‹ L'histoire de Suède racontée à la jeunesse chrétienneChapitre 29 sur 36 · FRÉDÉRIC PREMIER · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC PREMIER

Ce prince était né à Hesse Cassel, le 17 avril 1676, du landgrave de ce pays et de Marie- Aînélie, fille du duc Jacques de Courlande. Il avait servi avec distinction, et conquis quelque réputation militaire aux batailles de Hochstaedt et de Malplaquet, où il avait été chargé de commandements supérieurs. Cependant il parait que Charles XII, obéissant à des pressentiments que l'avenir devait justifier, s'était opposé au mariage de ce prince avec sa sœur. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'aucun sacrifice ne parut trop considérable à Frédéric pour arriver au trône. Charles, poussé par sa mauvaise étoile, le nomma généralissime, quoique plus d'une voix l'eût averti du danger de le faire. Duker surtout s'efforça de lui démontrer l'imprudence d'un pareil choix. La suite devait prouver que Frédéric n'avait pas un cœur suédois. Au lieu de suivre la politique de Gœrtz et de se débarrasser de son plus dangereux ennemi, Pierre

de Russie , au lieu d'accepter la paix honorable dont ce ministre avait sur lui le plan, lorsqu'il fut arrêté, on rompit les négociations; on se jeta dans les bras de Georges, rival plus dangereux encore, parce qu'il était plus perfide. Cette conduite coûta d'abord Brème à la Suède , et prépara la paix honteuse qui fut signée avec la Prusse. Les projets que l'Angleterre méditait sur les affaires intérieures portèrent aussi les fruits qu'on devait attendre d'un gouvernement qui achetait au poids de l'or le succès de ses opérations.

Un des hommes qui avaient le plus contribué à l'élévation de Frédéric était Arwid Horn. Ce ministre avait tout l'orgueil de l'ancienne aristocratie. Général de Charles XII , il s'éta.l distingué par un courage chevaleresque; dévoré de passions ardentes dans un âge avancé , il les masquait sous des dehors agréables, que relevait une taille avantageuse et pleine de dignité ; il se montrait scrupuleusement attaché à la sévérité des anciennes mœurs, et en imposait, non-seulement à la cour, mais encore au peuple, par une conduite pleine de dignité, qui paraissait en lui toute naturelle, et par des pratiques extérieures de piété et de bienfaisance. Il était tombé en disgrâce auprès de la reine et s'était retiré. Il savait bien qu'il resterait éloigné des affaires, tant qu'elle tiendrait les rênes de l'état. Le temps ne changea rien aux dispositions d'Ulrique-Eléonore , qui ne savait m ou-

blier ni pardonner. Le seul moyen pour Horn de recouvrer la puissance , était d'élever Frédéric au trône et de lui lier les mains. Ce fut ce qui eut lieu à la diète de 1720, où Horn (qui, dans lesdocuments de cette époque , est nommé V homme nécessaire) , fut appelé par la confiance unanime de la noblesse à la dignité de maréchal. Comme organe des états et dans la première ivresse de sa popularité , il alla plus loin, peut-être, qu'il n'aurait voulu. On l'entendit dire : « Nous venons de mettre des bornes au pouvoir absolu ; à la dièle prochaine, nous mettrons un frein à la licence. » Mais cet homme eut le sort de tant d'ambitieux qui, sacrifiant tout à l'œuvre deleur propre grandeur, finissent par en être victimes.

Dans le cours de cette année , fut conclue la paix avec le Danemarck (3 juillet) , par la médiation de la France et de l'Angleterre. C'était le seul traité qui ne fût pas désavantageux au royaume. Le Danemarck, qui désirait s'allier à la Suède, pour s'emparer du Holstein, restitua toutes ses conquêtes, n'exigeant de la Suède que 600,000 thalers et la renonciation au droit de tonnage sur le Sund etleBelt.

Une des principales causes qui portèrent la Suède à rompre les négociations ouvertes avec le tzar, fut l'intérêt que ce prince portait au jeune duc de Holstein. Malheureusement, celui-ci avait conservé les habitudes efféminées qu'il devait à l'aveugle tendresse de la reine

douairière, par laquelle il avait été élevé. Pierre n'avait pas seulement le projet de le mettre sur le trône de Suède, il voulaitencore le placer, on le supposait du moins , sur celui de Russie , en lui donnant sa fille en mariage. La France ellemême craignait la réalisation de ce plan. Mais lorsque le tzar eut fait la connaissance personnelle du duc, son œil pénétrant lut dans le cœur de Charles-Frédéric de Holstein, et Pierre se convainquit que ce prince convenait peu à ses projets gigantesques. Il parut même hésiter un moment, au sujet du mariage qu'il méditait.

