‹ L'histoire de Suède racontée à la jeunesse chrétienneChapitre 27 sur 36 · CHARLES XII · texte numérisé non relu

CHARLES XII

Charles XII était né le 17 juin i 682. Ses premières années furent guidées par sa mère , qui chercha surtout à lui inspirer des sentiments religieux. Il eut pour gouverneur le comte Lindskokh ami du roi, et pour précepteur le professeur André Norcopensis, anobli sous le nom de Nordenhjelm. Il était passionné pour les mathématkpaes , et y faisait de grands progrès; il manquait, suivant lui, quelque chose à quiconque n'avait pas approfondi cette science. Il excellait dans tous les exercices du corps; à peine âgé de douze ans, il tua un ours d'un seul coup. Dès son enfance, il montrait une opiniâtreté qui résista à tous les efforts tentés pour la dompter, et à l'âge de sept ans, il manifesta des opinions auxquelles il devait rester fidèle toute sa vie: «Il faut, disait-il, être doux comme un mouton avec ses amis, mais se montrer actif,

courageux, terrible comme un lion contre ses

ennemis.» „. , ..

Lorsque Charles XI mourut, son fils n avait que quinze ans. Les élats, qui n avaient pas oublié les malheurs dont la minorité du feu roi avait été l'origine, redoutaient une régence plus encore que l'inexpérience du jeune prince, Charles XII fut donc déclaré majeur, avant 1 âge prescrit dans le testament de son père.

Tandis qu'on ne pensait, en Suéde, a rien moins qu'à la guerre, tandis que le jeune roi se livrait avec toute la fougue de son âgeala chasse à l'ours et à des amusements qui n annonçaient nullement un conquérant ni un grand guerrier tout au dehors faisait présager une conflagration qui devait anéantir la puissance ce la Suéde dan le nord, et mettre le sceptre de la Baltique dans des mains barbares et plus à craindre pour l'Europe. Lue ligue était conçue entre le Danemark, la Pologne et la Russie ; Patkul exilé livonien, animé par la haine qu i avait juié £ Charles XI et à sa dynastie , en était 1 ame Ce fut le Danemarck qui se présenta le premier dans la lice. Les Danois attaquèren le prince Frédéric deHolstein, beau-frère de Charl s XH, levèrent des contributions sur ses états et s em parèrent de ses forteresse, Cette brusque invasion violait les droits de l'empire; mais, au fond, on s'embarrassait peu alors de justice et d injustice- on ne cherchait qu'à compromettre la Suèae A la même époque, les armements de

Frédéric-Auguste, roi de Pologne.commencèrent à éveiller les soupçons du maréchal Dalberg, commandant de Riga. Toutefois la tentative du prince sur cette place échoua, parce que le général saxon manquait de cette résolution qui décide du sort delà guerre.

L'approche du danger jeta le sénat dans la consternation. Un roi jeune , tout entier à ses amusements, n'était pas fait pour rassurer les sages conseillers de la couronne. Tout à coup, au milieu de la stupeur générale, il prend la parole : «Dieu me guidera, dil-il ; je vais en finir avec un de mes ennemis, puis avec l'autre. Jamais je n'entreprendrai une guerre injuste; jamais je ne ferai la paix avant d'avoir réduit mes adversaires à demander merci. » A partir de ce moment il change de conduite et se voue exclusivement aux soins que réclame la position critique du pays et la sienne. Il s'embarque avec 12,000 hommes rassemblés en Scanie, pourfaireune descente en Sel and et contraindre Frédéric IV à la paix jusque sous les canons de sa capitale. Une flotte hollandaise et une flotte anglaise, arrivées dans le Sund, agissant dans l'intérêt du duc de Holstein , soutiennent les opérations de Charles XII. Il investit Copenhague et se préparait à en faire le siège, lorsque la nouvelle de la paix de Travendal mit fin aux hostilités. Charles .satisfait d'avoir fait triompner une cause juste, ne songea pas a ses propres avantages.

L'orage venait de se dissiper avant d'avoir éclaté sur les plaines fertiles de Selànd ; il n'en fut pas de même sur les bords de la Duna.

Auguste, après avoir levé le siège de Riga , s'était emparé de Kockenhusen.

Tout en faisant ses préparatifs de guerre, Pierre I" protestait de ses dispositions pacifiques, et déjà il s'avançait contre Narva, à la tête de 100,000 hommes. A la première nouvelle que Charles en reçut, il fit embarquer les régiments qui revenaient de Seland, et arriva luimême à la rade de Pernau. Il brûlait de sauver la place, mais il n'avait que 5,000 fantassins, 3,000 cavaliers et 37 canons. Sourd à toutes les représentations, à toutes les instances qu'on lui fait sur l'immense supériorité des forces de l'ennemi: «Dieu, dit-il, soutiendra la justice de notre cause. >» Pierre I", cédant à une sorte de pressentiment, avait quitté le camp la veille de la bataille et abandonné son armée à son sort dans le moment le plus décisif. Le signal de l'attaque fut donné à deux heures après midi (30 novembre), et à 6 heures du soir Charles avait remporté une victoire qui peut être comparée aux plus beaux faits d'armes des temps anciens et modernes. 18,000 Russes avaient trouvé la mort dans le combat; tous les généraux ennemis étaient au pouvoir du vainqueur, il y avait un si grand nombre de prisonniers, que Charles, ne sachant qu'en faire , leur permettait de retourner dans leurs foyers, après

les avoir désarmés. Mais celte victoire, dont le bruit retentit dans toute l'Europe, fut funeste aux armes suédoises : elle apprit à Charles XII à mépriser son ennemi le plus redoutable.

