‹ L'histoire de Suède racontée à la jeunesse chrétienneChapitre 16 sur 36 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Famille Wasa.

GLSTAVE I.

Durant les sanglantes proscriptions de Christian , un jeune héros errait dans les forêts de la Dalécarlie, fuyant les bourreaux et se dérobant à l'œil de ses persécuteurs, tantôt sur une charrette chargée de paille, tantôt dans des piles de bois, un soir dans des caves, le lendemain dans des fossés. Conduit par une main providentielle, et doué d'une âme forte et généreuse , il rêvait dès \oy la délivrance de sa patrie , qu'il sauva eneffetauec l'aide de Dieu et des paysans suédois (*). Ce jeune homme était Gustave Eriksson Wasa.

Sa famille, durant les règnes précédents, avait été féconde en hommes distingués. Erik Kiellson Wasa commandait l'armée de la reine Marguerite à la bataille de Falkœping contre le roi Albrekt; Çhrister Nillson Wasa, l'ennemi de Charles Rnulsson , ses fils, Charles, Nils et Jean,

(*) Devise de Gustave I.

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el ses petits-fils, l'évêque Rettii et Erik Carlsson avaient tous rendu de grands services à leur patrie. Ily avait solidarité de dévouement entre tous les membres de cette famille. Tous se faisaient remarquer par leur haute stature, leur éloquence, leur courage, leur fierté, leur ambition, leur adresse et leur persévérance; ils furent exposés, tantôt à l'affection, tantôt à la haine, jamais à l'indifférence du peuple.

Gustave I e ' devait le jour à Jean Christersson \\ asa, deRydboholm, et à Cécile d'Eka.

Il était né le 12 mai 1£|96, dans l'ancien château de Linholmen , qui n'offre aujourd'hui qu'un amas de ruines , dans la paroisse d'Orkesta , en Lpland. A l'âge de six ans , il avait été envoyé à la cour de Sien Sture l'aîné , pour y être élevé. Ce fut là que le roi Jean , le voyant courir dans la salle, l'appela pour examiner son visage plein de grâce et d'expression. 11 le prit sur ses genoux , en disant : « \ ous serez un homme remarquable, si la mort ne vous enlève pas de celte terre.» Le monarque voulait l'emmener à Copenhague, mais Sien Sture s'y opposa, alléguant pour excuse son extrême jeunesse, puis il le renvoya à sa famille, qui habitait l'île d'Aland. Le jeune homme suivit les cours de l'école d'Lpsala. tn jour, un précepteur danois lui infligea une punition corporelle. Entre autres crimes, le pédagogue lui reprochait d'avoir dit : « Je me rendrai dans la Dalécarlie; je rassemblerai les paysans, et je

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tomberai sur les Danois. » Gustave se résigna au châtiment qui lui était infligé, mais, tirant son épée, il en perça Quinte-Curce, sortit de l'école en jurant, et n'y remit pas les pieds. Cent ans après, le peuple n'avait pas oublié les lieux qu'il avait visités de préférence à Lpsala avec ses amis , les chasses au loup auxquelles il avait pris part, ses parties de plaisirs et ses longues courses dans la campagne.

En 151Û, il était déjà à la cour du régent, StenSturele puîné. Les chroniques remarquent toutes qu'il abandonna de bonne heure ses éludes pour le métier des armes. » C'était un noble et intelligent jeune homme, disent-elles, que Dieu avait fait naître pour sauver la patrie. » Il gagna ses éperons dans la lutte engagée entre Sten Sture le puîné et Gustave Trolle, et se distingua entre ses compagnons d'armes par sa bravoure, son éloquence et la gaieté de son caractère. Il portait le grand étendard dans le combat de Brennkyrka, où les Danois furent forcés à la retraite, et figurait avec Hemming Gadd, dont l'expérience avait éclairé sa jeunesse, parmi les otages que Sien Sture donna à Christian lors de la visite que celui-ci devait faire aucamp suédois. Emmené en Danemarck, il fut confié à la garde d'un de ses parents, Erik Baner, qui habitait le château de Kallœ, dans le Juttland septentrional. Il y passa une année dans une captivité qui eût pu lui paraître supportable, si le sort qui menaçait sa patrie l'eût

laissé jouir de quelque repos, durant ses longues journées, etdes douceurs du sommeil, pendant ses nuits plus longues encore. Car il n'était bruit dans le pays que d'armements contre la Suède. Copenhague seremplissait de lansquenets français, anglais, écossais et allemands. Ces préparatifs alimentant sans relâche la conversation de tous ceux qui entouraient Gustave, il entendait, à la table de son hôte, de jeunes guerriers se flatter de battre bientôt les Suédois, et les voyait tirerausort, en plaisantant, les provinces de sa patrie. Un matin, de bonne heure, il s'échappe, déguisé en bouvier, suivant les uns, en pèlerin, suivant les autres, parcourt 12 milles le premier jour, et arrive heureusement, le 30 septembre 1519, àLubeck , où il reste huit mois ; là , il frémit en apprenant la mort de Sten Sture et l'assujettissement de sa patrie. ErikBaner ne tarda pas à venir réclamer son prisonnier auprès du sénat de Lubeck. Comme il reprochait à Gustave d'avoir violé sa parole, celui-ci lui répondit : «Il n'est pas un honnête homme qui puisse prouver que je suis prisonnier; j'ai été donné en otage avec d'autres seigneurs. Nous nous sommes rendus auprès du roi de Danemark sur son invitation , nous fiant à ses serments, aux lettres revêtues de son sceau et à la promesse que nous avions reçue que nous pourrions retourner sans obstacle et sans danger chez notre maître Sten. Faites paraître celui qui pourra prouver que j'ai été fait prisonnier

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sur un champ de bataille ou dans un combat, celui qui pourra dire par qui nous avons été attaqués et vaincus. Non, nous ne sommes point prisonniers; nous avons été lâchement trompés. Pourquoi retenir en prison celui qui n'a pas mérité d'y entrer, qui n'est enchaîné par aucune obligation, aucun droit, aucune loi?»

