CHARLES X GUSTAVE
Charles X Gustave était fils de Jean Casimir, comte palatin de Kleebourg, et de Catherine, fille de Charles IX et sœur de Gustave-Adolphe. Leur fils étant né le k novembre 1622, au château de Nykœping, il passa ses premières années avec ses parents à Skenes et à Stegeborg, et termina ses études sous les plus habiles maîtres , à Cpsala. En 1638 , il fit un voyage en France parle Danemarck et la Hollande, et rentra dans sa patrie en 16^2. Charles-Gustave avait accompagné Torstenson, qui remplaça Baner en Allemagne; ce fut sous ce grand maître qu'il fit ses premières armes; il assistait à la bataille de Jankowitz. A son retour, la reine l'employa comme généralissime; mais la paix qui survint ne lui permit pas de donner l'essor à son ambition guerrière; il resta cependant deux ans dans l'empire, pour régler les intérêts de l'armée, composée en grande partie d'étran-
gerset pourvoir au licenciement. Nommé prince héréditaire , il vivait loin de Stockholm et des intrigues de la cour, dans une ile de la Baltique, au château de Borgholm, dont OEland a conservé de si helles ruines, lorsque Christine l'envoya chercher pour lui donner non sa main , mais sa couronne. Il la reçut d'elle , le 6 juin
Charles consacra les premiers jours de son règne à parcourir les provinces du royaume et à chercher une épouse qui assurât l'hérédité du pouvoir dans sa famille. Son choix se fixa sur Hédwig Eléonore, fille du duc de Holstein Gottorp. Le mariage fut céléhré à Stockholm , le 1k octohre 1654, avec une telle simplicité, que Christine ne put s'empêcher de se moquer de la pauvreté d'une cour, où elle avait brillé avec tant d'éclat.
Les affaires de la ville de Brème réclamèrent d'abord l'attention sérieuse du roi, car elles pouvaient amener une rupture avec l'empire. Depuis que cette ville avait été cédée à la Suède par lapais de Westphalie, elle n'avait pascessé d'être un sujet de discorde; ces contestations prirent, vers la fin du règne de Christine, un caractère grave. Les Suédois demandèrent que Brème prêtât serment de fidélité : elle refusa avec modération et dignité, s'appuyantsur ses libertés municipales. Les Suédois, habitués à tout décider par le sort des armes, en appelèrent à leur épéc. Kœnigsmark, le partisan le plus ce-
lèbre de la guerre de trente ans, commandait les troupes suédoises dans ces contrées : il occupa le plat pays, établit des forts partout, domina le Weseret l'entrée de la mer, et inquiéta le commerce, afin "d'amener à composition les bourgeois, qui ne vivaient que de leur industrie et de leur trafic. On opposa la force à la force. Tel était l'état des cboses, quand Charles- Gustave monta sur le trône. 11 soubailait que cette affaire ne s'envenimât pas davantage , occupé, comme il était, d'autres projets. A la fin, la ville s'engagea à rendre nommage à Cbarles- Gustave, comme elle avait fait au dernier archiduc, en 1037, sans cependant rien céder de ses prétentions et de ses droits.
Gustave-Adolpbe-le-Grand avait laissé plusieurs problèmes sans solution , tant au dedans qu'au dehors : Charles-Gustave se sentit appelé aies résoudre. Rien d'abord ne lui parut plus urgent que de donner à la Suède ses limites naturelles. Pour mener à fin cette grande entreprise, il comptait moins sur les ressources de son génie, que sur la bravoure de la nation, que l'idée d'une nouvelle guerre ne paraissait nullement effrayer. On mit sur le compte de la paix tous les embarras intérieurs : on craignait de voir s'éteindre l'esprit belliqueux de la nation. Accoutumés à vaincre et à vivre aux dépens des vaincus, soldats, officiers et généraux appelaient la guerre de tous leurs vœux. La guerre fut donc résolue contre la Pologne, dont le souvc-
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rain, par son ministre Canaziles, avait eu l'imprudence de protester contre l'avènement au trône de Charles-Gustave. Le sénat espérait, par là, détourner l'attention publique du besoin des grandes réformes, et surtout de la revendication des terres de la couronne , mesure qui , dans la position critique où se trouvait l'état, menaçait prochainement la noblesse.
