Chapitre Deuxième
c’est, je crois, écrit dans notre sainte Thorè,
Pas besoin de vous traduire, n’est-ce pas, Reb Scholem Aleiï’hem ? Mais ça veut dire autant comme quand nous disons : « Le plus malin cheval, il lui faut un fouet; le plus malin homme, il lui faut un conseil. » Contre qui est-ce que je parle, quand je dis ça? Contre qui? Contre moi. Parce . que, si j'aurais eu l'intelligence de rentrer chez un ami, et de lui raconter toute l'affaire, et ceci et
BR" ma’hschovoss belèv isch... », comme
cela et pourquoi et comment, l’affaire aurait fini
autrement... Seulément quoi? Si Dieu veut punir un homme, il lui prend le sé’hel, l'intelligence! Combien de fois je me suis pensé : « Voyons, réflé- * chis un peu, Tèvié : tu n’es pourtant pas un schlemyhl ! Alors pourquoi est-ce que ça vient que tu te laisses toujours conduire dans le bain? Est-ce que ça te gênerait beaucoup, par exemple,
Thoré, Loi de Moïse.
Schlemyhl, sot.
si, à côté de ton lait et de ta crème, et de ton beurre, qui te font un nom à Boïberik et à Yéhoupetz et partout sur le monde, — tu aurais, en plus, quelques pièces qui sonnent bien, enterrées quelque part dans un coffre, — et qu'aucun ne le saurait?.. Parce que : à qui est-ce que ça regarde, je vous demande un peu, si Tévié a de l’argent ou si Tèvié n’a pas? Ah! oui, il s’est beaucoup intéressé sur Tèvié, le monde, quand Tèvié mouraït de faim trois fois par jour, avec sa femme et ses enfants (à aucun Yid je ne le souhaite!) Non! non! c’est seulement quand Dieu a commencé de regarder sur Tèvié, pour faire du bonheur à Tèvié, et quand Tèvié a commencé de mettre une rouble de côté, — alors seulement Tèvié a grandi sur le monde; et Tèvié est devenu quoi? Tèvié est devenu Reb Tèvié!.. Alors, tout d’un coup, les bons amis sont arrivés! Quand Dieu donne avec la cuillère, avec la louche les amis donnent : celui-ci me donne une épicerie (avec mon argent), et celui-là me donne
une mercerie (avec mon argent), et celui-ci une mai-
son avec un bout de jardin, et celui-là me donne un terrain avec un bout de forêtl... Et moi je leur dis : « Comment est-ce que je dois acheter tout ça? Est-ce que vous croyez que je suis devenu Brodsky ? À tous, je souhaite autant comme il me
Reb, Monsieur.
Brodsky, nom d’un millionnaire célèbre en Russie.
manque pour faire trois cents roubles, et même deux cents roubles, et même cent roubles! »
Bref, pour vous raccourcir, nous voulons laisser nos ŸYids. Dieu m’en a envoyé un qui me suffit, je vous garantis : un de la famille, un parent de loin, comme on dit, le manche du fouet de mon cheval, comme on dit. Mena’hem-Mendel, qu’il s'appelle : un qui va et qui vient, qui court et qui tourne (sur aucune bonne place, jamais qu’il ne reste!) Celui-là a su me trouver! et il m’a rempli la tête avec ses ’holomoss, ses chimères, comme vous dites! — Vous allez me demander comment moi, Tèvié, je viens juste avec ce Mena’hem-Mendel. Et moi, je vous réponds : « Avodim hoïnou », nous avons été esclaves chez Pharaon, en Égypte : c’est Dieu qui l’a voulu, pas moi! » Et maintenant, écoutez l’histoire. |
Un jour, au commencement de l'hiver, j'arrive à Yéhoupetz avec ma marchandise, vingt livres de beurre frais, du vrai beurre de Butterland! et des fromages je ne vous dis que ça! — de la croûte en argent et de la croûte en or! — je vous en souhaite toute l’année des pareils! Naturellement, ma marchandise, je la vends tout de suite, comme si ce serait du sucre. Jc n’ai pas seulement le temps de rentrer chez tous mes clients, les riches
Vids, juifs.
Butterland, le Pays du Beurre.
