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CHAPITRE VIII

Familles de Swerker et d'Erik.

Swerker-le-Vieux, prince d'une grande douceur, était fort attaché aux doctrines du Christ. Les plus anciens couvents de la Suède , ceux de ÎS'ydala, dans le Smoland, de Warnhem, au pied du Billengen, en Vestogothie, et d'Alwastra, près de l'Omberget, en Ostrogothie, datent de son règne. Il fit aussi élever un grand nombre d'églises. Sous ses auspices, le premier concile de Suède fut tenu à Linkœping, par le cardinal Nicolas Albanensis ( 1153 ) . Dans cette assemblée , les Suédois s'engagèrent à payer au pape un tribut connu sous le nom de denier de saint Pierre. Là aussi, il fut défendu au peuple de porter des armes. Le cardinal devait installer un archevêque ; mais, par suite de division survenue entre les Suédois, qui voulaient qu'il siégeât à Lpsala, et les Golbs, qui tenaient à le voir établi à Linkœping, la cérémonie n'eut pas lieu. Celte époque peut être regardée comme celle du triomphe du ebristianisme dans le nord. Avec les sacrifices, dispa-

rurent les Alslierjarling ('assemblées du peuple armé), et depuis les paysans ne prirent aucune part aux affaires publiques. Cette exclusion et l'interdiction du droit de porter des armes , amenèrent peu à peu la ruine de leur ancienne influence. Toutes les questions importantes furent dès lors résolues par les évêques et les grands, dans les assemblées des seigneurs (Herredagar).

Swerker avait un fils nommé Jean , qui s'éprit d'un violent amour pour la femme de Charles , gouverneur du Halland , pour le Danemarck. Elle était d'une beauté remarquable. Le jeune homme l'enleva de force , en l'absence du mari ; mais il tomba victime de la haine que celte conduite avait soulevée contre lui dans le cœur des paysans suédois. Swen Grate, roi de Danemarck, considéra cette action comme un outrage fait à la nation danoise, et résolut d'en tirer vengeance par les armes. Ce fut en vain que Swerker lui dépêcha des ambassadeurs pour conjurer l'orage; Swen resta sourd à toutes les propositions. Durant l'hiver de 1154, il envahit le Smoland. Mais, parvenu jusqu'au district de Werend , il le trouva changé en un désert; les habitants s'étaient enfuis dans les bois. L'hiver devenait rude ; l'armée danoise commençait à en éprouver les rigueurs; la quantité de neige qui couvrait la terre s'opposait aux mouvements des troupes. Ln jour que le roi était à table , on lui raconta que les pay-

sans avaient abattu des arbres pour lui barrer le chemin. Il se lève irrité, se rend sur les lieux, et ordonne à ses soldats de franchir l'obstacle. Les paysans qui se trouvaient derrière la barricade lui demandèrent grâce, sans pouvoir réussir à émouvoir son cœur. Obligés de se détendre , ils tinrent bon jusqu'au soir ; puis ils se retirèrent à la faveur de la nuit, et le chemin resta ouvert aux troupes danoises. Cependant, la rigueur de la saison leur avait fait essuyer de grandes pertes ; la cavalerie surtout avait beaucoup souffert. Les soldats commençaient à se lasser d'une guerre où les fatigues étaient grandes et le butin presque nul. Ils regagnèrent furtivement leurs foyers ; et l'armée royale s'affaiblissait journellement. Celte circonstance détermina Swen à se replier précipitamment sur la Scanie , par les chemins de traverse. Un autre corps, sous la conduite de Charles, entra dans le Smoland, revenant des frontières du Halland. Il fut bien accueilli du peuple, qui lui donna des vivres à discrétion; mais un soir, le chef s'étant enivré, on le fit monter dans un grenier pour dormir, et on y mit aussitôt le feu. Il n'échappa aux flammes que pour périr dans un combat. Les prisonniers furent noyés dans le Nissa.

Cette invasion avait ainsi consommé la perte de l'armée danoise. Les femmes du district de Werend reçurent certains privilèges , en récompense de la bravoure qu'elles avaient déployée

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dans cette circonstance. Elles eurent une part égale à celle des hommes dans les héritages, et le tambour battit à leurs noces.

Peu de temps après, Swerker. se rendant a l'église le matin de Noël (1185) , fut tué par son palefrenier. On l'enterra au cornent d U-

De nouvelles dissensions éclatèrent après sa mort entre les Suédois du haut pays et les Goths. Personne ne voulait du prince danois MagnusHenriksson.LesGothschoisirentCAar^, fil, de Swerker, et les Suédois, Enk, fils de Jedward Thorson , bon et riche paysan .selon l'expression de l'ancienne chronique suédoise, el de Cécile, fille de Blot Swen. Cet Enk fut un prince doux, religieux, libéral, simple, prudent et brave. Il était aimé de ses sujets et cher au clergé. Avant lui, il n'y avait a Upsala m prêtres, ni église. Il fit construire plusieurs temple» , et se déclara le protecteur des pauvres contre l'oppression des riches.