Le maréchal Wittenberg avait rassemblé sous les murs de Steltin 17, 000 hommes et une formidable artillerie. Il était autorisé , si l'occasion se présentait, de passer, sans la permission de l'électeur de Brandenbourg , sur les terres de la Poméranie pour entrer en Pologne; mais il ne devait rien entreprendre avant l'arrivée du roi. Le 16 juillet 1655, Wittenberg leva son camp; après six jours de marche, il arriva sur les frontières de la république. Toute l'armée polonaise, rassemblée dans la Grande Pologne, et forte de 20,000 combattants, se dispersa, ou déposa les armes. Les principales villes ouvrirent, presque sans résistance, leurs portes aux vainqueurs. La terreur était si grande, que la cour se réfugia à Varsovie avec les trésors de l'état, de sorte que, si Wittenberg avait marché sur la capitale, il s'en serait emparé sans coup férir.
Charles-Gustave avait hâté, autant qu'il lui avaitété possible, son départ de Stockholm, qu'il ne devait plus revoir. Il arriva le 15 juillet à Wolgast , d'où il ne tarda pas à rejoindre son
année. Elle se réunit à Kolo pour passer la Warta. Jean-Casimir, roi de Pologne, se trouvait dans le plus grand embarras, pressé de tous côtés , ne trouvant ni force ni conseil en luimême et ne se fiant pas à autrui. Son ennemi entra sans résistance dans Varsovie , le 30 août. Charles-Gustave n'y séjourna pas longtemps; il ne voulait pas laisser à ses ennemis le temps de revenir de la terreur qui les avait frappés. Cracovie, ancienne capitale du royaume, fut prise, et Jean-Casimir, abandonnant le pays.se retira en Silésic. Les Polonais n'eurent d'autre parti à prendre , que de se soumettre.
Le séjour de Charles-Gustave à Cracovie fut de courte durée. Après avoir réglé les affaires les plus importantes de la contrée, il revint à Varsovie, et de là sur les bords de la Baltique, en Prusse. Ce n'était pas seulement l'attitude qu'avait prise la ville de Dantzig, alliée des Pays- Bas, qui exigeait la présence du roi dans ces contrées , mais l'arrivée à Kœnigsberg du grand électeur avec des forces imposantes. Charles- Gustave, qui avait bien jugé son rival en l'appelant « un jeune aigle, dont il faut couper les ailes pour modérer son vol, «suivait fort attentivement sa marche. Il ne crut pas devoir menacer un adversaire qui travaillait ouvertement contre ses intérêts. Toute l'armée suédoise approchait, aguerrie, confiante en ses chefs et en son roi: elle était supérieure en nombre et en expérience. L'électeur, qui s'était reposé jus-
qu'ici sur ses propres forces et n'avait pu se figurer que Charles-Gustave se portât en aussi peu de temps du pied des monts Karpaths jusqu'au Passarge , vit bientôt qu'il ne lui restait d'autre salut que la voie des négociations : il dépêcha message sur message pour fléchir le caractère altier de Charles-Gustave ; mais les envoyés furent reçus avec un dédain insultant. « Ce n'est qu'à Kœnigsberg , répondit Charles, que je consentirai à traiter avec Frédéric-Guillaume. » Les avant-postes en étaient déjà aux mains, et il ne resta à Frédéric d'autre alternative que de céder à la force. Le 7 janvier 1656, le traité fut signé. L'électeur s'engageait à recevoir désormais de la Suède l'investiture de la Prusse, qu'il avait jusqu'alors reçue de la Pologne. Ce traité avec le Brandenbourg enleva tout espoir aux Polonais de ce côté. Charles- Gustave songeait déjà à se faire couronner roi de Pologne.
Le séjour du roi en Prusse avec toutes ses forces avait donné aux Polonais le temps de se reconnaître, de se lier plus étroitement, et de préparer une insurrection générale. Ils furent tous appelés aux armes, et le roi Jean-Casimir se présenta en personne pour ranimer leur courage. De son côté Charles-Gustave augmentait sa force par un nouveau traité avec le Brandenbourg, conclu à Marienbourg, traité en vertu duquel l'électeur devait fournir un contingent de A, 000 hommes. Pendant ces négociations,
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Varsovie, où commandail Witlenberg, était reprise parles Polonais. Sous ses murs campaient toutes les légions de la Pologne , au nombre de 40 à 50,000 hommes. Charles-Gustave espérait écraser l'ennemi d'un seul coup. Le lZt juillet, l'électeur se réunit à son armée , et aussitôt la célèbre bataille de trois jours fut livrée sous les murs de Varsovie. Les Polonais furent complètement battus, et la capitale reprise. Mais cette victoire ne décida pas du sort de la Pologne ; car l'électeur refusa de poursuivre les Polonais, et la défaite qu'ils venaient d'essuyer ne leur fit rien perdre de leur ardeur. Aussi, dès ce moment, Charles-Gustave renonça à ses projets do. conquête dans l'intérieur de la Pologne, et dirigea tous ses efforts vers la conservation de la Prusse Polonaise, qui avait été le premier but de la guerre.