de Yéhoupetz, qui restent dans les villas de Boiberik, et qui attendent sur moi comme sur Moschia’h, le Messie!... Mais, comme le prophète dit : « Laisse les autres te louer, la bonne marchandise se loue bien toute seule ! »
Bref, pour vous raccourcir, une fois que j’ai eu vendu ma marchandise et jeté sous mon cheval un peu de foin, je suis été dans la ville faire un tour. « Odom yessodo meiofor », l’homme n’est que poussière, n'est-ce pas ?. Et Tèvié n’est qu’un homme : il veut aussi regarder un peu autour, sur le monde, et prendre l’air dans la poitrine, et voir les belles choses qui sont derrière les fenêtres des beaux magasins de VYéhoupetz, et qui disent : « Avec les yeux tu peux toucher ; mais prendre avec les mains : «isch dir ôsser ! » ça, c’est défendu!» Et juste, je suis devant la fenêtre d’un beau magasin comme ça, où il y avait, ma foi, une belle marchandise : des roubles, toutes sortes, des roubles en or et des roubles en argent, et des roubles en papier, des tas et des tas ! Et je me pense : « Ribono schel olom », Seigneur, Maitre du monde! si j’aurais seulement la dixième part de ce qui est là, qui est-ce qui serait mon pareil sur la terre, et qu'est-. ce que Dieu oserait me refuser? D’abord primo, pour commencer, je marierais mon aînée ; et cinq cents roubles de dot que je lui donnerais, en dehors des cadeaux, et du linge, et de la dépense
pour la noce !.. Et puis, je vendrais mon cheval, et la voiture, etles vaches, — et j'irais à la ville, pour rester, et je m achèterais une place à la schoul,
du côté du Mizra’h, où le soleil se lève, et où les
millionnaires s’asseyent ! Et à ma femme (longtemps qu'elle vive !), je donnerais des perles et de la tsedokè pour distribuer aux pauvres, comme ça se convient à la femme d’un riche. Et je vous garantis que ça ne serait plus Yankel Scheigetz . qui présiderait pour l'enterrement des morts; assez longtemps déjà il boit du vin fin et il mange des foies gras sur le compte de la Aïllè ! »
Je me pensais tout ça, et voilà que j'entends derrière moi quelqu'un qui dit : « Salut sur vous ! Reb Tèvié. Comment va le Yid? » Je me tourne, je regarde; pour sûr, je le connais! « Sur vous salut! . que je réponds. D'où est le Yid ? » — « D'où est le Yid ? qu'il me fait : de Mazèpovkè. Je suis juste cousin avec vous, c’est-à-dire : la grand’mère à votre femme Goldè était cousine à la cousine de . ma grand’mère Rivkè. » — « Halte ! que je dis. Est- ce que vous n'avez pas marié la fille de Borou'h- Hersch, le fils de Leiè-Dvossè ? » — « Presque, qu'il
Schoul, synagogue.
Tsedokè, justice, charité, aumône.
Killè, communauté.
… Comment va le Yid? Comment va le Juif? Pour dire . Comment allez-vous ?
D'où est le Yid ? D'où êtes-vous ?
me dit. J'ai marié une fille à Borou’h-Hersch, le fils de Leiè-Dvossè; et ma femme s'appelle Scheinè- Scheindel de Borou’h-Hersch de Leiè-Dvossè. » — « Halte! que je dis. La grand’mère à la mère de votre femme Sorè-Yentè, était cousine avec la tante à ma femme, Froumè-Zlatè, et, si je n'ai pas d'erreur, c’est la troisième fille à Borou’h-Herschde Leiè-Dvossè, que vous avez mariée ? Seulement; comment est-ce qu’on vous appelle ? Ça, je ne me rapelle pas. » — « Commentest-ce qu’on m'appelle ? On m'appelle tout simplement Mena’hem-Mendel de Borou’h-Hersch de Leiè-Dvossè; c'est comme ça qu’on m'appelle à la maison, à Mazèpovkè » — « Si c’est comme ça, mon cher Ména’hem-Mendel, on veut se dire « tu », veux-tu? Voyons, racontemoi un peu qu'est-ce que tu fais là ; et la mère de ta femme, qu'est-ce qu'elle fait ? et le père de ta femme, qu'est-ce qu’il fait? (longtemps qu'ils vivent!) Et comment va la santé ? Et comment va le commerce ? » — « Pour la santé, ça va toujours ; mais pour le commerce, ça ne va pas toujours. » — « Ça ira mieux, Dieu aidera », que je dis. Et je regarde sur ses habits, nèbisch tout frottés partout, et ses bottes déchirées... « N'aie pas peur, que je dis : Dieu aidera! Comme c’est écrit : « Hakol hével », tout est vanité, le monde est un
Nébisch, hélas !
rêve |! L'argent cst rond : un jour il va là, un jour il va là. Le principal, c’est la confiance : un Yid doit avoir la confiance !.. Mais comment est-ce que tu viens tout d'un coup à Yéhoupetz ? » — « Qu'’estce que vous voulez dire, que je viens tout d’un coup à Yéhoupetz ? Je ne viens pas tout d’un coup: : voilà déjà un an et demi que je reste ici! » — « Alors tu vis à Yéhoupetz ? » — « Chut! qu'il me fait; chut! chut! » Et il regarde autour, de tous les côtés. « Ne criez pas si fort, Reb Tèvié, qu’il dit. Personne ne doit savoir : je reste à Yéhoupetz, mais je ne vis pas à Yéhoupetz ! »
Je regarde sur lui comme sur un fou-meschugguë. « Est-ce que tu es sauvé de prison, que tu te caches, comme ça, au milieu du marché? » — « Ach! ne m'en parlez pas, Reb Tèvié! Vous connaissez pourtant quelque chose dans les lois de Yéhoupetz! Venez un peu, que je vous raconte : vous verrez qu'est-ce que ça veut dire, de rester à Yéhoupetz, et de ne pas vivre à Yéhoupetz! » Et il me raconte toute une Meguillè : les règlements, et - les Yids, et la police, et ciet çal... « Sais-tu quoi? . que je lui dis : viens au village, pour un jour, avec moi; repose une fois tes os un moment ! Ma vieille
Les lois : le séjour de la plupart des villes était interdit aux Juifs sous le gouvernement tsariste,
Meguillè, rouleau, livre, et plus spécialement le Livre d’Esther, qui a la réputation d’être une fort longue histoire.
