‹ L'histoire de Suède racontée à la jeunesse chrétienneChapitre 18 sur 36 · III · texte numérisé non relu

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186 msTOir.Ë

cul lieu à l'psala, le 29 juin 1561 , avec une magnificence inconnue jusqu'alors en Suède.

Erik créa les dignités de comte et de baron; Svante Slure, Pierre Brahe et Gustave Johansson Roos furent investis de la première ; neuf seigneurs, parmi lesquels on remarquait Sten Eriksson Leyonhufwud , furent revêtus de la seconde.

A la même époque, laLivonie, occupée par les chevaliers de l'ordre Teutonique, rechercha l'appui d'Erik contre le tzar Ivan, qui l'avait envahie à la tête d'une formidable armée. Mais le roi refusa de s'engager dans une lutte qui pouvait déterminer une guerre avec la Russie. La ville de Revel secoua la domination de l'ordre pour se soumettre à Erik , qui n'hésita pas à accepter l'offre des habitants, et leur envoya des troupes, sous le commandement de Clas ChristerssonHorn. Cette occupation amena une collision avec la Pologne, à laquelle le grand maître de l'ordre s'était adressé; mais elle fonda la puissance de la Suède au delà de la Baltique.

Erik , après le refus de la reine Elisabeth , offrit successivement sa main à Marie Stuart , à Renée de Lorraine, à Christine de Hesse.

Sur ces entrefaites , Jean épousait Catherine, princesse Polonaise. Celte union eut lieu contre l'avis de son frère , et au moment où la guerre entre la Suède et la Pologne était imminente. Il en résulta entre les deux frères un grand re-

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l'roidissomenl d'abord, puis une guerre ouverte, déterminée par l'imprudence de Jean , qui \ après avoir menacé Erik , arma et fortifia ses châteaux. Des troupes furent envoyées en Finlande ; Abo, assiégé, se rendit après s'être vaillamment défendu ; le duc et son épouse furent pris et transférés à Gripsholm, en Suède. On voit encore la chambre où ils restèrent enfermés quatre ans. Les frères, les sœurs et tous les parents du prince, supplièrent Erik d'épargner au moins la vie de son frère. Le roi rejeta ces prières. Cependant sa conscience se révoltait aux conseils de son favori , Goran Pehrsson. Charles de Mornay, Français au service d'Erik, lui représenta que la mort du duc lui attirerait l'inimitié de toute sa famille, et serait une tache pour sa gloire. Il céda à ces considérations, mais il prononça la réclusion perpétuelle de Jean, qui toutefois fut traité avec égard, ainsi que son épouse.

Cependant les négociations avec la princesse de liesse touchaient à leur terme. L'amiral Jacques Bagge fui envoyé à Lubeck avec une flotte, pour recevoir la fiancée. Il rencontra, àBornholm, la flotte danoise, qui l'attaqua, quoique la guerre n'eût pas été déclarée. Vainqueur dans ce combat inattendu , il fit prisonnier l'amiral danois et 600 hommes de sa flotte. La guerre recommençait entre les royaumes du nord. L'usurpation des armes de Suède par le Dancmarck en lut la première cause. Les hosli-

litéssur terre eurent des chances diverses, et se bornèrent au ravage des provinces. De sanglants combats eurent lieu sur mer; Jacques Bagge et ClasHorn y firent des prodiges de valeur. Le prince Charles, depuis Charles IX, se distingua au siège et à la prise de Warberg ; mais les Suédois furent battus par Daniel Rantzov, à la bataille de Svartera.

Erik avait, dans Goran Pehrsson , un conseiller à qui il faut attribuer plusieurs bonnes institutions , mais aussi la malheureuse fin de ce prince. Ambitieux et avare, il haïssait la noblesse, qui avait le pouvoir et les richesses ; cette haine le rendit cher au roi. Il s'agissait d'abord d'abaisser l'autorité des ducs; ce fut son but dans la convention d'Arboga et dans l'institution des dignités de comte et de baron. Il fallait ensuite abattre la noblesse. Le roi donna sa confiance et les principales places aux roturiers.