Le christianisme avait adouci les mœurs des Suédois, et rendu meilleure la condition des serfs. Les moines répandirent la lecture etl écriture. Les parvis des églises devinrent des marchés, où le commerce prit une nouvel le vie. L'agriculture fut en honneur dès que ta jeunesse" ne courut plus les mers. De 1 au re côté de la Baltique, vivaient les Estoniens et les Finnois, qui étaient restés payens, et inquietafent 1» côtes de la Suède ; Erik résolut de les

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convertir, et de vivre en paix avec eux; Rome •encourageait ces saintes croisades contre Jes idolâtres. Mais, avant de commencer les hostilités, il envoya des messagers pour les engager à embrasser la loi du Christ, I! traversa luimême la mer, et arriva à l'embouchure de la rivière d'Aura. Là, il rencontra une forte armée , au lieu où est située la ville d'Abo , ancienne capitale du pays. Une sanglante bataille s'engagea; Erik en sortit vainqueur. Pendant que ses soldats se réjouissaient de leur triomphe, lui, versait des larmes amères sur la perte de tant d'âmes qui n'avaient point connu la foi. Les vaincus étaient frappés de terreur ; Erik soumit le sud de la Finlande et du Nyland, et lit baptiser tous les infidèles qui tombèrent entre ses mains; il ne reprit enfin le chemin de son royaume qu'après avoir fait tous ses efforts pour déraciner de ce sol le paganisme, et avoir fondé plusieurs églises. Il laissa en Finlande Henri, évoque d'Lpsala, qui l'avait suivi dans cette croisade. C'était un homme plein de courage et de zèle, qui fonda l'église de Marie à Abo, et baptisa les idolâtres dans la fontaine de Kuppis. Mais, ayant entrepris une tournée dans l'intérieur de ce sauvage pays, il fut assassiné par un paysan , nommé Lalli. Vénéré comme un saint, il a été choisi pour patron de la contrée.

Le même prince danois, Magnus Henriksson, qu'on soupçonnait d'avoir pris part au meurtre

de Swerker, voulut, par la mort d'Erik, se frayer une route au trône de Suède. Il rassembla' secrètement une armée, et arriva, par le Melaren, àUpsala, pendant qu'Erik était à l'église. In de ses serviteurs étant venu annoncer à celui-ci la présence de l'ennemi , « laissemoi , lui répondit Erik , entendre la fin de la messe ; j'assisterai ailleurs aux vêpres. » Il sort bientôt du temple, entouré d'un petit nombre d'amis et ne conservant aucune espérance de succès. 11 se défendit d'abord vaillamment contre les Danois ; mais, accablé par le nombre, il fut fait prisonnier, et décapité par l'ordre de Magnus (1060). On raconte que du lieu où son sang coula , jaillit subitement une source limpide , qui a conservé le nom de fontaine de St. Erik. Son corps fut déposé à la cathédrale d'tpsala , où ses os ont été conservés dans un reliquaire d'argent. De tous les saints de la Suède, aucun n'a été aussi vénéré. Pour les Suédois des temps catholiques , il était plus que St. -Louis pour les Français. Il devint le patron du royaume; les rois, comme les simples paysans, juraient par son nom. Sa tète figure dans les armoiries de la ville de Stockholm. Sa bannière n'élait arborée contre l'ennemi que dans les plus grands dangers. C'est de son frère qu'est issue la noble famille de Bonde, en Suède. Après la mort d'Erik-le-Saint , Magnus Henriksson se fit proclamer roi par le peuple consterné. Mais il ne jouit pas longtemps de son

triomphe : le pays tout entier avait pris le deuil de son prince bien-ainié ; les Helsingiens, commandés par Taie Bure l'aîné, et les Ostrogoths, sous les ordres de Charles , fils de Swerker, bien qu'il eût été soupçonné d'avoir tramé la mort du saint, s'avancèrent pour combattre l'usurpateur. Les deux armées attaquèrent Magnus Henriksson , non loin d'Lpsala. Il resta sur le champ de bataille, ainsi que tous les Danois qui l'avaient accompagné (1161). En mémoire de cette victoire , on éleva sur le lieu même du combat un édifice qui prit le nom d'église du Danemarck.

