‹ L'histoire de Suède racontée à la jeunesse chrétienneChapitre 21 sur 36 · CHARLES IX · texte numérisé non relu

CHARLES IX

A la diète de Linkœping, on avait déjà offert la couronne au duc Charles, qui l'avait refusée. Mais il avait continué à régner sous le titre de régent, avec toute l'autorité d'un roi. Ses premiers soins se portèrent sur la Livonie. Il y envoya une armée de 30,000 hommes , commandés par ses meilleurs généraux. Les Polonais , qui ne s'attendaient pas à cette visite , furent contraints de vider le pays. « Ce n'est pas assez, lui écrivait Sigismond, de m'avoir arraché mon royaume héréditaire , il vous faut donc encore mon royaume d'élection ? » Deux campagnes lui suffirent pour devenir maître de la Livonie , jusqu'à la Duna. Avant de retourner en Suède, il mit des garnisons dans toutes les places fortes, qui eurent à se défendre , lorsque Sigismond arriva avec toute son armée, commandée par le -célèbre Zamoiski. Le siège le plus remarquable fut celui deWenden, où commandaient

Jacques de la Gardie et Gyllenhjelm , fils illégitime de Charles. Après une défense héroïque, les assiégés se rendirent aux Polonais. Les deux armées se livrèrent encore plusieurs hatailles sanglantes , dont la plus importante fut celle de Kerkholm (1605). Charles y essuya une défaite complète, et eût été pris infaillihlement, sans la fidélité d'un nohle Livonien, Wrede, qui le sauva. Cette perte était immense. Anders Lennartson, de la fami'Ie de Torstensson, un des généraux de l'armée, et le duc de Luncbourg, périrent avec 9,000 hommes.

Au bruit de ces sinistres nouvelles, la diète se réunit en 1602, à Stockholm , et en 1604, à Norrkœping. Là Charles fut proclamé roi, sur le refus du duc Jean, fils puîné du roi Jean, à qui l'on avait offert la couronne. La cérémonie du sacre eut .lieu à Stockholm, en 1607.

Charles parcourut ensuite les provinces du royaume. Son règne fut de courte durée. Il ne se signala que par les ennemis qu'il eut à combattre , et par les désastres qu'il essuya. Cette couronne, qu'il avait tant convoitée, il la devait, non à la noblesse, dont il avait sacrifié les plus puissants membres, et qui le détestait, mais auxpaysans. Sa position vis-à-vis du clergé n'était pas moins délicate. Cet ordre, sur lequel il exerça néanmoins une grande influence, le soupçonnait d'avoir embrassé les doctrines de la réforme de Zwingle; il en résulta à plusieurs reprises des scènes scandaleuses. Le règne de

Jean et les troubles qui avaient suivi sa mort n'avaient point permis qu'on exerçât le moindre contrôle sur les fonctionnaires. Charles travailla activement à réformer les abus. Ce fut lui qui institua les cinq grandes fonctions de Drots (garde des sceaux), de Marsk (connétable), d'Amiral du royaume , chargé de tout ce qui appartient à la marine , de Chancelier du royaume et de Grand Trésorier.

Le commerce et les villes lui durent beaucoup. Il n'était encore que duc, lorsqu'il fonda celles de Carlstad , de Marieslad, de Mariefred et de Philipslad ; plus tard, il bâtit celles de Wasa , d'Uleo , 'd'Umeo, de Torneo, de Cajaneborg et de Fahlun.

La' noblesse salua Charles IX de l'épithète de roi des paysans, dont elle avait gratifié Erik XIV, mais cette fois ce fut avec plus de raison , car c'étaient les paysans qui avaient élevé Charles au trône , et qui l'y maintenaient. Aussi les ménageait-il, tandis que les autres étals étaient souvent en butte à ses emportements.

Les paysans étaient moins sensibles à ses grossièretés, qu'ils regardaient comme une preuve de la loyauté de son caractère. Comme Gustave Wasa, Charles s'entretenait souvent avec eux de leurs affaires. Le pays, sous son règne, vit croître sa prospérité. Ce fut son activité qui éleva les mines du Wermland à l'état florissant où nous les voyons aujourd'hui; aussi les Finnois ne l'appellent-ils que le Grand-Charles.

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Outre la guerre avec la Pologne, Charles en eul une à soulenir contre la Russie, suite des discordes civiles qui divisaient l'empire , et une troisième, sur la fin de son règne, contre Christian IV, roi deDanernarck. Celle de Russie était conduite par deux grands généraux, Jacques de laGardie et Evcrt Ilorn. Le premier, réuni àWasily Schuisky, porta ses armes jusqu'à Moscou, et, après une révolte de ses mercenaires, opéra une retraite qui l'honore autant que la plus belle victoire. Il s'empara de Nowogorod, et prépara l'élection, comme grand duc, de Charles Philippe , second fils de Charles IX. Le roi était à son lit de mort, lorsqu'il reçut celte nouvelle.

La guerre avecleDanemarck étaitlaplusdangereuse, parce que l'ennemi pouvait pénétrer jusqu'au cœur du royaume. Kalmar, qui en était la clé , capitula par la trahison de Christer Some , qui ternit ainsi la gloire dont il s'était couvert jusqu'alors. Charles se rendit lui-même sur les lieux, après avoir laissé le commandement d'une partie de l'armée à son jeune fils Gustave-Adolphe. Il avait déjà été atteint, le jour de la Saint-Jean 1609, d'une attaque d'apoplexie; il en ressentit une plus violente, qui lui paralysa la langue, au moment où éclatait la guerre avec le Danemarck. Il puisait toute sa consolation dans les espérances que lui donnait son fils , dont il suivait le développement avec une admiration toute paternelle : Illc fu- HIST. 1)E sulde. 10

ciet, il le fera un jour, disait-il. A la fin de la campagne de Danemarck , il sentit augmenter sa faiblesse, et se fit transporter sur un vaisseau àNykœping, où il expira, le 30 octobre 1611.

Charles IX avait la taille haute , le front développé , les yeux bleus , mais dont la beauté était afitérrée par un caractère trop prononcé de rigueur. Son corps était endurci à toutes les fatigues. Dans les combats, il portait le courage jusqu'à la témérité, et il était toujours là où le danger paraissait le plus imminent. Joignant à une intelligence supérieure une activité infatigable, il ressemblait, sous ce rapport, à son père, et son ardeur étonne l'imagination, quand on considère les soins qu'il apporta à la prospérité de son pays, au milieu des guerres, des révoltes et des intrigues dont il fut accablé. Son plus grand défaut était un emportement qu'il ne pouvait maîtriser.

Il eut de sa première femme , Marie , princesse du Palatinat, des filles, parmi lesquelles on remarque Catherine, tige de la maison de Deux-Ponts; et de sa seconde, Christine, princesse de Holstein, Gustave-Adolphe et Charles- Philippe. Il eut en outre deux fils illégitimes, Gyllenhjelm et Jean Skylte, qui tous deux ont immortalisé leurs noms dans les annales de leur patrie.

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