veut être hors d’elle de joie, je te garantis ! »
Bref, pour vous raccourcir, il ne se laisse pas longtemps prier; et nous partons. Quand nous venons à la maison, vous vous pensez quels cris ; le petit-fils à la cousine de la cousine d’une grand'mère, c'est quand même quelque chose, pour un Yid : si on est de la famille, on est de la famille, comme on dit. Et elle en demande, ma Goldè, des questions : « Eh! bien, quoi de ueuf à Mazèpovké ? L'oncle Bourou’h-Hersch, qu'est-ce qu’il fait ? Et la tante Leiè-Dvossè, qu'est-ce qu'elle fait ? Et. l'oncle Yossel-Ménasché, qu'est-ce qu'il fait ? Et la tante Dobrisch, qu'est-ce qu'elle fait ? Et les enfants, qu'est-ce qu’ils font ? Qui est-ce qui est malade ? Et qui est-ce qui est mort? Et qui est-ce qui a marié? Et qui est-ce qui a divorcé? Et qui est-ce qui a accouché? Et qui est-ce qui veut accoucher ? » — « Qu'est-ce que ça te regarde, à toi, — que je dis, à ma vieille, — qui veut accoucher et qui ne veut pas accoucher? Donne-nous plutôt quelque chose pour mettre dans la bouche. Si tu as de la soupe au choux, ça va : et si tu as seulement de la carpe farcie, eh! bien, ça va aussi! pourvu qu'on attend pas dessus trop longtemps. »
Bref, pour vous raccourcir, on lave les mains, et, comme c’estécrit dans Le possug : « Vayo’hlou »,
Lave les mains, usage rituel avant le repas.
Possug, verset,
on a joliment bien soupé ! « Mange, mange seulement, Mena’hem-Mendel!que je disais : la santé et le plaisir, c’est dans la marmite que tu les trouves, comme disait ma grand’mère Ne’hamè sélig (en bénédiction que Dieu s’en rappelle : c'était, ma foi, une intelligente Yidenè !) » Mon pauvre Mena’hem- Mendel, ses mains tremblaient ! Et il en faisait, des compliments, sur l’ouvrage de ma vieille : jamais, qu’il disait, il n’avait mangé des choses pareilles ! « Schtouss, bêtises ! que je lui répondais : si tu goûterais seulement les noudeln qu’elle fait, tu saurais qu'est-ce que c’est le paradis, le Gan Eiden sur la terre ! »
Quand on a eu fini de manger, et fini de bentschen, on a commencé de causer, naturellement, moi de mon commerce, et lui de son commerce. Et je parlais de celui-ci et de celui-là, et de grenier, et d'oignons, et de vermicelles ; et lui, de nouveau il parlait de son commerce. Et ïil racontait des histoires d'Odessa et de Yéhoupetz, comment dix fois il avait été sur le cheval, et dix fois sous le cheval, aujourd’hui un riche et demain un kabtsen,
… et de nouveau un riche et de nouveau un kabtsen ! 11 vendait des choses que je n’ai jamais entendues
Sélig, bienheureuse.
Noudeln, nouilles.
Bentschen, dire les bénédictions après le repas. Kabtsen, miséreux.
de ma vie : des hausses, et des ‘baisses, et des actions et des transactions, et des Poutilof, et des Malzof, est-ce que je sais quoi? Et des chiffres qu'il disait! qu'on peut devenir foumeschugguè : des dix mille et des vingt mille, de l'argent, comme si ce serait du bois!
« Vrai, que je lui dis, Mena’hem-Mendel, il faut que tu sois joliment capable pour tout ça! Mais d'une chose je m'étonne : comment est-ce qué ta femme, selon comme je la connais, te laisse aller comme ça de tous les côtés, et qu’elle ne vient pas te rencontrer, à cheval sur son balai ? » —« Ach! Reb Tévié, qu'il répond avec un soupir, ne me rappellez pas d’elle : elle me fait déjà assez chaud et froid ! Si vous écouteriez seulement qu'est-ce qu’elle m'écrit, vous diriez que je suis un tsadiq, oui, un saint, pour tout ce que je supporte | Mais ça n'est rien : on a une femme, c’est pour qu’on supporte,
n'est-ce pas ? Seulement il y a encore une autre …
fortune que je possède : ma belle-mère! » — « Tu as toutes sortes, que je réponds, — comme dans le troupeau de Laban, « akoudim, nekoudim », des tachetés et des rayés; c’est à dire une plaie qui estune plaie, et sur la plaie un abcès. » — « Juste comme vous dites, Reb Tèvié : la plaie est une plaie, mais plus pire que la plaie est l’abcès ! »
Poutilof, Malsof, célèbres valeurs russes.