Cette défense cependant eût été inutile, si Nils Brœms, bourgmestre de Lubeck, n'eût couvert de sa protection le jeune Gustave, espérant tirer de lui de grands avantages contre Christian, dont la puissance commençait à inquiéter la ville libre. Il s'embarqua à Warnemunde, sur un vaisseau qui partait pour la Suède. 11 eût voulu se rendre directement à Stockholm, mais la Baltique était couverte de bâtiments danois, cl il fut obligé de débarquer furtivement au promontoire de Stensjœ, près de Ralmar (mai 1520), seul avec son courage et son épée et soutenu de l'espoir de sauver son pays. 11 se réfugia d'abord dans les montagnes du Smoland ; mais il vit que le peuple de ces contrées ne partageait pas son ardeur patriotique. Il fut même souvent poursuivi à coups de flèches. Déguisé, errant, presque toujours par des chemins isolés , on ignore où il passa une grande partie de l'été, car ce ne fut que vers la fin de septembre qu'il arriva sans argent et les vêtements en désordre, à la maison seigneuriale de Terna, en Sudermanie. Il y trouva son beau-frère, Joachim Brahe, qui venait d'être invité à assister au cou-

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ronnement. En vain il le conjura d'éviter le guet-à-pens tendu à la noblesse. Ils se séparèrent, l'un pour être décapité, l'autre pour arracher la couronne de la tête du tyran.

Durant son séjour à Refsnes, terre de son père, située non loin de Mariefred, il eut plusieurs entrevues avec l'ancien archevêque, Jacques Lll'sson, qui employa toutes les ressources de la persuasion pour l'engager à se soumettre au nouvel ordre de choses. Mais tout à coup arrive un vieux serviteur de Joachim Brahe, apportant l'affreuse nouvelle des exécutions de Stockholm, dont il a été témoin. Ses gestes et ses sanglots en disent plus que ses paroles.

Cette terrihle nouvelle ne tarde pas à se confirmer; Jacques Llfsson est atterré; Gustave se dispose à prendre la fuite; il n'est accompagné que d'un seul domestique, qui même l'abandonne à Kolsund, après l'avoir volé. Mais il poursuit seul sa route vers laDalécarlie, et arrive à la fin du mois, au Ropparberget (montagne de cuivre). Il est vêtu en pavean, et travaille comme manœuvre dans ces contrées , dont la population, se rappelant avec orgueil que Gustave Wasa a manié , au milieu d'elle , la hache et le - fléau, conserve religieusement le souvenir des dangers et des aventures du jeune héros. La grange où il a battu le grain est, de nos jours encore, regardée comme un monument national, ainsi que celle du village d'Isa! a. Lamaison d'Ornaes , où sa vie fut sauvée par la présence

d'esprit d'une femme; le point de la forêt de Marnes, où il se tint caché trois jours, sous un sapin renversé, et où les paysans lui apportaient des provisions; la place où il harangua les Dalécarliens à Moi a, tous ces lieux sont montrés avec vénération par les descendants de ceux qui partagèrent ses dangers et sa gloire. Rasmus Jute, Danois d'origine , jadis soldat de Sten Sture , fut le premier qui offrit ses services à Gustave.

Il harangua le peuple pour la première fois dans l'église de Rettwik, puis à Mora durant les fêtes de Noël. Les paysans de Rettwik lui témoignèrent un vif intérêt, mais ils ne voulurent rien entreprendre sans le consentement de leurs voisins. Il ne reçut aucune réponse favorable de la population de Mora, et, pendant les derniers jours de l'année 1520, il continua à fuir à travers les déserts qui séparent la Dalécarlie orientale , de l'occidentale.

Dans les premiers jours de l'année 1521, arrivèrent à Mora, Laurent Olofson, frère d'armes de Sten Sture le puiné, puis un noble, nommé Jon Michelsson. Ils peignaient la situation de Stockholm sous des couleurs si vives , que les paysans qui les écoutaient, ne pouvant retenir leurs larmes, murmuraient qu'ils avaient mal fait de ne pas écouter Gustave Eriksson.

Les Dalécarliens envoyèrent des patineurs à sa recherche. Ils le trouvèrent prêt à fuir sa patrie et à gagner la Norvège par les montagnes.

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De retour à Mora, il est proclamé chef des I)alécarliens. Il ne perd pas de temps : à la tète d'une centaine d'hommes il arrive à Kopparberg et s'empare des caisses du gouvernement et de toutes les marchandises danoises qu'il trouve dans les magasins. Ses premiers étendards sont faits avec des tissus de soie pris dans le butin. Bientôt il est à la tête de 1500 Dalécarliens.

