SAINTE BRIGITTE
Le sénéchal d'Lpland exerçait une grande autorité dans le royaume. Sous le roi Birger, ces fonctions étaient remplies par Birger Pehrsson de Finnstad , homme probe, riche , puissant, d'une haute naissance, et allié même à la famille royale. De cet ensemble de qualités résultait pour lui une influence marquée sur les affaires de l'état. Il est regardé comme la tige de la famille Brahe. Veuf en premières noces, il contracta de nouveaux liens avec la belle Sigrid, dont il eut plusieurs enfants , entre autres Brigitte, célèbre par ses vertus chrétiennes et canonisée plus tard. Traçons l'histoire de sa we, telle qu'elle est rapportée dans la légende.
Même avant sa naissance, plusieurs miracles avaient annoncé sa gloire future. Privée de la parole jusqu'à l'âge de trois ans, elle s'en sert tout à coup avec une netteté et une facilité prodigieuses ; ses parents étaient très-pieux ; ils se présentaient souvent au tribunal de la péni-
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tence, pratiquaient le Jeûne et la charité et faisaient bâtir des églises. Ces exemples ne furent pas perdus pour Brigitte. Elle eut des visions, et c'était toujours ta vierge Mûrie, qui lui apparaissait magnifiquement parée, tenant à la main une couronne, et lui disant : « Brigitte, venez! » Brigitte s'approchait, et la vierge ajoutait : «Voulez-vous avoir celte couronne? » La jeune fille faisait un signe affirmatif, et Marie lui posait la couronne sur la tête. Quand Brigitte regagnait son lit, la vision avait disparu ; mais elle conservait le souvenir du sentiment de Bien-être qui avait parcouru tout son corps lorsqu'elle avait reçu la couronne; dès lors elle ne vécut plus pour ce monde; toutes ses pensées se tournaient vers une autre vie. Ses compagnes réunies s'occupaienl-elles à broder, elle laissait son aiguille inactive et s'abandonnait à ses rêveries. Ces jeunes filles virent souvent apparaître au milieu d'elles une femme inconnue, qui remplissait la tâche de Brigitte, et la délicatesse du travail indiquait qu'il n'était pas l'œuvre de doigts humains. Ainsi croissait cette sainte vierge, blanche et pure comme un lys. On n'était pas moins ébloui de sa beauté qu'édifié de ses vertus chrétiennes.
Cédant aux instances de son père , elle épousa lilf Gudmarsson , qui partageait ses sentiments religieux. Elle fit traduire la Bible en Suédois , afin de pouvoir la comprendre. Elle visitait les eouvenls, et fréquentait les églises. Les pau-
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vres élaient surtout l'objet de son affection et de sa sollicitude-, et elle leur faisait construire de vastes salles d'asile dans ses terres. Elle entreprit, avec son mari, un pèlerinage à saint Jacques de Compostelle , voyage qui offrait alors autant de dangers, qu'il nécessitait de dépenses. Quand ils furent de retour, Ulf renonça au monde, et prononça des vœux au couvent d'Alvastra. Il avait eu de Brigitte quatre fils ut quatre filles.
Après la mort de son mari , Brigitte commença à mener une vie plus sévère et plus recueillie; ses révélations devinrent plus fréquentes; ce qui n'étonnait pas le peuple, qui la voyait plus pieuse, plus charitable et plus juste que le reste des hommes. Un jour qu'elle était dâr.s une de ses extases, elle entendit une voix qui descendait du ciel et qui lui disait : « Je suis ton Dieu , qui veux m'enlretenir avec toi, et te choisir pour mon apôtre.» Elle fut comme frappée de la foudre ; mais la même voix continua : o Ne craignez rien; je suis le créateur du monde, je ne parle pas pour vous, mais pour le salut de tous. Ecoutez ce que je vous dis et rapportez-le à maître Mathias, qui a appris par ma grâce et par sa propre expérience à distinguerl'esprit de mensonge de celui de vérité.» Elle reçut encore plus souvent des révélations du Christ et de la vierge Marie , et elle les communiquait à ce prêtre Mathias, qui les a transmises à la postérité. Elle était première dame
du palais de la reine Blanche; indignée des vices de la cour, ce fut contre elle qu'elle dirigea ses attaques. Le roi Magnus riait de son zèle et lui demandait souvent si elle n'avait pas rêvé de lui pendant la nuit. Voyant qu'elle ne pouvait rien pour la réforme des mœurs, elle se retira dans ses terres. Les mortifications qu'elle s'imposait volontairement, la firent passer pour folle aux yeux de sa famille. Elle fit le voyage de Rome (1346), et ne revit plus sa pairie. On la vit ensuite entreprendre des pèlerinages dans tous les lieux saints, laissant partout des souvenirs de son austérité, de sa charité et de sa modestie, et une renommée de sainteté qui vit encore. Elle accomplit, en société avec ses deux fils, le pèlerinage de Jérusalem, et mourut à Rome (1370) , à l'âge de 70 ans.
La croyance en ses .mérites était si bien établie , que le peuple accourut en foule , pour toucher son corps, au couvent de saint Laurent, où elle avait rendu le dernier soupir, et qu'on ne put l'inhumer qu'au bout de deux jours. Les religieuses gardèrent sa main droite, comme une relique; ses restes furent transférés en Suède. Objet de vénération pour le peuple suédois, comme elle l'avait été pour le peuple romain, partout sur son passage les populations voulaient loucher ses saints restes, qui furent déposés au couvent de sainte Brigitte , qu'elle avait fondé à Wadslena. Elle fut canonisée le 7 octobre 1391. Cet ordre de religieuses
prit le nom de celle qui l'avait créé , ou celui du sauveur. On disait que la règle en avait été dictée à Brigitte par J.-C. De tous les couvents de Suède, celui-ci jouissait de la plus grande popularité. On y faisait des pèlerinages. Les femmes des premières familles , des princesses mêmes y venaient chercher un refuge contre leurs malheurs, et des consolations dans les pratiques d'une piété fervente.
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