse pour prévenir

ces querelles , ni assez d'énergie pour réduire au silence ceux qui étaient à la tète de celte opposition. Leur jalousie prenait en grande partie sa source dans les faveurs que répandaient le roi et la reine sur Benoît Algotsson, homme de basse extraction, et d'un caractère dur et hautain. On reprochait encore à Magnus de se laisser gouverner par sa femme, princesse altière et méchante. Mais ce qui contribua pardessus tout à le perdre dans l'opinion publique, ce fut l'exemple des mœurs légères et frivoles qu'il ne cessait de donner à sa cour. Quelques-uns attribuent à cette conduite le surnom d'Enjôleur (Smek) qui lui fut donné. Enfin, en 1342 , une assemblée eut lieu à Skenninge, dans laquelle son fils aîné Erik fut proclamé roi de Suède, et Ilakon roi de Norvège. L'union des deux couronnes fut donc ainsi de nouveau rompue. Mais, comme Erik n'était qu'un enfant , Magnus conserva le pouvoir. Des troubles et des dissensions agitèrent alors l'Estonie et la Livonie. Magnus résolut d'y porter la guerre, espérant se réhabiliter dans l'opinion par une victoire. Malgré les conseils de sainte Brigitte, il enrôle des mercenaires, et emprunte de l'argent au clergé. Ses premiers pas sont heureux: Noctheborg tombe entre ses mains; il l'ait baptiser et raser les Russes. Cependant, il ne devait ses succès qu'au petit nombre de ses ennemis ; ils revinrent bientôt avec de nouvelles forces, et cernèrent les Suédois. Le roi ne leur

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échappa qu'en faisant creuser une route souterraine qui favorisa sa fuite. Les troupes qu'il nbandonn a clans les garnisons furent massacrées, (le fut à cette époque , et au milieu de toutes ces agitations, qu'un fléau terrible, s'élançant des extrémités de l'Inde (1350) , parcourut le monde, moissonnant sur son passage les populations épouvantées. On lui donna en Suède le nom de Digcvdœdcn (grande peste , peste noire). Il fil de tels ravages dans le midi de l'Europe, qu'il emporta les deux tiers des habitants. Le vent, qui soufflaiteonstamment dû midi, apportait des brouillards épais et humides. Aucune pluie, aucun orage ne purifiait l'air. De fréquents tremblements de terre, et l'apparition de sinistres météores annonçaient une perturbalion générale dans le jeu sublime de la nature. Lne affreuse sécheresse vint ajouter aux malheurs du temps , et l'année suivante (1351) •fut signalée de tous côtés par un manque absolu dg récoltes. La peste avait été apportée à Bergen, en Norvège, par un vaisseau venant de Londres, dont l'équipage entier était tombé victime du fléau , et dont on avait imprudemment déchargé la cargaison. De la Norvège, il fit invasion en Suède, où il frappa grand nombre de victimes. La maladie se déclarait par une pleurésie; des crachements de sang la suivaient, et des pustules indiquaient son dernier période. Les hommes et les animaux étaient rapidement moissonnés. Les enfants surtout succombaient

en grand nombre, et ce fut pour cela qu'on désigna aussi la maladie sous le nom de peste des enfants. Aucune famille, aucune profession n'était épargnée. Des paroisses, des districts entiers devinrent déserts. Quatre cent soixante-six prêtres en moururent en Vestrogothie. Un jeune homme et deux fdles restèrent seuls dans le district des mines du Wermland. Il existe encore aujourd'hui des ruines d'habitations, qui prouvent que certaines contrées n'ont jamais été repeuplées depuis. Longtemps après, un paysan du district d'Ek sortit «le grand matin pour chasser des coqs de bruyère. Ayant manqué son coup, il alla chercher sa flèche v qu'il croyait tombée sur une roche couverte de mousse. A son grand étonnemenl, il découvrit une église ensevelie , oubliée , toute couverte de débris et de pans de charpente. Enfin le fléau s'apaisa; mais il avait laissé sur son passage des traces profondes; la misère était à son comble, l'irritation devenait générale ; car, dans ces temps reculés , le peuple croyait toujours que les fléaux du ciel étaient la punition des vices des monarques de la lerre.