Charles-Gustave avait conquis un nouvel allié dans la personne de George II Rakotzi, prince de Transylvanie, qui aspirait à la couronne de Pologne; mais il se vit bientôt forcé de l'abandonner, lorsque la guerre avec le Danemarck éclata. Cette nouvelle empira sa position , et l'obligea à penser à la défense de ses propres états , et à opérer sa retraite.
L'Autriche , la Pologne et le Danemarck s'étaient engagés à ne pas déposer les armes que les Suédois ne fussent chassés de l'Allemagne , et rejetés au delà de la Baltique. Le concours de l'électeur de Brandcnbourg était nécessaire
pour l'exécution de ce plan , et celui-ci n'hésita pas à rompre avec son allié, aussitôt qu'il eut la perspective de pouvoir accroître son territoire. Charles-Gustave confia à son frère, Adolphe- Jean , le gouvernement de Pologne , et résolut de rejeter sur ce pays tout le poids de la guerre. Jamais roi ne s'était trouvé peut-être dans une situation plus désespérée. Entouré d'ennemis , abandonné de ses alliés , il n'avait aucun secours à espérer. Cependant il ne perd pas courage. Ses soldats, mal vêtus, montrent par leur air martial ce qu'on peut attendre d'eux. Ils quittent avec joie la Pologne pour entrer dans de plus riches contrées. Les Danois n'avaient occupé aucurte des fortes positions que leur offrait le nord de l'Allemagne , et dès le 23 juillet l'armée de Charles-Gustave entrait dans le Holstein. L'amiral Charles-Gustave Wrangel reprit bientôt le pays de Brème , et dispersa les troupes danoises, qui entrèrent presque toutes au service de la Suède. Chaque désastre de l'ennemi augmentait ainsi les forces de Charles- Gustave. Wrangel emporta d'assaut la citadelle de Fredriks-Udde, leboulevarddu Danemarck; sept régiments et des provisions de toute espèce tombèrent aux mains du vainqueur. Ainsi un des plus beaux faits d'armes couronna la campagne de 1657. Les Suédois , pour se reposer de tant de fatigues , prirent leurs quartiers d'hiver dans le Jutland; mais l'incessante activité du roi ne les laissa pas jouir d'un long repos. Son
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salut dépendait du prompt dénouement de la guerre; il importait de prévenir la masse d'ennemis qui allaient l'assaillir; son plan est bientôt arrêté : il se transportera dans les îles danoises , et là , contraindra son rivnl à la paix. La nature était alors un utile auxiliaire pour le roi de Suède : on entrait dans l'hiver de 1658 , l'un des plus rudes qu'on ait vus. Le roi résoud de profiter du chemin de glace que la rigueur de la saison offre à son audace pour traverser la mer. On remarquait à sa suite le célèbre danois Corfitz Ulfeld, que d'infâmes intrigues avaient chassé de sa patrie , et qui , dès le règne de Christine, avait offert ses services à la Suède. Cet homme remarquable, jadis un des plus fermes appuis de Christian IV, dont il avait épousé la fille illégitime , Eléonore Munk, guida Charles-Gustave par ses conseils. Le 30 janvier 165S , l'armée suédoise traversa le Petit-Belt, qui, quoique étroit, gèle rarement à cause du courant. La marche s'effectua av«c une grande prudence. Sur l'autre rivage étaient les Danois, commandés par un colonel Jœns. Le roi, dévoré d'impatience , n'attendit pas l'arrivée de son infanterie : il se détermina à combattre avec sa cavalerie seule, et tourna l'ennemi. Le combat ne fut pas long : sur 5,000 Danois , un très-petit nombre parvint à se sauver dans les îles. Le roi trouva à Odense, capitale de laFionie, soixante canons, et y fit prisonniers cinq sénateurs. Les îles de Langeland et de La-
land tombèrent au pouvoir de ses soldats. Décidé à poursuivre sa marche, il avait fait sonder la glace par Dalberg. un des meilleurs officiers de l'armée. Celui-ci l'assura qu'on pouvait y faire passer sans danger une armée de 300, 000 hommes. Il était encore àOdense, et soupait tranquillement lorsqu'on lui apporta cette nouvelle : «Mon frère Frédéric (roi de Danemarck ) , s'écria-t-il , nous allons maintenant nous entretenir en bon Suédois. » A neuf heures du soir, il glissait dans son traîneau, se rendant à Nyborg; il y arrive à quatre heures du matin. Les généraux, immédiatement convoqués, sonlfrappés de stupeur, quand ils apprennent le projet du roi. Wrangel , le plus