‹ L'histoire de TèviéChapitre 8 sur 15 · Chapitre Quatrième · texte numérisé non relu

Chapitre Quatrième

HODEL

Aleïhem, qu’on ne voit plus Tèvié depuis si

longtemps, et qu’en un coup, il est tout gris devenu ? Mais quand vous saurez seulement avec quelles tsoress, quelles misères, Tèvié se promène! Comme on dit : « L'homme est plus faible que la mouche et plus fort que le fer! »

C’est vrai, quand il y a seulement quelque part un coup à recevoir, qui est-ce qui le reçoit? Tèvié!.… Peut-être parce que je crois tout sur parole? Oui, je sais, nos sages ont souvent dit : « Kabdéhou ve’haschdéiou », tu dois respecter, mais tu dois soupçonner [... Seulement, qu'est-ce que voulezvous ? Si c’est chez moi une nature comme ça! Je suis pour la confiance, et je ne fais pas de raisons contre celui qui vit là-haut : comme il fait, bien il fait. Et quand vous voulez faire des raisons contre lui, qu'est-ce que ça vous sert ? Je le dis toujours à ma vieille : «C’est un péché, Goldè, une nefèrè! Il y

P" sûr, vous êtes étonné, Reb Scholem

a chez nous une histoire, un nèdresch... » — « Qu'est-ce que tu me viens avec ton mèdresch ? qu’elle répond. Nous avons une fille à marier; et après la fille, nous avons, oumbeschriè, deux filles, et après les deux filles, nous avons, oumbeschriè, trois filles! » — « Eh bien, qu'est-ce que ça fait, Goldè? que je dis. Nos sages ont juste vu ça d'avance : il y a chez nous un autre mèdresch.. » — « Qu'est-ce que tu me viens maintenant avec un autre médresch ? qu’elle répond. Quand j'ai encore six filles à marier, oumbeschriè, je n’ai ma foi pas besoin d'un autre mèdresch !... » Qu'est-ce que voulez-vous qu'on cause avec une Yidenè, après ça!

Bref, c’est pour vous dire que les filles, c’est une marchandise qui ne manque pas beaucoup chez moi; regarder vous pouvez, et choisir vous pouvez; une plus belle que l’autre. Ca ne se convient pas que Tèvié le dit, mais chacun le dit : toutes, autant comme elles sont, des beautés. « Veal koulom », et par-dessus toutes, ma deuxième, ma Hodel, celle qui vient tout de suite après ma Tseitel, vous vous rappekez? ma Tseitel, qui s'était enflammée après le garçon tailleur... Elle est belle, je vous dis, ma Hodel; comme un morceau d’or elle brille ! Et,

- Mèdresch, pour midrasch ; parabole talmudique. Oumbeschriè, sans trop nous vanter.

Yidené, Juive,

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pour le malheur de Tèvié, elle a une tête aussi : elle écrit le yiddisch, et elle écrit le russe ; et elle lit, elle lit : elle avale les livres comme des Ænepflich ! ;

Pour sûr, vous demandez comment la fille de Tèvié vient avec les livres, quand le père de la fille de Tèvié vient seulement avec le beurre et avec le fromage ? Je demande juste la même question à toutes ces jeunesses d’aujourd’hui qui ne portent pas seulement une culotte, (sans vous blesser) et qui veulent quand même étudier! Étudier quoi? Étudier qui ? Est-ce que ma chèvre doit sauter dans le jardin du got ?... Et qui est-ce qui étudie ? Les enfants des ouvriers, les enfants des garçons tailleurs, oui, aussi vrai comme Dieu doit m'aider! On part à Odessa, on part à Moscou ; on reste sur des greniers; pendant des mois et des mois, on mange, pour viande et pour légumes, makess et .be’horess, misère et misère ; et quand c'est fête, : quand c’est Yontef, pour acheter un bout de hareng et un bout de pain, on se met à six ; on fabrique une société |

Bref, pour vous raccourcir, un de la compagnie est aussi venu chez nous : un... que je connaissais son père, qui était dans les cigarettes, et qui était.

Knepjlich, boulettes de farine.

Goï, non-juif, chrétien.

108 L'HISTOIRE DE TÈVIÉ M.

dans les schnorrers aussi. Que son père était dans les cigarettes, je ne lui fais pas reproche : si notre grand Reb Yo’honon Hassandlèr était assez bon pour coudre des bottes, — lui était ma foi assez bon pour avoir un père qui roulait les cigarettes ! Une chose seulement je lui reproche : est-ce qu’un schnorrer a besoin d’étudier ?.. Il a une bonne tête, c’est vrai ; Pertschik, qu’il s’appelle en russe ; en yiddisch nous avons traduit : Pfefferl ; et il a juste l’air comme un pfefferl, un poivron, tout noir et tout petit. Seulement il a une bouche; et, sa bouche, il l’ouvre, ma foi, grande; et savez-vous qu'est-ce qui en sort, de sa bouche ? « Eisch lèhovo », du feu et de la flamme, du soufre et de la poix!

« Vayehi hayiom », et il arriva un jour... Je m'en retournais de Boïberik... J'avais vendu toute ma petite marchandise, mon fromage, mon beurre, ma crème, mes verdures, tout première qualité ; j'étais assis sur ma voiture, et je me pensais toutes sortes de choses : des choses du ciel et des choses de la terre, et de celui-ci et de celui-là ; et des riches de Yéhoupetz qui ont tant de chance, et de Tèvié qui a tant de malchance, et du petit cheval de Tèvié qui a autant de chance comme Tèvié... C’est l'été; le soleil cuit, les mouches mordent. Comme le monde est grand et ouvert et vivant tout autour!

Schnorrer, mendiant.