La division qui séparait les sénateurs etMagnus allait croissant. Ceux-là s'attachèrent à Erik, qui désapprouvait hautement la conduite de son père. Ce prince exila même Benoît Algotsson , sans s'inquiéter de la colère de son père. Ces ferments de discorde semés dans la famille royale cédèrent à une réconciliation,

qui eut pour base le partage du royaume entre le fils et le père (1357). Celte concession, arrachée à Magnus par la force des circonstances, n'était pas sincère. Il se rendit en Daneinarck avec son épouse , pour offrir la Scanie à Waldemar en échange de l'appui qu'il réclamait de lui. Le jeune Hakon, de Norvège, fut fiancé à Marguerite, fille de Waldemar. Ce roi envahit la Scanie à la tête d'une armée, qui fui bientôt repoussée par Erik, suivi de nombreux paysans armés de massues r d'où le nom de guerre des massues, donné à cette expédition. Magnus ne gagna à cetle tentative que le pillage des terres de ses sujets et un redoublement de haine de leur part. Il se vit contraint de conclure une nouvelle paix avec son fils Erik, à Sœderkœping , en 1359. La reine Blanche, poussée à la vengeance par les obstacles que son fils avait semés sur ses pas, l'invita, ainsi que sa jeune épouse Béatrix, à venir célébrer auprès d'elle les fêtes de Noël. Elle les empoisonna au milieu des joies de cette solennité. Béatrix expira sur-le-champ, avec l'enfant qu'elle portail dans son sein; Erik vécut encore vingt jours, en proie aux plus atroces douleurs , et rendit l'âme en s'écriant : « Fallait-il que la vie me fùrôtée par celle à qui je la dois ! »

On si abominable forfait souleva une indignation générale. Mais les Suédois ne tardèrent pas à éprouver les suites funestes de la mort d'Erik; Waldemar s'empara delà Scanie et du

Bleking, et Magnus lui céda les riches provinces qu'on avait achetées au prix d'impôts si accahlants. Il n'était pas assez puissant pour s'opposer au sort horrible que Waklemar fit subir aux îles d'Olland et de Cœtancl. Celle-ci principalement eut à supporter le poids de l'invasion. La ville de Wisby, une des plus riches de la Baltique, ne s'est jamais relevée depuis lors de sa ruine. Il exigea que les habitants remplissent d'or et d'argent trois grands bassins; mais le vaisseau qui portail la plus grande partie des trésors pillés se perdit dans la traversée. Magnus fut excommunié par le pape pour s'être porté â des voies de fait envers les ecclésiastiques. Méprisant les foudres du Vatican , il n'en fréquenta pas moins les églises ; profanation que le peuple ne put lui pardonner. Les sénateurs, poussés à bout, choisirent pour roi Hakon , de Norvège (1362). Celui-ci, pour achever de se concilier leurs bonnes grâces, répudia Marguerite, pour épouser la duchesse Elisabeth de Holstein. Il emprisonna son père ; mais se réconcilia bientôt avec lui et avec YValdemar, qui avait arrêté la princesse Elisabeth, dans son trajet pour se rendre en Suède. Il reprit donc Marguerite, et 1^ princesse qu'il avait abandonnée, fatiguée de la vie, s'enferW dans le couvent de YVactstena. Les sénateurs, partis pour le Holstein, ne cachèrent pas, à leur retour, l'indignation que leur inspirait la perfidie de Ilakon , d'autant plus

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qu'il avait sanctionné l'acte de cession que sou père avait faite des provinces de Scanie et de Bleking au roi de Danemarck. Ils se liguèrent donc contre lui; mais, de concert avec son père Magnus , il les condamna au bannissement. Ils offrirent la couronne au duc de Ilolstein , qui la refusa, et proposa à sa place le prince Albrekt de Mecklenbourg, fils de la princesse Euphémie. Le duc de Holstein arma une flotte, qui transporta le nouveau roi et les sénateurs à Stockholm ( 1365 ). Le château se rendit sans résistance. Une diète fut convoquée : Albrekt y l'ut proclamé roi. Cependant Magnus et Ilakon restaient encore maîtres de toute la Gotliie. Le royaume obéissait ainsi à la fois à trois souverains. Ils se dirigèrent sur Stockholm ; on en vint aux mains dans la forêt de Gâta , près d'Enkœping. Le père et le fils furent défaits. Hakon s'enfuit en Norvège , et Magnus , fait prisonnier, fut conduit à Stockholm, où il subit, pendant six ans, une dure captivité , dans le même château qu'il avait habité comme roi.

Ilakon fit tous ses efforts pour rendre son père à la liberté, et il y parvint, moyennant une forte rançon. Ils passèrent tous deux en Norvège, où ils étaient moins détestés qu'en Suède. Mais Magnus, ayant un jour entrepris un voyage par mer sur les côtes de Bergen, une tempête engloutit son vaisseau et tous ceux qui le monlaient (137Zi). Là s'éteignit la famille des Folkunga.qui, pendant 124 ans, avait accablé

et épouvanté la Suède de ses guerres et de ses crimes. Celle race ne compte pas en effet un seul roi qui ne se soit souillé de quelque attentat, de quelque trahison , et qui n'ait choisi ses victimes dans ses plus proches parents. Les proscriptions dispersèrent les branches latérales ; il n'en est pas resté de vestige dans la noblesse du nord; un seul rameau a survécu dans la paroisse de Skerkind, en Ostrogothie , parmi des paysans, qui ont conservé l'orgueil , l'esprit querelleur et la dureté de leurs ancêtres.

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