téméraire, prend la parole. Il représente au prince que c'est la dernière armée qui reste au pays; que le passage est tellement périlleux, que les plus braves reculeront, non pas à cause du danger (ils sont habitués à le braver), mais à cause de la responsabilité qui va peser sur eux en cas de malheur. Celte entreprise paraît insensée à Ulfeld lui-même, dont la vengeance cependant a des ailes : il prouve que , dans l'espace de quatre siècles, il n'y a pas d'exemple qu'un seul homme ait effectué le passage qu'on veut tenter avec toute une armée et une pesante artillerie. Mais Charles est inébranlable. Il donne l'ordre de se mettre en marche. Dans beaucoup d'endroits, il y avait un pied d'eau sur la glace; personne ne pouvait répondre que
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le premier pas ne le fera tomber dans l'abîme; cependant, chose inouïe, sans retard, sans accident, le Grand-Belt est franchi sur une largeur de douze milles, et, le 12 février, les drapeaux suédois flottent sur le château de Wordingborg, dans l'île de Seland. Une consternation générale avait frappé tous les esprits. La paix parut le seul moyen de salut. Charles-Gustave avançait, et déjà son quartier général était à Kioge, sur le Sund , à quatre milles de Copenhague.
Les négociations s'ouvrirent à Tollstiop , village à seize milles de cette capitale ; elles furent continuées à Roskild , et la paix fut signée le 26 février. La Suéde reçut le Halland, le Bleking, la Scanic, le Bohus, le Trondheim en Norvège et l'île deBornholm.
Cette paix ne dura pas longlemps. Charles- Gustave, alléguant la non-exécution de certains articles , envahit de nouveau le Danemarck. Il considérait cet acte comme une continuation naturelle de la guerre à laquelle la paix de Roskild avait mis fin. L'armée suédoise campa encore dans les environs de Riel; elle fut transportée sur des vaisseaux de guerre dans l'île de Seland, et débarqua à Corsoer. Le roi était à la tête de ses troupes. Mais Charles-Gustave ayant perdu l'occasion de surprendre la capitale, Frédéric III prouva, par sa conduite, que les ressources d'un prince sont immenses quand il ne s'abandonne pas. Le peuple danois déclara qu'il était prêt à supporter tous les maux, plutôt
que le joug de l'étranger. Von Beuningen, ministre des Pays-Bas, promit des secours; il monta même un vaisseau et partit pour la Hollande, afin d'en hâter l'expédition. Néanmoins, tout aurait probablement été perdu, si Charles- Gustave, au lieu de faire un siège régulier, eût tenté l'assaut. Il divisa ses forces pour prendre Kronoborg. Cette conquête était importante , mais elle ne valait pas celle de la capitale. Kronoborg, après une courte défense, se rendit; en revanche, le siège de Copenhague n'avançait pas. Charles-Gustave , qui avait entrepris cette expédition dans la persuasion qu'elle ne pouvait manquer de réussir, vit toutes ses illusions se dissiper. Frédéric III montra une grandeur d'âme et une confiance qui étonnèrent d'autant pius, qu'on ne lui soupçonnait pas ces qualités. L'arrivée delà flotte hollandaise, commandée par l'amiral Opdam , vint ajouter aux embarras du roi de Suède. Le 9 novembre , elle passa le Sund, et le roi et toute la cour furent témoins, à Kronoborg, d'un des combats les plus terribles qui se soient livrés dans ces eaux. L'issue de la bataille était incertaine ; malheureusement les Suédois ne purent empêcher que le secours promis aux Danois ne pénétrât dans Copenhague : Gustave se vit obligé de changer en blocus le siège de cette ville. Il se retira dans un camp retranché, et coupa toutes les communications de cette ville avec la campagne. Ce blocus dura tout l'hiver. Un assaut fut repoussé
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avec une grande perte pour les Suédois. En vain l'Angleterre , la Fiance et la Hollande posèrent des conditions aux parties belligérantes. « Vous élaborez des projets, disait Charles-Gustave aux ambassadeurs; moi, je les couperai avec mon épée. » De nouvelles pertes affligèrent les armées suédoises : les impériaux et Brandenbourg s'emparèrent de toute la Fionie, après les avoir battues, le 1U novembre, près de Nyborg. Deux mille hommes restèrent sur le champ de bataille et trois mille furent faits prisonniers.
