‹ L'histoire de Suède racontée à la jeunesse chrétienneChapitre 24 sur 36 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Famiile de Wasa.

CIIR1STISE.

Christine était née le S décembre 1626. Gustave-Adolphe, en quittant la Suède, la confia aux soins de sa sœur, la princesse Christine, mariée au comte Palatin, Jean-Casimir de Deux- Ponls. Gustave avait rédigé une constitution, qui fut acceptée après sa mort (1634). Ses dernières dispositions remettaient, à l'exclusion de la reine, le gouvernement et la tutelle aux cinq grands dignitaires de l'état. Axel Oxcnst- ]erna était l'âme de cette régence; il resta jusqu'à 1636 en Allemagne, pour consolider l'œuvre de son royal ami. Là, il eut à lutter contre une multitude d'obstacles, que lui suscitait l'ambition des généraux, dont la plupart étaient étrangers. Il en résulta dans les armées des mutineries qu'il fut difficile de réprimer. La division qui éclata entre Gustave Horn et Bernard de Weimar fut cause d'une

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grande déroute essuyée à Nordlingen (163ftJ.

Peu s'en fallut que la perte de cette bataille n'entraînât celle de toute la fortune des Suédois, et il ne fallait pas moins qu'une activité aussi puissante que celle d'Oxensljerna et une habileté comme celle de Jean Baner, pour résister à la tournure que prenaient les événements , surtout après la défection des électeurs deBrandenbourg et de Saxe. Oxenstjerna se rendit en personne en France, où il eut une entrevue avec Richelieu. L'armistice de Stumsdorf avec la Pologne , renouvelé pour vingt-six ans , et la perte de toutes ses possessions dans la Prusse, permettaient à la Suède de s'occuper exclusivement des affaires d'Allemagne. La bataille et la victoire de Wiltstock ( 24 septembre 1636) effacèrent le désastre de Nordlingen et ouvrirent la Saxe aux armées suédoises.

Baner s'empara d'Erfurt et deTorgau et bloqua Leipzig, mais il fut obligé de lever le siège, parce que toutes les armées impériales s'avançaient pour l'écraser. Toutefois, depuis février jusqu'à juin 1637, quatre mois entiers , il se maintint dans son camp retranché de Torgau , malgré les continuelles attaques d'un ennemi qui lui était bien supérieur en forces. Il fit courir le bruit qu'il voulait aller au secours d'Erfurt, mais le 19 juin il passa l'Elbe, et trois jours après l'Oder. Il avait le dessein de traverser le Warta,àLandsberg, lorsque, au lieude trouver les troupes du maréchal HermanWrangel, qu'il

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attendait, il se vit tout à fait enveloppé par l'armée ennemie. Gallas, qui l'avait tenu serré sur les bords de l'Elbe, a\ait appris son départ douze heures après qu'il eut levé le camp , et l'avait devancé en passant l'Oder à Kustrin ; enfin, sous les murs de Landsberg, il s'était réuni au général Maracini , également envové dans cette direction. Dans cette situation critique, Baner parvient encore à éviter l'ennemi, qui , trompé par un mouvement simulé , fait diligence pour lui fermer l'entrée de la Pologne , tandis que Baner se porte rapidement sur l'Oder, et fait sa jonction avec Lrangel à Schwcdt. Ainsi il conserva toute la Poméranic antérieure (Hinter-Pommern), pendant que tout le Vor- Pommern, à l'exception de Gripswald, de Slralsund et d'Anklam, tombait entre les mains de l'ennemi. Mais l'année suivante apporta d'honorables compensations à ces pertes. Gallas, en 1658, conduisit une armée de la Poméranic sur le Hawel et l'Elbe. Il rétablit ses quartiers dans la Silésie et dans la Bohême, pendant que Baner , qui avait reçu de Suède des troupes fraîches et passé en revue, à Stetlin, au mois de juin, une armée montant à 30,000 hommes, marchait sur ses traces. Nous le voyons de nouveau en Saxe , en 1639, mettre en déroute une armée saxonne et impériale (à Chemnitz, le Ix avril) et envahir la Bohême; Baner, qui avait espéré rencontrer le duc de "Weimar sur les bords du Danube et se réunir à lui, fut, à la

nouvelle de sa mort , obligé de songer lui-même à la retraite.