EN
mot où Le INT 4 2 Pre 4, -0rsi Dre
y Bref, pour vous raccourcir, jusque dans la nuit
nous avons geschmusst. Et la tête me tournait,
__ de toutes ces histoires de milles qui haussent et de
* milles qui baissent, et de millions plus riches que
des Brodsky! Et, toute la nuit, ça me rêvait de
Yéhoupetz et de roubles, mélangés avec des Brodsky et avec des belles-mères.
Le matin seulement, Mena’hem-Mendel a dégonflé son cœur : « Comme ça va maintenant chez nous, à Yéhoupetz, qu'il me dit, et que l’argent est devenu très haut et la marchandise très bas, vous avez à présent dans la main, Reb Tèvié, de gagner des roubles et des roubles. Vous devez faire ça pour vous, Reb Tèvié, et, dans le même temps, pour moi, vous faites avec un mort un vivant. » — « Tu parles comme un enfant, Mena’hem-Mendel, que je réponds. Est-ce que tu crois qu’il y a chez moi de l’argent de Yéhoupetz, des roubles en or ? Ce qui me manque pour être un Brodsky, je me souhaite, et je te souhaite, de le gagner depuis aujourd’hui jusque Peissè’h ! » — « Oui, oui, je sais, — qu’il . dit. Maïs vous pensez que, pour travailler dans mon
affaire, c’est obligé qu’on met beaucoup d’argent ?
Jamais de la vie. Si vous me donnez seulement, au
jour d'aujourd'hui, un billet de cent, je fais, avec,
dans trois quatre jours, un billet de trois cents, ou
Geschmusst, bavardé.
Peissé’h, Pâque.
de six cents, ou de sept cents, et pourquoi pas un billet de mille? » — « Oui, que je réponds, — comme dans le possug : Korov lis’hor.…….; c’est de l’argent sûre, seulement, elleest encore loin de la poche! Tu parles, ma foi, bien; mais il faut, d’abord primo, les cent roubles pour commencer. » —
« Ach! voyons, Reb Tèvié, qu’il me dit, — un billet de cent on trouve encore chez vous, avec votre affaire, et avec votre grand nom! » — « Qu'est-ce
que j'ai avec un grand nom ? que je réponds. Pour sûr, un grand nom est quelquechose ; mais, /ehaedil ne pas confondre! j'ai le nom, et Brodsky a l’argent !.. Est-ce que tu veux savoir ma fortune? Même pas cent roubles en tout ! Et, avec ça, dixhuït choses à soigner : d’abord primo, mon aînée, que je veux marier... » — « Tout juste, qu’il medit, vous avez une occasion : vous mettez vos cent roubles dans l'affaire, et vous gagnez assez pour marier toutes vos filles ensemble, et la prochaine avec. »
Et maintenant vient une autre histoire. Trois heures sur l'horloge, il veut m'expliquer comment, avec un, il fait troîs et; avec trois, il fait neuf. « D'abord primo, qu’il dit, tu apportes tes cent roubles, et tu achètes dix... (Dix quoi ? quelle mar-
Possug, verset.
Lehavdil, littéralement : pour séparer (sous-entendu : le sacré du profane).
chandise ? Je n’ai pas encore aujourd'hui compris l).
Et puis tu attends un jour, deux jours, jusque ça
monte. Et puis tu télégraphies une dépêche, quelque
part, là-bas : ils doivent vendre, et, avec l’argent,
ils doivent acheter deux fois autant. Après, ça
monte de nouveau, et de nouveau tu télégraphies
une dépêche, et de nouveau ils vendent, et de nou-
veau ils achètent. Et après, tu recommences et tu
recommences, jusque cent devient deux cents, et
deux cents devient quatre cents, et quatre cents devient huit cents, et huit cents devient seize cents :
« Nissim veniflôss », comme on dit, — des vrais
miracles !... « 11 y en a, qu’il me dit, — à Yéhoupetz,
qui, pas plus tard qu’hier, promenaient sans bottes ; : et, au jour d'aujourd'hui, ils ont des maisons, et
ils ont des femmes qui ont mal à l'estomac, et ils
voyagent aux bains, pour la santé, et ils promènent
sur des roues en caoutchouc, et ils ne reconnaissent
plus seulement un Yid !»
Bref, qu'est-ce que je dois vous prolonger? Je sentais déjà l'envie d'essayer, moi aussi. Je me pensais : « Peut-être c’est Dieu qui me l’envoie ? Souvent et souvent, j'ai entendu qu'à Yéhoupetz des Yids deviennent des millionnaires, qui avaient juste leurs cinq doigts à leurs mains. Est-ce que je n’en ai pas autant comme eux ? Ce Mena'hem n’est pour-
Yid, Juif.