Erik-le-Saint laissa un fils, nommé Canut, qui brigua l'héritage de son père; mais, après plusieurs combats entre son parti et celui de Charles, il fut contraint de se retirer en Norvège, laissant la couronne à son rival. Charles prit le titre de roi des Suédois et des Goths. Vers le même temps la Suède eut pour la première fois un archevêque, appelé Etienne, qui établit sa résidence à Lpsala. Après quatre ans d'exil, Canut revint à l'improviste et tua Charles, dans la petite ile de Wisingsoe , sur le lac Wettern (1168). Christine, épouse de Charles, ne parvint qu'à grand'peine à se sauver, avec son fils Swerker, encore en bas âge. Elle trouva un asile chez ses puissants parents. La possession de la couronne ne larda pas à être disputée à Roi et à Burislaf, par deux princes de la maison de Swerker, qui ne purent soutenir leurs pré-

lenlions, et furent forcés de prendre la fuite. Là discorde agitait le pays. Le Werrnland , le Dal et la Vestrogothie étaient en proie à des troubles intérieurs. Ceux qui désolèrent la Norvège obligèrent les grands à s'exiler. Ils trouvèrent appui et protection auprès du jarl de Vestrogothie, Birger Brosa, de la famille Folkunga. D'un autre côté , les Estoniens arrivaient avec une flotte, ravageaient les côtes et pénétraient dans le lac Melaren , jusqu'à Àlkmare Stœke , à deux milles d'Lpsala? ils tuèrent l'archevêque Jean et détruisirent son château. Puis, se jetant sur Sigtnua, ils le réduisirent en cendres, et depuis, cette malheureuse ville n'a jamais pu sortir de ses ruines. Canut, qui s'était associé le jeune Swerker comme co-régent , mourut en Vestrogothie (1199). On voit encore sa pierre tumulaire au couvent de Warnhem.

Swerker CarLsson vécut d'abord en bonne intelligence avec les fils de son bienfaiteur; plus tard il conçut contre eux des soupçons, elles attaqua à l'improviste (1205) à Elgaros, en Vestrogothie. Trois succombèrent; Erik, l'alné, se sauva en Norvège. Swerker Carlsson , malgré sa bonne grâce , sa bravoure et son éloquence, malgré son alliance avec la puissante famille deFolkunga et la protection qu'il accordait au clergé, s'était attiré par sa perfidie la haine du peuple suédois. Aussi Erik, à son retour de Norvège, trois ans après, trouva-t-il de nombreux partisans, et mit-il dans une déroute si

complète, à Lena, en Vestrogothie , l'armée du roi , que celui-ci même ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Il tenta encore une fois le sort des armes, et fut battu à Gestilren, où il périt de la main de son beau-père, Sema Folkesson.

Erik Knutsson ne régna que six ans. Il fut le premier roi qui se fit sacrer, et mourut dans l'île de Wisingsoe, en 1216.

Jean, fils de Swerker, monta sur le trône, et, comme presque tous les rois de cette époque, se déclara le protecteur du clergé. Sur l'invitation du pape, il entreprit une croisade contre les Estoniens; mais, à son retour en Suède, il eut la douleur d'apprendre que le jarl Charlesle-Sourd, et Charles, évêque de Linkœping avaient été massacrés par les idolâtres. Il mourut dans l'Ile de Wisingsoe, en 1222. C'est le dernier roi de la famille Swerker.

Erik XI, Eriksson-le-Boiteux, fut un prince prudent et sage. Les Folkunga, qui avaient gouverné l'état durant son enfance, se révoltèrent lorsqu'ils le virent majeur et marié. Ils le battirent en 1229, et Canut Johansson-le-Long , l'un d'eux, fut proclamé roi. Son règne ne jouit pas d'un instant de paix : des révoltes le troublèrent sans relâche jusqu'à l'année 1234, époque où Erik, aidé des Danois, revint et lui livra la bataille de Sparselra , que Canut perdit avec la vie. Le concile de Skenninge fut réuni sous le règne d'Erik (12^8). Parmi les princi-

pales décisions qui y furent prises, on remarque la défense faite aux prêtres de se marier, et le droit réservé au pape de pourvoir aux évêchés vacants. La bienveillance et la piété composaient le fond de son caractère , mais il eut le tort grave de se laisser influencer, d'abord par le jarl Llf Fasi , puis par Birger, jarl de Bjellbo. Il mourut en 1250, empoisonné, dit la tradition. Il ne laissa pas de postérité; mais de sa sœur Marguerite descendent les familles de Sparre et d'Oxenstjerna, qui fleurissent encore en Suède, et ont fourni des grands hommes à leur patrie.

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