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Allons, Tèvié, lève-toi, et vole, vole jusque là-haut! Ou bien étends-toi et.

Je baisse mes yeux, et qu'est-ce que je vois ? Un garçon, attelé à ses deux jambes, et qui marche sur le sable, avec son paquet sous son bras; et qui transpire, et qui se vente, et qui souffle, qui souffle toute son âme! « Ohé! Reb Yokei! que je lui fais, allons! grimpe une fois sur ma voiture! Je suis vide, je te conduirai un peu. Comme c’est chez nous écrit : Si tu rencontres l’âne de ton frère, tu ne

- dois pas le laisser : encore plus pas, si c’est un homme ! » Il rit, le pauvre, et il ne se laisse pas . longtemps prier, et il grimpe dedans sur la voiture, « D'où vient un garçon comme toi? » que je dis. - « Un garçon comme moi vient de Yéhoupetz », qu’il répond. « Qu'est-ce qu’un garçon comme toi a à » faire à Yéhoupetz? » que je dis. « Un garçon comme moi à à faire pour ses examens », qu’il répond. « Qu'est-ce qu'un garçon comme toi veut apprendre pour un métier ? » que je dis. « Est-ce qu’un garçon comme moi sait déjà qu'est-ce qu’il veut apprendre . pour un métier ? » qu’il répond. « Alors pourquoi est-ce qu'un garçon comme toi se casse la tête à étudier? » que je dis. « N'ayez pas de dayiess - pour un garçon comme moi, Reb Teèvié, qu’il répond. Un garçon comme moi sait qu'est-ce qu'il

Dayiess, soucis.

se veut. » — « Si un garçon comme toi sait qui estce que je suis, que je réponds, dis-moi aussi un peu qui est-ce que tu es ? » que je dis. « Qui est-ce que je suis ? qu’il répond. Je suis un homme. » — « Je vois, que je dis, que tu n’es pas une bête. Mais dismoi aussi un peu de qui est-ce que tu es l'enfant?» — «De qui est-ce que je suis l'enfant ? qu’il répond Je suis l’enfant de Dieu. » — « Je sais, que je dis, que tu es l’enfant de Dieu ; mais dis-moi aussi un peu de qui est-ce que tu es sorti ? » — « De quiestce que je suis sorti? qu’il répond, je suis sorti d'Adam. » — « Je sais, que je dis, que tu es sorti d'Adam, mais dis-moi enfin commentest-ce que ton père s'appelle. » — « Comment est-ce que mon père s'appelle ? qu’il répond. Mon père s’appelait Pertschik. »

« Alors qu'est-ce que tu as besoin de tourner comme ça autour? que je dis. Ton père était Pertschik, qui faisait dans les cigarettes? » — « Mon père était Pertschik, qui faisait dans les cigarettes. » — « Et tu étudies dans les classes ? » — « Et j'étudie dans les classes. » — « Et comment est-ce que tu vis ? » que je dis. « Comment est-ce que je vis? qu’il répond. Je vis avec ce que je mange. » — « Et qu'est-ce que tu manges ? » queje dis. « Qu'est-ce que je mange? qu’il répond. Je mange qu'est-ce qu'on me donne. »

« Je comprends, que je dis : quand il y a, tu

HODEL ai1

manges ; et quand il n’y a pas, tu ne manges pas. Voilà qu'est-ce que c’est, quand on veut étudier dans les classes, comme les riches de Yéhoupetz . font ! » — « Les riches de Yéhoupetz? qu’il répond. Avant que je fais comme eux, ils doivent tous crever, tous tant comme ils sont! » — « Ça m'a l'air que tu es très broguess après les riches! que je dis. Est-ce qu’ils ont peut-être partagé ensemble ce que tu devais de ton père hériter ? » — « Juste le contraire ! qu’il répond. C’est vous, Reb Tèvié, c'est moi, c’est nous tous bientôt qui hériteronsles riches, je vous garantis | » — « Sais-tu quoi ? que je lui fais : laisse plutôt tes ennemis, qu’ils répondent à ta place; ils sont tes ennemis moins que toi ! Une chose je sais seulement : que tu es un pas mauvais garçon, et qu'on n’a, ma foi, pas besoin d’aiguiser ta langue! Si tu as du temps, tu peux toujours venir à la maison aujourd'hui, le soir; . nous voulons schmussè ensemble et peut-être, en causant, tu attrapes chez nous un souper. »

Il ne se l’est pas laissé dire deux fois, et, le même soir, il est venu, quand le borscht était déjà sur la table, et que les knepflich étaient encore sur le four. « Allons, que je lui dis; va et lave tes

Broguess, fâché.

Schmussé, bavarder.

Borscht, soupe aux choux.

Khnepflich, boulettes de farine,

mains, comme c'est commandé dans la sainte Thorè. Et si tu ne vas pas et si tu ne laves pas tes mains, ça va aussi : je ne suis pas la police du bon Dieu ; je ne te donne ma foi pas le fouet pour ça ! »

Ainsi nous causons avec lui; et quelque chose me tire vers le bonhomme. Quoi ? je ne sais moi-même pas, mais quelque chose me tire. Vous comprenez, Reb Scholem Aleïhem, Tèvié aime aussi parler

une fois avec quelqu'un sur un possug ou sur un-

mèdresch, ou réfléchir ensemble sur les choses du ciel. Qu'est-ce que voulez-vous ? Je suis comme je suis.