La campagne de 1701 s'ouvrit par le passage de laDuna(20juin) et par la défaite des Saxons. Alors Auguste vit le péril qu'il avait attiré sur sa tête. Charles ne laissait aux Polonais d'autre alternative que la guerre ou le choix d'un nouveau roi. Tel fut le prélude de celte guerre de Pologne, qui devait ensanglanter huit ans ce malheureux pays. Charles prit Varsovie. Auguste se retira à Cracovie , avec ceux qui voulurent suivre sa mauvaise fortune. Là, il attendit les renforts qui lui arrivaient de Saxe par tous les chemins de la Silésie, déterminé à ne pas succomber au moins sans gloire. Charles, de son côté, attendit les renforts que lui amenaient Magnus Stenbock et Mœrner, pour poursuivre ses succès :les deux armées se trouvèrent en présence entre l'ancienne capitale de la Pologne et la nouvelle ; elles se rencontrèrent à Clissow, le 20 juillet. Le combat dura cinq heures, et les Suédois restèrent maîtres du camp ennemi; mais le beau-frère de Charles, le duc Frédéric deHolslein, avait été tué par un boulet. La prise de Cracovie fut la suite de cet affaire. Le plan de Charles était de faire la guerre aux frais de la Pologne. Les Saxons furent battus encore une fois à Pultusk. Cette victoire ouvrit au roi la roule de Thorn et de toute la

Prusse Polonaise. A cette époque, une diète, convoquée à Varsovie, élut Stanislas Leczinski , qui fut couronné sous la protection des armes suédoises ; mais un trône élevé dans de pareilles circonstances n'offrait aucune sûreté. A peine Charles était-il entré enGallicie, que Varsovie fut prise par Auguste. Ses partisans reprirent courage , mais ne purent longtemps attacher la fortune à leurs armes. La capitale retomba au pouvoir de Stanislas, qui, à l'aide de son allié , se maintint sur le trône. Pour parvenir à forcer Auguste à y renoncer, l'invasion de la Saxe devenait nécessaire. Charles, à la tête de 55,000 combattants, traversa la Silésie et passa l'Elbe. Le danger qui menace Auguste au cœur de ses états héréditaires le force de recourir à la voie des négociations. Elles sont conduites secrètement, et la paix est signée le 25 septembre (1706). Auguste renonce au trône, et ne se réserve que le titre de roi , sa vie durant. Il abandonne Patkull, ministre du tzar Pierre, et auteur de la guerre , à la vengeance des Suédois. Charles et son armée devaient rester en Saxe jusqu'à l'entière exécution de ce traité. Au mois d'août 1707, il quitte le pays avec une armée de M, 000 combattants , et entre sur le territoire de Pologne. Partout les Russes se retirent devant lui, jusqu'aux bords du Dnieper; tout cède à ses armes. La bataille de Holofzin est gagnée par lui ; mais ici Charles est entraîné par sa mauvaise fortune. Devenu l'allié de Mazeppa,

il avait résolu d'attaquer, par le pays des Cosaques , l'empire de son adversaire , au lieu de se retirer sur ses propres frontières. La bataille de Lesna anéantit ses espérances ; Lewenhaupt, quoique vainqueur, fut obligé de brûler un convoi de 3,000 voitures , qui apportaient tout ce qui était nécessaire pour la campagne. Cette perte irréparable fut la source de tous les désastres qui suivirent.

La campagne de l'biver de 1708 à 1709 acbeva la ruine de l'armée. Les troupes, obligées àbivaquer, souffrirent cruellement de la rigueur de la saison dans ces steppes immenses où aucun arbre , aucune colline ne les abritaient contre la violence des vents. Plus de Zj,000 bornmes périrent de froid ; les autres portèrent longtemps les traces des fatigues qu'ils avaient essuyées. Au mois de mai (1709) les Suédois attaquèrent Pultava. L'armée russe accourut à sa défense, et ce fut dans les plaines qui entourent celle ville que fut livrée, le 10 juillet, la célèbre bataille de ce nom. Les Suédois furent batlus. Le marécbal Renskold , favori de Cbarles XII , et son ministre Piper, tombèrent au pouvoir de l'ennemi, pendant que le roi lui-même, blessé, se retirait avec 16,000 bommes le long du Worksla. Mais les Russes les suivirent. La situation était désespérée ; toute chance de salut paraissait anéantie. Cbarles cependant voulait vivre et mourir avec ses soldats. A la fin , il se laissa gagner par les instances de Lewenhaupt

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el de Creutz; et se décida à traverser le fleuve, après que Mazeppa l'eut passé avec ses officiers et leurs femmes. Deux mille hommes le franchirent ainsi et arrivèrent àBenderle i" août. Le sort de l'armée que Charles avait confiée au comte Adam Lewenhaupt n'était plus douteux.

