‹ L'histoire de Suède racontée à la jeunesse chrétienneChapitre 33 sur 36 · CHARLES XIII · texte numérisé non relu

CHARLES XIII

Le sceptre , offert à Charles de Sudermanie , qui prit le nom de Charles XIII, resta neuf ans entre ses mains. Il signa la paix de Fredricshamn, en 1809. La Suède y perdait la Finlande jusqu'à Tornéo, et les îles d'Aland, dans l'Archipel de Bothnie. A la paix de Paris (1810), la Suède recouvra la Poméranie et la citadelle de Stralsund démantelée. Christian-Auguste, prince d'Augustenbourg et gouverneur général de la Norvège , fut élu prince royal , sous le nom de Charles- Auguste ; mais il ne fit qu'apparaître dans sa nouvelle patrie. Il mourut subitement en 1810. Alors le choix se porta , le 22 août de la même année, sur le prince de Ponte-Corvo, Jean-Baptiste-Jules Bernadotte, général delà république Française , maréchal d'empire et allié à Napoléon. Ce fut l'espoir de plaire à ce grand homme et de regagner la Finlande dans la lutte qu'on prévoyait entre la France et la

Russie, qui attira les regards de la nation sur ce guerrier. Si cette élection a eu d'autres résultats, on doit les attribuer à de grandes fautes politiques et principalement à l'orgueil du monarque français, qui voulut traiter là Suède, plutôt en province conquise qu'en étal indépendant, et qui, au milieu d'une paix profonde et à la veille d'une guerre avec Alexandre , s'empara de la Poméranie suédoise, désarma les troupes qui la gardaient, et les emmena prisonnières sur les bords de la Loire. Napoléon n'avait laissé d'autre alternative que la guerre ou la soumission; les Suédois aimèrent mieux s'exposer à la colère du puissant empereur, qui tenait encore entre ses mains les destinées de l'Europe, que de renoncer à leur indépendance. Les offres qu'il faisait à la Suède , si elle consentait à embrasser sa cause dans la campagne qui allait s'ouvrir, ne pouvaient inspirer Une grande confiance à Charles XIII, après la réponse qu'il avait reçue de Napoléon, lorsqu'il avait réclamé son appui : « Adressez-vous à Alexandre , il est grand et généreux. .. La politique du prince royal lui montrait d'ailleurs l'acquisition de la Norvège comme préférable à la rentrée en possession de la Finlande. L'Angleterre et la Russie donnaient leur assentiment à cette acquisition; Napoléon refusait le sien. Pour ceux qui savent dans quel état se trouvait alors la Suède, ce refus peut être considéré comme un des événements les plus heu-

reux pour le pays et pour la dynastie qui la gouverne aujourd'hui. Si Napoléon eût donné à ce royaume les garanties et les dédommagements que l'Angleterre et la Russie , mieux inspirées que lui, s'empressèrent d'offrir, il eût été difficile au prince royal de refuser son concours à la France; or, il est de toute évidence que jamais la Suède n'eût pu faire pencher la balance du côté de Napoléon, comme elle la fit pencher plus tard du côté de l'Angleterre et de la Russie, et que le résultat eût été, pour ce royaume, plus désastreux encore qu'il ne le fut pour la Saxe et pour le Danemarck. C'est ce que le prince royal avait pressenti. Ceux qui ont dit et répété qu'avec un régiment et un drapeau , il eût pu arriver à Pétersbourg en même temps que Napoléon à Moscou , ont complètement ignoré , ou n'ont pas su apprécier les obstacles qu'il eût éprouvés pour pénétrer seulement en Finlande, et les malheurs que cette tentative eût attirés sur la Suède. C'était la perte de toute sa marine, la destruction de tous ses ports. Dès lors tout moyen de défense se trouvait anéanti. Ce ne fut donc que par nécessité et par une politique aussi sage que clairvoyante, que la Suède s'unit à l'Angleterre et à la Russie. Elle adopta d'abord un système de neutralité ; la diète d'Oerebro décréta la conscription, la radiation de la dette nationale étrangère et la levée des troupes. Les antiques liens avec l'Angleterre, qu'on s'était efforcé de rompre, fu-

rent renoués par l'intérêt Commun. Le prince loyal usa de toute son influence , pour rétablir des relations amicales avec l'ancien ennemi du peuple, et pour éteindre cette haine mortelle que les Suédois nourrissaient contre un redoutable voisin, qui, depuis un siècle, leur avait arraché toutes leurs- possessions au delà de la Baltique. Lui seul avait compris que la Scandinavie, renfermée dans ses frontières naturelles, aurait chance de conserver son indépendance et de prospérer au milieu des jouissances d'une longue paix.