Les nobles, furieux, se retirèrent. Ils donnaient entre eux à Erik le nom de roi des paysans. Sa passion pour Catherine Monsdotter, et l'union qui en fut la suite contribuèrent aussi à affaiblir son autorité. Cette femme ëlait de basse extraction : elle devait le jour à un ex-sous-officier de la garde du roi. Sa beauté attira l'attention d'Erik , qui la plaça à la cour de sa sœur , la princesse Elisabeth, pour y faire son éducation. Lorsqu'elle lui eut donné un fils, le prince Gustave, Erik résolut de lui faire partager son trône, et cet événement eut lieu le/j juillet 1568.

Le père d'Erik craignait la maison des Sture, mais détail Irop prudentpotir le laisser soupçonner; son fils ne fut pas aussi sage. Nous sommes arrivés à l'époque où va éclater la persécution qui menaçait depuis longtemps cette maison , la première du royaume , après celle du roi. Son chef, le vieux Svanle Sture, avait perdu, en 1564, le gouvernement de Livonie. De ses cinq fds , Charles et Mauritz étaient encore dans l'enlance et devaient survivre aux malheurs de leur famille; Erik, qui avait servi le duc Jean, fut blessé dans la guerre avec le Danemarck; Sien lut tué dans le glorieux combat soutenu contre la flotte danoise, Je 7 juillet 1565; Nils, l'aîné, d'abord favori du roi , fut plus tard exposé à ses ressentiments. Des chimères astrologiques y contribuèrent; Erik crut lire dans les astres qu'un homme à cheveux blonds lui ravirait la couronne; ce signalement se rapportait également au duc Jean et à Nils Sture. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'après l'arrestalion du premier, le second devint l'objet des soupçons du roi. A l'issue de la bataille de Svartera', Sture lut chargé d'un de ces ordres sanguinaires dont Erik était si prodigue. Ses instructions portaient qu'il valait mieux massacrer tous les cavaliers allemands, qui devaient répondre de leur conduite dans le combat, que de les laisser fuir. Sture ne remplit pas ces ordres. Il fut accusé par Coran Perhsson de négligence et condamné à mort. On lui fit remise de la peine capitale ,

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mais on le soumit à une entrée honteuse clans Stockholm. Il fut jeté sur une rosse et promené, une couronne de paille goudronnée sur la tète, clans toutes les rues de la capitale ; un hérault criait : « Voici un traître à la patrie. » Les soldats exprimèrent hautement leur mécontentement: Sture, disaient-ils, s'étailconduit en brave Suédois en face de l'ennemi. Dans un accès de frayeur, le roi lui accorda sa grâce, défendit, sous peine de mort, d'en parler davantage, et le fil sortir en hâte du pays, en l'envoyant demander la main de la princesse Renée de Lorraine. On entrait dans l'année 1567 : ce fut la plus malheureuse du règne d'Erik, comme il le note lui-même dans son journal. Ce qu'il y a d'incontestable, c'est que le roi croyait alors à une grande conspiration ourdie contre lui par la famille des Sture, appuyée de ses puissantes alliances. Erik et son favori s'occupaient secrètement à rassembler les preuves de l'existence de ce complot, qu'on devait annoncer aux étals, convoqués à Stockholm pour le 1 er mai. Il était nécessaire d'y appeler la noblesse; les seigneurs dont la vie était en question furent gracieusement invités à se rendre en personne à Svarlsjo , où résidait le monarque. La plupart n'hésitèrent pas à obéir. On y vit arriver d'abord Erik Sture, puis Abraham Gustal'sson Stenbock , Sien Axelsson baner, Sien Erikson Leyonhul'vud, el enfin le vieux Svante Sture. Ils furent arrêtés. Le roi fit publier qu'il trans-

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portait le siège de la diète à Lpsala, et ajournait la convocation au 18 mai. Tous les prisonniers y furent conduits. Le roi s'y rendit lui-même. Tout le monde l'évitait. Il devait ouvrir les étais le second jour de la Pentecôte , 19 mai. Ayant bu la veille outre mesure, il ne put retrouver le discours qu'il avait préparé pour la circonstance, et fut sensiblement contrarié d'être contraint de parler d'inspiration. Il s'étendit surtout sur la trahison de ïNils Sture ot de ses complices. Ce discours ne produisit pas un grand effet. Des murmures se firent entendre. Le tumulte s'accrut au point que le roi lut obligé de lever précipitamment la séance. Sa terreur augmenta lorsque Mis Sture arriva le 21 mai , rapportant de Lorraine le consentement de la princesse avec son anneau et son portrait. L'ambassadeur fut jeté en prison.

