CHAPITRE V
Olof Roi au berceau (Skœtkonung).
Olof Skœtkonung régnait en Suède en même temps qvx'Olof Trygwasson en Norvège. Celuici était déjà célèbre par ses talents et sa valeur. Il avait voyagé dans sa jeunesse, et s'était converti au christianisme pendant son séjour en Angleterre. Il montra beaucoup de zèle pour la propagation de la foi. A son retour en Norvège, /faquin (Hakon) , jarl qui dominait alors sur ces contrées, fut tué et Olof Trygwasson proclamé roi de tout le pays. Il employa tantôt la persuasion, tantôt la force, pour amener le peuple à se faire baptiser, et envoya à l'orgueilleuse Sigrid des messagers chargés de demander sa main. Sa proposition fut favorablement accueillie. Le roi el la reine eurent une entrevue l'été suivant, et convinrent de célébrer bientôt leur union. Cependant Olof, exigeant qu'elle se fit chrétienne, en reçut une réponse pleine de hauteur. Irrité, il lui lança son gant au visage en lui disant : « Je ne veux pas de toi pour épouse, chienne de payenne. » Sigrid se leva en s'écriant : « Cet outrage te coûtera la vie. »
Ils se séparèrent la rage dans l'âme. La prïïl cesse épousa Swen Twcskagg, roi de Danemark, qu'elle ne cessa d'exciter ainsi que son fils, OlofSkœtkonnug, à attaquer le roi de Norvège. Celui-ci épousa bientôt la princesse Tyri, sœur du roi Swen, et veuve de Styrbiorn-le- Fort. Elle lui persuada d'armer une grande flotte pour réclamer sa dot de Burislef, roi du Yindland (pays des Wendes, le long de la côte orientale de la Baltique). Il obtint ce qu'il avait demandé, mais, en revenant, il fut attaqué près de l'ile de Swalder (1000) , par les flottes combinées du roi de Danemarck et d'Olof Skœtkonung. Les trois rois du nord assistaientà cette bataille. Olof Trygwasson, sevoyant accablé parle nombre, se couvrit de son bouclier et se précipita dans les flots. Les uns disent qu'il y trouva la mort, les autres, que, s'étant sauvé sur un autre vaisseau, et ayant renoncé pour toujours aux montagnes de sa patrie, il se rendit à Rome, et de là à Jérusalem, où il attendit une mort obscure au fond d'un monastère.
La Norvège fut divisée en quatre parties.
Olof Skœtkonung en reçut une, dont il confia le gouvernement à Swen, jarl marié à sa fille Holmfrid.
Depuis la mort d'Anscbaire , la religion chrétienne avait langui dans la Suède. Elle ne reprit son ancien essor qu'à l'arrivée de Sigfrid, prêtre de la ville d'Yorck, en Angleterre, qui
s'établit à Vexiœc, dans leSmoland. Olof Skœlkonung fut baptisé par ses soins , dans la fontaine de Husaby en Vestrogothie (1001); ce premier prince chrétien qui ait régné sur le pays prit le titre de roi de Suède (Suéa). Sa cour était brillante, mais son caractère altier son amour-propre excessif lui donnaient plus de ressemblance avec sa mère qu'avec son père. Il n'aimait pas la guerre, et laissa reprendre par les ennemis tout le territoire que les armes victorieuses d'Erik avaient soumis à la Suède.