Toutefois , les fiançailles solennelles de Charles-Frédéric avec Anne de Russie furent célébrées du vivant de l'empereur ; mais Pierre se refroidit pour son gendre futur, et celui-ci, de son côté, parut d'autant moins disposé à favoriser les plans de la Russie contre la Suède, qu'il regardait ce dernier pays comme sa patrie. Dans la paix de Nystad (1721) , le tzar, pressé par des démonstrations hostiles , sacrifia tout à fait les intérêts du duc. Néanmoins, celui-ci recouvra plus tard une partie du Holstein , par l'intervention de l'empire Germanique ; sonfilsmontamêmesurle trône de Pierrelc-Grand, sous le nom de Pierre III. Mais l'abandon de Charles-Frédéric par le tzar coûta au gouvernement suédois l'Ingrie, l'Estonie, la Livonie et la préfecture de Wiborg, en Finlande. La Russie, il est vrai, s'engagea à payer

deux millions de thalers et à restituer la Finlande; elle promit en outre de ne se mêler en rien des affaires intérieures de la Suède. Le tzar fut plus avantagé qu'il ne s'y attendait. Ainsi celte guerre du nord fit de la Russie , qui n'avait été jusque-làqu'une puissance asiatique, une grande puissance européenne ; elle lui donna un littoral sur la Baltique , des milliers de prisonniers, et surtout des officiers qui formèrent le noyau d'une armée formidable. La Suède, au contraire, qui naguère pesait d'un si grand poids dans la balance de la politique européenne, ne fut plus désormais que l'instrumentsubalternedes intrigues de l'étranger. Les états furent réunis en 1723, pour la première fois depuis que la paix avait été définitivement signée. Horn était alors marécbal à cette diète où la noblesse, le clergé et les bourgeois reçurent de nouveaux privilèges. Une commission secrète fut établie , qui devait traiter toutes les affaires avec les puissances étrangères. Ce fut encore à celte même diète que le duc Cbarles de Ilolstein reçut, quoiqu'on termes mesurés et vagues, une sorte d'assurance pour la succession au trône de Suède et une pension annuelle de 25,000 tbalers, jusqu'à ce qu'il pût prendre possession de Sleswig. Par là, ce prince, que la cour redoutait tant, se trouva rapproebé d'un degré du trône^ pour lequel on chereba des soutiens à l'extérieur. A cette même époque, la diplomatie des cabinets suivait les

négociations qui devaient momentanément partager l'Europe entre les grandes ligues de Vienne et du Hanovre. On rechercha l'amitié de la Suède. La dernière diète parut avoir fait choix de la ligue de Vienne , dont la cour était étroitementliée àcellede St.-Pélersbourg, parce que toutes deux s'intéressaient au duc de Holstein. Aussi les partisans de ce prince en Suède firent-ils les plus grands efforls pour rendre décisives les chances de succès qu'offraient les circonstances; mais ils mirent trop d'ardeur dans leurs manœuvres , et peu de temps après ils échouèrent contre deux écueils: l'aversion de la nation pour le parti russe et le pouvoir de Horn. La minorité du sénat, dans la question de succession, modifia ses opinions et imprima le premier mouvement aux partis pendant la période de liberté. On convoqua les états ('1726-1727) pour avoir leur avis sur le choix d'une alliance; Ilorn devint de nouveau maréchal de la diète. Ce changement de position devait produire des proscriptions, car c'est ainsi seulement que la masse, qui ne comprend pas qu'une vérité a triomphé, juge qu'il s'est opéré quelque changement, et estime les choses d'aprèsle résultat; ici la victime était désignée d'avance , et assez bien choisie. Le vieux comte Maurice Wellingk avait servi quatre rois de Suède, et était trèsconsidéré à cause de sa finesse et de son expérience diplomatique; il n'était cependant pas aimé. Ses habitudes de prodigalité le jetaient

dans de continuels embarras; on le craignait plus qu'on ne se fiait à lui. On trouva dans ses papiers, au moment de son arrestation, deux lettres prouvant qu'il avait violé la constitution et son serment de sénateur. La procédure qu'on suivit dans celle affaire révéla la déplorable manière dont on entendait traiter les crimes politiques, et fut une répétition de celle qu'on avait adoptée dans le jugement de Goertz. Lne commission, composée ad hoc, prononça la peine de mort. Elle fut commuée en une prison perpétuelle; mais le vieillard mourut pendant qu'on le conduisait à sa destination.