Le 2/i mai au soir, après s'être promené avec PclrusCaroli, Ordinarius (évêque) de Kalmar, il rentra très-agité dans ses appartements. On lui avait dit que le duc s'était échappé et avait levé l'étendard de la révolte. A cette nouvelle, il court, un poignard nu à la main , à la prison de Nils Sture, et le blesse au bras. L'assassinat est consommé par un tiaban. Celle scène d'horreur était à peine achevée, que la prison du malheureux père s'ouvrit. 11 vit le roi tomber à ses genoux, en criant : a Pour l'amour de Dieu ! pardonnez-moi tout Je mal que je vous ai fait! — Tout, répondit le vieil-

Jard ; mais si mon fils court ou a couru quelque danger, vous m'en répondrez devant Dieu. — Alors, reprit le roi, vous ne me le pardonneriez jamais! il faut que vous subissiez le même sort. » Furieux il s'élança sur le chemin qui mène à Stockholm , suivi de quelques trabans. II en revint un, portant l'ordre démettre à mort tous les prisonniers enfermés au château , à l'exception de Sien. L'ambiguïté de cet ordre sauva la vie à Sten Leyonhufvud et à Sten Baner. Les autres, Svante Sturc, son second lils Erik , Abraham Slenbock et Ivard Ivarsson furent impitoyablement massacres.

Erik s'était réfugié dans l'épaisseur des forêts. Dionysius Beurreus, le premier qui courut le rejoindre, fut percé d'un coup d'épée par un de ses trabans. Le roi se sépara bientôt de ces hommes, et erra dans les bois, on ne sait où. Le troisième jour après l'assassinat, il arrive, déguisé en paysan, à un villoge où il est reconnu. Il s'écrie qu'il n'est plus roi, qu'il a, comme Néron, tué son précepteur et que

Mils Sture est régent.

ne veut manger ni

dormir, que Catherine Monsdotter, qu'il aime tendrement, ne l'y ait engagé. Tout ce qui venait d'arriver était un fort accès de démence, qui , après les premiers actes de violence, dura plusieurs mois , mais avec un caractère moins grave.

Leduc Charles accompagna, le 1*2 août 1567, le roi, de Stockholm à Svartsiœ, où il séjourna

toute l'année. Il était chargé de traiter avec Jean de son élargissement. Les deux frères se rencontrèrent à Wendtholmen le 8 octobre.

Erik, ayant recouvré peu à peu sa raison, pouvait se livrer aux soins du gouvernement ; aussi lorsque les Danois, ayant traversé le Smoland, eurent porté leurs armes en Ostrogothie, prit-il lui-même le commandement des troupes. Il semblait vouloir revenir à son ancien caractère. Il rendit sa confiance à Pehrsson , qu'il avait abandonné à la vengeance publique , et qui était sur le point d'être condamné. Cependant, il approchait de plus en plus de sa chute. Les mêmes ténèbres qui couvrent le crime des Sture enveloppent la révolte des ducs Charles et Jean contre Erik. Celui-ci avait ajouté de nouveaux motifs de mécontentement à ceux qui existaient déjà depuis longtemps contre lui.

Cette disposition hostile des esprits prenait un caractère grave, quoiqu'il n'y eût encore ni plan arrêté, ni chefs reconnus : les Sture étaient morts, le duc Charles trop jeune, les autres sans autorité. Ce fut sur ces entrefaites que le duc Jean fut rendu à la liberté; les mécontents s'adressèrent à lui, mais il n'osa rien entreprendre. Cependant Erik nourrissait contre lui des soupçons, et il lui dépêcha Pontus de la Gardie, Français d'origine, fait prisonnier à Warberg. Il était entré au service du roi et avait mérité sa faveur par son habileté et son courage. Ce fut en vain que G oran Pehrsson et Herman Fleming con-

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seillèrent au monarque de ne se pas fier à cet étranger.