Elle capitula : le nombre des prisonniers fut d'environ 15,000. La force de la Suède disparut avec celte dernière armée, que les trésors de la Saxe avaient rendue si formidable.

La bataille de Pultava fut comme un signal donné à tous les ennemis de la Suède. Le Danemarck et la Saxe ne tardèrent pas à se déclarer contre elle. Auguste et Pierre entrèrent dans la Pologne, et Stanislas fut obligé de chercher son salut dans la fuite : les Danois avaient opéré une descente en Servie , mais ils furent complètementbattusàHelsingborg,lellmars(17lO) par Magnus Stenbock.

Levainqueur de Helsingborg, choisi pourdéfendre les possessions allemandes, débarqua heureusement sur les côtes de Rugen , avec 12,000 hommes. Il remporta, à Godebusch ( 20 décembre 1712) , une victoire sur les Danois; mais, au lieu de marcher contre les Russes, il entra dans le Holstein, et brûla la ville d'Altona. Ne pouvant s'opposer à la jonction des alliés, qui le cernaient de toutes parts, il se jeta avec 11,000 hommes dans la citadelle de Tœnningen , et le 16 mai 1714 , cette armée , sur laquelle reposaient toutes les espérances de la Suède, fut obligée de capituler.

Les Suédois n'étaient pas moins malheureux à l'autre côté de la Baltique. La Livonie , avec Riga , l'Estonie , l'Ingrie et toute la Finlande , tombèrent dans les mains du tzar. En Allemagne presque toutes les places fortes étaient prises; la seule ville de Stralsund, défendue par Duker, tenait encore.

Nous avons laissé Charles en Turquie, excitant le sultan à une guerre contre la Russie , qui sans la trahison du Grand-Visir eût pu rétablir ses affaires. Le divan , à partir de ce jour, redoublait d'efforts pour se débarrasser de lui; mais il resta près de cinq années chez les Ottomans.Le peuple l'appelait Detnirbascli (la tête de fer) . Il lui portait le plus grand respect. Enfin, au mois d'octobre, il quitta les frontières de cet empire, et se présenta, le 23 novembre, aux portes de Stralsund, ayant, en quinze jours, parcouru à cheval 280 milles. A peine est-il apparu dans ses états, que le Hanovre et le rot de Prusse lui déclarent la guerre. Stralsund est bombardé ; les retranchements sont enlevés l'un après l'autre ; la ville et la citadelle seules tiennent encore. Charles avait juré de s'ensevelir sous leurs ruines. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que ses officiers obtinrent qu'il se retirât. Il montait un yacht : c'était un voyage pénible et dangereux. Il mitpied à terre à Trelleborg, petite bourgade sur les côtes de Scanie. Enfin il touchait le sol de la patrie, après cinq ans d'absence.

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Stralsund tomba, quelques jours après, au pouvoir de l' ennemi, et Wismar éprouva le même sort, en avril 1716. La Suède perdit ainsi le reste de ses possessions en Allemagne.

La présence de Charles XII avait ranimé les espérances du peuple, qui lui fournit encore deux fois de nouvelles armées pour la conquête de la Norvège. Le baron de Gœrtz, ministre du Holstein , qui entra à son service , mit en œuvre toutes les ressources de son génie , comme financier et négociateur; mais la mort prématurée du roi ne leur laissa pas Je temps de porter leurs fruits. Il fut tué au siège de Fredriksball, le 11 décembre 1718.

Le caractère de Charles se peint dans toutes ses actions. Il sera toujours regardé comme un des princes les plus remarquables qui aient occupé le trône. Le peuple a conservé de lui un souvenir plein d'enthousiasme. Il était d'une taille avantageuse, bien fait, la tête très-développée , garnie de cheveux peu épais , courts et hérissés sur le sommet. Ses grands yeux brillaient d'un éclat extraordinaire : il avait une mémoire prodigieuse, beaucoup de pénétration, et une présence d'esprit admirable. Il était accessible à tout le monde, poli, esclave de sa parole, inébranlable dans ses résolutions, inaccessible dans ce qu'on appelait la poli tique, méfiant au dernier point, et déguisant, sous une gaieté excessive, les chagrins même les plus cuisants. Jamais roi ne fut plus aimé , plus res-

pecté de son peuple dans sa prospérité, et ne recueillit autant de marques de respect et d'obéissance dans ses malheurs. Charles XI en se faisant roi absolu, n'avait pas laissé de liberté aux états, qui seuls pouvaient donner des avertissements salutaires au souverain, et prévenir de grands malheurs : le conseil du roi était muet. Charles XII, seul avec lui-même, mais se laissant plus diriger qu'il ne le croyait, a succombé dans la lutte. Il ne connaissait à la lettre quW justice, celle d'exiger de ses sujets ce qui! exigeait de lui-même : tout.

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