‹ L'histoire de Suède racontée à la jeunesse chrétienneChapitre 19 sur 36 · I^E ROI JEAN · texte numérisé non relu

I^E ROI JEAN

Jean était né en 1537; c'était le fils de prédilection de Gustave I". Après la déchéance d'Erik, il se fit couronner à Upsala, avec son épouse Catherine, le 10 juillet 1569. La guerre était allumée avec le Danemarck lors de son avènement Des négociations avaient déjà été entamées; il préféra tenter le sort des armes. Pendant que ses troupes ravageaient la Scanie , il perdit Warberg, où périt le plus célèbre des généraux danois , Daniel Rantzow. Comme celte campagne avait été insignifiante, et que Jean prévoyait une guerre avec la Russie , il signa la paix de Steltin (13 décembre 1570) , par laquelle la Suède faisait l'abandon de l'Ile de Gottland et des provinces du Jutland et du Herjedal.

Le czar de Russie, Ivan, ne tarda pas à entrer dans l'Estland, où il essaya de s'emparer de

'il

Revel , la seule ville forte que les Suédois possédassent dans ces contrées. Elle fut deux fois assiégée et deux fois sauvée par le brave Henri Clas Horn. Les Russes se retirèrent après avoir essuyé des pertes considérables. Deux grands capitaines, Horn et Pontus de la Gardie, firent changer la face des affaires. Narva fut pris d'assaut, et l'Ingrie avec ses forteresses, Rexholrn et toute la province du même nom conquises.

Pendant ces luttes extérieures , l'intérieur éprouvait de violentes secousses. La réforme qu'avait introduite Gustave I er avait pris racine dans le pays. Mais l'ancien culte y laissait des coutumes encore vivaces et de nombreux partisans. Les troubles qu'avait fait naître le règne désastreux d'Erik n'étaient pas sans influence sur l'étatde la religion. Jean , marié à une princesse catholique qu'il aimait, avait manifesté du penchantpour la foi qu'elle professait, et il paraît qu'il n'attendait, pour se déclarer ouvertement, que la mort du vieil archevêque Olaus Pétri , dont il redoutait l'opposition ; en attendant il se préparait à sa conversion, et il appelait au siège archiépiscopal Laurcntius Gothus, gendre de Laurentius Pétri, et à celui deVesteros, son prédicateur Erasme Nicolaî. Mais, avant de prononcer leur confirmation , il exigea d'eux l'adhésion à certains articles qui préparaient un changement plus complet. Il était en même temps arrivé en Suède un jésuite nor-

végien , du nom deLaurentius Pétri, plus connu sous celui de Klosterlasse. Ce fut lui qui, conjointement avec Herbest , prédicateur de la reine, etFecht, secrétaire du roi, rédigea le nouveau règlement de l'église, le missel, qu'ils appelèrent la lithurgie, et que le peuple nomma Le Livre rouge. Il fut généralement adopté , excepté dans le duché, où Charles en interdit l'usage. Ce premier pas fait, Jean crut pouvoir agir avec moins de contrainte. Des couvents furent fondés et peuplés. Cependant plus les desseins du roi se dessinaient clairement, plus ils rencontraient d'opposition dans le peuple, dans le duc Charles et dans plusieurs professeurs de l'université d'Lpsala. Abraham Angermannus se distingua surtout dans celte lutte; il irrita tellement la colère de Jean , que la protection du duc ne suffit pas pour le mettre à l'abri de sa vengeance , et qu'il fut forcé de se réfugier à l'étranger. Le 16 mai 1578, Jean fit abjuration de son hérésie devant Possevin. Cependant son ardeur se refroidit, lorsque le pape eut refusé d'accepter des propositions qu'il lui avait faites. D'autres causes vinrent se joindre à celle-ci : son épouse Catherine mourut en 1583, laissant un souvenir cher au peuple, et forçant l'adversaire le plus prononcé du catholicisme, Charles lui-même, à estimer ses vertus chrétiennes. Le sénat et le duc lui opposaient une résistance opiniâtre; plus tard, il prit luimême en haine Possevin. Enfin , le mariapr

qu'il contracla avec Gunnila Bjelke, jeune fille de seize ans, ancienne dame d'honneur de Catherine, acheva de le décourager. Séparé des catholiques , il chercha à se rattacher au culte grec; ce plan ayant échoué, il revint à sa première idée de faire passer sa lithurgie pour le culle chrétien primitif.

Jean avait eu un fils de sa première épouse, c'était Sigismond , prince royal de Suède. L'inlluence de sa lante , la reine Anne, le fit appeler au trône de Pologne (1587). Il partit pour son nouveau royaume. Le père et le fils, ne pouvant rester longtemps éloignés l'un de l'autre, projetèrent une entrevue à Revel. Ce fut là que s'éleva une discussion entre Jean et quelques sénateurs, contre lesquels il renouvela publiquement ses accusations, à ladièle de 1590. Ce procès attrista ses dernières années , et ne lui rendit pas l'amour de la noblesse, ni celui du peuple. Des malheurs, des chagrins de toute espèce l'assaillirent. Ses querelles avec la noblesse et le clergé durèrent jusqu'à sa mort. Une révolte militaire en Livonie et le mécontentement produit par la continuation de la guerre avec la Russie firent éclater de nouvelles plaintes ; Jean , brouillé avec les grands , resta , pour ainsi dire, seul au milieu d'un peuple malheureux par sa faute. Il lui était souvent impossible de réunir autour de lui plus de deux ou trois sénateurs. Le seul qui possédât sa confiance était • Clas Fleming, outre quelques personnes de

basse extraction , qui ne se distinguaient que parleur ardeur à accaparer les biens elles terres des sénateurs persécutés. Cet entourage n'était pas propre à dissiper les soucis qui obscurcirent les derniers jours de Jean. L'ombre d'Erik paraissait le poursuivre sans cesse ; ses forces s'épuisèrent, et, le d7 novembre 1592, il expira. Un seul fils était né de son second mariage, c'était le prince Jean d'Oslrogolbie.