Au mois de mai 16ZiO s'offre à nous, pour la première fois, une armée française réunie, à Erfurt, à une armée suédoise. Mais Piccolomini , qui commandait les impériaux , ne se laissa pas entraîner hors de son camp fortifié de Saalfeld ; ces alliés se dispersèrent, et l'année s'écoula sans résultats. Mais au mois de décembre, au milieu de la neige et du froid, tandis que l'ennemi reposait avec sûreté dans ses quartiers d'hiver, Baner, réuni à Guébriant, lève son camp, traverse la Thuringe, la Franconie et le haut Palatinat, et se présente tout à coup, au mois de janvier 16^1, devant Ratisbonne, où le nouvel empereur, Ferdinand III, présidait une diète d'électeurs et de députés de l'empire. Déjà la cavalerie de Baner a passé le Danube sur la glace, déjà il a commencé à bombarder la ville, lorsque le dégel fond tout à coup les glaces du fleuve. L'ennemi se fortifia, le plan fut manqué et le général suédois se trouva dans une situation plus critique. Il n'y avait à cette époque que les troupes suédoises qui fussent habituées à faire des campagnes d'hiver : Guébriant s'éloigna, et Baner se vit au moment d'être enveloppé par les ennemis auprès de Cham. Une avance d'une demi-heure, à travers les défilés étroits de Pressnits, dans les forêts de la Bohême, l'empêcha d'être coupé par Piccolomini. Les impériaux le poursuivirent

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onze jours sans relâche. Baner arriva à Zwickau, où Guébriant se joignit à lui de nouveau ; puis, toujours harcelé, il gagna Halle , Mersebourg et Halberstadt. Baner.danscette retraite, étaitpresque mourant : il se faisait à la fin porter sur un brancard : il expira à Halberstadt, en 1641, dans sa quarante-cinquième année. Baner s'est peint lui-même dans ses campagnes ; le vin et les femmes étaient les deux côtés faibles du héros.

Torstenson succédait à Baner dans le commandement de l'armée. Ce frère d'armes de Baner, son égal en génie, l'emportait sur lux en énergie ; arrivé dans le camp suédois, il punit l'insubordination qui éclate parmi les officiers, et se porte sur la Silésie, où il se réunit à Stalhandske devant Sorau. Cette jonction porta ses forces à 20,000 hommes. Le 1\\ avril 1642 , il emporta d'assaut Gross, Glogau et d'autres places fortes voisines, et menaça Schweidnitz ; il devança le duc de Lauenbourg, qui volait à la défense de cette place, le battit complètement et le fit même prisonnier. Le vainqueur poursuivit les impériaux dans la Moravie, s'empara d'Olmutz et jeta ses avant-postes jusqu'aux portes de Vienne. Alors il fallut penser à la retraite, ce qui ne l'empêcha pas, le 23 octobre, de remporter, sur l'archiduc Léopold et Piccolomini, une grande victoire à Leipzig. Après cette bataille, Torstenson se dirigea à travers la Bohème, dans le cœur de l'Autriche , envoyant un de ses

partisans menacer l'empereur jusque dans sa capitale. Celte campagne fut interrompue par un événement imprévu. Il reçut des dépêches du gouvernement suédois , lui annonçant que la guerre était déclarée au Danemarck , et lui enjoignant de se porter sur le Holstein. Il fit immédiatement ses préparatifs en conséquence, et ses moyens répondaient à la hardiesse du plan qu'il avait conçu. Il s'avança dans la Silésie, proposa un armistice et parvint à endormir Gallas. A Hawelberg, le 6 décembre, il convoque ses officiers pour leur communiquer ses ordres et leur annoncer de bons quartiers. L'armée continue joyeusement sa marche et inonde bientôt le Holstein et le Julland.