Le principal moteur des cruautés exercées à Stockholm, Didrik Slaghoek, comme on l'appelle en Suède , avait été nommé par le roi gouverneur de la capitale ; il avait reçu en même temps l'évêché de Skara, devenu vacant dans ces sanglantes journées. Du sein de cette ville, il gouvernait le pays avec ceux des sénateurs que Ja hache avait épargnés ou qui n'avaient pas eu honte d'allier leurs noms à un nom aussi odieux. Cependant Gustave Trolle, Didrik Slaglioek, Jons Beldcnacke et Henri de Melen s'avancèrent avec 6000 fantassins et cavaliers vers la Dala. Ils assirent leur camp près du lac de Brunbeck. Pierre Suensson, qui commandait les Dalécarliens sur la rive opposée , fit un détour, passa le fleuve, attaqua le camp et mit l'ennemi en déroute. Après cette victoire, Gustave se prépara à marcher sur la capitale : il rassembla ses bandes à Hedemora. Les Dalécarliens manquaient d'armes à feu et n'avaient aucune idée de discipline militaire: leurs armes étaient la hache, la flèche, la pique et la fronde,

avec laquelle ils lançaient jusqu'à des morceaux de fer rouge. Gustave leur apprit à mieux fabriquer leurs flèches : il fit faire des javelots plus longs de trois à quatre pieds, afin de résister au choc de la cavalerie , fit battre monnaie, et vint enfin s'établir dans le Westmanland.

Partout, à sa voix, les paysans prenaient les armes. Les chroniques disent qu'il eut bientôt réuni de quinze à vingt mille combattants. Il divisa ses forces et assiégea les châteaux de Stegeborg, de Nykœping et d'QErebro. Le blocus de la capitale commença le jour de St.-Jean, 152i : il dura plus de deux ans, et présenta des difficultés dont on n'a gardé qu'un souvenir vague. La guerre de l'indépendance eut pour but principal les sièges de divers châteaux et places fortes, sièges conduits tant bien que mal par des paysans levés en masse. Gustave n'était pas tranquille au milieu de ces bandes disséminées en tant de camps et de districts. Il craignait toujours qu'elles ne fussent attaquées à l'improviste par leur faute ou leur négligence. Aussi ne séjournait-il pas longtemps dans un même lieu,, etvoyageail-il jouret nuitpour visiterses lignes. Les mesures que Christian avait prises pour étouffer la révolte, étaient si mal combinées, qu'au mois d'août, Gustave ne désespéra plus d'une heureuse issue. Il avait convoqué une diète à Wadstena ( 2^ août ).' On y vit accourir un grand nombre de députés du midi et des provinces du centre. La joie que causait la dé-

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livrance de la patrie était grande, la reconnaissance envers le libérateur, générale. Les paysans voulaient mettre la couronne sur la lète de Gustave; mais il leur fit cette sage réponse, qu'il ne fallait pas songer à Péleclion d'un roi, avant d'avoir affranchi le pays du tyran et des Danois. Ils persistèrent à le nommer régent.

Après celte diète, on remarque plus d'activité dans les affaires el plus de succès dans les entreprises. La qualité de régent élu donnait à Gustave plus d'autorité, et au peuple une plus grande confiance en lui, tandis que l'ennemi se décourageait de jour en jour. Elfsborg, Jonkœping, Nykœping et Œrebro se rendirent. Westeros tomba également entre les mains de Gustave, après des combats acharnés, de sorte qu'il ne resta plus de garnisons danoises en Suède, qu'à Stockholm et à Kalmar. Celles-ci se défendirent vaillamment. Au mois de mars 1522, Severin Norrby arriva avec sa flotte, apportant des vivres. Sa garnison fit des sorties heureuses; elle détruisit les camps suédois, et un grand nombre de paysans tombèrent sous ses coups.

Ce fut un bonheur pour la Suède, que Christian n'eût pas des forces suffisantes pour seconder de si vaillants efforts.

Quelques semaines après, Gustave assit de nouveaux camps, plus forts que les premiers.

Il prit en même temps à sa solde des mercenaires étrangers, habitués à faire la guerre. La faim commençait à se faire sentir à Stockholm. Gus-

lave comprit qu'il lui serait impossible fie s'emparer de cette capitale, tant que Norrby serait maître de la Baltique et pourrait faire venir par mer des approvisionnements. Il demanda à la ville de Lubeck quelques vaisseaux. Quinze bâtiments de haut bord bien armés lui arrivèrent sous les ordres de l'amiral Brun. Ils se réunirent à une petite flottille suédoise, que Gustave avait fait équiper, et que commandait Erik Fleming. Norrby apparut, dans l'automne, à l'embouchure du Melaren, avec cinq vaisseaux seulement. Les escadres combinées étaient donc supérieures à la sienne, et le vent, qui était contraire à Norrby, rendait sa fuite difficile. Les Suédois se réjouissaient d'avoir trouvé l'occasion d'écraser d'un seul coup ce redoutable adversaire; déjà leur flotte avait rais toutes ses voiles dehors; elle avançait suivie de celle de Lubeck; tout à coup l'on voit celle-ci jeter l'ancre. Il était dès lors évident que ces alliés voulaient traîner la guerre en longueur.