La dièle accepta l'alliance du Hanovre. L'argent reçu de celte puissance et du cabinet de Versailles suffit pour rendre un peu de vie aux finances. Les trois années qui s'écoulèrent depuis la diète de 1727 jusqu'à la fin de 1731 furent regardées comme les plus beureuses dont la Suède eût joui depuis longtemps.

Nous avons vu qu'Arwid Uorn était considéré comme le cbef des partisans de Hesse Cassel, ou de ceux qui voulaient établir l'hérédité dans cette famille princière. Le chef du parti de Holstein, après 1727, fut le comte Charles Gyllenborg. Lne scission profonde, qui devait plus tard diviser ces partis sur les questions les plus graves, se manifesta d'abord entre eux pour des objets sans importance, à la diète de 1731, dont Horn fut nommé maréchal pour la troisième fois. Gyllenborg ne passait pas pour un

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homme d'une grande portée, mais ilétaitrompu aux intrigues de cour. Persuadé qu'il ne serait jamais bien vu de la reine, il s'efforça de paralyser son influence sur Frédéric. Ce plan réussit, grâce à la belle M Ue de Taube, dont on se servit pour gagner le roi , qui contracta même , dit-on, avec elle , un mariage de la main gauche. Le clergé, à la diète de 1739, crut devoir adresser à ce sujet des remontrances au monarque.

La mort du roi de Pologne, Auguste II, survenue le 1 er février 1733, imprima une nouvelle direction àla' politique de la France et auxpartis en Suède. Peu de temps auparavant, les deux puissances avaient resserré les nœuds de leur ancienne amitié. Par une des conditions du traité, chacun des deux pays garantissait à l'autre sa liberté , condition qui excita vivement le mécontentement de la Russie, car elle s'était réservé la médiation entre la Suède et la Pologne, dans lé but d'empêcher Stanislas de remonter sur le trône, quand il deviendrait vacant. La nation polonaise tenait pour ce dernier.

Louis XV, qui avait épousé la fdle de Stanislas, le soutenait aussi. La Russie et l'Autriche , au contraire, armaient contre lui. La guerre éclata en Europe. On eût dit que le spectre de Charles XII traversait le théâtre de ses anciens exploits; son souvenir n'était pas de ceux qui s'effacent. Il restait encore beaucoup des guerriers qu'il avait formés, mais ils n'avaient pas cette bouillante ardeur qui faisait frissonner la

jeunesse au seul mot de guerre. La France promettait de l'argent etla restauration de l'ancienne influence de la Suède, telle qu'elle existait en Allemagne après la paix de Weslphalie , et sur les frontières de l'est, après celle de Tolbova. Le roi lui-même se laissa entraîner, et convoqua une nouvelle diète (1734) , dans laquelle, depuis le mois de mai jusqu'à celui de décembre , la Francp offrit son alliance et de l'argent ; l'Angleterre renchérit sur ces avances, etla Russie demanda le renouvellement, pour dix ans, de l'alliance définitive qu'elle avait contractée avec la Suède. Le Danemarck demandait un traité semblable. Le plan de Horn consistait à décliner l'alliance française, et, si cctle question était résolue par les états dans un sens contraire, à hérisser de tant de difficultés les conditions de cette alliance , que toute tendance belliqueuse serait anéantie. Horn éprouva que l'opinion était contre lui. Son adversaire, Gyllenborg, mit cette circonstance à profit; il se sentait appuyé par la jeune noblesse, qui voulait la guerre. Il était tout naturel que, Horn embrassant le parti de l'Angleterre etde la Russie, Gyllenboig se tournât vers la France.