Voilà comment, depuis l’époque, le garçon a commencé de venir chez nous presque tous les jours. Le soir, quand il avait une fois fini avec ses leçons à donner, il venait reposer et schmussè. Estce que vous vous figurez, Reb Scholen Aleïhem, quelle peine c’est, ces leçons, pour un garçon ? Le plus grand riche de Yéhoupetz ne donne pas seulement dix-huit guilden dans la semaine ; et, pour ça, il faut encore déchiffrer les dépêches, et écrire les adresses, et soigner pour les commissions : si tu veux manger ton pain, tu dois savoir pourquoi! Chez nous aussi il donnait des heures, oui, à mes filles : « Aïn ta’hass aïn », un œil pour un œil, une

Thoré, Loi de Moïse.

Possug, verset.

Mèdresch, parabole talmudique.

LEE ANRT y. . ANNEE 5 LE

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gifle pour une gifle, comme on dit. Et il était comme un fils dans la maison; les filles lui apportaient un verre de lait, et ma vieille soignait pour qu'il ait une chemise sur la peau et des bas aux pieds. Et c’est à l’époque que nous l'avons appelé Pfefferl le poivron, en place de Pertschik.….

Une chose seulement ne voulait pas me plaire : souvent il se levait, il partait, et : « Vehayéled einénou », plus de Pfefferl ! « Où est-ce que tu t'es envolé, mon oiseau? » que je lui disais : juste comme un poisson, l’oiseau répondait !.. Je ne sais pas si vous aimez ça, Reb Scholem Aleï’hem; mais

moi, je n'aime pas quand un homme a des secrets ;

ce que j'aime c’est : « Vayedaber », et il dit, — et « Vayomer », et il parla.… Mais, par exemple, quand il commençait de

: parler, mon Pfefferl, pour le feu et pour l’eau il

n'aurait pas arrêté ! Il parlait sur Dieu, et sur

Moschia’h le Messie, et sur ce qui est juste, et sur

ce qui n’est pas juste. Et ce qu’il disait était tout de

travers, avec les pieds en haut et la tête en bas, comme, lemoschel par exemple, qu’un riche serait juste bon pour manger la crotte, et un pauvre serait bon pour manger le butterkuch; parce que « le mieux, qu'il dit, c’est le travail avec les mains. » — « Oui, que je réponds ; mais le porte-monnaie avec

Buiterkuch, gâteau au beurre.

A APCE A CE

l'argent, c’est encore mieux! » Alors il devient en colère, et il crie que l'argent c'est le plus grand péché sur le monde, parce que l'argent fait le mensonge, et l’argent fait l'injustice sur le monde. Et il jette des exemples qui collent sur moi juste comme les petits pois sur le mur! « Alors, que je lui réponds, avec ton raisonnement de foumeschugguè, ce serait injuste aussi, que je trais ma vache et que je fais trotter mon cheval ? » Et je lui demande des questions, comme Tèvié sait demander. Mais mon Pfefferl aussi sait disputer; beaucoup trop qu'il sait, ’helilè Dieu garde! et quand il a quelque chose dedans, il faut que ça vient dehors !

Une fois, nous étions assis, avant le soir, et nous causions, comme ça, de philosophie, qu’on appelle, et voilà que mon Pfefferl me dit : « Savez-vous, Reb Tèvié ? vous avez des filles, ma foi, très réussies. » — « Vraiment beèmess, que je réponds; merci de

la nouvelle. » — « Une surtout, qu’il fait : Hodel, l'aînée; c’est une connaissante, Reb Téèvié, vous savez ! » — « Elle a à qui ressembler, que je dis :

la pomme tombe près du pommier! » Et dans le temps que je disais ça, je sentais que mon cœur devenait enflé de plaisir. Est-ce qu’il y a sur le monde un père qui n’aime pas faire louange de ses enfants? Et qui est-ce qui pouvait se penser que bientôt, de ce louangement, ’helilè Dieu garde!

HODEL ; à 115

Mais écoutez plutôt, Reb Scholem Aleï’hem,

écoutez |

« Vayehi érèv, vayehi vôkèr », et il fut soir, et il fut matin... Et voilà qu’une fois, entre jour et nuit, c'était l'été et je roulais avec ma voiture à travers les villas de Boïberik, et quelqu'un m'arrête. Je fais un regard : c'était Éfroïm le schad'hen, qui est comme tous les schad’honem : il fait dans les mariages. « Pardon excuse, Reb Tèvié, qu’il me fait ; je dois vous dire quelque chose. » — « Je n'ai rien contre, que je réponds, si c'est quelque chose de bon. » — « Vous avez, Reb Tèvié, une fille ? » qu'il dit. « J'ai, que je réponds, Reb Éfroïm, sept filles. » — « Je sais, qu’il répond, que vous avez sept; moi j'ai aussi sept. » — « Alors, que je réponds, nous avons quatorze filles ! » — « Plaisanterie de côté, qu'il dit, voilà la chose. Je suis,

comme vous savez, un schad’hen, n'est-ce pas? … Donc j'ai pour votre fille un fiancé, un ’hossen;

mais un premier des premiers, un ’hossen de ’Hossenland. » — « C'est-à-dire ? que je réponds.