Pendant que ces événements se passaient, Christian vivait dans une étonnante insouciance sur tout ce qui regardait la Suède, y laissant des guerriers sans leur envoyer aucun secours. La première guerre avait déjà épuisé ses forces. Il avait à repousser les Lubeckois qui ravageaient les côtes de Seland et de la Scanie. Les sacrifices que nécessitait la défense du pays accrurent le mécontentement du peuple, et des bruits inquiétants armèrent la noblesse contre lui. Celle

du Jutland se rassembla à Wiborg, prononça sa déchéance, cl élut à sa place le prince Frédéric de Holstein, son oncle. Cette détermination inattendue lit perdre le courage et la présence d'esprit à Christian. Il vint à Copenhague, prier le peuple, les larmes aux veux, de ne pas l'abandonner. Il avoua ses crimes et promit de changer de conduite. Le peuple, peu habitué à \oir un monarque en larmes, se laissa toucher , et Seland et la Scanie lui renouvelèrent leurs serments de fidélité. Il n'en resta pas moins inaclif dans sa capitale. Les plus prudents n'avaient pas loi en ses promesses; les hommes sincères le haïssaient; ses courtisans l'abandonnèrent. Il ne lui restait aucun ami qui l'aidât de ses conseils, et la révolte apparaissait plus menaçante que jamais. Enfin il prit une résolution désespérée. 11 s'embarqua sur une flotte de 20 vaisseaux, avec sa femme et ses enfants, et demanda aux vents une sécurité qu'il eût mieux trouvée dans les armes, se montrant aussi lâche et aussi méprisable dans cet abandon de son pouvoir, qu'il avait été cruel en l'exerçant.

Après la fuite de Norrby, on poussa avec une nouvelle vigueur le siège de Stockholm. La garnison, instruite de la retraite de Christian, demanda à capituler (23 juin 1523 J, et le château de Kalmar se rendit à Arwid Westgothe.

Frédéric /", élu en Danemarck à la place de Christian II, écrivit aux états de Suède, pour

leur demander, aux termes du traité de l'union, d'être également reconnu roi dans ce pays. Les Suédois lui répondirent, qu'ils avaient choisi pour leur prince Gustave Eriksson. Cette élection avait eu lieu en effet à la diète de Strengnaes , le 7 juin 1523. L'union fut ainsi dissoute , après cent vingt-six ans de durée. La Finlande se soumit à Gustave avant la fin de l'année, et le royaume n'eut plus d'ennemis extérieurs, mais il lui en restait encore dans son sein, et il avait encore à tenir tête à la ville de Lubeck, alliée que ses prétentions rendaient plus inquiétante qu'un ennemi déclaré.

Les principes de la réforme commençaient à pénétrer dans le nord. Deux frères, Olaus et Laurentius Pétri , qui avaient étudié à W'ittenberg, de retour dans leur patrie, en 1512, y prêchèrent pour la première fois la nouvelle doctrine. Ils attirèrent sur eux l'attention de Gustave I", qui leur accorda sa protection.

A la diète de Strengnaes, le roi demanda que les prêtres, ainsi que les couvents et les églises les plus riches, contribuassent au payement des mercenaires. L'évêque de Linkœping, Brask, s'y opposa : « Dans tout autre cas, écrivit-il, je me ferai un devoir d'obéir au roi; mais je n'oserais toucher aux biens sacrés de l'église. » Il céda cependant aux menaces du prince. Le clergé suivit son exemple. Gustave avait nommé Canut archevêque, et Pierre Sunnanvaeder évêque de Wesleros. Ces prélats con-

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curent le téméraire projet de le précipiter du trône. Mais leur révolte fut étouffée. Us furent livrés par les Norvégiens et décapités à Stockholm. Le roi fit nommer, au siège archiépiscopal, Johannes Magnus, légat du pape, né Suédois. Celte conduite vigoureuse et hardie frappa le pays d'étonnement. Le clergé en gémit, mais il n'osa point élever la voix. Le vieux Brask, le plus rusé et en même temps le plus éclairé de tous les évoques , écrivit à Turc Jonsson Roos , qu'il préférerait mourir que de tomber dans la disgrâce du roi.

L'amiral de Christian , le célèbre Severin Norrby, possédait encore l'Ile de Goltland. De là, il s'élançait sur la Baltique, et inquiétait principalement le commerce des Lubeckois.

Ceux-ci dépêchèrent un envoyé à Gustave pour le prier de s'emparer de ce repaire de pirates. La ville lui proposait de le seconder clans cette expédition. Une armée de 8,000 hommes fut placée sous les ordres de Berendt von Melen, qui avait quitté le service de Christian pour celui de Gustave. Ce brave, né en Allemagne, soldat dès sa jeunesse, avait acquis une expérience consommée. Il était aussi prudent que valeureux, mais rempli d'orgueil et d'ambition. Lne étroite amitié le liait à Severin Norrby, sous lequel il avait servi. Depuis qu'il avait attaché sa fortune à celle de Gustave, il avait rempli différentes missions, et épousé Marguerite Wasa, parente du roi. On dit que, dans une

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affaire d'intérêt , le monarque s'était permis de traiter Marguerite avec hauteur. Blessée dans son amour-propre, elle fit partagersonressenlimenl à sonmari, qu'elle regardait, par sa parenté avec des maisons princières d'Allemagne, comme l'égal du jeune noble couronné. Tel était l'homme chargé de la conquête de G oltland. D'abord, il justifia la confiance que Gustave avait mise en lui. Le pays plat fut occupé ; W isby et son château assiégés, et Morrby repoussé enfin dans toutes les sorties qu'il tenta. Gelui-ci, ne voyant plus moyen de se défendre, se soumit au roi de Danemarck , et les Lubeckois, satisfaits de ce résultat, se retirèrent. Toutes les promesses faites par cette ville à Gustave furent oubliées. Norrby, ne voyant pas arriver le secours qu'il attendait du Danemarck, et n'étant pas rassuré sur la présence de l'armée suédoise, entra en négociations avec Melen. Les anciens souvenirs se réveillèrent. Norrby fil part àMelen de ses plans sur la Suède, et excita sa jalousie contre Gustave. Le siège fut donc ajourné jusqu'à ce que les deux rois du nord eussent eu à Malmo une entrevue, où il fut convenu que Goltland resterait aux Danois.

