CHAPITRE XV
LES STB H ES.
Les anciens Stures étaient d'une famille trèsconsidérée, éteinte depuis longtemps ;St en Sturr devait à sa proche parenté avec les Wasa et les Ronde, une autorité que ses qualités éminentes augmentèrent. 11 joignait à une bravoure reconnue une grande expérience de la guerre; à la connaissance des allai res et à un esprit aussi sage que prudent, l'amour de la justice, la franchise et la constance. N'ignorant pas combien il était facile d'exciter la jalousie des autres seigneurs, il se garda de rehausser sa dignité par l'éclat et le faste. Il ne fit pas frapper de monnaie; mais, lorsqu'il fut question de maintenir son autorité, tous apprirent à le connaître.
Le royaume fut agité de nouveaux troubles après la mort de Charles Knutsson. Tous les partisans dos Danois, tels que Erik Carlsson Wasa , T-ott Carlsson, etc., prétendirent que Charles n'était pas roi légitime, cl qu'il n'avait pas eu le droit de disposer de la couronne. Us refusèrent de reconnaître Sten Sture comme ré-
gent, et cherchèrent à soulever les paj sans contre lui, s'attachant eux-mêmes à la fortune de Christian. Les Dalécarliens et les hahilanls rie Stockholm restèrent fidèles h Sture; mais celte affection du peuple n'eût pas suffi pour le main tenir au pouvoir, si les nobles les plus puissants et le clergé lui eussent été contraires. Il comptait au nombre de ses amis le nouvel archevêque.
Jacques L'ifsson, Mis Sture, brave et aimé des paysans, et les deux frères Tott, les plus riches seigneurs du royaume. Après plusieurs affaires sanglantes. Erik et Tott Carlsson furent chassés d'Upland, et Sten Sture se vit unanimementreconnu pour régent, le 1 er mai 1471.
Christian, voyant que ses amis de Suède ne pouvaient plus soutenir la lui te, leva une armée et fit voile pour Stockholm. Il entra en négociations avec ses ennemis; mais, s'apereevant que les Suédois ne voulaient que gagner du temps, il débarqua le 1 er septembre et assiégea la capitale. Son armée était composée de l'élite de la noblesse danoise, de mercenaires écossais et d'un assez grand nombre d'Allemands. Après avoir refoulé les Danois en Veslrogothie , Sten Sture, à la tête d'une armée d'Oslrogolhs, de Sudermanlandais et de Nériciens, se porta au secours de la ville menacée. A deux milles de la place, à Rotebro, il reçut un renfort de Dalécarliens, commandés par Nils Sture. Enfin, le 10 octobre (1471) eut lieu la bataille de Brunkeberg. L'élite des guerriers des deux royaumes
se trouvait en présence. On comptait dans l'armée danoise le brave marsk Clas Ronnow, et tous les seigneurs suédois qui avaient trahi leur patrie; ils avaient à leur tête Erik Carlsson et Tott Carlsson, braves jusqu'à la témérité; venaient ensuite les mercenaires écossais et allemands, commandés par des officiers fameux, et placés sur les hauteurs, d'où ils regardaient tranquillemeni venir les Suédois qui marchaient contre eux. Les bannières des deux royaumes, celle deDaneborg et celle de St.-Erik, objets de vénération pourchacune desdeux armées, se rencontrèrent. Elles étaient défendues par lesplus braves, et ce fut sur ce point où le combat s'engagea avec le plus d'acharnement. Nul ne voulait céder un pouce de terrain. Les Danois, sous leur roi chevaleresque, combattaient pour la gloire, la puissance et les richesses. Les paysans suédois suivaient leur chef bien-aimé , Sten Slure et combattaient pour la paix, la liberté et la patrie. Du haut des murs de Stockholm, on pouvait contempler tout ce qui se passait sur le Brunkeberg. La capitale avait pour défenseur Canut Posse, héros également distingué par son activité et par l'attachement qu'il avait voué à Sture. L'épouse du régent, Ingeborg Tott, se trouvait au château. Avant que l'affaire fût engagée et pendant tout le temps qu'elle dura, elle fit distribuer des aliments aux pauvres, afin que leurs prières rendissent le ciel favorable aux armes suédoises. Puis, accompagnée de ses
principales darnes , elle monta sur la tour du château, d'où l'on découvrait le champ de bataille, et elle attendit, dans des angoisses mortelles, l'issue du combat.