Qu'est-ce que vous appelez chez vous un premier

des premiers, un ’hossen de ’Hossenland ? Si c’est un ‘’haïet qui fait des habits, ou un sandler qui fait des souliers, ou un melamed qui apprend les

Schad'hen, pluriel, schad'honem, agent matrimonial. "’Hossenland, Pays des Fiancés,

enfants, il peut ma foi rester assis là où il est: un comme moi je n'ai pas besoin. Comme c'est écrit dans le médresch... » — « Voilà que vous recommencez déjà de nouveau avec vos medroschem, qu'il me fait. Quand on veut parler avec vous, Reb Tévié, on doit serrer d’abord sa ceinture ; vous couvrez le monde avec vos medroschem, vous couvrez le monde ! Taisez-vous plutôt une fois et écoutez quel parti Éfroïm le schad’hen vous parle. »

Et il sort un papier et il lit des choses! D’abord primo, l'endroit est un très bel endroït. Ensuite

secundo, le garçon est le fils de quelqu'un, et je- -

regarde beaucoup là-dessus, vous savez, Reb Scholem Aleïhem; parce que Tèvié aussi n’est pas n'importe qui. Et puis il est un yodéia-seifer, un qui se connaît dans les livres! même qu’il peut lire les petites lettres! Et là-dessus aussi je regarde beaucoup, parce qu'un Yéd qui ne sait rien, je l'aime autant comme un Yid qui mange du speck: Vous pouvez aller sans chemise, si vous voulez: si seulement vous savez qu'est-ce que Raschi pense, je vais avec vous ! Qu'est-ce que voulez-vous ? Téviéest commeilest…

Médresch, pluriel, médroschem, parabole talmudique.

Les petites lettres, caractères-dont la lecture est moins courante que celle des grands caractères de l'écriture hébraïque.

Yid, juif.

Speck, lard.

Raschi, célèbre commentateur.

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« Et en plus, qu'Éfroim dit, le garçon est bourré avec l'argent ; il a une voiture, un landau qu'il appelle, avec deux chevaux qui courent comme la fumée! » — « L'argent, que je me pense, l’argent n'est pas une faute. J'aime encore mieux un riche qu'un schnorrer. Comme on dit : Dieu n’aime pas le schnorrer. Et pourquoi est-ce que Dieu n'aime pas le schnorrer ? Parce que, si Dieu aimerait le schnorrer, le schnorrer ne serait, ma foi, pas schnorrer ! »

« Et qu'est-ce que vous avez à dire encore ? » que je demande Éfroïm. « Que le jeune homme se languit de faire un parti avec vous, qu’il répond; parce qu'ilen veut une belle, une belle comme votrefille!» — « Et qu'est-ce qu’il est pour un parti ? Un garçon, un veuf, un divorcé ? » — « Il est un garçon, un

& garçon déjà un peu dans les années, mais un gar-

. çon. » — « Et comment est-ce qu'il s'appelle ? » — : « Ça, seulement, il ne veut pas dire. Apportez une

fois votre fille à Boïberik, et alors je dirai comment est-ce qu’il s'appelle. » — « Qu'est-ce que ça signifie, que je réponds ; apporter ma fille à Boïberik ? Estce que ma fille est un cheval, ou une vache à vendre sur la foire, que je dois l’apporter à Boïberik ? ».…

Bref, pour vous raccourcir, vous savez qu’un schad’hen, avec des paroles, fait qu’un mur n’est

Schnorrer, mendiant.

plus un mur. C’est décidé qu'après schabess, j'apporte ma fille à Boïberik... Et je me pense déjà toutes sortes d'idées. Je vois déjà ma Hodel, qui roule sur un landau, avec des chevaux qui courent comme la fumée, et le monde est jaloux sur le landau et sur les chevaux, et sur l’argent que Tèvié peut donner aux pauvres, ou prêter pour rien, avec l'argent de sa fille : vingt-cinq roubles à celui-ci, et cinquante roubles à celui-là, et cent roubles à celuilà... Parce que : le pauvre aussi est un homme! Et comme je me pense toutes ces idées, voilà deux gens qui sortent de la forêt, un qui a l’air comme un garçon, et une qui a l’air comme une fille. Ils marchent tout contre l’un de l'autre ; et comme ils causent bien ensemble! « Qui est-ce que ça peut être? » que je me pense. Je regarde à travers la flambée du soleil : je pourrais, ma foi jurer, qu’un des deux est Pfefferl! « Avec qui est-ce qu’il va si tard, le pauvre ? » Je me eache du soleil, avec ma main, et je regarde encore plus fort. « Qui est cette fille ? Ça m'a l'air que ce serait ma Hodel!... Oui, oui, aussi vrai que je suis un Yid, c’est ma Hodel!.. Alors voilà pourquoi ils étudient ensemble dans la grammaire et qu’ils lisentensemble dans leslivres!... Ach! Tèvié! quel beheimè, quel animal, tu es ! », que je me pense. J’arrête mon petit cheval, etje leur interpelle : « Bien le bonsoir, que je dis. Quoi Schabess, sabbat.

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. de neuf sur la guerre ? Qu'est-ce que vous venez chercher ici ? Et sur quoi est-ce que vous attendez ?

Sur la journée d'hier ? » |

Quand ils ont entendu cette bénédiction, mes petits sont restés comme en l'air, une bonne paire de minutes, tout retournés, sans une parole, avec du rouge sur leur figure et les yeux baissés en bas.

. Et après, ils commencent de regarder sur moi; et

moi je regarde sur eux, et eux, ils regardent l’un

sur l’autre. « Eh !bien, qu'est-ce que vous avez à

regarder sur moi, comme si vous ne m'auriez trois

ans pas vu ? Je suis toujours exact le même Tèvié

comme j'ai toujours été », que je leur fais, moitié

vexé et moitié pour de rire. Alors ma Hodel, ma fille, devient encore plus rouge que du feu et ri : « Papa, tu dois nous dire un masellof. » — « Je dois vous dire un maseltof? Eh ! bien, je vous dis un maseltof!... Mais pour-

. quoi est-ce que je dois vous dire un maseltof ? Est-ce que vous avez dans la forêt trouvé un trésor?