tant pas un schkormasager ; il ne fait pas tous ces miracles seulement dans sa tête? Peut-être que ça tourne maintenant du bon côté pour Tèvié? et Tèvié devient quand même un homme, dans ses vieilles années ?... Jusque quand est-ce que je dois m'échiner, le jour et la nuit, avec mon cheval et avec ma voiture, et avec mon beurre et avec mon fromage ? C’est temps, Tèvié, que tu dois aussi une fois te reposer, et, aussi une fois être un baleboss, un monsieur, comme on dit, et aller dans le beiss-mèdresch, et étudier dans un livre. Mais si, ’hellilè Dieu garde, ça ne réussit pas ? et si ’hellilè Dieu garde, la tartine tombe le beurre en bas? Mais pourquoi est-ce que je dois juste penser qu’elle tombe le beurre en bas ? Et pourquoi est-ce que je ne dois pas. aussi penser qu’elle tombe le beurre en haut ? »
« Eh ! bien, Goldè, que je dis à ma vieille, dis un peu comment ça te plait, son idée. » — « Qu'est-ce que je dois dire ? qu’elle me répond. Une chose je sais : Mena’hem-Mendel n’est pas, ’helilè Dieu garde, un n'importe-qui qui vient schwindein chez toi. Sa famille, oumbeschriè, ne sort ni d'un tailleur, ni d'un cordonnier! Son père est un homme qui est, ma foi, un homme très bien; et son grand’père
Schkormasager, menteur.
Beiss-mèdresch, maison d’école.
Schwindeln, escroquer.
sélig aussi, était un homme qui était, ma foi, un homme très bien : toute la journée il était assis, et il était aveugle, et il lisait dans la Thorè. Et la grand’/mère Tseitel sélig, aussi, était une femme qui était, ma foi, une femme très bien. Elle... » — « Qu'est-ce que tu me viens avec la grand’mère Tseitel sélig ? Je te parle de l'affaire, et toi tu me . viens avec la grand’mère Tseitel sélig, qui cuisait des butlerkuchen, et avec le grand’père Schaïe sélig, qui buvait du schnaps ! »
Bref, pour vous raccourcir, on décide que nous faisons kippè, une société : moi, je mets l’argent, et lui, il met le sé'hel, l'intelligence. Et, ce que nous gagnons, si Dieu veut, moi, je reçois la moitié, et lui reçoit la moitié. « Croyez-moi seulement, Reb Tèvié, qu'il me dit, vous aurez de l’argent, et de l’argent, et de l'argent. » — « Omein, ainsi soit-il! que je réponds; Dieu doit le prendre, direct de ta bouche dans son oreille !... Mais commentest-ce que le chat veut marcher sur l’eau? Moi, je suis ici, et toi, tu es là-bas, et l'argent est l’argent, comme dit Abraham, notre père : je ne le pense pas en mal, Mena’hem-Mendel, seulement c’est mieux-réfléchir cent fois, que regretter une. » — « Quoi ? qu'est-ce qu'il y a? qu'il me dit. Peut-être, vous voulez
Sélig, bienheureux.
Thorë, Loi de Mojse.
Butferkuchen, gàteaux au beurre.
signer un papier? Avec honneur! » qu'il me dit. « Un papier ? que je dis. Pourquoi un papier? Si l'homme ne paie pas, est-ce que le papier paie ? Et si je pends après un pied, est-ce que je ne peux pas pendre après deux pieds?» — « Vous pouvez me croire, Reb Tèvié, ausssi vrai que Dieu doit m'aider : je ne suis pas venu chez vous pour vous anschwindeln; je partage tout avec vous, moitié moitié : à moi cent roubles, à vous cent roubles ; à moi deux cents roubles, à vous deux cents roubles ; à moitrois cents, à vous trois cents ; à moi quatre cents, à vous quatre cents; à moi mille, à vous mille. »
Bref, pour vous raccourcir, je sors mes roubles du coffre ; trois fois je les compte et trois fois je les recompte, et trois fois je lui dis que, cet argent, c’est mon sang, et le sang de ma femme, et le sang de mesenfants ; et j'appelle ma vieille pour témoin; et les billets, je les couds à Mena’hem-Mendel dans la poche de sa poitrine (Dieu garde ’helilè, qu’on lui vole sur la route!). Et je lui dis adieu, et je l'embrasse, comme on embrasse un de la famille.
Et quand je reste seul, voilà qu’il me vient des idées dans la tête, et des rêves, des rêves ! je voudrais qu’ils durent toujours. Je vois devant les yeux une grande maison, au milieu de la ville, une maison avec de la tôle sur le toit, avec des écuries,
Anschwindeln, escroquer.
avec des grandes chambres et avec des petites chambres, avec des caves et avec des greniers; et une balebostè, une dame, comme on dit, tourne, dedans, avec les clefs; et cette dame, c’est ma Goldé. Elle a reçu tout à fait une autre figure, un ponem avec deux mentons, et un cou avec deux cents perles ! Et elle s’enfle terriblement, et terriblement elle éclate après les domestiques !.. La cour est remplie avec des poules, et des canards et
des oïes... Mes filles sont là, habillées comme pour
. schabess ; elles ne trempent plus seulement une main dans l’eau froide !... Le feu brille dans le four; le souper cuit, le somovar bout. Et, devant la table, il y a un Reb Tèvié, un Reb Tèvié avec une robe de chambre et une calotte. Et, autour du Reb Tèvié, tous les plus riches de la ville, qui lui parlent, et qui lui flattent. « Ne me le prenez pas en mal, Reb Tèvié!... Pardon, excuse, Reb Tèvié!... » Et je me pense : « Le diable emporte l'argent! »
« Quoi? crie ma vieille. Qui est-ce qui emporte l'argent? » — « Personne, que je réponds. Je-rêvais seulement. Mais dis-moi un peu, ma Goldè, mon cœur, est-ce que tu sais dans quel commerce il fait, Mena’hem-Mendel, ton cousin ? » — « Que tous mes mauvais rêves d'hier et d’avant-hier, et de toute l’année, te tombent sur la tête ! qu’elle
Schabess, sabbat.