Berendt von Melen n'ignorait pas qu'il ne serait pas bien reçu du monarque. Il laissa la défense de son château de Kalmar à Henri Jute, et partit avec sa femme et ses enfants pour l'Allemagne, où il erra malheureux et méprisé.

Gustave s'empara du château, après avoir per-

du beaucoup de monde, lant la résistance avait été désespérée. Il convoqua à Westeros , pour le 16 juin ( 1527) , une diète qui devait devenir célèbre. Dès les premiers jours de la même année, il avait déjà annoncé qu'il voulait s'entendre avec le sénat et les hommes les plus instruits du royaume, pour mettre un terme aux dissensions qui avaient éclaté en matières religieuses. Depuis son avènement au trône , on avait tenu, une ou deux fois par an, des diètes et des assemblées de seigneurs; ces convocations étaient nécessaires dans la position où se trouvait le roi, à cause des plaintes nombreuses qui s'élevaient contre lui. A Westeros, l'assemblée fut nombreuse; il s'y trouva à évêques, 4 chanoines, 15 sénateurs, 129 nobles, 32 bourgeois, ll\ mineurs, et 105 paysans de toutes les provinces du .royaume. La noblesse avait reçu l'ordre de s'y rendre en armes : le roi comptait sur son appui pour le coup décisif qu'il se proposait de porter au clergé. On avait déjà remarqué avec étonnement, dans un banquel qu'il donnait aux états, que les évêques, qui, dans toutes les occasions, avaient jusqu'alors occupé les premières places, et qui même précédaient le régent, en cas de vacance du trône, étaient placés au-dessous du sénat. Les prélats se réunirent le jour suivant, portes closes, dans l'église de Sainte-zEgide ; là, encouragés par l'évêque Brask , ils signèrent une protestation contre tout acte attentatoire auxpri-

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viléges de l'église : l'écrit fut caclié sous le pavé, où il a élé retrouvé quinze ans après. Les états tinrent leurs séances clans la salle du couvent des dominicains. Le discours d'ouverture fut prononcé par le chancelier Laurentius Andréœ. Le roi demanda à la noblesse et aux évêques ce qu'ils avaient à répondre. Brask prit la parole au nom des évoques; il dit qu'il reconnaissait les devoirs qui le liaient ; que cependant, malgré sa position , il devait, avant tout , obéis r sance au pape , dans les affaires spirituelles , et qu'il ne pouvait, sans son consentement, approuver aucun changement fait à la religion , ni aucune diminution des propriétés et des privilèges de l'église ; que si quelques clercs et moines dépravés avaient cherché à fonder leurs revenus par des superstitions que les chefs de l'église désapprouvent, il fallait réprimer ces scandales et punir les coupables.

Le prince demanda au sénat et à la noblesse si la réponse leur paraissait satisfaisante. Thure JonssonRoos, le doyen du sénat, répliqua qu'il n'y avait rien de mieux à dire. « Alors, dit Gustave, il m'est impossible d'être plus longtemps votre roi. J'attendais de vous une autre réponse; je ne m'étonne plus que les paysans montrent tant de désobéissance et m'opposent tant d'entraves, quand ils ont de pareils conseillers. Ils ne reçoivent pas une goutte de pluie, un nuage n'obscurcit pas le soleil qu'ils ne m'en accusent : les temps sont-ils durs, la famine et la

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peste viennent-elles fondre sur eux, c'est encore moi qui en suis cause. Qui voudrait èlre roi à cetle condilion? Je vous prie donc de penser à me rembourser tout ce que j'ai dépensé pour vous, afin que je puisse fuir une patrie ingrate, que je ne reverrai jamais. .. En parlant ainsi, des larmes mouillèrent les yeux du roi ; il quitta la salle.

La consternation était à son comble; personne n'osait parler, encore moins ouvrir un conseil; Tbure Jonsson Tioos seul voulut faire preuve de courage ; il fit battre le tambour en retournant chez lui, et dit: «Personne celte année ne me fera payen , luthérien ni hérétique. « Mais le jour suivant, les nobles se montrant toujours irrésolus, les paysans commencèrent à s'impatienter. « Tout bien considéré , disaient-ils, Gustave ne nous a jamais fait de mal ; il faut que les nobles prennent une résolution ; autrement nous agirons nous-mêmes. » Les bourgeois tenaient le même langage : ceux de Slockbolm déclarèrent qu'ils garderaient au moins la capitale pour le roi. Magnus Sommar, évèque de Skara , dit enfin que les serviteurs de l'église ne voulaient pas sacrifier tout un royaume à leurs intérêts.

Le troisième jour, Thure Jonsson et ses partisans furent vaincus parle nombre ; les paysans et lesbourgeois crièrent avec véhémence qu'ilfallail aller chercher Gustave pour les châtier, s'ils ne se soumettaient pas. Trois fois de nouveaux mes-

sagers furent envoyés au roi : il se laissa fléchir, à la fin , par leurs larmes et leurs prières.