Le secrétaire de l'ambassadeur russe s'enfuit et se réfugia chez l'ambassadeur de France, Casteja, emportant beaucoup de papiers et plusieurs lettres qui compromettaient Gyllenborg et ses partisans, tous alors ouvertement attachés aux intérêts de la Russie et à ceux du duc de

Holstein. Gyllenborg, pour parer à cet incident, se rendit en toute hâte à l'ambassade française, proposant ses services au cabinet de Versailles. Le 11 octobre il avait combattu l'envoi des troupes en Pologne; le 22 du même mois, dans une conférence entre les députés des états et le sénat, il tint un autre langage, et parut n'être que l'écho du baron Gœrtz. Le major-général, Charles-Emile Lewenhaupt, si malheureux dans la guerre, maintenant maréchal de la diète, et qui, jusque-là, avait été du parti de Horn, se jeta clans celui de Gyllenborg. Cette assemblée fut très-orageuse. L'ordre des paysans, qui n'était pas représenté dans le comité secret , protesta contre toute alliance qui serait formée à son insu, surtout s'il en pouvait résulter une guerre. Mais plus les paysans et le ministère désiraient le maintien de la paix , plus le parti de la guerre gagnait de terrain dans les grands cercles de la capitale. C'étaient les jeunes officiers de la garde qui donnaient le ton. Les dames s'en mêlèrent aussi; celles de la cour proposèrent des toasts pour ou contre la guerre, et ces toasts furent répétés à toutes les tables. Leshéroïnes patriotes et leurs admirateurs portèrent des rosettes, des bijous, des tabatières en forme de chapeau, comme symboles de liberté ; le parti opposé prit le nom de parti des bonnets. Le comité secret reconnut qu'il était de l'intérêt de la Suède de tenir à l'amitié de la France, d'appuyer le roi Stanislas et d'abaisser la Bussic. Six mois après la

clôture de la session, l'alliance avec la France fut décidée ; mais la cour de Versailles refusa de la ratifier, parce qu'on avait renouvelé avec la Russie les traités existants, traités contraires a. l'esprit qui avait présidé à l'union de la France et de la Suède. Ce refus delà France fut le signal de la déclaration de guerre des partis en Suède. Une effrayante animosité s'empara des esprits. Les résultats de la diète de 1734 avaient ramené le roi à Horn et l'avaient éloigné deGyllenborg, qui en appela à la nation. Les principaux soutiens de son parti étaient Charles-Emile Lewenhaupt et le comte Tessin. Le premier s'était concilié l'estime publique par sa bonne foi; on savait qu'il agissait en honnête homme, même lorsqu'il s'abandonnait sans réserve à l'esprit départi, tant par l'effet de son caractère exalté, que par suite de son intelligence bornée. Mais une ambition turbulente, une véhémence qui dégénérait souvent en emportement, une opiniâtreté qui touchait à l'obstination , étaient nécessairement des dispositions dangereuses, n'ayant pas pour guide un esprit éclairé. En se séparant du parti de Horn, pour s'attacher à celui de Gyllenborg, il avait entraîné la plus grande partie desgénérauxet des officiers. Quant à Tessin, il réunissait tant de qualités, qu'il ne faut pas s'étonner s'il figura bientôt en première ligne sur la scène. Tel était l'état des choses et la disposition des esprits, lorsque la diète fut convoquée pour le 15 mai 1738. Tessin en fut

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élu maréchal. On avait généralement adopté, à celle époque, pour désigner les partis , les noms de chapeaux et de bonnets. L'alliance avec le cabinet de Versailles, qui d'abord n'avait pas été ratifiée, fut conclue pour 10 ans. La France devait payer à la Suède 300,000 thalers, par chacune des trois premières années. Cinq sénateurs, les comtesBjelke, Bonde, Hord,Barck et Creutz, tous dévoués à Horn , perdirent leurs dignités; Horn lui-même , cédant à l'orage , déposa ses fonctions.

