‹ L'histoire de Suède racontée à la jeunesse chrétienneChapitre 26 sur 36 · CHARLES XI · texte numérisé non relu

CHARLES XI

Charles XI était né au château de Stockholm, le 24 novembre 1655, et n'avait guère plus de quatre ans lorsqu'il perdit son père. Les états confièrent aux soins de la reine douairière et du sénat la direction de la guerre et des négociations. La paix avec la Pologne fut conclue à Oliva, le 3 mai. Le roi de Pologne renonçait à toutes ses prétentions sur la Suède, l'Estonie et l'île d'QEsel , et les frontières de Suède étaient portées jusqu'aux bords de la Duna. Le duc de Courlande fut rétabli dans son duché. La Suède restitua ses conquêtes dans la Prusse Polonaise. Les conditions avec l'Autriche et le Brandenbourg étaient telles, que la guerre ne leur avait procuré d'autres avantages que les obligations contractées par l'électeur, dans les traités de Kœnigsberg et Marienbourg. La paix avec leDanemarck fut conclue, le 6 juin, sur les bases de

celle de Roskild. Le Trondheim et Bornholm restèrent au pouvoir des Danois. Les négociations avec la Russie eurent lieu à Rardis; elles traînèrent en longueur, mais amenèrent à la fin une paix solide, assise sur les bases de celle de Slolbova. Ainsi partout la guerre était éteinte.

La tutèle du jeune roi avait été confiée à la reine et aux cinq grands fonctionnaires de l'état ; Magnus-Gabriel de la Gardie occupait la place qu'Axel Oxenstjerna avait remplie avec tant d'bonneur, sousla minorité de Christine. L'éducation de Charles XI fut tout à fait négligée. Il avait pour gouverneur Christian Horn , et pour précepteurFigrelius, anobli sous le nom de Gripenhjelm. Charles était entouré déjeunes gens, quiluiinspiraientla haine du sénat etdeégrands. A l'âge de 20 ans, lorsqu'il se rendit à l'armée de Scanie , il ne savait encore ni lire ni écrire. Les suppliques qu'on lui adressait le mettaient dans un grand embarras: il palissait et rougissait tour à tour; «J'ai appris à la guerre, disaitil souvent, ce que les autres y oublient généralement. » .

A la diète de décembre 1672 , Charles XI prit les T-ênes du gouvernement; il était alors âgé de 17 ans. La régence présenta un compterendu, que le jeune roi accepta malgré les conseils de ses favoris. Au nombre de ceux-ci on remarquait les frères Gvllenstjerna et Hans Wachtmeister, quidevaitplus tardjouer un.rôle si important. Il futpresqu'aussitùt entraîné dans

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la guerre que suscita l'ambition de Louis XIV. Elle éclata clans les provinces allemandes et fut malheureuse. La Suède fut déclarée ennemie de l'empire. Wrangel perdit la bataille de Fehrbellin (le 18 juin 1675), et toute la Poméranie fut conquise parle grand électeur. Christian V, roi de Danemarck , se joignit aux ennemis de Charles, et lui déclara la guerre le 2 septembre 1675. L'armée danoise, forte de 16,000 hommes, opéra une descente en Scanie. Helsingborg et Landscrone se rendirent, et les paysans, se formant en guérillas, sous le nom de chenapans, unirent leurs efforts à ceux des Danois, pour se soustraire à la domination suédoise. Mais les trois batailles de Halmstad, de Lund et de Landscrone, gagnées par Charles XI, assurèrent la possession de cette belle province, et l'influence et la bonne foi de la France firent que la Suède fut réintégrée dans sespossessions d'Allemagne. La paix fut conclue à Lund (26 septembre 1679) et à St.-Germain-en-Laye. On restitua de part et d'autre ce qu'on avait conquis.