A la même époque, le maréchal Gustave Horn entra en Scanie et s'empara de toute la province, à l'exception de Malmoe et de Christianstad. La guerre maritime n'était pas moins sanglante. Au mois de juin (16fri) , la flotte suédoise, forte de 1x0 vaisseaux, parut dans la Baltique. Elle était commandée par le sénateur et amiral Clas Fleming, qui, le 29 juin, s'empara de l'île de Femern. Christian IV, malgré ses 70 ans, ne tarda pas à le venir joindre : il fut blessé près du mât de son vaisseau, dans le combat qui eut lieu entre les deux flottes, le 6 juillet. On s'attribua de part et d'autre la victoire : elle eût été décidée en faveur des Suédois si l'amiral Ulfsparre eût fait son devoir. L'amiral Clas Fleming étant retourné dans le

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golfe de Christianspris , fut atteint le 26 juillet, par un boulet parti d'une batterie danoise, et laissa, en mourant, le commandement à Charles- Gustave Wrangel, qui devait recueillir sur mer une nouvelle moisson de gloire. Il rallia l'escadre de Louis de Geer à Kalmar. Ces deux flottes réunies, fortes de 42 vaisseaux, rencontrèrent celle des Danois, qui n'en comptait que 17, entre les îles Laland et Femern, et remportèrent une victoire si complète, que 10 vaisseaux furent pris, 2 brûlés et 3 jetés à la côte : 2 seulement échappèrent au désastre.

La campagne suivante sur mer n'offrit rien de remarquable , si ce n'est la prise de l'île de Bornholm. La paix avec le Danemarck fut signée à Brœmsebro , sur les frontières du Bleking et du Smoland, le 13 août 1645. Le Danemarck céda à la Suède les provinces du Jemtland et du Herjedal, ainsi que les îles de Gotlland et d'QEsel et le Halland pour trente ans; on lui accorda en outre une francbise entière sur le Sund et sur le Belt.

Après avoir dispersé et détruit l'armée impériale de Gallas, envoyée pour l'envelopper, Torstenson envabit la Bobême, au commencement de 1645. Le 24 février, il remporta la grande victoire de Jankowilz, où le marécbal Hatsfeld tomba dans les mains des Suédois.

Vienne tremblait devant leurs armes. Cependant cette tentative échoua comme toutes les autres, par défaut d'ensemble dans les opérations.

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Torstcnson termina ses exploits par la prise de Leulmerilz en Bohème. Là, la goutte dont il était atteint remonta à la lête et à la poitrine , et force lui fut de déposer le commandement, quoique Charles-Gustave Wrangel, son successeur, ne fût pas arrivé. Les campagnes de 16^6 et 1(3^7 ne présentent rien de remarquable :

les Suédois, réunis aux Français, conservèrent la supériorité de leurs armes, mais les désastres de ces années de guerre comblèrent la mesure des malheurs de l'Allemagne. La prise à l'improviste d'uneparlic de Prague, nommée la Petite Ville , par Kœlnigsmark est le seul fait d'armes (31 juillet) de la campagne de 16^8 qui offre quelque chose d'intéressant : ce fut aussi le dernier acte de la guerre de 30 ans. La paix deWestphalie fut signée le 28 octobre à Osnabruck et àMunster. La Su klc reçut la Poméranie, plus tard appelée Suédoise, l'île de Rugen, une partie de la Poméranie antérieure jusqu'à l'Oder, y compris Stettin et Garlz, les. Iles de Wollin et Ufedom, et les trois embouchures de l'Oder, Wismar, Brème et Verden , tout cela comme fiefs de l'empire.

Dès le mois de mai 16£j2, la reine Christine avait commencé à assister aux délibérations du sénat. Elle fut déclarée majeure le jour anniversaire de sa dix-huitième année. Les états,, convoqués pour le 8 octobre Î664, se portèrent à sa rencontre à Stockholm. Ses tuteurs lui rendirent compte de leur administration. Ella approuva tout.