Jean III réunit dans son extérieur la bonté , la grâce, la majesté; de même que le prince Magnus, celui des fils de Gustave dont la stature était la plus élevée, il avait au delà de six pieds ; le visage ovale, bien fait, offrant tous les traits de sa mère ; ses cbeveux étaient d'un blond clair, son front haut, ses yeux bleus et grands ; sur ses sourcils arqués on voyait, pour ainsi dire, errer tous les signes d'une sombre distraction. Dans ses derniers temps, il portait, comme son père , la barbe longue , mais elle était rouge, etlui descendait jusqu'àlaceinture. Il avait le caractère soucieux, aimailla solitude, et se livrait à la lecture et à la méditation. Dès ses jeunes années , son père était obligé de l'exciter à se distraire. Ces dispositions se développèrent dans sa longue captivité et par une constante assiduité à l'étude. Il faut joindre à cela l'esprit soupçonneux dont il avait bérité de son père , ses démêlés avec le duc, avec la noblesse, avec le clergé, et une conscience bourrelée de remords excités par le meurtre de son frère..

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Dans les dernières années , il ne pouvait ni se supporter, ni supporter les autres.

Ainsi que son frère aîné , ce prince était savant. Il possédait parfaitement les langues latine , polonaise , allemande , italienne et anglaise ; il entendait le grec et le français. Erik s'était adonné à l'étude des mathématiques, Jean à celle de la théologie : tous les systèmes religieux , tous les livres qui s'y rapportent, lui étaient familiers. Cette érudition l'empêcha malheureusement de s'attacher à aucun; toute sa vie flotta au milieu de croyances diverses. Il était né dans la religion luthérienne ; en Angleterre, il prit du goût pour la réforme ; puis sa première femme le convertit au catholicisme, qu'il professa pour le quitter un an après, en cherchant à le concilier avec l'église grecque. Après des tentatives infructueuses, ilrcvint, sur son lit de mort, aux doctrines dans lesquelles il avait été élevé. C'était à lui que Gustave I er écrivait, d'une main que l'approche de la mort rendait tremblante, ces mots qui sont passés en proverbe : « Il vaut mieux ne dire qu'un mot et tenir à son opinion, que de parler cent fois. »

La prédilection dont il était l'objet de la part de son père, et le caractère bizarre d'Erik, tournèrent de bonne heure l'ambition de Jean vers la couronne , et on peut croire qu'Erik ne serait pas monté sur le trône, si Jean n'avait pas soutenu ses intérêts auprès de son père. Le dépit, qu'il ressentait de ce que la diète d'Arboga

avait mis des bornes à son autorité ducale, avait fini par l'exaspérer au point qu'il avait le dessein de rendre la Finlande indépendante , avec le secours de la Pologne ; du moins sa conduite permet-elle de le présumer. Par bonheur pour la Suède , ce projet échoua. Mais la démence d'Erik et son gouvernement pervers éveillèrent de nouveau l'ambition de Jean, qui, ne pouvant la maîtriser, porta les derniers coups au trône déjà chancelant de son frère. Les traitements indignes qu'il fit subir à Erik et à ses partisans, le meurtre d'Erik lui-même, crime pour lequel l'histoire n'a point trouvé de justification , sont des taches ineffaçables , imprimées au nom de Jean ; elles prouvent qu'il était susceptible d'une haine aussi basse qu'implacable. Mais ce ne sont pas les seules preuves par lesquelles l'histoire cherche à fixer l'opinion sur son compte : sa modération, vantée souvent, mérite plutôt le nom de faiblesse; cependant, dans certaines circonstances, il montra de la magnanimité. Après la déposition d'Erik, plusieurs sénateurs étaient d'avisdeproscrire son image , de peur qu'elle ne fît naître des pensées de rébellion. Jean répondit en riant : <> Cet Erik, qui est suspendu contre les murs ne m'y attachera pas. » Un ministre étranger lui demandait un jour où étaient ses meilleures citadelles : « Dans les bras de mon peuple , « répondit-il.

Jean avait hérité du goût de son père pour la

musique : les beaux chanls de l'église catholique contribuèrent surtout à sa conversion. On chantait ou l'on jouait de quelque instrument pendant qu'il prenait ses repas. 11 affectionnait surtout l'architecture : le château de Borkholm, ainsi que les églises de Riddarholm, de Sainte- Claire, et celles de Saint-Jacques et de Sainte- Marie , à Stockholm , furent commencées par lui; il fit réparer les châteaux d'Upsala et de Stockholm.

Un esprit soupçonneux et irrésolu, un mélange singulier de dureté et de faiblesse formaient le fond de son caractère. Il joignait à ces défauts cet emportement héréditaire dans la famille de Wasa. Dans les premières années de son règne , Jean se laissa conduire par les conseils de sa femme Catherine, etceux du prudent Pontus de la Gardie ; plus tard , il s'abandonna à l'impulsion que lui imprimèrent des courtisans vils et avides. « Entourez - vous , disait-il, d'hommes capables et sans reproches, on croira que vous possédez des qualités qu'on reconnaîtra dans vos conseillers. » Ainsi parlait Gustave à ses fds; telle était aussi la règle de sa conduite, et sa cour donnait au pays l'exemple d'une haute moralité et d'une piété qui attiraient sur le roi le respect de ses sujets. Erik et Jean , dans ce cas comme dans beaucoup d'autres, formèrent un grand contraste avec leur père.

DE SliiiDE.

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