On consentit à tout ce qu'il demanda. Les lettres du sénat relatives aux résolutions prises clans la diète contiennent : 1° le droit abandonné au roi de s'emparer des châteaux et des places fortes des évêques , et de fixer leurs revenus, ainsi que ceux des cathédrales et des chanoines ; 2° le droit donné à la noblesse de reprendre les biens et les terres-qu'elle possédait, et qui -étaient passés , après la réforme de Charles Knutsson, aux églises et aux couvents, pourvu que l'héritier pût faire établir dans le ting son droit héréditaire par le serment de douze hommes. Un acte additionnel au décret de la diète , appelé Ordinantia de Westeros, prescrit la recherche des rentes des évêques , des chapitres et des chanoines. Aucune place , du haut ou bas clergé, ne peut être donnée sans l'autorisation du roi. Lorsqu'on fut d'accord sur ce point, Gustave s'adressa directement aux évêques, et leur demanda leurs châteaux. Tous déclarèrent qu'ils étaient prêts à les céder : mais lorsque Gustave se fut adressé à Brask, et l'eut invité à lui remettre celui de Munkeboda, l'évêque garda un profond silence, entrecoupé de gémissements. Thure Jonsson pria pour son vieil ami, et demanda comme une grâce, qu'on lui laissât son château pour le reste de ses jours; mais le roi fut inflexible. Huit sénateurs furent obligés de se porter garants de l'obéissance de

l'évêque. Brask étant parvenu , par sa soumission forcée , à se faire décharger du cautionnement qu'il avait été obligé de donner , allégua un voyage dans l'Ile de Gottland, et quitta le royaume pour n'y plus rentrer : il alla rejoindre à Danlzig l'archevêque Johannes Magnus, qui y vivait en exil. Plus tard, ce dernier se rendit en Italie, et le premier termina ses jours en Pologne, dans le couventde Landa. Ces deux prélats ne prirent aucune part aux révoltes et aux conspirations fréquentes qu'on trama contre Gustave. Mais Brask écrivit souvent à ses amis en Suède, de rester fermes dans la croyance de leurs ancêtres et fidèles à la foi catholique. Après avoir tout sacrifié pour elle, il mourut en 1538.

Déjà les Dalécarliens s'étaient une fois soulevés; un faux Sture les y entraîna une seconde fois. C'était un jeune paysan , qui avait beaucoup de ressemblance avec Nils Sture, fils aine de Sten Sture le puîné. Il essayait de déterminer un mouvement en faveur de cette famille opprimée par le roi. L'évêque Sunnanweder était l'àme de cette intrigue; le succès lui paraissait d'autant plus facile, que le jeune Sture venait de mourir. Il parcourut les paroisses où Gustave avait jadis harangué le peuple, se plaignant de la dureté du prince et des persécutions dont il l'accablait. Il vint ainsi à bout d'exciter leur commisération , et en reçut une garde, avec la promesse de faire pour lui tous

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les sacrifices possibles. Puis, traversant les inonlagnes, il se rendit à Trondheim, où il épousa une femme noble , et revint en Dalécarlie. Il y retrouva les mêmes sjmpalhies. Cependant Christine Gyllenstjerna écrivit aux Dalécarliens pour démasquer l'imposteur. Ces événements se passaient pendant la session de la diète de Westeros. Peu de temps après, Gustave se fit couronner (12 janvier 1528). La nouvelle doctrine avait semé l'inquiétude dans les esprits. Les anciens catholiques ne pouvaient voir avec indifférence Jes novateurs enfreindre les commandements de l'église, en mangeant delà viande le vendredi, les couvents devenir déserts et les prêtres contracter des mariages, lis ne pouvaient tolérer l'introduction de la langue nationale dans l'office divin. Il en résulta des collisions dans le Smoland et surtout dans la Dalécarlie , où le faux Slure , qui avait repassé les frontières, exaltait les paysans", bravait à leur tête les employés du gouvernement , et proférait des menaces contre le roi lui-même. Gustave jugea que la clémence n'aurait d'autre résultat que d'amener la révolte ouverte, et il prit le parti d'en finir avec les Dalécarliens. L'ordre leur fut donné de se rendre au ling de Tuna, où devait se trouver le monarque ; ils l'y trouvèrent en effet; mais ce fut à la tète de 14,000 hommes, qui les enveloppèrent. On s'empara des auteurs de la révolte, qui reçurent immédiatement leur châtiment, et l'on fil grâce aux autres.

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De toutes les révoltes qui eurent lieu sous le règne de Gustave, celle des seigneurs de Wesirogotbie fut la seule où la noblesse et le clergé se i émurent pour exaller les esprits. Le môme Tbure Jonsson Roos, qui avait défendu l'évêque Brask à la diète de Wesleros, ayant convoqué les Visigoths aux cbamps de Larf ( 17 avril 1529 J, les exborta à élire un autre roi. Magnus, évêque de Skara , leur annonça que le pape les déliait de leur serment; mais les paysans répondirent qu'un cbangement de maître portait rarement de bons fruits, et qu'il semblait plus sûr de rester fidèles au serment qu'ils avaient prêté au roi Gustave. Tbure Jonsson et l'évèque Magnus écbappèrcnt au châtiment par la fuite, et se réfugièrent en Danemarek. Mais leurs complices, Mons Brynlesson Liliehoek , jeune homme plein de qualités aimables et que les conjurés portaient au trône, Nils Olsson "Winge et Tbure Eriksson Bjelke furent reconnus coupables , condamnés à mort et exécutés, à l'exception du troisième, épargné par égard pour sa mère.