La jeunesse de la reine avait ses dangers; bientôt on la vit mépriser les conseils du sage Oxenstjerna. On peut fixer à la paix de Danemarck l'époque de l'affaiblissement du crédit de ceminislre, et l'entrée on faveur de Magnus- Gabriel de la Gardie, le noble le plus beau et le plus brillant de la cour. Christine avait fourni plus d'un motif de mécontentement à l'ami de son père, à son fidèle tuteur, pendant les négociations de la paix de Westphalie , où elle avait agi au gré de son caprice, ou d'après les instigations des personnes qui jouissaient, pour le moment, de sa confiance. Le peuple et le sénat désiraient qu'elle se choisît un époux, pour assurer l'hérédité de la couronne; elle s'y refusa constamment, et parvint à faire nommer prince héréditaire son cousin , Charles-Gustave. Depuis longtemps déjà, elle avait résolu de déposer sa couronne. Une vie indépendante sous le beau ciel de l'Italie , voilà le vœu qu'elle formait. Elle songea à le réaliser dès qu'elle crut son rôle politique achevé. Ses favoris, après de laGardie, étaient un Français, nommé Bourdelot, et Pimentelli , ministre d'Espagne. Ces liaisons indisposèrent contre elle tous les esprits. Le mécontentement se traduisit par une conspiration, qui ne vint pas à terme, mais qui coûta néanmoins la vie aux Messenius , père et fils. La grande guerre à laquelle la Suède prit la part la plus glorieuse souleva tant de difficultés intérieures , que Christine en aban

donna la solution à d'autres mains. Ces difficultés ne naissaient pas autant de l'état du pays en général , que de la position particulière de la reine. Des divisions avaient éclaté entre les états et au sein de la noblesse; on avait tant prodigué les dotations, que les revenus de l'état devenaient chaque jour insuffisants. Et l'on était cependant dans la nécessité d'entretenir des forces disproportionnées avec les ressources du pays.

Le 11 février 1654, la reine convoqua le sénat à Upsala , et lui communiqua sa résolution, irrévocablement arrêtée , de disposer de sa couronne en faveur du prince héréditaire. Le 6 juin , elle fit sa renonciation. On lui fixa un apanage de 2^0,000 thalers par an.

Christine disparut ainsi comme un météore de l'horizon politique de la Suède. Axel Oxenstjerna dcscenditbientôt dans la tombe, en murmurant : « Et c'est cependant la fille du grand Gustave-Adolphe! » Ce qu'on apprit d'elle plus tard, sa conversion, d'abord secrète, puis publique, à la foi catholique, acheva de la rendre étrangère à sa patrie. Elle la visita cependant en 1660 et 1667 , y renouvelant ses prétentions et son abdication. Il serait aussi impossible que futile d'expliquer les motifs de la conduite de Christine. Les savants de l'Europe continuèrent seuls à se reconnaître volontairement pour ses sujets. Elle mourut a Rome , en 1689.

A l'âge de 18 ans, Christine lisait Polybe et

Thucydide dans leur langue; elle écrivait et jiarlait le latin, l'allemand et le français. Elle lit preuve d'une grande intelligence dans le sénat et dans l'administration, exerçant sur tout ce qui l'entourait une influence marquée, quoiqu'elle semblât plutôt oublier sa dignité que la faire sentir. Clianut, ministre français, nous a tracé d'elle ce portrait: «Elleparait presque toujours pensive ; mais quelque changement que son âme subisse, elle conserve toujours quelque chose d'agréable et d'inspiré. Sa voix est douce comme celle d'une jeune fille , quelquefois cependant elle prend un degré de force supérieure à celle de son sexe. Sa taille est au-dessous de la moyenne. Son âme s'ouvre avec passion aux grandes vertus et elle aime la gloire par-dessus tout. Elle a une faculté admirable pour tout saisir, et une mémoire qui la sert si fidèlement, qu'on peut dire qu'elle en abuse. Elle aime à s'entourer d'hommes savants, qui s'entretiennent avec elle, pendant ses heures de loisir, de tout ce qu'il y a de remarquable dans le domaine des sciences. Elle est libérale au delà de ses ressources : elle est avare de son temps, et ne dort que cinq heures. Ses cheveux, flottant négligemment, donnent un certain charme à son visage, qu'elle expose aux rayons du soleil, à la pluie et aux vents. Sans doute, elle pousse trop loin ce laisser-aller, mais, à ses yeux, rien n'a de prix quel'amour delà vertu et delagloire.ctc'est par un mérite personnel ethors de ligne, qu'elle

veut immortaliser son nom. Elle veut devoir plus à elle-même qu'à la bravoure de ses sujets. »

DE SDJbDE.

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