( Deux puissances formidables se disputaient l'empire du monde. Les autres étals, à l'exception de la Péninsule Hispanique et de la Grande- Bretagne, étaient traînés à la remorque du vainqueur, plutôt comme vassaux que comme alliés, et la crise était telle, qu'aucune nation ne pouvait rester neutre dans la lutte. Il est de règle constante en politique, qu'entre deux alliances, on doit toujours choisir celle de l'état le plus éloigné, et dont la base repose sur une civilisation plus avancée. Mais dans cette circonstance, la nécessité entraîna la Suède dans une voie contraire. Ce pays réunit ses forces à celles de la coalition qui allait écraser les restes de ces légions valeureuses qui avaient échappé au désastre de Moscou. Les Français avaient été vaincus par le climat, et non parles armes de la Russie. Napoléon et ses grands généraux étaient encore là; ils inspiraient encore des

craintes profondes aux princes de l'Allemagne. Aucun de ceux-ci ne possédait alors la confiance de ses peuples ; aucun ne pouvait leur servir de point de ralliement, etil en fallait un pour électriser les masses. La coalition, qui n'en avait point dans son sein , jeta les yeux sur le prince royal de Suède. Lorsqu'il parut en Allemagne, on eût dit que Gustave-Adolphe s'était élancé de sa tombe. L'espérance, fortement ébranlée par les batailles de Lutzen et de Bautzen , se ranima tout à coup. Dans l'entrevue de Trachenberg , le prince traça aux monarques la ligne qu'ils avaient à suivre pour enchaîner la victoire. La bataille de Gross-Beeren, gagnée par lui , sauva la résidence des rois de Prusse. Celle de Dennewitz ouvrit la Saxe aux attaques de l'armée du Nord ; et à Leipzig, Charles-Jean acheva le désastre qui délivra l'Allemagne du joug sous lequel elle gémissait. Pendant que la grande armée des alliés poursuivait sa marche vers le Rhin et la Hollande, il se dirigea, avecles forces suédoises, vers le Holstein, et après la prise de Glùekstad par le général Boyé , il contraignit le roi de Danemarck à céder la Norvège ( janvier 1814) à la Suède. Mais, avant que les forteresses de ce royaume eussent pu être livrées, le prince royal quitta le Holstein sur les instances de ses alliés, afin de se porter sur le Rhin. Il laissa ainsi le champ libre à l'insurrection, qui ne tarda pas à éclater en Norvège , sous le prince Christian, héritier présomptif de la couronne de Danemarck.

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Après la paix de Paris, en vertu de laquelle la Suède rendit à la France la Guadeloupe , que lui avait cédée l'Angleterre pour un million de livres sterling, Charles-Jean s'avança rapidement vers la Baltique. Des troupes s'embarquèrent pour ouvrir une nouvelle campagne , à laquelle le vieil et faible roi Charles XIII voulait lui-même prendre part. Elle fut de courte durée. Les Suédois pénétrèrent en Norvège ; l'armée du pays était tournée, et celle des vainqueurs n'attendait que le signal pour livrer la dernière bataille , celle qui devait décider du sort de la Scandinavie. L'issue n'en pouvait être douteuse. Les troupes suédoises, supérieures en nombre, aguerries, mieux commandées, avaient une confiance aveugle dans leur chef, et étaient pourvues de tout. Celles de Norvège, sans approvisionnements, manquant du plus strict nécessaire, et privées de chefs habiles, s'abandonnaient au découragement. Dans ces conjonctures , fut conclue la convention deMoss, qui eut pour résultat la reconnaissance, par la Norvège, de Charles XIII, comme roi, et de Charles-Jean comme prince royal. Elle reçut en récompense, la constitution la plus libérale qui existe en Europe, et des avantages plus réels que ceux que les Suédois avaient retirés delà révolution de 1809.

Depuis la conclusion de la paix jusqu'à la mort de Charles XIII, le gouvernement n'eut à combattre que des embarras financiers. Le prince Charles-Jean fut l'àme de l'administra-

tion , comme il avait été l'âme de la guerre. Pendant la maladie de Charles XIII, il avait fondé l'académie d'agriculture. Le roi mourut en février 1818, laissant le trône à son fils adoptif.

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