Deux fois, les Suédois tentèrent d'enlever le camp des Danois ; deux fois ils furent repousses. Sten Sture, voyant l'impossibilité de débusquer ainsi l'ennemi, attaqua le couvent de Clara, situé au pied d'une montagne, et dans lequel était retranchée une partie de l'armée danoise. Ceux qui occupaient la hauteur commirent la faute inexcusable d'en descendre pour aller au secours du couvent. Le combat fut sanglant; Canut Posse fit baisser le pont et soutint avec vigueur le choc des assaillants. Les Suédois crurent voir l'épée de saint Erik qui les protégeait et leur montrait le chemin de la victoire. La bravoure des Danois ne suffit plus contre tant d'ennemis. La gloire, pour laquelle ils avaient pris les armes, leur échappa, et ils se virent réduits à combattre pour sauver la sainte bannière de Daneborg. Cinq cents nobles l'environnaient et la défendaient avec une intrépidité sans exemple. Tous tombèrent sous le fer des Suédois, avant que Canut Posse pût s'en emparer. La victoire fut complète, et la perte des Danois immense, llonnow, les traîtres Thure Bjelke et Nils Christersson Wasa avaient été faitsprisonniers. Christian s'enfuit avec sa flotte, et ne revint plus en Suède tenter la fortune des, armes.
Cette campagne procura à la Suède plusieurs années d'une paix à laquelle elle n'était point accoutumée. Les Danois étaient tenus en respect, et les invasions des Russes en Finlande n'avaient rien d'inquiétant pour le pays. Sten Sture déploya de grandes et précieuses qualités comme régent. Il améliora l'état du royaume, autant, du moins, qu'il était possible dans ces temps difficiles.
L'influence des villes anséaliques avait introduit bon nombre d'Allemands dans les fonctions de la magistrature, surtout dans les villes commerçantes. Sten Sture réforma cet abus, en décrétant que tous les magistrats seraient à l'avenir suédois. Il fonda les premières imprimeries, et joignit ses efforts à ceux de l'archevêque Jacques Llfsson , pour obtenir de la cour de Rome l'autorisation de fonder une université à Lpsala. Cependant les mesures que prenait son gouvernement rencontraient de grands obstacles dans la puissance des grands. Ils résidaient dans leurs châteaux fortifiés, défendus par une multitude de gens d'armes. Le droit de rendre la justice, qu'ils exerçaient sur leurs vassaux et sur les paysans, en faisait autant de petits rois. De là, un désordre perpétuel ; habitués à commander, ils n'obéissaient, même au roi, qu'avec uneextrême répugnance: Il s'élevait souvent entre eux des querelles, dont le peuple était toujours victime. Les paysans qui habitaient les terres de ces seigneurs tombaient dans
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4 Ia misère, et les noble», qui possédaient les richesses, s'emparaient des biens des francstenanciers, en sorte que le nombre de ces derniers s'affaiblissait de jour en jour. Le mal devait être sans remède, tant que les nobles et les prêtres composeraient seuls les assemblées. Ce fut pour faire cesser cet état de choses, que SlenSture appela les paysans et les bourgeois aux diètes; il sentait la nécessité de les opposer à l'aristocratie. Cet usage fut maintenu par les autresSluresetparlespremiers rois de la famille de Wasa. Aussi les paysans en Suède sont-ils restés libres et considérés, tandis que longtemps ils ont été astreints au servage dans les autres pays. On peut se faire une idée de la puissance de la noblesse â celte époque, en voyant un noble Suédois, Nils Classon de Wik, déclarer h guerre à l'Angleterre et armer des corsaires eontre elle, parce que cette puissance ne voulait pas lui payer un vaisseau qu'elle lui avait capturé. Ivar Axelsson Toit l'éclipsait encore,* ses nombreuses possessions, ses immenses fiefs en Suède et en Danemarck, et l'influence qu'ils lui donnaient, justifiaient en quelque sorte l'orgueil dont il était atteint. Il voulut imposer son gendre Arwid Trolle , pour régent à la Suède, et menaça Je Danemarck de la guerre. Se regardant comme indépendant des deux pays, il alarmait les Suédois, en leur déclarant qu'il livrerait ses châteaux aux Danois, et menaçait en même temps ceux-ci de les livrer aux Sué-
dois. Heureusement il était moins vaillant et sage qu'opulent et vain. Les Suédois, obligés de prendre les armes contre lui, eurent bientôt enlevé tous ses châteaux. Saisi de frayeur dans un combat, il s'enfuit lâchement pour se jeter dans les bras du roi de Danemarck , qui saisit cette occasion de reprendre ses fiefs. Ce puissant Ivar Toit mourut pauvre et méprisé.