répond. Comment ? vingt-quatre heures, du soir au soir, tu es assis avec lui, et tu causes de l'affaire! Et maintenant, tu demandes dans quel commerce est-ce qu'il fait ? Vous avez pourtant quelque chose convenu ? » — « Pour sûr, que je dis, nous avons quelque chose convenu ! Seulement quelle chose nous avons convenu, ça je ne sais, ma foi, pas, quand même tu m’ôtes la tête! Mais ça ne faitrien, ma Goldè, ma reine ; tu ne dois pas avoir des dayiess; le cœur me dit que tout est bien. Nous allons, si Dieu veut, gagner beaucoup de Geld. Donc, dis : « Omein », et cuis le souper. »
Bref, pour vous raccourcir, une semaine passé, et deux semaines passent, et trois semaines : de mon associé, aucune nouvelle. Je ne sais plus qu'est-ce que je dois me penser : « Ça ne peut pourtant pas être qu'il a oublié d’écrire! Il sait comment nous attendons ici sur sa lettre !... Et qu'est-ce que je
peux commencer, s’il garde tout le bénéfice pour
lui, là-bas, et qu'il dit, après, qu'il n’a rien gagné? Mais ça il ne peut pas faire ! Je l’ai pourtant traité comme un de la famille ; tout qu'est-ce que je me souhaite, à lui aussi je le souhaite ; et lui me souhaïterait des choses pareilles ? » Et, de nouveau, je me pense : « Le bénéfice, qu’il le garde ! Mais le
Dayiess, soucis.
Geld, argent.
Omein, amen.
capital, que Dieu me le rende! »... Et tout à coup, je sens froid dans toutes les jambes, et je me crie : « Fou-meschugguë que tu es |! Si seulement tu aurais encore les billets, et que tu achèterais une paire de bons chevaux, et que tu changerais ta charrette pour uue voiture avec des ressorts! »
« Eh! bien, Tèvié, que ma vieille me dit, pourquoi est-ce que tu ne réfléchis pas un peu à l’affaire ? » — « Comment, je ne réfléchis pas? Je réfléchis tant, que la tête me tombe ! Et elle vient, et elle me demande pourquoi je ne réfléchis pas ! » . —« Pour sûr, qu’elle répond, quelque chose s’est passé avec lui sur la route : ou bien les voleurs sont tombés sur lui, ou bien le diable l’a pris, ou bien, ’helilè Dieu garde, il est mort. » — « Tu viens tout de suite avec le plus pire | » — « C’est que, dans sa famille, ma foi... Ses trois sœurs qu'il a eues : la première n’a pas marié, et elle est morte; et la deuxième a marié, et elle est morte ; et la troisième a divorcé, et elle est morte!... » — « Mourir, nous mourons tous, ma Goldè! L'homme est comme le charpentier : le charpentier vit jusqu’il meurt ; l’homme aussi, »
Bref, pour vous raccourcir, nous sommes d’accord que je pars à Yéhoupetz. Un peu de marchandise s'était ramassée entre temps ; du fromage, du beurre, de la crème, première qualité. J’attache mon cheval après la voiture, et je roule à Yéhou-
petz. Pendant que je suis seul dans la forêt, vous pouvez vous imaginer, voilà qu’il me vient des pensées et des pensées. « Ce serait pourtant beau, que je me pense, si je demanderais après mon Yid, et qu’on me répondrait : « Mena’hem-Mendel ? Ta, ta, ta! [l à une maison, maintenant, et il a une carrosse, maintenant, et il dort maintenant dans les plumes ! » Je me ferais un cœur, que je me pense, et je viendrais chez lui... « Halte ! qu’on me crierait devant la porte ; ne vous poussez pas comme ça! » Et avec le coude, on me pousse dans la poitrine. — « Maïs je suis de la famille, que je réponds. Sa grand'mère sélig était cousine à la cousine de la grand’mère sélig à ma femme! » — « Maseltof, je félicite ! qu’on répond; mais il y a,
quand même, de la place devant la porte !.… » Alors
je me penserais : « Peut-être on donne quelque chose? Quand tu graisses la roue, elle tourne... » Et je donnerais quelque chose, et j'entrerais. — « Bon matin, Mena’hem-Mendel! » que je dirais. Mais lui : « Ein omer veein devorim », pas une parole! pas un mot! Il ne me connaît seulement plus. — « Qu’est-ce que voulez-vous ? » qu’il me dit. Presque je tombe en évanouissement. — « Quoi? que je dis. Vous ne me connaissez plus ? Je suis pourtant de la famille : Téèvié, vous savez bien,
Sélig, bienheureuse.