La dette de Lubeck n'était pas encore liquidée , quoique cette ville en eût réclamé plusieurs fois l'acquittement. A l'instar du Danemarek , il l'ut arrêté, dans une assemblée de seigneurs, convoqués au commencement de l'année 1530, qu'on demanderait à chaque église une cloche, dont la valeur serait employée à 3 extinction de la dette des Lubeckois. Les

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paroisses avaient la faculté de racheter leurs cloches à prix d'argent. Des envoyés spéciaux négocièrent dans les provinces avec les paysans. On exigea aussi des églises une année de leurs dîmes et l'argent dont elles pouvaient disposer. Ces mesures fournirent de quoi acquitter la dette ; mais elles furent la cause d'une nouvelle, révolte. Les Dalécarliens, deux fois soumis, n'en étaient que plus turbulents. Us se soulevèrent , reprirent, sous les yeux du roi, les cloches qu'ils avaient déjà livrées, et gardèrent le bac de Brunsheck , frontière de la Dalécarlie. Gustave essaya d'abord de dessiller les yeux du peuple ; mais ses paroles furent méprisées et ses messagers cbassés. Quand cette nouvelle parvint aux oreilles du roi, il dit que si le moment d'agir était venu pour les Dalécarliens, le sien ne tarderait pas. Il les laissa garder leur fleuve. Ceux-ci , ne voyant venir personne, se fatiguèrent et regagnèrent leurs foyers. Ils invoquèrent la médiation du sénat , livrèrent leurs clocbes et payèrent une amende de deux mille marcs. Gustave n'avait accédé à ces conditions que parce qu'il venait d'apprendre l'invasion de la Norvège par Christian-le-Tyran. Il se réservait de les punir plus tard. Après avoir passé la revue de ses troupes à Westeros (1533), il entra en Dalécarlie , et fil arrêter les chefs delà révolte, qui furent condamnés à mort, quoique plusieurs d'entre eux eussent contribué à mettre la couronne siu sa tète. I\i l'as-

sistance qu'ils lui avaient prêtée aux jours du danger , ni la fidélité qu'ils lui avaient longtemps gardée ne purent adoucir ce rigoureux arrêt. Cette sévérité porta ses fruits; aucun murmure ne se fit plus entendre dans les montagnes de la Dalécarlie. L'histoire a cependant le droit de la lui reprocher; car rien ne peut justifier la violation d'une promesse et l'oubli d'un service reçu.

Depuis longtemps, les états avaient cherché à insinuer à Gustave qu'il devait faire choix d'une épouse ; il jeta les yeux sur Catherine , de Saxe-Lauenbourg. Cette princesse, d'un caractère capricieux et d'une humeur morose, n'était pas faite pour captiver l'amour de Gustave. La froideur et la mésintelligence régnèrent bientôt entre les deux époux. De ce mariage naquit Erik XIV. Après la mort de Catherine, le roi se remaria avec Marguerite Leyonhufvud. Cette union fut plus heureuse. Gustave profita souvent des conseils de sa femme , qui tempérait ses emportements par une extrême douceur, et dont la tendresse savait intercepter les nouvelles qui pouvaient l'irriter. Souvent les paysans durent à ses prières un acte de clémence. Une foule de familles la vénéraient comme une bienfaitrice, tout le pays comme une mère, Gustave comme son ange tutélaire. Ellemourul enl551, et un an après , le roi épousa Catherine Stenbock, qui lui survécut.

Les révoltes des Dalécarliens avaient fréquem-

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incnt occupé ce monarque ; mais celle des Smolandais, commandés par NilsDacke, eut un caractère plus alarmant. Elle menaça même quelques instants le trône. Après la guerre qui ensanglanta leDanemarck, avant que Christian III eût ceint la couronne, la Suède jouit d'une tranquillité parfaite , du moins en apparence. II existait bien encore du mécontentement, mais il avait moins pour objet la religion que lesprévôts du roi et les nobles. Ces deux classes s'appliquaient toujours à tourmenter les paysans et à les maltraiter. Le roi, lorsqu'il en était instruit , adressait dos reproches sévères aux nobles et infligeait des punitions aux prévôts. Mais un seul homme ne peut suffire à tout. Dans une assemblée de seigneurs, tenue à GErebro, en 15/40 , la Suède fut déclarée royaume héréditaire. Le droit que s'étaient arrogé les nobles, de prononcer seuls dans une affaire de celte importance, parut aux bourgeois et aux paysans une atteinte à leurs droits. Plusieurs ordonnances d'administration les avaient indisposés. On avait limité la liberté de leur commerce, ce qui les irritait au dernier point, habitués qu'ils étaient à n'avoir pour règle que leur volonté. Toutes les provinces partageaient leur mécontentement. Le Smoland principalement couvait la flamme d'une sanglante rébellion. Là, comme enDalécarlie, les habitants, séparés par des lacs, des forêts et des montagnes, avaient conservé leur vieille indépen-

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dance, qui dégénérait souvent en licence. Le villageois, dans l'isolement de son hameau, ne reconnaissait point de maître; ses fds , du matin au soir, erraient armés dans les bois. La chasse et les combats formaient leur unique occupation, et souvent leur seul plaisir. L'n de leurs jeux consistait à se lier deux à deux par une ceinture, en tenant un couteau. « A quelle profondeur peux-tu sentir le froid du fer ? » se demandaient-ils. Et chacun avant indiqué un point sur la lame de son adversaire, ils se l'enfonçaient mutuellement dans la poitrine. La ceinture leur enlevait tout moyen de fuite. Ce jeu barbare ne cessait que quand l'un des deux s'avouait vaincu , mais il lui en coûtait souvent la vie. Les femmes, quand elles se rendaient à un repas, se munissaient de linge, dans l'incertitude où elles étaient, si leurs maris reviendraient vivants. Tel était le caractère des Smolandais à l'époque de l'insurrection de Dacke. Pendant la guerre qui ravagea le Danemarck, les Smolandais secoururent de tout leur pouvoir les paysans Scaniens révoltés. Celte conduite et le meurtre de plusieurs prévôts du roi excitèrent le ressentiment de Gustave. Il envoya, en 1537, une armée dans cette province , et les paysans se soumirent et payèrent des contributions.