Christian n'osait pas attaquer ouvertement la Suède, mais il intriguait sourdement contre elle. Tout ce qu'il put obtenir par ses manœuvres, ce fut le renouvellement de l'union. A sa mort (148i), son fils Jean eut quelque velléité d'attaquer la Suède, mais il en fut détourné par sa mère Dorothée. Il suivit la route que son père lui avait tracée, celle des négociations, et ce moyen lui réussit mieux. Le clergé, à la tète duquel était Jacques llfsson , était dévoué à l'union. Les grands redoutaient l'énergie de Sten Sture, et espéraient plus de liberté sous un roi étranger. La préférence qu'il témoignait dans les états pour les roturiers les indisposait encore davantage; cependant ils n'osaient encore rien entreprendre contre lui , parce qu'il comptait autant de soldats que de paysans. Le peuple ne portait pas au roi Jean la haine invétérée qu'il avait vouée à Christian. Aussi Sten Sture ne put-il empocher son élection à la dignité royale, lors de l'entrevue de Kalmar, en 1£|83. Ce choix était l'œuvre des grands, mais il n'était pas facile d'écarter Sten Sture. Celui-ci
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ne s'opposa pas ouvertement au roi Jean; il refusa seulement de le reconnaître comme roi de Suède, avant qu'il eût restitué l'île de Goltland au royaume, et Jean refusa de consentir à cette restitution avant son couronnement. Le temps se perdait en entrevues qui n'amenaient aucun résultat. Jean mit en œuvre tous les ressorts dont il pouvait disposer; mais Sten Slure opposa la force à la force, la ruse à la ruse , et lorsque Jean eut obtenu une bulle d'excommunication contre lui, il envoya à Rome son ami Heinming Gadd, pour la faire révoquer. Jean , comme son père, excita les Russes à ravager la Finlande; il parvint ainsi à la longue à fatiguer les Suédois et à faire tomber le grand homme, qui, appuyé sur l'amour de son peuple, ne craignait ni les armes danoises ni les factions.
Presque aussitôt après la bataille de Brunkeberg, les Russes avaient envahi la Finlande. Le belliqueux Erik Carlsson Wasa, réconcilié avec Sture, la défendit pendant trois ans. Erik Axels^ son Toit, qui avait de grandes possessions dans ce pays, repoussa les barbares tant qu'il vécut; mais il était difficile de les combattre toujours avec un égal succès; car, tombant sur les contrées comme un ouragan furieux, ils y promenaient le ravage et l'épouvante, puis repassaient la frontière avec leur butin. Sten Sture nomma le vaillant Canut Posse au commandement de Wiborg; il était la terreur des Russes. Cepen-
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dant, ses succès mêmes diminuaient le nombre de ses guerriers. En 1^95, les Russes envahirent toute la Finlande orientale, en y exerçant leurs déprédations accoutumées; Canut Posse fut assiégé à Wiborg. L'ennemi tenta l'assaut: il était déjà maître d'une tour et d'une partie des remparts, lorsque Posse, retiré dans l'intérieur de la ville, fit sauter la muraille, qu'il avait fait miner, et ensevelit les assaillants sous les décombres. Il fit ensuite une sortie, et les Russes, saisis d'une terreur panique, levèrent le siège et s'enfuirent en désordre, laissant plusieurs milliers des leurs sur les ruines de la place. Cet événement, dont il est beaucoup parlé dans les annales, est appelé Y explosion de Wiborg (Wiborgska smellen). L'usage de la poudre n'était pas encore bien répandu à cette époque ; les Russes, barbares et superstitieux, s'imaginèrent que Posse avait des intelligences avec le diable. Les Suédois, qui n'étaient guère plus avancés, disaient hautement que Posse possédait des secrets cabalistiques.
Sten Sture, à la nouvelle de l'invasion , recommença ses armements. Les soldats accoururent en foule. La bannière de saint Erik fut retirée de la cathédrale d'Upsala, et Sture la reçut dans celle de Stockholm. La flotte , qui mit à la voile dans l'automne, fut retardée par des tempêtes. Enfin on débarqua sur les côtes de la Finlande, et là, on apprit l'explosion de Wiborg. Sten Sture quitta l'armée pour re-
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tourner en Suède, laissant le commandement à Svante Sture, fils de Nils. Ce nouveau chef fit une invasion en Russie, s'empara d'Ivanogorod, et recueillit un immense butin. Sten Sture, qui, endanlque Svante Sture revenait de son expé- <; »ion, ramenait des troupes fraîches du fond de la Suède, résolut de tenter aussi la fortune dans cet empire. Mais Svante refusa de les suivre, alléguant que ses soldats étaient trop fatigués. Sten Sture s'emporta et le traita de traître. Dès lors la haine divisa ces deuxgrandshommes. Svante, de retour en Suède, accusa Sten en plein sénat. Ce fut l'origine de l'inimitié qui s'éleva entre les grands et Sten Sture. Les sénateurs, à latêledesquclsélaitl'archevêque Jacques Llfsson, appelèrent le roi Jean. Sten Sture ne voulant pas céder, la guerre civile éclata. D'un côté étaient les évêques et les seigneurs avec leurs partisans; de l'autre, Sten Sture avec les paysans et les bourgeois. Cependant l'affection que la nation lui portait dans les premiers temps de son administration s'était affaiblie. L'issue malheureuse de l'expédition en Finlande fut attribuée à sa lenteur. La peste, les incendies, les tempêtes, qui ravagèrent la capitale, furent regardés, parle peuple superstitieux, comme autant de signes par lesquels le ciel signalait sa réprobation contre le règne actuel. Dès que Jean fut entré dans le Melaren , Sten Sture s'enferma dans Stockholm. Quoique le régent disposât encore de forces considérables,