Ou bien est-ce que vous êtes sauvés du loup ? » — « Non, papa : tu dois nous dire un maseltof, parce

que nous sommes ’hossen-kallè ! » — « Qu’est-ce

que ça signifie que vous êtes ’hossèn-kallè?» que je dis. « Vous ne savez pas qu'est-ce que ça signifie ’hossen-kalle ? que Pfefferl répond. Ça signifie que

La guerre, il s'agit de la guerre russo-japonaise, Maseltof, félicitations.

moi je suis son fiancé, son ‘hossen, et qu’elle est ma kallè, ma fiancée. » Et il me regarde direct dans mes yeux. « Alors, que je lui réponds, c’est, pour sûr, un miracle ! Mais pourquoi est-ce que vous n'avez rien dit jusqu’aujourd’hui? » — « Est-ce qu'il fallait crier ? qu’il me fait. Nous n’aurions aujourd’hui encore rien dit; mais, comme nous quittons bientôt l’un de l’autre, nous avons décidé que nous allons d’abord sous la ’Aoupè, pour marier tout de suite. »

Ca, j'ai été, comme on dit, vexé « ad nofesch » jusqu'à l'âme. Qu'ils sont fiancés ’hossèn-kallè, il aime elle, elle aime lui, ça va. Mais tout de suite la ’houpè, ça, je ne comprends pas! Etlui, mon'’hossen, il voit bien que Tèvié est vexé. « Si vous voulez savoir l'explication, Reb Tèvié, qu'il dit, voilà : c’est que je dois partir d'ici. » — « Tu pars ? quand est-ce que tu pars ? » — « Bientôt. Et Et où estce que tu pars ? » — « Ça je n’ose pas dire ; c’est un secret. »

Vous entendez, Reb Scholem Alei’hem ?. Comment est-ce que ça vous plaît? Voilà un petit noiraud de Pfefferl qui nous arrive, qui se déguise en fiancé, et qui veut tout de suite mettre la houpè et

tout de suite marier, et tout de suite partir seul

après? Et la bile ne doit pas tout de suite vous partir aussi?

"Houpè, dais nuptial.

HODEL 121

« Bien, que je lui dis, bien ; un secret est un secret, et tu es tout entier en secrets. Mais donnemoi seulement à comprendre quelque chose, mon petit frère : tu es pourtant un homme qui est pour la justice, n'est-ce pas ? de la tête jusqu'aux pieds tu es frotté avec de l’humanité ! Alors comment estce que ça vient que tu prendrais tout d’un coup une fille chez Tèvié et que tu ferais, avec elle, une femme sans mari ? Est-ce que ça s'appelle chez toi justice ? humanité ? Et est-ce que je dois peut-être te dire encore merci parce que tu ne m’as pas volégeganft, ou allumé le feu à la maison ? »

« Mon petit papa, que Hodel me dit, si tu saurais comme nous sommes heureux, lui et moi, maintenant que nous t’avons raconté, sur le secret! C’est une pierre Ôtée du cœur! Viens, nous voulons nous embrasser. » Et ils ne réfléchissent, ma foi, pas longtemps. Ils me prennent autour du cou, les

- deux, elle par un côté, et lui par l’autre côté, et ils

m’embrassent, et je les embrasse, et ils s’embrassent !...

Bref, qu'est-ce que je dois vous prolonger plus longtemps ? On a mis la houpè, et on a fait le mariage... Ach! malheur, quel mariage, Tèvié nébisch !.. Et une paire d’heures après, Tèvié attache le cheval après la voiture, et sur la voiture nous nous mettons assis les trois, moi, le père, et

Nébicsh, hélas!

elle la fille, et lui le gendre... et marche! en route pour la gare de Boïberik !

Et quand je roule assis comme ça sur la voiture avec eux, je regarde sur eux, un peu de côté, et je me pense : « Quel grand Dieu nous avons ! et comme il mène drôlement le monde! Et quelles drôles de créatures il a créées, et quelles drôles d'âmes on trouve chez lui! Voilà, lemoschel par exemple, deux petits, à peine s’ils sortent du four; lui part, le diable sait où ! et elle reste, — et pas seulement une petite larme! Mais Tèvié n’est pas une femme, une Yidenè ! Tèvié regarde, et il attend, et, lui non plus, il ne dit rien!

Et sur la gare je vois des garçons qui sont venus pour dire adieu, des miséreux, des kabsten, mais qui sont comme s'ils seraient fiers sur leurs bottes trouées ! Est-ce que vous comprenez ça, Reb Scholem Alei’hem ? Un surtout! un voyou poursür, avec une chemise qui lui pend, pardon excuse, par devant la culottel « Qu'est-ce qu'il dit tout bas, avec mon Pferffel? Fais attention, Tèvié, que tu es peut-être venu dans une bande, avec des gens: qui volent les chevaux, et qui coupent les bourses, et qui déchirent les serrures ou qui fabriquent la fausse monnaie ! »

En voyageant retour, de Boïberik à la maison,

Yidené, Juive.

HÔDEL 123

avec ma Hodel, je ne peux plus m'empéclier, et je

dis tout qu'est-ce que je pense sur cette jolie ’hevrussè. Ma Hodel, savez-vous qu'est-ce qu’elle

fait ? Elle s'éclate de rire et elle veut me laisser

croire qu'ils sont tous, tant comme ils sont, des braves gens, des distingués gens, comme elle dit, —

que toute leur vie est seulement rapport au bonheur

du monde, et qu’ils ne pensent jamais à eux, même . dans leur talon gauche ! « Lemoschel-par exemple, qu’elle dit, celui avec sa chemise par-dessus la culotte, tu as vu ? Eh! bien, c’est le fils de quelqu'un, oui, qui est un riche de Yéhoupetz ! qu’elle dit; et

il a ses père et mère abandonné, et ilne veut même plus un groschen accepter d'eux! » — « Ah! oui, . Dieu du ciel! que je réponds. C'est un garçon comme il faut ; avec ses cheveux qui lui descendent et sa chemise qui lui sort, il lui manque juste un harmonica dans les mains et un chien dans les - pieds, pour qu’il sera tout à fait distingué!»