La reprise de la Fionie avait remonté le moral des Danois : ils voulurent transporter leurs alliés dans l'île de Seland ; mais l'amiral hollandais, qui avait seul forcé la victoire à se prononcer en leur faveur, refusa sa coopération. Le roi expédia à ses ministres l'ordre d'accepter le traité des Roskild; il envoya Coyet, diplomate consommé, en Hollande etBjornklo en France; lui-même se rendit en Suède pour assister à la diète qu'il avait convoquée à Gothenbourg.
Le tzar Alexis avait aussi augmenté le nombre des ennemis de la Suède ; mais cette guerre n'offre rien d'intéressant. LesRusses assiégèrent Riga , mais levèrent le siège après avoir perdu 1^,000 hommes. Charles-Gustave fit de vains efforts pour se débarrasser de cet ennemi à l'aide de négociations; elles n'eurent d'autre résultat qu'un armistice de trois ans (le 1 er décembre 1658).
Les possessions suédoises en Allemagne ne
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furent pas à l'abri du fléau de la guerre. Stettin, assiégé par les impériaux, fut vaillamment défendu parWïrz, qui, après avoir reçu des renforts de Charles-Gustave Wrangel, contraignit les assaillants à la retraite. La Pomérapie fut envahie parles Brandenbourgeois, qui, repoussés devant Gripswald, s'emparèrent de Demmin. Ces irruptions dans les possessions suédoises étaient autant de violations de la paix de Westphalie. Charles-Gustave en appela à la garantie de la France, et Mazarin déclara à l'électeur que son roi ne souffrirait pas la plus légère infraction à cette paix. Telles étaient les affaires de la Suède en Allemagne et en Danemarck, sur la fin de l'année 1659.
Nous avons dit que Charles-Gustave avait convoqué les états à Gothenbourg; c'était pour les inviter à redoubler d'efforts en sa faveur, car ce n'était qu'en mettant sur pied des forces imposantes, qu'on pouvait obtenir une paix honorable. Les débats étaient presque terminés; les états avaient accordé de nouveaux secours d'hommes et d'argent , lorsque le roi , qui s'était exposé pendant la guerre aux plus grands dangers et aux plus grandes fatigues, mais dont l'âme était alors combattue par des sentiments opposés, la crainte, l'espérance, les chagrins et la joie, fut atteint tout à coup d'une maladie dont les symptômes ne présentèrent d'abord rien d'alarmant : elle paraissait même avoir perdu de sa force, lorsqu'elle prit, par l'igno-
rance du médecin , un caractère plus grave. La fièvre, redoublant d'intensité, enleva toutes les forces au malade, qui sentit que sa fin approchait. Il fit mander les grands de son royaume ; ils parurent devant lui , accablés de douleur. Charles leur adressa des paroles de consolation , et les pria de pourvoir au salut de la patrie, en lui procurant la paix. Inspiré par des sentiments tout chrétiens, il se prépara à la mort, qu'il n'avait jamais redoutée, et expira comme il avait vécu , en grand roi. Dans ses derniers instants, il se fit lire son testament, s'occupa de quelques affaires importantes, récompensa quelques serviteurs fidèles, puis il parut tranquille, et mourut en murmurant ces mots : «Que Dieu me soit miséricordieux ! »
Charles-Gustave rendit le dernier soupir au même âge que le grand Gustave. La mort, en le frappant, anéantit le vaste projet de la formation d'un empire dans le Nord. Les Suédois le regardent comme un des plus grands hommes qui aient porté la couronne : une bravoure à toute épreuve, le coup d'œil d'un aigle, une résolution inébranlable , une connaissance profonde des hommes et des choses , telles étaient les qualités qui le distinguaient. 11 avait appris l'art de la guerre sous Torstenson, et lui ressemblait pour la rapidité des opérations. Peutêtre sa perte fut-elle une des plus grandes que la Suède ait éprouvées; lui seul avait pu réunir en faisceau les branches trop divergentes du
pouvoir ; lui seul avait pu donner de la vigueur à l'administration intérieure.