Jeune, sans expérience, dépourvu des connaissances que les jeunes gens possèdent généralementàcetâge, Charles XI avait faitpreuve dans celte guerre d'un courage incontestable et d'une haute intelligence. Il avait supporté toutes les fatigues de la guerre, apprenant, pour ainsi dire, l'art de régner au milieu du carnage : il avait vu toute l'horreur des batailles et la misère qui en est la suite. La guerre avait coûté 50 millions;

on y avait perdu ÛO vaisseaux et plus de 100,000 hommes. Les provinces que la Suède recouvrait étaient appauvries ; la Scanie n'était plus qu'un désert. Mais Charles se mil à l'œuvre pour cicatriser tous ces maux et améliorer l'administration publique. Quelques années lui suffirent pour faire recouvrer à son royaume la force et le bien-être intérieur, avec l'estime de l'étranger. /

Charles XI, à peine de retour des champs de bataille, épousa Ulrique Eléonore , princesse danoise, et fit convoquer les états en 1680. Cette assemblée fut une diète de révolution , nom sous lequel elle est connue en France. Le roi obtint presque un pouvoir absolu ; l'autorité du sénat fut abaissée, et les domaines donnés à la noblesse restitués. Charles XI fit de cette restitution (nommée réduction en Suède) un instrument de persécution et d'abus. Les plus riches familles se trouvèrent tout à coup appauvries; mais cette restitution fournissait à la couronne les moyens d'organiser l'armée. Elle donnait aux officiers et sous-officiers des demeures (bostellen) avec des terres, et aux soldats des cabanes (torp). Cette organisation de l'armée n'existe qu'en Suède : elle a pour but de changer en temps de paix les soldats en citoyens laborieux. Cette manière d'équiper et d'armer les troupes est aussi la moins coûteuse. On lui donne en Suède le nom de indelningswerket (travail de répartition). Dans le nouveau système adopté par

Charles XI pour affermir la puissance de la Suède, entrait aussi le dessein d'équiper une marine formidable. On fonda, sur les côtes du Bleking, Carlscrone, aujourd'hui station de la grande flotte.

L'université de Lund fut fondée en 1666; elle est maintenant la seconde du royaume.

La politique de la Suède se modifia après la paix de Lund et de Fontainebleau. Le roi se retira de l'alliance de la France, et en conclut une avec la Hollande, l'empereur et l'Espagne. Benoit Oxensljerna était premier ministre; c'était lui qui dirigeait les affaires étrangères : il s'acquit une grande réputation comme homme d'état; jamais la Suède n'avait été si considérée au dehors, aussi forte au dedans. Les puissances, dans leurs différends, recherchaient sa médiation, et Charles XI remplit ce rôle honorable à la paix de Ilyswik.

Malgré le despotisme de ce règne , la Suède recouvra ses forces : une nouvelle ère de bonheur commença à luire pour elle ; les plaies de la guerre étaient cicatrisées et le peuple recueillait le fruit des grandes actions de ses rois. Ce fut à cette époque que Charles XI, après 6 mois d'une cruelle maladie , fut enlevé à ses sujets, le 9 avril 1697, à la fleur de l'âge.

Il était d'une taille moyenne. Sa santé fut robuste durant sa jeunesse, mais une chute de cheval l'avait rendu boiteux. Il avait les épaules larges, le nez bien fait, le menton pointu, le

teint coloré , le front élevé , les mains fortes et les pieds petits; il avait les cheveux bruns, et il y tenait tellement, que, malgré l'usage où l'on était alors de porter perruque , il ne s'y soumit que lorsque sa chevelure commença à blanchir. Habile dans tous les exercices du corps, excepté l'escrime, adroit cavalier, il supportait sans fatigue les plus longues routes ; il faisait souvent jusqu'à trente et quarante lieues à cheval dans un jour; c'était toujours de cette manière qu'il visitait les provinces, accompagné d'une suite peu nombreuse , examinant la situation de ses sujets et la conduite de ses employés. Dans sa conversation il était expansif, et détestait la ruse. Dans ses voyages en Dalécarlie, il assista aux fêtes populaires, et dansa plus d'une fois avec de simples paysannes. Son tempérament était irascible ; il lui arrivait souvent de tirer l'épée contre ses amis les plus intimes: mais une fois sa colère passée, il ne les aimait pas moins qu'auparavant. Un jour qu'il s'était pris de querelle avec le sénateur Liewen, il ouvrit brusquementla porte et commanda aux trabans de faire feu sur ce chien. Les trabans tombèrent aux genoux du roi, qui se promenait dans la chambre, et qui, se tournant vers Liewen, lui dit: «Pardonnez-moi , mon ami , » puis il lui prodigua les plus tendres excuses en présence de ses gardes.

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