Harald Granske, brûlé par la mère d'Olof, avait laissé un fils, Olof Ilaraldsson , qui ne tarda pas à se signaler par une grande élévation d'âme et par un courage sans bornes. Il était d'une taille moyenne, replet et d'une constitution robuste. Il fit ses premières armes contre la Suède, parcourut le lac Melaren, et ravagea ses côtes. Ce lac n'avait alors qu'une issue ; Olof Skœtkonung la fit fermer et attendit son adversaire à la tête d'une armée formidable , mais celui-ci fit creuser m autre canal , et s'enfuit ainsi avec tout ca dont il s'était emparé dans son expédition. A son retour en Norvège , il en chassa Je gendre d'Olof Skœtkonung, mit fin à la puissance danoise et suédoise dans ce pays, dont il devint roi, et fut célèbre dans l'histoire sous le nom de saint Clof. Le monarque qui régnait sur la Suède , uveuglé par son orgueil, n'avait pris aucune mesure pour défendre ses frontières. Cette indifférence
1IIST. DE SUÈDE. -•
3/j HISTOIRE
excita dans la nation un mécontentement qui finit par éclater à YAlsherjarting d'Lpsala ( assemblée du peuple armé). Olof n'avait pas voulu entendre parler d'une réconciliation avec la Norvège, malgré les souffrances des provinces limitrophes et les plaintes toujours croissantes de leurs habitants. Mais Olof Haraldsson signa un traité de paix avec liagewald, jarl de la Gcthie (Gotaland), et la bonne intelligence fut ainsi rétablie entre les Norvégiens et les Goths. Puis Olof Haraldsson envoya une ambassade à Olof Skœtkonung, lui offrant la paixellui demandant la main de sa fille Ingcgerd; la princesse y consentit; mais son père la refusa. Ragewald promit de faire partie d'une seconde ambassade; il avait un ami puissant dans son père adoptif, Thorgny , sénéchal du palais, el le plus sage paysan de tout le nord , à celle époque. Il arriva à Upsala : lorsque les affaires portées devant le ting eurent été discutées suivant l'usage, l'envoyé de Norvège se leva et exposa à haute voix l'objet de sa mission. Mais le roi, s'élançant de son siège, l'interrompit par desparoles de colère. Le jarlRagewald exprima, au nom des Visigoths, les mêmes sentiments, e * y joignit des vœux de réconciliation ; mais il ne fut pas mieux accueilli. Le silence qui régnait ne dura pas longtemps; Thorgny s'était levé, ainsi que tous les paysans. On entendit les murmures du peuple et le cliquetis des armes. Cependant, le calme s'étant un peu rétabli
dans la foule, Thorgny prit la parole : « Les rois de Suède , dit-il, agissent aujourd'hui bien autrement qu'autrefois. Thorgny, mon grand-père, se rappelait fort bien ErikEmundsson, roi d'Upsala, et disait de lui que, dans sa jeunesse, alors qu'il entreprenait tous les ans des expéditions guerrières et qu'il soumettait la Finlande, le Kirialand , l'Estonie , la Courlande et tous les pays qui l'avoisinent à l'est, où des fortifications en terre et des remparts attestent ses travaux, il n'était pas si orgueilleux qu'il ne prêtât l'oreille à ceux qui avaient à lui parler. Mon père, Thorgny, vécut longtemps auprès du roi Bjorn ; il connaissait ses mœurs et ses habitudes. Ce prince était affable envers tous, et le royaume florissait. Moi-même je me souviens d'Erik-le-Victorieux; j'ai assisté à la plupart de ses expéditions et de ses combats. Il agrandit ses étals et les défendit vaillamment ; cependant il était accessible à tout le monde. Mais le roi qui règne aujourd'hui ne laisse parler personne et ne veut écouter que ce qui lui est agréable à entendre. J'ajouterai qu'il perd, par son indifférence, tous ses tributaires. Il a néanmoins la prétention , qui n'est jamais venue à l'esprit d'aucun roi de Suède, de dominer la Norvège. Ses sujets doivent donc être dans une crainte continuelle.
Mais nous, paysans, nous voulons que vous, roi Olof , fassiez la paix avec le roi des Norvégiens et que vous lui donniez en mariage votre
fille Ingegerd. Si vous désirez recouvrer les provinces que vos ancêtres ont possédées à l'est , nou» sommes prêts à vous suivre; mais si vous dédaignez nos paroles nous tomberons sur vous r pour vous massacrer ; car nous ne sommes pas disposés à souffrir vos outrages. Ainsi agissaient nos ancêtres, quand ils jetèrent à l'eau cinq rois orgueilleux comme vous. Nous attendons votre décision. » A peine eut-il achevé, que le peuple se livra de rechef au tumulte et que l'air retentit du bruit des armes. Mais le roi se leva en disant qu'il acceptait les propositions qu'on lui faisait. Il ajouta qu'en agissant de la sorte , il suivait l'exemple des rois de Suède, qui avaient toujours pris conseil du peuple.
Cependant Olof manqua à sa parole. Il ne voulut plus bientôt donner sa fille au roi de Norvège, quil'attendit vainement auxfrontières de son royaume. Celui-ci envoya à son ami Ragewald jarl, qui lui proposa la sœur d'Ingegerd , la princesse Astrid, élevée à sa cour. Comme elle était très-belle , Olof Haraldsson y consentit volontiers. Mais le peuple était si mécontent, qu'Olof Skœtkonung fut obligé de se rendre sur les limites de la Norvège et de la Suède, et de faire la paix avec la Norvège, en s'adjoignant son fils Jacques comme co-régent. Les idolâtres, qui trouvaient que ce nom chrétien sonnait mal, v ajoutèrent celui d'Anund (1056)...
DE SWfcB*. "* 7
Après lui régna Emma, surnommé le viciu.
Élevé dans un pays étranger, au sein de sa famille, il n'aimait pas le christianisme. Sa méchanceté et son avarice lui valurent le surnom de dur (I)en Slemme). Il mourut sans laisser ,1e descendants mâles. Ce l'ut le dernier des membres de la famille Ivar Widfamne qm monta sur le trône de Suède (10<>1).