oo RAR St A NRA RS Tèvié !... » — « Tèvié? Oui, c'est un nom que j'ai entendu... — Et les Ænepflich de ma femme, vous les avez entendus ? Et sa carpe farcie, vous l'avez entendue ? »
Et puis, voilà de nouveau que je me pense juste le contraire : « J'entrerais chez Mena’hem-Mendel : — «€ Salut sur vous, qu’il me dirait. Mettez-vous assis, Reb Tèvié. Eh ! bien, qu'est-ce que vous faites ? Et votre femme, qu’est ce qu’elle fait ? Déjà longtemps, j'attends sur vous. Nous voulons une fois compter ensemble... » Et plein un chapeau de roubles en or! qu’il me verserait. Et il me dirait : « Ca, c’est le bénéfice: le capital, il reste dans l'affaire. Et tout ce que nous gagnons, après comme avant, nous partageons moitié moitié : moi cent, vous cent; moi deux cents, vous deux cents; moi trois cents, vous trois cents; moi quatre cents, vous quatre cents; moi mille, vous mille. »
Bref, pour vous raccourcir, j'arrive à Yéhoupetz, et d’abord primo, naturellement, je vends ma marchandise; et ensuite, je cherche après mon associé. Je tourne une heure, et une heure, et une heure : « Vehayéled einénou », le garçon n’est pas là !.… Alors, je commence d'arrêter les Yids sur la rue, et je demande : « Est-ce que vous n’auriez pas vu ou entendu d’un Yid, Mena’hem-Mendel qu'il s’ap-
Knepftich, boulettes de farine.
Yids, Juifs.
pelle? » — « Ah! qu’ils me répondent, Mena’hem- Mendel qu’il s'appelle? Alors maseltof pour lui : des Mena’hem-Mendel, il y en a, ‘helilè Dieu garde, beaucoup sur le monde! » — « Le mien, c’est le Mena'hem-Mendel qu'on appelle Mena’hem-Mendel de Bourou’h-Hersch de Leiè-Dwossè. » — « Ah!
qu'ils me font, c’est le Mena’hem-Mendel qu'on appelle Mena’hem-Mendel de Borou’h-Hersch de Leiè-Dwossè? Maïs dans quel commerce est-ce qu’il fait, votre Mena’hem-Mendel de Borou’h-Hersch de Leiè-Dyvossè ?» — « Dans quel commerce est-ce qu'il fait? Il achète des hausses, et il vend des baisses et des Poutilof, et il télégraphie des dépêches, là-bas, quelque part, est-ce que je sais, moi? » —« Ah! ah il — qu'ils répondent; et ils tordent leurs côtes de rire. Ilvend des hausses et des baisses et des Poutilof ? Eh ! bien, allez un peu de l’autre côté, là,enfaee. Il y a des lièvres qui courent; peut-être le vôtre court aussi. »
« Plus qu’on vit, plus qu’on apprend », que je me pense. — « Alors, maintenant, il y a des lièvres qui courent sur la rue, à Yéhoupetz ?» — que je me pense. Et je viens sur l’autre côté, en face, et je vois des Yids et des Yids, oumbeschriè, autant comme sur la foire : je ne peux pas seulement passer à
Maseltof, félicitations.
Poutilof, nom d’une importante entreprise métallurgique.
travers. Ils courent comme des fous-meschugguè, celui-ci par ici et celui-là par là, et celui-ci par dessus et celui-là par dessous, le vrai tohou-vovohou, le chaos, comme vous dites. Et on parle, et on crie avec la bouche, et on crie avec les mains : « Poutilof !… J’offre !... A compte !… Je puie !..… Je prends! Un chien, que tu es!... Sur ton poñem je crache! Faillite, me’houlè!... Ganef, voleur! » Je crois, ma foi, que les gifles veulent neiger!... « Vayivra’h Yacov », et Jacob s'enfuya, que je me pense : « Prends tes jambes avec ton cou, Tèvié, ou tu en reçois aussi bientôt une, de gifle! que je me pense... Dieu est, ma foi, un Père, que je me pense, et Yéhoupetz est, ma foi, une ville, et Mena’hem-Mendel est, ma foi, un commerçant!
Mais s'ils appellent ça ici une affaire, alors elle est belle, ton affaire, Tevié! »
Bref, pour vous raccourcir, je m'arrête devant une fenêtre d’un magasin, avec dedans des pantalons, toutes sortes, et je regarde un temps; et dans le brillant de la vitre, qu'est-ce que je vois? : Mon Mena’hem-Mendel ! mon commerçant ! Et quand je le vois, mon cœur me tremble. Si j'ai une fois quelque part un ennemi, ou si vous avez une fois quelque part un ennemi, Reb Scholem Aleïhem, alors je me souhaite, et je vous souhaite, une vie
-Ponem, figure.