Lorsqu'il arriva chez le duc, rien n'était encore décidé ; d'un coup d'œil , la Gardie embrassa l'avenir. Il prévit la chute d'Erik, et fut le premier à oser proposer sa déchéance. Son plan fut accepté et on lui en confia l'exécution. Les princes, après les noces d'Erik, auxquelles ils n'avaient pas assisté, se rendirent à Wadstena , dont Charles prit le château. 300 mercenaires allemands furent les premiers qui mirent leurs armes au service de l'insurrection.

La première nouvelle dû soulèvement des ducs fit sur le roi une impression si profonde, qu'il voulut se donner la mort en s'ouvrant les veines. Il pensa ensuite à entrer en arrangement avec ses frères, puis à appeler le duc Charles en combat singulier, et finit par se mettre à la tète des troupes qui lui étaient restées fidèles. Il combattit dans ces dernières affaires avec un courage désespéré. Après avoir essuyé une défaite à Botkyrka, les ducs changèrent de route et prirent celle de Vesteros et d'Upsala, pour marcher sur la capitale. La reine douairière et les princesses royales cherchèrent un asile dansleur camp. Ivar Monsson Stjernros, que le roi avait envoyé comme général en Finlande , se déclara pour ses frères. Le 47 septembre, Charles et Jean campèrent en face de Stockholm, dans la plaine deRorsland. Lorsque

Erik et Goran Pelirsson aperçurent, du haut du château , leurs étendards : « Seigneur , dit le dernier, si vous eussiez suivi mes conseils, eu faisant décapiter le duc suivant la teneur du jugement, cette révolte n'aurait pas eu lieu. » Ce conseiller, oh jet de la haine générale, se vit arrêté par les gens du roi eux-mêmes, et livré aux ducs. Il fut mis à la question le 28 septembre , et endura le genre de mort le plus cruel sans proférer une seule plainte. Le jour suivant, les troupes du duc, qui avaient des intelligences secrètes avec la bourgeoisie et la garnison, entrèrent dans la ville. Erik parut bientôt sur les murs du château et se rendit à Charles.

Le procès fut fait au malheureux roi par les états assemblés, en 1569. Darçs sa défense, qu'il présenta lui-même, il s'emporta en reproches contre la noblesse. Jean l'ayant interrompu, en lui disant qu'il n'avait pas sa raison : « Elle ne m'a abandonné qu'une fois, répliqua le roi, c'est le jour où je vous ai rendu la liberté. » Sa déchéance fut prononcée par les états : ses enfants se virent exclus de sa succession, à cause de leur origine ignoble et illégitime : lui-même fut condamné à une réclusion perpétuelle, avec jouissance toutefois d'un revenu princier. Mais Jean donna un libre cours à sa haine contre son frère, qu'il appela son ennemi mortel. Il est vrai qu'on épargna encore quelque temps la vie d'Erik; mais il subit les tortures de la plus dure captivité et les

mauvais traitements de ses gardiens. «Dieu sait, dit Erik dans une lettre à Jean, l'inhumanité qu'on a mise à me faire souffrir la faim, le froid, l'obscurité, les coups de bâton et d'épée. Je me soumets à l'exil : le monde est assez grand pour que la haine de mes frères s'affaiblisse par l'intervalle qui nous séparera. »

Leschâteauxd'Abo,deCastelholmen,deGrips-

holm de Vesteros et d'Orbyhus reçurent successivement le prisonnier royal, qui mourut, le 26 février 1577, dans cette dernière forteresse. Le poison lui avait été administré par son frère dans une purée de pois. 11 avait eu de sa femme deux enfants, le prince Gustave, mort en Russie, en 1607, et la princesse Sigrid, qui fut mariée àTott, au petit-fils duquel Christine voulut conférer la dignité de duc.

Famille de Wasa.

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