il prévit qu'il ne pourrait résister aux Danois, qui avaient l'appui de la noblesse. 11 reconnut l'autorité de Jean, recevant, pour prix de sa soumission, un si grand nombre de fiefs, qu'il resta le plus puissant seigneur du pays. Jean fit son entrée à Stockholm, le 11 novembre 1^97, et fut bientôt couronné à Upsala, où il créa un grand nombre de chevaliers. Ce prince danois, quoique brave et magnanime, ne pouvait cependant rester sur le trône de Suède , d'où l'ambition et la jalousie des grands avaient coutume de faire descendre si souvent les rois étrangers ou indigènes , bons ou mauvais. Il faut avouer aussi que Jean ne sut pas éviter les fautes qui avaient amené la chute de ses prédécesseurs. Il viola ses serments, confia les châteaux aux étrangers, imposa de fortes contributions au peuple, et négligea de pourvoir les seigneurs de grands fiefs. Un immense incendie fut tout à coup produit par une légère étincelle. Le roi s'était attribué la' pêche du saumon dans le fleuve de Dala, que possédait un Oxenstjerna; celui-ci tua l'envoyé du roi. Alors les nobles se présentèrent en foule à Sten Sture , lui témoignant le regret qu'ils éprouvaient de l'avoir contraint à renoncer au pouvoir, et le priant de les aider à repousser le monarque qu'on attendait avec une grande flotte à Stockholm. Celui-ci, prévenu à temps, fixa sa résidence au château ; les seigneurs de la ville n'osaient se rendre les uns chez les autres, sans s'être mutuellement
donne des otages. La révolte était imminente; elle éclata: Jean laissa à la reine Christine 2000 hommes pour défendre le château, et courut en Danemarck chercher des renforts. Cette absence le perdit; tout le pays secoua le joug, et Sten Sture fut rétabli dans ses fonctions de régent (1501). Ilemming Gadd assiégea le château de Stockholm, que la reine défendit avec courage, et qu'elle ne rendit que le 27 mars 150"> alors qu'il ne lui restait plus que 80 soldats, et qu il lui était impossible de résister davantage. Elle fut traitée honorablement par Sten Sture qui la rendit à la liberté, sur la demande des villes anséaliques, et l'accompagna même jusqu'aux frontières du Danemarck. A son retour le régent mourut subitement à Jonkœping, lé 13 décembre 1503. Quelques récits attribuent sa mort au poison que lui aurait administré un médecin danois, qui accompagnait la reine Christine; suivant d'autres, ce crime aurait été commis par Marguerite, seconde épouse de Svante Sture, dans le but de faire arriver son époux à la régence.
La sagesse de Ilemming Gadd , dont l'amitié était restée fidèle aux Sture, prévint de nouveaux troubles. Il cacha la mort de Sten. Un de ses serviteurs, qui ressemblait au défunt, monta a cheval , le visage couvert d'un voile (le régent était atteint d'une ophtlialmie) . Svante avait éfc invité à se trouver à Stockholm avec ses partisans; quand tout fut prêt, on publia la mort
idO IHSTOIRE
de Sten Sture. Svante (al nommé régent, et tous les châteaux lui furent remis.
Sten Sture n'avait laissé qu'une fille, qui prit le voile dans le couvent de Wadstena.
Svante Sture n'était pas de la même famille que Sten ; il appartenait à celle de Nils, c'étaitun Natt och Dag, parent du meurtrier d'Engelbrekt, et portant "ses armes. 11 se distingua par de grandes qualités. Il exigeait de ses guerriers la bravoure aveugle qu'il portait dans les combats, et c'était une tradition populaire, que nul n'était admis à son service, s'il ne pouvait, comme les guerriers du roi Harald Hildetand , regarder d'un œil ferme et sans sourciller, la bâche levée sur sa tête. Il était sévère envers ses guerriers, et, comme sa parole était brève, sonore, accentuée, le peuple avait coutume de la comparer à la foudre qui roulait sur leurs têtes. Du reste, fort libéral, il eût vendu jusqu'à ses vêlements plutôt que de laisser un brave sans récompense. Son règne ne fut qu'une longue guerre; mais le peuple n'imputait ses malheurs qu'aux temps, et n'oubliait pas que le régent n'entrait jamais dans une chaumière sans saluer affectueusement l'hôte, sa femme, ses enfants , sans leur serrer cordialement la main ; qu'il ne dédaignait pas de s'asseoir à leur table et de s'informer avec bienveillance et bonhomie de l'état des affaires de la famille.