longue assez pour le voir dans l’état comme il était, mon commerçant! Qu'est-ce que c’est que ça pour un habit? Et qu'est-ce que’c’est que ça pour des bottes ? Et cette figure, ce ponem! On peut ma foi l’enterrer!.. « Et toi aussi, que je me pense, Tèvié, on peut, ma foi, t’enterrer! C’est comme on dit : « Lo doubim velo yaar », adieu l'ours dans la forêt, et adieu la forêt! Adieu les roubles de Tèvié, et adieu Tèvié! »
Et lui aussi, il est tout retourné; pas un mot; comme des coqs nous restons cloués, et l’un regarde sur l’autre. « Reb Tèviél...» qu'il dit, pas plus fort quelesilence; etil mange ses larmes. « Reb Tèvié!.… si on n’a pas la chance, le masel, voyez-vous, on ne devrait pas naître surce monde! » —«Sais-tu qu'est:
ce que tu mérites, Mena’hem-Mendel ? que je ré-
ponds; tu mérites qu’on te couche ici par terre, sur
la place de Yéhoupetz, et qu'on te,berce avec les.
poings, jusque tu aïlles naître sur l’autre monde! Calcule un peu ce que tu as fait! Calcule! Tu as pris tout une famille de Yids, nébisch, et, sans couteau, tu asles égorgés, oui, geschescht! Avecquoi est-ce que je veux retourner maintenant chez ma femme et mes enfants? Bandit! ganef! voleur! » — « Émess, c'est vrai, qu'il fait. C'est vrai, c'est vrail » Et il se serre contre le mur. « L'enfer, que je dis,
Nébisch, les pauvres!
, - LA BONNE AFFAIRE - 67 ——————— oui, le guénem, n’est pas assez pour toi! » — « Êmess, qu'il dit, Reb Tévié! Émess, émess, c’est yrai !.… Plutôt qu'une vie pareille... Plutôt qu’une vie pareille... » Et il laisse tomber sa tête.
Et je suis là, et je regarde sur lui, le schlemmasel, le malchançard, comme il est là, avec sa tête qui tombe, et avec sa casquette qui tombe. Et avec chaque soupir qu’il gémit, il arrache une part de mon cœur. J
« Pourtant, que je dis, quand je réfléchis autour et autour, je dois quand même me penser que tu ne las pas fait exprès. Nous avons mis dans l'affaire chacun moitié moitié, moi mon argent, et toi ton sé’hel, ton intelligence ; j'ai perdu ma mise, mais toi aussi, tu as perdu la tienne! Pour sûr, tu voulais le bien, pas le mal; mais le bien n’a pas voulu! Ça n’était pas pour nous. Comme on dit : l'homme pense, Dieu danse. Qu'est-ce que nous pouvons? . Regarde un peu, lemoschel par exemple, mon affaire à moi; c’est une affaire sûre, n'est-ce pas ? Et . pourtant, la dernière automne, une vache m'est crevée (’helilè Dieu garde que ça soit toi!) Ah! la . viande zreifè n’était pas chère à la maison après ça, je te garantis! Et après la vache, un veau! Pour vingt roubles, je ne l'aurais pas donné! Eh! bien, qu'est-ce qu’elle m’a servi, mon intelligence? Quand
Treifè, rituellement impur; la viande d’une bête morte sans égorgement rituel, est treife.
ça va, ça va; et quand ça ne va pas, ça ne va pas : voilà toute l'intelligence... Je ne veux seulement pas te demander après mon argent. Où est-ce qu’elle est? Je le sais. Elle est où est-ce qu'est la neige de l'hiver passé. Et qui est-ce qui a la faute? Moi, Tèvié, j'ai la faute; oui, moi, Tèvié! Parce que je me suis laissé vorschmussè des bêtises pareilles !.… L'argent, vois-tu, Mena’hem-Mendel, mon frère, avec la sueur, avec le sang tu dois la gagner. - Des gifles! que je mérite, oui, des gifles !.. Mais qu'est-ce que ça sert maintenant, que je crie? Je peux crier et crier; comme on dit : la raison et le regret sont toujours trop tard... « Haschem nossan... », Dieu a donné, Dieu a repris... Et, comme Raschi explique : Viens frère, allons boire une goutte de schnaps. » |
Voilà, Reb Scholem Alei’hem, comme il s’est fini, mon rêve de millionnaire. Vous pensez peut-être que je me suis fait de la bile, parce que j'ai tout mon argent perdu ? Je veux avoir autant de malheur comme je m’en suis fait, de la bile! .Vous savez pourtant le possug : «Li hakessef.…. », à moi est l'argent à moi est l'or, dit Dieu. Et Tèvié traduit : « Pour l’homme, l’argent est autant comme rien; le principal, c’est l'homme... » Mais qu’est-ce qui a fait dela
Vorschmussé, blaguer.
Raschi, nom d'un exégète.
Possug, verset.
peine à mon cœur? Unechose seulement :que le rêve est fini. Ach ! si j'aurais pu être un riche,im'holem, en rêve, une minute seulement! « Non, toi, Tèvié, tu oses rêver de beurre et de fromage; pas d'autre rêve pour Tèvié! » dit Dieu.
Et l'espérance, alors? Et la confiance? Eh! bien, c'est juste ainsi, pas autrement : plus qu’il y a de la misère, plus qu’il faut de la confiance; et plus qu'il
y a de la pauvreté, plus qu’il faut de l’espérance. QUE L