Eltes étaient si fortes et l'on mit lant de rigueur à les percevoir, que beaucoup de paysans se virent ruines. Ils se formèrent alors en bandes, infestant les forêts des frontières du Bleking et

du Smoland. Un de leurs chefs, Jon Andersson, se rendit en Allemagne, en 1538, et lit des traités avec Berndt von Melen et d'autres ennemis de Gustave. !>iils Dacke, d'une riche famille de paysans, avait perdu son hameau dans un procès. Il tua le prévôt dans un transport de colère, et fut condamné à une amende. Tout ce qu'il possédait fui vendu , et le produit ne suffit pas pour l'acquitter. Ilfutdonc condamné à la prison pour le reste de ses jours. Parvenu à s'évader , il gagna les épaisses forêts qui servaient de retraite aux hrigands. Deux ans après, il était leur chef et organisait la révolte, stimulant, par la peinture de la tyrannie des nohles et des prévois, la haine de ses bandes redoutables. Il offrit la couronne, tantôt à Svanle Sture, tantôt à Frédéric de Danemarck , négocia avec l'empereur et entretint une correspondance avec le prince Albrekt de Mecklenbourg. Gustave avait envoyé contre eux plusieurs détachements, qui s'étaient vus repoussés ou désarmés. Le corps principal, sous les ordres de Lars Siggeson, entra dans le Smoland ; mais peu s'en fallut qu'on l'empêchât d'en sortir. Le roi arriva enfin en Ostrogothie, où il trouva le peuple dans la plus grande fermentation et prêt à se soulever. Le Dalsland et la forêt de Tiweden étaient infestés de brigands. Quelques mouvements se manifestaient en Sudermanie, et les Dalécarliens prenaient les armes. Gustave, regardant ces symptômes comme le prélude d'une conflagra-

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tion générale , commença à désespérer de conserver le diadème. Décidé à fuir la Suède avec sa femme et ses enfants, il réunit tout ce qu'il avait de plus précieux, et donna l'ordre à ses troupes d'évacuer le Smoland afin de protéger son départ. Cependant, la noblesse, lorsqu'elle fut instruite de cette résolution , le pria de rester.lui promettant fidélité et secours. D'un autre côté, 2,000 Dalécarliens arrivèrent, non pour le combattre, mais pour le soutenir. Ce changement ranima le courage de Gustave, qui résolut de tenter encore la fortune. Des renforts lui vinrent de lous côlés, et il se réconcilia a\ec les Russes. La reine Marguerite parvint à calmer l'irritation des Sudermaniens, dont elle était aimée. Lars Siggeson Spam: en vint aux mains avec les paysans duSmo'and ; mais, après les avoir battus dans plusieurs rencontres , il l'ut contraint, à l'approche de limer, de se retirer dans la Yestrogolhie. La position de Dacke n'était pas moins pénible. Privé des secours qu'il attendait d'Allemagne, repoussé dans une invasion qu'il avait tentée en Oslrogotlne, et dans un coup de main contre Kahnar, il fit des ouvertures à Gustave, sans renoncer aux négociations qu'il avait entamées. On arma île nouveau, durant l'hiver de 1543, et, au printemps, les soldais de Gustave entrèrent dans la province révoltée. Il avait jusqu'alors recommandé d'épargner les paysans; cette fois, les ordres étaient plus sévères. Les deux armées

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se rencontrèrent dans une épaisse forêt, près du lac d'Asunden. Dacke fut blessé et 500 hommes des siens couvrirent le champ de bataille. Les paysans demandèrent grâce; la paix leur fut accordée, à condition qu'ils aideraient à saisir Dacke et les chefs de la révolte. Dacke fut atteint d'une flèche et sa tête clouée à un poteau sur la place de Kalmar. Ce fut la dernière insurrection que le roi eut à étouffer. Les paysans commencèrent à le regarder comme invincible, et il obtint, pur la terreur, l'obéissance que l'amour et la reconnaissance lui avaient refusée.

Les dernières années de ce règne mémorable

ne furent troublées que par la crainte d'une

guerre avec le Danemarck , et par l'invasion des

Russes en Finlande, invasion qui nécessita la

présence du vieux monarque dans ces contrées

éloignées. Il réussit à faire une nouvelle paix

avec ces formidables adversaires. Les différends

avec le Danemarck venaient de ce que le roi

de ce pays avait pris dans ses armoiries les trois

couronnes qui appartenaient à la Suède. Le

démêlé ne fut pas terminé du vivant de Gustave,

qui mourut le 29 septembre 1560. Il laissait

quatre fils , dont trois montèrent sur le trône.

Ce prince était d'une taille au-dessus de la

moyenne. Il avait les cheveux blonds , la barbe

touffue et longue, la bouche bien faite, les

lèvres vermeilles, les joues colorées. Ses mains

étaient délicates , ses bras musculeux, ses pieds

petits. Sa mémoire était prodigieuse ; il lui suffisait d'entendre un morceau une ou deux fois pour le retenir. Dieu l'avait doué d'une grande habileté, d'une intelligence supérieure et de plusieurs qualités précieuses; il était digne de porter la couronne. Brave dans la guerre , juste et éclairé dans le conseil, bon et clément dans presque toutes les occasions : tel est le portrait que nous en a laissé son neveu, Pierre Brahe.

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