‹ L'histoire de TèviéChapitre 6 sur 15 · Chapitre Troisième · texte numérisé non relu

Chapitre Troisième

« Bonim guidalti, » j’ai élevé des enfants,

comme on lit chez Schaïé, le prophète.

Va, tu peux les élever ! le jour et la nuit tu peux trimer pour eux, et devenir noir de misère! Et après ?.. Selon comme tu es, ou selon qu'est-ce que tu as, tu te penses : « Ils feront ceci, ils feront cela !.. » Moi, pour les miennes... Naturellement, je ne veux pas me comparer avec Brodsky ! Mais est-ce que j'ai besoin d'être juste en bas? Est-ce que Tèvié est un n’importe-qui? « Dieu merci, comme dit ma Goldé, notre famille ne sort ni d’un tailleur ni d’un cordonnier! » Et je compte que mes filles arriveront à quelque chose.

« Pourquoi juste vos filles? » que vous demandez. Pourquoi juste mes filles ? D'abord primo, parce que Dieu les a bénies avec des belles figures; et une belle figure, un beau ponem, c’est déjà une belle | dot. Et ensuite secundo, parce que, au jour d’au-

Le: enfants d'aujourd'hui, que vous dites ?...

Schaïé, Isaïe. Ÿ Brodsky,nom d'un millionnaire célèbre en Russie,

jourd’hui. je ne suis déjà plus le Tèvié comme j'étais à l’époque ; et pour mes filles j'ose, ma foi, regarder sur le plus beau parti, oui, même à Yéhoupetz. Seulement, voilà : il y a un Dieu, « Eil ra'houm ve’hanoun », un Dieu bon, un Dieu de pitié, un Dieu qui fait des miracles, exprès pour Tèvié ! un Dieu qui m'envoie l’été et qui m'envoie l’hiver, qui met un jour Tèvié en haut et qui met l’autre jour Tèvié en bas. Et il me dit : « Vois-tu. Tévié, ne te fourre surtout pas des bêtises dans la tête ; laisse aller le monde où il va. » Et qui est-ce qui rencontre toutes les chances sur le monde? Naturellement le malchançard, le schlemmasel, Tèvié!

Bref, qu'est-ce que je dois vous prolonger plus longtemps ? Pour sûr; vous vous en rappelez, Reb Scholem Aleï’hem, de mon histoire avec le cousin Mena’hem-Mendel (son nom et son souvenir, que Dieu les efface l), et de la bonne affaire que nous avons faite, à Yéhoupetz, avec les roubles en argent et les roubles en or, et les hausses et les baïsses, et les Poutilof et les Malzof .… Le monde entier, j'avais mis dans l'affaire, et Je monde entier j'avais perdu. Et je me pensais : « Malheur à toi! plus de Tèvié. » |

« Schlemyhl, imbécile ! que ma vieille me dit, —

Poutilof, Malzof, noms de deux célèbres entreprises indusirielles,

est-ce que tu n’as pas bientôt assez, avec tes soucis ? Tu vas juste seulement te manger le cœur. Tu ferais mieux de te penser que les voleurs sont venus et qu’ils ont volé tout. Promène-toi plutôt un peu. Tiens, va une fois chez Leizer Wolf, le boucher, à Anatewké ; il a, qu’il dit, quelque chose très pressé à te parler. » — « Qu'est-ce qu'il a si pressé à me parler ? S'il pense à notre mauvaise vache, alors il peut prendre un bâton, et chasser cette pensée hors de sa tête! » — « Pour le lait, et le beurre, et le fromage que tu en reçois !... » — « Je ne regarde pas sur le fromage, ni sur le beurre ni sur le lait, je regarde sur la bête. Donner à la sche’hittè, pour égorger, une âme vivante d’une vache pareille, ce serait un péché, oui, une vraie nefère ! 11 y a, chez nous, dans la sainte Thorè….. » — « Oui, oui, Tèvié, le monde le sait, que tu es un Yid qui sait la Thorè : obéis la Thorè, quand tu veux obéir la Thoré ; mais quand ta femme veut que tu écoutes sur ta femme, écoute sur ta femme, et va chez Leizer Wolf. Chaque jeudi, quand notre Tseitel vient chercher la viande chez lui, dans la boucherie, il lui parle, à notre Tseitel, et il ne lui laisse plus respirer. » — « Tu dois dire au père qu'il doit venir, qu'il dit, que je dois lui parler, quelque chose très pressé ! qu'il dit. » ;

Thorè. Loi de Motse.

Yid, Juif.

LES ENFANTS D'AUJOURD' HUI ya)

Bref, qu'est-ce que je veux vous prolonger plus longtemps? On doit aussi écouter une fois sur sa femme, n’est-ce pas ? Je me suis laissé dire, et je suis été chez Leizer Wolff, deux, trois verstes loin de chez nous. J’entre, et je ne le trouve pas chez lui. « Où est-ce qu’il est? » que je demande une Yidenè avec un nez court, qui tourne partout dans la maison. « Il est parti ce tôt-matin, qu’elle répond : on tue un bœuf, on schaecht, aujourd’hui. Mais il veut revenir bientôt. »

Je reste seul et je commence de regarder dans la maison, sur les belles choses qu'il a, Leizer Wolf, (à tous mes amis j’en souhaite des pareilles !) : des casseroles en cuivre (pour cent roubles tu ne les aurais pas !), et des plats en cuivre, et un samovar, et encore un samovar, et deux chandeliers en argent, et des gobelets dorés, et une ’Æanikèlumpè enfer fondu, et encore beaucoup de belles choses, toutes sortes. « Ribono schel olom », Seigneur, Maître du monde! que je me pense; des belles choses pareilles, quand est-ce que j’en verrai une fois chez mes enfants? (longtemps qu’elles vivent |) Quel bar-masel, ce boucher, quelle chance il a ! Il est riche, et ce n’est pas encore assez: il n’a que deux filles ; il n’a que deux filles, et ce

Yidené, Juive.

"Hanikélampé, lampe pour la fête des Macchabées. Bar-masel, fils de la chance.

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