"Et comme ça, je règle mon compte avec elle, nèbisch, et aussi avec lui, et, tout ce que j'ai d'amer dans mon cœur, je le laisse sortir. Et elle? Elle fait semblant comme si elle ne comprendrait rien. Je lui dis : « Pfefferl. » Et elle répond : « Touvass haklal », le bonheur pour tous, les tra-

’Hevrussè, société.

Nébisch, la pauvre!

Le

vailleurs, des schtouss quoi! «Qu'est-ce que ça me sert, que je lui dis, votre bonheur pour tous, et vos travailleurs, si tout se fait dans le secret chez vous? Comme on dit dans le proverbe : « Là où ily a du secret, là il y a du malhonnête... » Ou bien, alors, dis-moi où est-ce qu’il est parti, et pourquoi est-ce qu’il est parti? » — « Tu peux tout demander, qu’elle répond; seulement pas ça. Attends plutôt un peu : avec le temps tu dois tout savoir; et dans bientôt, si Dieu donne, tu entendras du neuf et du bon, tu verras! » — « Omein, aïnsi-soit-il! que je réponds; que Dieu le prenne de ta bouche direct dans son oreille! Seulement, je souhaite, à mes ennemis, autant pour leur santé, comme je comprends un mot de tout ce qui se fabrique chez vous! » — « C’est juste le malheur! que tu nepeux pas comprendre », qu'elle répond. « Est-ce qué c'est si difficile? que je dis. Tèvié a peut-être compris déjà des choses aussi difficiles? » — « Non, avec l'intelligence, avec le sé’hel seul, ça ne se laisse pas comprendre, qu’elle répond : ça, on doit sentir avec le cœur! » Voilà comment elle parle, ma Hodel, ma fille; et, dans le même temps, sa figure brûle comme du feu, et ses yeux aussi brûlent... Ne me parlez pas des filles de Tèvié, Reb Scholem Aleïhem ; voilà comme elles sont : quand une fois

Schtouss, sottises.

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elles cuisent dans quelque chose, elles cuisent avec le cœur; et avec la peau et avec la vie elles cuisent; et avec le corps et avec l’âmel »

Bref, qu'est-ce que je dois longtemps vous raconter? Une semaine s’en va, et deux semaines, et trois, et quatre, et cinq, et six et sept : « Ein kol », pas une voix, pas un mot, aucune lettre, aucune nouvelle! « Il s’est perdu, mon Pfefferl », que je me pense. — Je jette un œil sur ma Hodel, nèbisch : pas une goutte de sang dans sa figure! Pour oublier toutes ses misères, elle cherche la grosse ouvrage dans la maison. Mais pas une parole ; comme s’il n'y aurait jamais eu un Pfefferl sûr le monde!

Une fois seulement, comme je rentre à la maison, je vois qu’elle a pleuré ; elle va partout avec ses yeux enflés. Je demande ; et j'entends qu'un est venu, avec des longs cheveux, et qu’il a causé des secrets avec elle. « Ah! ah! que je me pense; c’est, pour sûr, celui de la compagnie, qui a ses riches père et mère abandonné et laissé sa chemise tomber par devantses culottes! » Je ne pense pas longtemps: j'appelle ma Hodel dehors, sur la cour, et je la demande : « Eh! bien, ma fille, est-ce que tu as un bonjour de ton prédestiné ? » — « Il est loin », qu’elle répond. — « Où loin? » — « Il est assis en prison. » — « Il est assis en prison? Pourquoi estce qu'il est assis en prison ? »

Elle regarde dans mes yeux, et elle se tait. « Dis-

126 jé L'HISTOIRE DE TÈVIÉ

moi seulement une chose, ma fille, que je fais. Autant comme je peux comprendre, il n’a pas geganft-filouté, n'est-ce pas ? Alors pourquoi est-ce qu'il est assis en prison? pour quelles « massim tovim », pour quelles bonnes actions? » Elle se tait... Etje me pense : « Tu ne dis pas? Eh! bien, ne dis pas. Il est ton mari, pas mon mari! » Seulement, je sens quelque chose qui fait mal dans mon cœur; la pitié du père sur l’enfant : « Kera’hèm ov al bonim », comme on dit le matin dans la prière. Un père reste un père. L

Bref, pour vous raccourcir, un jour... C'était Erèv Schaïnè Rabè….. Vous devez savoir que, le Yontief, c'est chez nous l'habitude que je repose, et le petit cheval aussi repose; comme c’est écrit dans la Thorè : « Ato veschore'ho », toi, et ton bœuf, et ta femme et ton âne, et ton petit cheval. Et puis, qu'est-ce qu’il y aurait à faire dans Boïberik? Tout de suite qu'on a soufflé le schofar pour le Nouvel An, tous ceux des villas s’en sauvent, comme des souris quand c’est famine; et Boïberik est vide. Alors j'aime rester chez moi, à la maison, assis sur le four. Pour moi, c'est le meilleur bout de temps. Les jours sont des cadeaux. Le soleil ne

Erév Schaïnè Rabèé, veille de Hoschana Raba, Sec de la fête des Tabernacles.

Yontef, jour de fête.

Schofar, trompette.

