CHAPITRE III
Anscliairc , apôlre du nord.
Anschaire naquit dans l'Allemagne, où le christianisme s'était déjà répandu. Il perdit de bonne heure sa mère , et l'ut placé par son père dans une école. D'abord il parut se livrer avec plus d'ardeur aux jeux de son âge qu'à l'étude. Mais il lui sembla, dans un songe, qu'il se trouvait dans un lieu couvert de boue et d'ordures , mais traverse par un beau chemin , émaillé de fleurs , sur lequel se promenait une femme vêtue d'une robe blanche et toute lumineuse. Il crut reconnaître la ■sainte vierge. Elle était suivie d'une foule de saintes femmes , parmi lesquelles il aperçut sa mère. Il voulut courir à elle ; mais il ne pouvait sortir de la boue. Marie alors s'approcha et lui dit: «Mon fils, si tu veux voir ta mère, fuis les vanités de ce monde; cherche à purifier tes mœurs ; car nous avons horreur des vanités, et celui qui s'y abandonne ne peut être avec nous. » Ce songe produisit dans le jeune écolier une métamorphose complète. Il se traça un nouveau plan de conduite, et ne s'occupa plus que de choses sérieuses. Ses études
achevées, il enlra dans un couvent de Corbay, où il se rendit célèbre par la régularité et la simplicité de ses mœurs. Les moines racontèrent qu'il avait souvent des révélations. Sa réputation grandit, et il fut choisi par l'empereur Louis-le- Débonnaire pour prêcher le christianisme dans la Péninsule cimbrique. Il remplit sa mission avec succès, au milieu des périls sans nombre dont il se vit entouré chez les peuples idolâtres.
A celte époque des nuées de pirates suédois, norvégiens et danois, sillonnant toutes les mers, jusqu'aux rivages les plus éloignés, répandirent partout la terreur qu'inspiraient leurs armes et leurs déprédations. L'Italie, la Sicile, la Méditerranée entière portaient des traces de leurs passages. Ce sont eux que l'histoire désigne sous le nom générique de Normands. Plusieurs conciles prirent le parti d'essayer de les convertir au christianisme, d'adoucir ainsi leurs mœurs , et de mettre un terme à leurs ravages. Emund, roi d'ipsala, envoya à l'empereur des ministres chargés de lui annoncer qu'une multitude de leurs compatriotes désiraient recevoir le baptême. Nul n'osait se charger de cette mission : Ànschaire seul en eut le courage. Il partit avec les envoyés suédois. Arrivé clans la Baltique, le vaisseau qui le portait fut attaqué par des pirates, et l'apôtre n'échappa qu avec peine au danger. Ses compagnons voulaient rebrousser chemin, mais lui s'y refusa
formellement: « Je me donne à Dieu, dit-il, corps et âme, et je ne m en retournerai pas avant d'avoir prêché le christianisme dans ces pays. » Sans se laisser abattre par les obstacles de la route, tantôt à pied, à travers les forêts, tantôt sur une barque, coupant de grands lacs qui, dans le récit , sont comparés à des mers , il arriva avec ses compagnons au port de Birca, qu'on appelle aussi la Place du Commerce, village sur les bords du Melaren , où résidaient de riebes marchands. Biorn-sur-la- Coltine , co-régent du roi Emund, reçut le missionnaire avec bonté; il lui permit de prêcher sa doctrine, et grand nombre de payens se convertirent à sa voix, entre autres Hergcir, conseiller du roi, qui commandait à Bjorko. Ce dignitaire fit bâtir la première église chrétienne qui ait été élevée dans le nord. Anschaire, à son retour de Suède , accepta le siège archiépiscopal de Hambourg, fondé pour la conversion des peuples septentrionaux. Il sacra évêque de Biorko un moine du nom de Gautbert , connu sous celui de Simon, lui traçant une honorable règle de conduite dans ses rapports avec le peuple ; lui conseillant de n'accepter aucune donation, mais de vivre du fruit de son travail et de servir , par une vie sainte et sans reproches, de modèle aux Scandinaves. Malgré ces bons avis, Gautbert devint bientôt si odieux aux idolâtres, qu'ils le massacrèrent, et la Suède resta longtemps sans apôtres; personne n'osant s'y
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rendre, Anschaire enfin prit le parti d'y faire un second voyage. Un autre roi régnait alors sur ces contrées. L'exaspération du peuple paraissait telle aux amis d'Anschaire, qu'ils l'engagèrent à s'éloigner des rivages du Melaren; mais lui, repoussant ces insinuations, se fraya un passage jusqu'au roi, qui l'accueillit fort bien, et n'osa cependant prendre sur lui de lui permettre de prêcher sa doctrine. Il fallut d'abord consulter le peuple réuni en ting (assemblée générale). Un vieillard se leva et prononça ces paroles : «Écoutez, peuple et roi! personne de nous n'ignore que le dieu des chrétiens aide ceux qui ont foi en lui. Grand nombre d'entre nous en ont eu la preuve dans les hasards de la mer et au milieu d'autres dangers. Pourquoi rejeter ce qui peut nous être utile ? pourquoi aller chercher ailleurs ce que nous avons aujourd'hui sous la main ? Car plusieurs des nôtres, pour connaître cette nou- \elle religion, ont fait le voyage de Dorstad. Mon avis est de recevoir les serviteurs de ce dieu, qui est plus puissant que tous les autres, et dont il est bon d'avoir la protection , pour le cas où nos dieux nous deviendraient contraires. » Le peuple y consentit , et Anschaire commença à semer la parole du Christ. Une église s'éleva par ses soins. Il secourait les pauvres , et rachetait les captifs. Simple , humble et bon, il versait des larmes au récit d'un trait d'inhumanité. Il ramena de Suède des prison-
niers qui avaient été arrachés de leur patrie, et son biographe dépeint la vive émotion qui saisit une mère à la vue d'un fils que les Suédois lui avaient ravi , et que lui rendait le saint évêque. Ir avait été toute sa vie plein de respect pour la vertu miraculeuse des saints ; l'église, toujours juste et reconnaissante, le canonisa lui-même après sa mort