‹ L'histoire de Suède racontée à la jeunesse chrétienneChapitre 31 sur 36 · GUSTAVE III · texte numérisé non relu

GUSTAVE III

Gustave III était né le 24 janvier 17^6. La nature l'avait doué de grandes qualités : il était éloquent, affable, séduisant dans ses manières, et il avait fait des études approfondies sur l'histoire. Il épousa, en 1767, la princesse danoise Sophie Madeleine , et se trouvait à Paris à la mort de son père. Dès qu'il eut reçu la nouvelle de cet événement, il reprit en toute hâte la route de la Suède, en passant par Berlin. Le couronnement de Gustave III fut célébré le 29 mai 1772, au milieu de graves préoccupations. La révolution qui devait changer le sort du pays fermentait déjà dans sa tète; il avait gagné la confiance des jeunes officiers, qui tous témoignèrent le zèle le plus ardent pour ses intérêts. Ce fut le 19 août que la révolution éclata. Le 21 , la nouvelle constitution était lue et acceptée.

Gustave III , pendant les premières années de

son règne, jouit d'une popularité méritée et de l'amour sincère de ses sujets; mais ses dépenses et son luxe effrénés le jetèrent souvent dans le besoin. La diète de 1786 ne voulant pas payer ses dettes, il déclara la guerre à la Russie afin de confondre ses intérêts avec ceux de l'état, et de satisfaire ainsi son humeur ambitieuse. Cette guerre eut des jours glorieux pour les armes suédoises , particulièrement sur mer. La bataille navale de Hogland ( 1788 ) et celle de Swensksund (juillet 1790), rehaussèrenlla gloire militaire de la nation; mais en Finlande éclata la conjuration d'Anjala, qui anéantit tous les projets que Gustave III nourrissait contre Catherine II. Il fut obligé de convoquer les états à Stockholm (1789) , afin de se procurer les moyens de continuer les hostilités, mais à celle diète, la noblesse se montra hautaine et inflexible. Il proposa la loi de sûreté et d'union, que les trois états roturiers acceptèrent, mais que les nobles refusèrent de signer. Celte constitution conférait au roi un pouvoir absolu. La paix avec la Russie fut conclue à Wercle, le lk août

Les embarras d'argent nécessitaient, malgré la répugnance du roi, la prochaine convocation d'une nouvelle dièle. 11 fut décidé qu'elle se tiendrait à Gefle. La conduite du monarque indisposait de plus en plus la nation. L'amour du peuple s'était éloigné de lui. Cette assemblée ne dura qu'un mois; et accrut au plus haut point

l'exaspération de la noblesse. Le 16 mars 1792, dans un bal masqué à l'opéra, il fut mortellement blessé d'un coup de pistolet, tiré par le capitaine Ankarstrom, et expira treize jours après.

Gustave III était d'une taille moyenne; il avait de grands yeux bleus, pleins de vie, une figure belle , quoiqu'un peu efféminée. Aucun roi n'aurait eu un règne plus beureux s'il avait su s'appuyer sur les faits accomplis en 1772. Mais la nature , qui lui avait départi de si brillantes qualités, ne l'avait pas doué de celles qui pouvaient faire sonbonheur et celui de son peuple ; son esprit turbulent , excité par une imagination active et obscurcie par de vieux préjugés , ne lui permit pas de suivre la route que lui traçaient la prudence et la justice. Sa volonté n'était pas réglée par des principes sévères, purs et vertueux. Il déploya toujours plus d'esprit que d'intelligence. Son ambition élait sans bornes ; mais il n'attachait à la gloire d'autre idée que celle d'une puissance brillante, et la faisait consister plutôt dans une bonne renommée ; ses fautes tenaient à l'éducation qu'il avait reçue et à l'époque où il vivait. Il était plutôt Français que Suédois, et s'exprimait avec une égale facilité dans les deux langues. Il avait une mémoire prodigieuse , de la lecture et du goût, des manières exquises et une grande éloquence; aucun prince, du haut d'un trône, n'a parlé avec plus de dignité; aucun n'a été plus aima-

DE SïiiDE. 307

ble clans la vie privée. Il possédait une grande connaissance des hommes, de la présence d'esprit, de la constance. Il manquait d'énergie dans le caractère; il avait le courage moral et politique. Il fonda l'académie suédoise (1786), et gagna lui-même le premier grand prix d'éloquence ; le sujet à traiter était l'éloge de Torstensson. Ses œuvres sont imprimées en 5 volumes. Il aimait le théâtre et composait des pièces; on lui doit la fondation de l'opéra ; sa cour était le séjour des poètes. Les noms de Creutz, d'Oxenstjerna, de Léopoid et de Kellgren rehaussaient le sien. Il institua l'ordre de Wasa pour récompenser les inventions ou les perfectionnements dans l'agriculture , les arts et Fin dustrie.

HIS TOIRE

Page 1