HODEL 427

cuit déjà plus ; il fait seulement des caresses, « méi hayè nefoschess », il ressuscite les âmes. Les sapins sentent encore bon la résine; et ça a l'air comme si la forêt serait en fête, une soukè du bon Dieu... Et la nuit avant Schaïnè Rabè! C'est comme un Gan Eiden, oui, un paradis! Le ciel est si bleu, et les étoiles là-haut font bouger leurs lumières, et elles donnent des signes à Tèvié, comme des hommes avec des yeux! .. Et voilà, juste, qu'une étoile s’envole comme une flèche qui sort de l'arc, et elle laisse, derrière, un ruban vert, et elle tombe : le bonheur de quelqu'un est tombé! Parce que chaque étoile qui tombe, vous savez, c'est une chance, un masel; et autant qu’il y a d'étoiles, autant il y a de masels. «. Pourvu que ça ne soit pas mon mauvais masel! » que je me pense... Et, tout de suite aussi, je pense à ma Hodel. Depuis déjà quelques jours, elle est un peu réveillée et plus vivante devenue ; elle reçoit tout à fait une autre figure. Quelqu'un lui a apporté ure petite lettre; une lettre de lui, que je me pense. Je voudrais savoir qu'est-ce qu’il écrit, maïs demander, je ne veux pas; elle se tait, je me

tais : Tèvié n’est pas une femme, une Yidené, Teivié a le temps d'attendre.

Et, juste comme je pense à ma Hodel, voilà qu'elle

Soukè, tabernacle.

Yidené, Juive.

vient près de moi; elle se met assise sur le four, elle régarde de tous les côtés, et, tout bas, elle me dit : « Écoute, papa, tu dois entendre quelque chose : aujourd’hui, nous devons dire adieu ensemble. pour toujours. » Ainsi elle dit tout bas, ma Hodel, à peine qu’on l'entend; et sur moi elle règarde, avec un regard, un regard! Dans l'éternité Tèvié ne pourra pas l'oublier.

« Qu'est-ce que ça veut dire, que je lui fais, que nous devons dire adieu ensemble pour toujours? » Et je regarde en bas, pour qu'elle ne voie pas que je regarde comme un mort. « Ça veut dire que je pars demain matin, qu’elle répond; on ne se verra plus, papa, plus jamais. » — « Et où est-ce que tu pars, si je peux savoir? que je dis. « Je pars chez lui. » — « Et où est-ce qu'il est, à présent? » — « À présent il est encore assis en prison; seulement dans bientôt on veut l'envoyer... là-bas. » — « Et tu pars lui dire adieu, que je fais comme si je ne comprendrais pas. — « Non je pars pour rester avec lui, toujours, là-bas. » — « Là-bas? Comment est-ce que ça s'appelle, là-bas? » — « On ne sait pas encore juste comment l'endroit s’appelle, qu’elle dit : mais c’est loin, très loin, avec du danger, beaucoup, pour la vie... »

Ainsi elle me parle, ma Hodel; et ça m'a l’air qu’elle serait aussi fière comme si elle méritait une médaille qui pèserait vingt-quatre livres! Qu'est-ce

4 RES VE die er

HODEL 129

qu'on doit répondre sur une chose pareille, je vous demande un peu, Reb Scholem Aleï’hem ? Sur une » chose pareille, un père crie après sa fille et lui fait cadeau d’une paire de gifles, pour lui sortir ses idées de la tête, n'est-ce pas?.. Mais Tèvié n’est pas une Yidenè et j'ai toujours dit que la colère, … c'est « avodè zorè », un péché bon pour le goi. Et = je lui réponds à ma Hodel, comme mon habitude, avec un possug : « Je vois ma fille, que je dis; De tu fais comme c'est écrit : « Al kéin yaazov », tu abandonnes tes père et mère; tu pars pour ton . Pfefferl dans un endroit, on ne sait pas où, quelque . part dans les déserts, sur la glace, là-bas où - Alexandre Moukdoun a voyagé et s’est perdu sur l’océan, jusque chez des gens sauvages, trèsloin…. comme j'ai une fois lu dans une histoire. » s Ainsi je parle, moitié fâché, moitié riant; mais je -sens, en dedans, mon cœur qui pleure. Seulemen* Tèvié n’est pas une Yidenè, Tèviè sait encore se . tenir; et ma Hodel aussi, elle sait se tenir. Elle 4 "répond sur chaque question, tranquille, réfléchie, … sans courir. Ah! elles savent parler, les filles de NS … Tèviél... Et, quand même je tiens ma tête en bas, et.mes yeux fermés, ça m'a l’aircommesije la verrais si avec mes yeux, ma Hodel; sa figure est blanche,

Goï, non-juif, chrétien.

Possug, verset. 4 Alexander Moukdoun, Alexandre le Grand, de Macédoine: :

comme la figure de la lune... et sa voix, qui étouffe!... Est-ce que je dois lui tomber autour du cou? et lui prier, et lui supplier qu’elle ne doit pas partir? Je sais pourtant bien que ça ne servirait de rien : les filles de Tévié, quand elles aiment quelqu'un, c’est avec le corps et avec l’âme, avec le cœur, et la peau, et la vie!

Bref, pour vous raccourcir, nous sommes restés assis sur le four, un bon bout de temps, peut-être toute la nuit presque. Et nous avons tu, et nous avons parlé, et aussi quand nous parlions nous ne parlions pas... Une chose seulement je voulais savoir d'elle : où est-ce que ça c’est entendu qu’une fille marie un garçon exprès pour aller avec lui sur l’autre bout du monde et dans les noires années? » - — « Avec lui, qu’elle répond, partout! même sur l'autre bout du monde et dans les noires années! »

Naturellement, je veux lui donner à comprendre, avec des raisons, qu’elle n’a pas raison; : mais elle, avec ses raisons, elle veut me donner à comprendre que je ne comprends pas ses raisons. Alors, je lui apporte un exemple, avec une poule qui a des canetons couvé; et tout de suite quand ils se sont seulement mis sur leurs pattes, les çanetons sont courus, et ils se sont mis sur l’eau; et la pauvre poule, nèbisch, fait : cocorico! cocorico! — « Eh! bien fillette, que je lui dis : qu'est-ce que tu dis là-dessus? Réponds une fois. » — « Qu'est-ce

HODEL 131

que tu veux que je dis là-dessus ? qu’elle répond. Bien sûr, c’est pitié pour la pauvre poule nèbisch, si elle fait : cocorico! maïs si elle fait cocoricol! estce que juste à cause de ça, les canetons ne doivent pas nager ? » Est-ce que vous comprenez ça, Reb Scholem Aleï’hem? Moi, je ne comprends pas. Elles ne parlent pas toujours clair, les filles de Tèvié!