Cette diète dura longtemps et fut remarquable par l'acharnement avec lequel les partis s'attaquèrent. Le 31 janvier et le 7 mars 1739, les épées furent tirées à la chambre des nobles, au cri de « pro patriâ et libertate. » Les chapeaux triomphèrent, et le comte Gyllenborg fut mis à la tête du ministère. On envoya immédiatement deux régiments en Finlande, et Tessin à Paris, pour veiller aux intérêts de la Suède. Entre autres instructions que reçut ce diplomate, se trouvait celle de conclure une triple alliance entre la Suède, le Danemarck et la France. On devait offrir au Danemarck le partage des provinces qui seraient enlevées aux Russes. Au mois de juin 1738, Malcom Sinclair, major dans la garde, qui avait séjourné longtemps à Constantinople, fut chargé d'une mission secrète auprès du divan. A son retour, il fut lâchement assassiné en Silésie (17 juin 1739), et dépouillé de ses dépêches. On accusa

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le minislèrc russe de ce crime, qui produisit une violente exaspération. On décida sur le champ l'envoi de 6,000 hommes en Finlande (août), sous les ordres du général Buddenbrock : on voulait la guerre sur-le-champ ou, jamais. Mais on se jeta dans l'embarras par cette provocation , qu'on ne s'était pas préparé à soutenir. Le cabinet russe paraissait vouloir éviter les hostilités. L'impératrice Anne mourut ( octobre 17/i0) ; elle avait, à l'exclusion de la princesse Elisabeth, fille de Pierre-le-Grand, laissé le trône de Russie à sa nièce, enfant de deux mois, dont elle confiait la tutèle àBiron, qu'on haïssait plus encore qu'on ne le craignait.

Une diète extraordinaire fui convoquée le k décembre 1738, pour aviser aux préparatifs de la guerre. Lewenhaupt fut encore proclamé ■ maréchal de la diète. L'animosité contre les Russes allait croissant. La guerre fut déclarée le 21 juillet 1741, et Lewenhaupt nommé général en chef. La Russie s'attendait à cette rupture. Le maréchal Lascy et le général Keith passèrent les frontières avec 10,000 hommes, et offrirent au général Wrangel, à Willmanstrand, un combat où il fut complètement battu, blessé et fait prisonnier.

Ce fut à cette époque qu'eut lieu la révolution , qui plaça Elisabeth sur le trône de Russie. Lewenhaupt, au lieu de profiter de cette occasion pour porter ses forces en Russie, resta dans l'inaction. Les Russes attaquèrent, au mois

de février 1742. L'armée suédoise se retira jusqu'à Helsingfors sans se défendre. L'ennemi, en faisant un circuit , lui coupa la route d'Àbo, l'enveloppa complètement et l'obligea à signer une capitulation , en vertu de laquelle elle déposa les armes. Toute la Finlande fut obligée de prêter serment de fidélité à l'impératrice Elisabelb.

Une nouvelle diète (1743) se réunit, et le baron Ungern von Sternberg, un des chefs des bonnets, fut nommé maréchal. On résolut de sacrifier les généraux au mécontentement du peuple et de faire la paix avec la Russie, en élisant un prince agréable à cette puissance.

Adolphe-Frédéric fut choisi , et à celte condition, la Russie consentit à restituer la Finlande à la Suéde. Les généraux Buddenbrock et Lewenhaupt, condamnés à mort, furent décapités. 1749 vit instituer les ordres royaux.

Frédéric I er , frappé d'apoplexie en 1748, abandonna presqu'entièrement les affaires , dont il laissa la direction à son successeur et au sénat. Il mourut le 25 mars 1751. Ce prince avait des qualités aimables. Il avait fait preuve plusieurs fois sur les champs de bataille d'un courage brillant. Son principal défaut était une indolence invincible , qui, jointe à une certaine vivacité , imprimait à toute sa conduite un caractère marqué d'hésitation et d'incertitude. Il saisissait et abandonnait avec une égale facilité les projets, les plans, les personnes et les choses,

toujours afin de ne gouverner que pour son plaisir ou à sa commodité , ou dans le but d'employer des personnes qui se soumettaient à servir d'instrument à ses desseins, quoiqu'il ne leur cachât pas Je mépris qu'elles lui inspiraient. La reine et ses domestiques étaient ses véritables conseillers ; il craignait plus l'une et obéissait davantage aux autres. Son règne fit prospérer le commerce et l'industrie. En 1731, la compagnie des Indes fut fondée à Golhenbourg. L'académie des sciences, instituée sur le plan du grand Linnée, ouvrit ses séances en 1739 : celle de peinture et de sculpture est due au comte Tessin. Mais ce qui jeta principalement un grand lustre sur cette époque , ce fut le nouveau code, présenté aux étals et accepté par eux en 1734 et sanctionné par le roi en 1736.

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