Svante Sture, doué de ces qualités brillantes, était donc l'homme nécessaire dans ces temps
D£ SUÈDE, l^l
d'orages. Jean s'efforça de regagner le royaume qu'il avait perdu, employant tantôt la force, tantôt la ruse. Le régent pouvait bien opposer sa position à la sienne et lutter avec lui de courage; mais il lui était plus difficile de combattre ses intrigues. Une foule de seigneurs suédois . beaucoup de dignitaires ecclésiastiques surtout, se jetèrent dans le parti danois. L'archevêque Erik Llfsson, l'évèque de "Werteros , Othon , le sénateur Erik Trolle, préparèrent en sous-main le retour de Jean. Cependant une réconciliation paraissait plus éloignée que jamais ; l'empereur, à qui le roi déchu en avait appelé, et qui avait mis Slure et le royaume au ban de l'empire, prodiguait les menaces en pure perte. Svante fut assez habile pour conclure une paix de cinquante années avec la Russie, et une alliance avec les villes anséaliques. Il put alors tourner toutes ses forces contre leDanemarck. Il avait su déjà s'entourer des grands hommes.
AheJoliansspn était un capitaine intrépide, que les Danois regardaient comme leur fléau. Hemming Gadd avait tous les talents d'un habile administrateur, mais ses mœurs et ses opinions étaient peu en rapport avec son état. 11 reçut la mitre, qu'il ne porta jamais; on le voyait plus souvent à la tête des armées et des flottes qu'au pied des autels. Il avait une grande expérience, et était animé d'une haine violente contre les Danois. Ne déguisant jamais sa pensée et l'exprimant sans crainte, il avait coutume de dire
que beaucoup de cœurs danois étalent caches sous des manteaux de Suède.
Le règne de Svante, semé de toubles et d'inquiétudes , ne fut pas de longue durée. Le 2 janvier 1512, il mourut subitement à Werteros, où il venait d'avoir une entrevue avec les propriétaires des mines. Son fils, Sten Sture, surnommé le puîné, lui succéda. C'était le plus jeune et le plus chevaleresque des Sture. Quoique les courtisans eussent abusé quelquefois de l'inexpérience de sa jeunesse, il était devenu l'objet de l'amour du peuple, ayant consacré plus d'une fois au soulagement de ses misères toute l'influence dont il jouissait auprès de son père. Il parait que la jeune noblesse lui était aussi favorable, car, à l'assemblée d'Arboga (19 janvier), elle élut Sien Sture, pendant que les vieux seigneurs proclamaient Erik Trolle , à qui son grand âge permettait plutôt de porter la mitre que l'épée. On ne pouvait tomber d'accord; enfin, après deux assemblées, le parti de Sture, qui possédait tous les châteaux, triompha. Depuis ce temps, Sten Sture se voua tout entier à l'accomplissement des devoirs que lui imposait sa haute position. Il sacrifia au bien du peuple son temps, ses forces et jusqu'à sa
vie.
Cependant le vieilarchevêque Jacques Llfsson avait travaillé plusieurs années à ruiner la puissance des Sture. Se voyant enfin trop faible pour se mesurer avec le jeune Sten, il se retira
du inonde, déposa ses haules fonctions et fit choisir pour son successeur Gustave Trolle, fils d'Erik , espérant qu'il serait l'adversaire déclaré des régents. Mais, avant d'obtenir le bref du pape, Gustave Troile devait être pourvu de l'assentiment du régent. Le magnanime Sture le lui donna , espérant, par cette condescendance, apaiser les ressentiments de la famille des Trolle et gagner l'affection du nouvel archevêque. Mais celui-ci avait hérité du caractère orgueilleux, inflexible, ambitieux et vindicatif de sa mère. 11 arriva de Rome en 1515, et bientôt les troubles, les révoltes, les guerres affligèrent sa pauvre patrie, qui depuis trois ans jouissait de quelque tranquillité.