Mais, pendant ce temps, le temps n’arrête pas. Déjà le jour commence de crier, et, dans la maison, ma vieille marronne. Plus d’une fois, elle m’a laissé dire, par les enfants, que c’est l’heure d'aller au lit; et, comme elle voit que ça ne sert de rien, elle sort elle-même sa tête à travers la fenêtre, et elle crie : « Eh bien! Tèvié, qu'est-ce que tu te penses ? » — « Et toi, ma Goldè, qu'est-ce que tu te penses aussi ? Est-ce que tu as oublié que c’est aujourd'hui Schaïnè Rabè, et que cette nuit un Yid ne doit pas se coucher, parce que là-haut Dieu met son cachet sur nos papiers pour l’année prochaine ? Souffle plutôt pour allumer le samovar, ma Goldè ; et pendant ce temps, j'attache le cheval à la voiture ; nous voulons aller, Hodel avec moi, sur la gare de Boïberik.

Et naturellement je dois encore raconter un mensonge; que Hodel part à Yéhoupetz, et de Yéhoupetz encore plus loin, pour une affaire rapport à quelque chose à hériter; et c’est peut-être destiné qu’elle doit rester là-bas tout l’entier hiver,

et peut-être aussi l’été avec, et peut-être aussi encore l’autre hiver avec. « Tu dois lui donner du manger pour la route, Goldè, et un peu de linge, et une paire d'oreillers, avec des taies de rechange, et çi et ça, et le reste. »

Et je commande qu’il ne doit pas y avoir une larme dans la maison à cause du Yontef. « C’est Schaïnè Rabè, jour de fête, que je dis; et dans le Talmud c'est écrit : à Schaïnè Rabè, défense qu’on pleure sur le monde! » Naturellement, on m’écoute juste comme le chat; autant comme elles sont, toutes, exprès le’ha’hless, elles pleurent : la maman, et les filles, et même ma Hodel aussi! Et, principalement, quand elle se dit adieu avec ma Tseitel.. Parce que, vous devez savoir, quand c'est Yontef, ma Tseitel vient toujours chez nous avec son tailleur, son Mottoul Kamisol... Voilà que les deux sœurs se jettent autour du : cou, et elles pleurent, elles pleurent, et elles ne peuvent plus séparer ! Moi seul, Tèvié, je reste dur comme le fer et l'acier... C'est-à-dire, je fais semblant, mais en-dedans, je sens que ça bout, comme dans le samovar. Seulement en dehors je ne laisse pas voir : Tèvié n’est pas une femme, Tèvié n'est pas une Yidenèé, n'est-ce pas ? ,

Toute la route vers Boïberik, Hodel et moi, pas

Yontef, jour de fête.

Schaïné Rabé, dernier jour de la fête des Tabernacles,

HODEL : 133

un mot. Mais quend nous tenons déjà pas loin du chemin de fer, je la demande pour la dernière fois: « Voyons, dis-moi quand même qu'est-ce qu'il a fait, ton Pfefferl, pour qu’on l'envoie, comme ça, dans la glace! Chaque chose à une raison, pourtant ! » que je dis. Alors elle devient en feu, et elle me jure tous les jurements qui sont sur le monde, qu'il est plus pur que l’or fin : « Il est un homme, qu’elle dit, qui ne pense seulement pas pour lui; tout ce qu’il commence, c’est pour les autres, pour le bien de tous, pour le bonneur du monde! et, principal, pour ceux qui travaillent avec leurs mains! » — Si vous êtes un malin, un 'ho’hem, Reb Scholem Aleïhem, vous devinez peut-être qu'est-ce que ça signifie ? Moi pas. « Oui, il soigne pour l’univers, que je dis ; mais est-ce que l’univers soigne aussi pour lui? Eh ! bien, tu dois l’embrasser pour moi, ton Alexandre Moukdoun. Et puisqu'il est un juste des justes, tu dois lui dire que je donne ma fille à sa justice, et qu’il ne doit pas me la détourner, et l’empécher d'écrire, dans son temps, une petite lettre à son vieux papa!»

- Et, juste comme je dis ça, elle me tombe autour. du cou et elle commence de pleurer: « Nous voulons maintenant dire adieu, qu’elle dit. Sois bien portant, papa... Dieu sait quand nous nous voyons de nouveau... »

Et maintenant je ne pouvais plus, je ne pouvais plus tenir... Ça me venait sur la pensée, vous comprenez, que c'était la même Hodel que je tenais sur les mains, quand elle était une toute petite, une miette... Ne me le prenez pas en mal, Reb Scholem Aleï’hem, que maintenant, Tèvié, comme une femme, comme une Yidenè..…. Si seulement vous sauriez qu'est-ce que c'était, ma Hodel!.. Si vous verriez seulement une fois quelles lettres elle écrit. Une Hodel du Bon Dieu qu'elle est... Je la sens là-dedans... je la sens... je ne peux pas vous dire. je ne peux pas vous dire.

Savez-vous quoi, Reb Scholem Aleiï’hem, nous voulons plutôt parler de quelque chose de gai : quoi de neuf sur la guerre ?..

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