^ A peine Gustave Trolle fut-il installé, qu'il s'entoura d'une cour plus brillante que celle de Sten Sture. Tous les ennemis du régent étaient accueillis par l'archevêque, qu'ils proclamaient hautement leur chef. Sture voulait en tirer vengeance ; mais ses amis et particulièrement l'évêque brnsk lui conseillèrent de dissimuler sa colère. Il se rendit pendant la foire de la Chandeleur à Lpsala, se présenta devant le maître-autel de la cathédrale, où se tenait GuslaveTrolleJuioffritl'oublide leur ancienne inimitié, etle pria dene penser qu'à l'intérêt de •a patrie. Mais l'orgueilleux prélat répondit à ••es nobles sentiments par des paroles de mépris et des reproches outrageants. Bouillant de colère, Sten Sture oublie le saint lieu , lui répond
sans garder de mesure, et repari pour Stockholm. H écrit au pape pour lui dénoncer la conduite scandaleuse de Gustave. Le souverain pontife exhorta Trolle et tout le clergé de Suéde à ne se pas mettre en opposition avec le gouvernement temporel. Mais l'archevêque n eut pas plus d'égard pour les conseils du pape que pour la volonté du régent. Sture convoqua une assemblée à Sodertelge. L'archevêque devait y prêter serment de fidélité, mais il ne se présenta pas et continua d'intriguer et de correspondre avec Christian II, surnommé le tyran, qui avait succédé à son père, le 21 lévrier 1513. Sten Sture alors ne fut plus maUre de s a colère. Il s empara du château de Nikœping, occupé par bien Oxensljerna, l'ami et le confident de Gustave Trolle. Oxensljerna tomba malade de peur. A son lit de mort, il découvrit le complot dans lequel il trempait, et nomma ses complices.
Sten Sture fil arrêter le père de 1 archevêque. Celui-ci se retira avec ses amis dans son château qu'il fortifia. Slure lui fit encore porter, par Jacques llfsson, des paroles de réconciliation ; celle démarche fut vaine. Le rebelle attendait des secours de Christian, et se confiait dans l'épaisseur des murs de son repaire, appelé Stcket. Cet édifice s'élevait au milieu d une contrée agréable et 'fertile, sur une petite île du Melaren, dans le détroit d'Alinaresleke. L île, achetée parles premiers archevêques, était detenue leur résidence. Ils y avaientconslruitcetle
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citadelle, agrandie el fortifiée par leurs successeurs , cl qui servait souvent à protéger leurs révoltes. Les archevêques l'appelaient \e château de St. -Erik, jaloux sans doute de lui imprimer ainsi un cachet de sainteté que ne pouvait lui donner leur conduite. Sture résolut d'attaquer Trolle dans ce refuge, et les états de 1517 décrétèrent que le siège serait poursuivi, le château détruit et l'archevêque déposé. Cette décision prise, le régent conjura son adversaire de songer à la patrie etde rompreavec ses ennemis. Mais Trolle, qui avait appris qu'une flotte danoise élait arrivée à l'emhouchure du Melaren , ne rêvait que vengeance. Sten Sture accourut à la rencontre des étrangers. Il les trouva près de Dufvenes, non loin de Stockholm, et les battit complètement. Us remirent à la voile pour leur patrie , laissant partout, sur leurs traces, la misère et la destruction.
L'archevêque apprit ce désastre par les prisonniers que Sten Sture lui renvoya après le combat; il consentit enfin à entrer en arrangement; mais ce fut au tour du régent de n'y plus consentir. Les états assemblés le déclarèrent traître à la patrie, et prononcèrent son interdiction. Trolle, à la faveur d'un sauf-conduit, assistait à ces délibérations. Il retourna dans son château, où ses serviteurs, redoutant un assaut, le contraignirent à capituler. Slure parvint avec beaucoup de peine à l'arracher à la venseance des paysans. Mais son superbe château fut livré aux flammes et démoli.
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li6 HISTOIRE
Nous avons vu que Christian-le-Tyran ne voulait pas renoncer à ses prétentions sur la couronne de Suède. Le secours que son amiral, rSorrby, devait porter à l'archevêque, prouvait au contraire, qu'il était disposé à les soutenir les armes à la main. Il espérait être plus heureux que ce fameux guerrier, et au printemps de 1518, sa flotte se présenta à l'embouchure du Melaren. Ses troupes furent repoussées sur tous les points où elles tentèrent de débarquer. Enfin, ses soldats parvinrent à prendre terre à Sœdermalm (faubourg du sud), d'où il tira sur la ville. Sture se porta au secours des assiégés. Les deux armées en vinrent aux mains (23 juillet), à Brennkyrka, et les Danois eurent le dessous. Le régent entra dans la ville et Christian campa hors des murs. Ses sorties furent tellement heureuses, la dernière surtout, que bientôt Christian n'eut d'autre désir que de voir cesser cette malheureuse guerre. Mais les vents contraires le retenaient dans ces étroits passages ; il manquait de vivres, et sa flotte commençait à ressentir les tourments de la faim. Dans cette extrémité, il demanda une entrevue à Sten Sture , pour s'entendre sur les conditions d'une paix durable entre les deux royaumes; il l'invita, en conséquence, à venir à son bord, en fournissant des otages pour sa sûreté. Le régent était près d'y consentir, mais ses conseillers s'opposèrent à cette imprudence, et il se contenta d'envoyer à son ennemi les provisions
dont il savait qu'il avait besoin. Alors Christian offrit de venir lui-même, si on voulait lui donner des otages. Ils furent désignés et partirent pour le lieu indiqué; mais, le vent ayant changé, Christian s'empara des otages, parmi lesquels étaient Gustave Eriksson Wasa , et Hemming Gadd déploya ses voiles et regagna son royaume. Cependant cette tentative infructueuse ne changea rien aux dispositions de Christian, et il résolut de mettre sur pied une armée encore plus nombreuse. En effet, toute l'année 1519 fut employée à des armements. L'élite des guerriers du Danemarck et de la Norvège se rassemblèrent; 2,000 Français, sous la conduite de Brézé et de La \ allée, se joignirent à ce corps. Le duc Frédéric envoya plusieurs détachements du Mecklenbourg et du Holslein. Christian prit en outre à son service Zi.OOO fantassins allemands, des Écossais et des Prussiens. Presque tous ces combattants étaient aguerris; leurs chefs avaient de l'expérience et s'étaient fait un nom en Europe. Pour donner plus de consistance à son expédition, le roi de Danemarck se munit d'une bulle d'excommunication contre Sten Sture et le gouvernement Suédois. Ainsi armé de forces spirituelles et temporelles, Christian rentra en campagne contre la Suède, qui n'avait pas d'alliés. Il choisit l'hiver pour cette invasion, parce que les lacs et les marais, étant gelés, facilitaient sa marche. Au mois de janvier 1520, l'armée danoise, commandée par Othon
j^8 HISTOIRE
Krumpe, pénétra en Suède par le Smoland.
Sien Slure, à la tête de 10,000 paysans, marcha contre le Danois et l'attaqua sur les glaces du lac Asunden , près de Bogesund (aujourd'hui Ulricshamn). 11 prit ses dispositions pour le combat, et, monté sur un cheval blanc, il s'avança pour reconnaître l'ennemi, Ln de ses serviteurs, qui avait déserté la veille, le désigna aux coups de l'étranger, et l'ordre fut donné de tirer sur lui. Une balle l'atteignit à la tête, et il fut emporté du champ de bataille. Deux fois les Danois furent repoussés ; mais l'armée suédoise, privée de son chef, se débanda, et laissa ainsi le chemin de la Veslrogothie ouvert aux troupes de Christian. Othon Krumpe profita de ce premier succès, et dès le 1" février, il était à Ramundaboda, dans la grande forêt de Tnweden.
Là , les Suédois s'étaient barricadés à l'aide d un grand abattis d'arbres. Les Français commencèrent l'attaque ; mais ils furent si bien reçus, que la moitié et leur chef La Vallée furent taillés en pièces. Alors un traître, Erik Abrahamsson Leyonhufwud, fil faire un circuit aux Danois; les Suédois cernés prirent la fuite, et l'ennemi poussa d'une traite jusqu'à Stockholm, en affichant dans toutes les églises, la bulle d'excommunication du pape.
StenSture.transportédansuntraîneau, expira
entre Strengnaes et Stockholm. Sa mort plongea le royaume dans le deuil et la consternation. Il paraît que les Danois n'éprouvèrent aucune ré-
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sislance après la mort de ce martyr de la liberté suédoise. Personne , dans de si tristes conjonctures et en présence d'une armée ennemie si formidable , n'osa saisir les rênes de l'étal. Les grands étaient indécis; Gustave Trollc revint à ses fonctions épiscopales, et proposa d'élire pour roi Cbrislian, tandis que le général de ce prince, Otlion Krumpe, promettait, au nom de son maître, l'oubli du passé et le maintien de tous les privilèges existants. L'béroïque Christine Gyllenstjerna, veuve de Sten Slure et mère de quatre enfants, fut la seule qui ne perdit point courage. Elle défendit Stockholm et ne voulut pas déshonorer son nom en ouvrant à l'ennemi les portes de la capitale. Son exemple ranima le courage des habitants, et par ses soins un vaste système de résistance fut organisé. Lorsque les paysans apprirent la conduite admirable de la veuve de Sten Sture, ils se révoltèrent. Christian essaya de les apaiser en leur faisant distribuer des harengs et du sel. Ses libéralités ne produisirent pas l'effet que ses premiers succès lui donnaient lieu d'espérer. Déjà il serait reparti, si la honte ne l'eût retenu. Il dépêcha, comme médiateur auprès de Christine, Hemming Gadd, qui eut assez d'influence sur son esprit pour la décider à rendre la ville, contre l'avis des bourgeois (septembre). La Suède se trouvait donc de nouveau sous la domination du Danemarck. L'évêque Mathias fit des tournées dans le royaume, pour gagner les es-
prits, et HemmingGadd fut envoyé en Finlande. Christian lui-même se montra très-bien intentionné pour les paysans. Il leur disait, ce qui était très-vrai , que tout le mal venait des grands. Par ses discours, il cherchait à préparer le peuple à la terrible punition qu'il réservait à la noblesse, et obtenir son assentiment à ses projets. Son dessein était de faire de la Suède un royaume tributaire duDanemarck, comme l'était déjà la Norvège ; mais les courageux paysans ne pouvaient se résoudre à courber la tête sous le joug, tant qu'il leur resterait un chef parmi les nobles.
Une diète fut convoquée à Stockholm, pour ]a célébration du couronnement du roi {U novembre). Au grand étonnement de tous, les insignes de la royauté ne furent pas portés par les Suédois. Christian renouvela ses promesses et s'approcha de la sainte table. Mais toutes les faveurs furent réservées aux Danois. Ces fêtes durèrent trois jours. Le quatrième, les seigneurs suédois furent convoqués dans une grande salle du château. Là, ils eurent à se défendre des accusations portées contre eux par Gustave Trolle, à qui ce rôle avait été imposé, dit-on, par Christian. On leur posa cette question:
«N'y a-t-il pas hérésie à s'unir pour conspirer contre le saint Siège?» Ils répondirent affirmativement. On crut qu'il n'en fallait pas davantage pour le prononcé du jugement. L'exécution en fut remise au lendemain, 8 novembre.
Ce fut la saint Barthélémy de la Suède. Au nombre des victimes on compla Erik Johansson Wasa, père de Gustave I", Canut Kurk, Eskil Baner, Joachim Brahe , Matliias , évêque de Skara, et Vincent, évèque deYVesteros, etc. Le chevalier Nils Liscke harangua Je peuple; il l'exhorta à rester spectateur impassible de ce qui allait se passer. Gustave Trolle , disait-il, s'était jeté jusqu'à trois fois aux genoux du roi, le suppliant de punir les criminels. A ces mots, l'évoque Vincent de Skara éleva la voix, disant que tout ce qu'on venait d'entendre était mensonge. Le roi, selon lui, s'était rendu coupable de trahison envers les Suédois. Plusieurs autres victimes parlèrent dans le même sens, mais le bourreau leur imposa silence. Tous eurent la tète tranchée; on ne leur accorda pas même les consolations de la religion. Olaus Magnus, le dernier évêque catholique de Suède, raconte qu'il vit égorger 94 personnes. Treize étaient sénateurs et appartenaient aux premières familles du royaume. Les exécutions continuèrent le second et le troisième jour, une amnistie, publiquement annoncée, ayant attiré dans le piège de nouvelles victimes ; les cadavres restèrent trois jours sur la grande place, après quoi ils furent brûlés dans le faubourg du sud , sur l'emplacement où a été bâtie l'église de S ,l! -Catherine. Les restes de Sten Sture et ceux de son fils furent arrachés de leurs tombeaux et livrés aux flammes.
Christian fit appeler Christine Gyllensljerna ; elle parut vêtue de deuil. Il lui laissa le choix d'être brûlée , noyée ou enterrée vivante ; elle tomba évanouie à ses pieds. Les prières des personnes qui assistaient à ce déchirant spectacle , les gémissements de cette femme digne d'un meilleur sort, firent révoquer une décision aussi barbare. Mais celle qui lui avait donné le jour, et qui, par son premier mariage, était l'aïeule de Gustave Wasa, tut enfermée dans un sac pour être jetée à la mer. Cependant, sur les instances de quelques amis de Christian, ce monstre se contenta de les faire jeter, à Copenhague , dans une prison affreuse, appelée la tour bleue. Ce ne fut pas à Stockholm seulement que le tyran fit couler le sang le plus précieux de la Suède ; le glaive fut promené, par ses ordres, sur les rivages de la Finlande , et ces actes de cruauté imprimèrent l'épouvante sur toute la route qu'il parcourut en quittant Stockholm.
Avant de partir, le tyran publia un manifeste justificatif de sa conduite, accusant ses victimes d'hérésie et donnantpour prétexte, quel'excommunicalion du pape ne pouvait être rachetée que par le sang. Il confia le gouvernement du royaume, pendant son absence, àGustaveTrolle. Au milieu de ces fureurs sanguinaires , il est doux d'avoir à reposer la vue sur des traits qui honorent l'humanité. Le légat de l'empereur, Suckot, ne pouvant déterminer le roi à changer de résolution , le quitta incligné. OthonKrumpe,
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pour le même motif, renonça à ses fonctions.
Les nobles Danois eux-mêmes maudirent la trahison de leur roi, et Severin JNorrby prit sous sa protection ceux qui se réfugièrent dans ses domaines. Le nombre en était peu considérable, car la mort ou la terreur avait précipité la noblesse dans la tombe ou dans les montagnes inaccessibles du pays.