Chapitre Cinquième
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car il est bon! comme on dit au Seider… Ce que Dieu fait est bien fait ; c’est-à-dire. il faut que c’est bien fait. Autrement, soyez un malin, un ’ho'hem; essayez un peu, Reb Scholem Aleï’hem, et faites mieux, pour voir ! Moi aussi, j'ai voulu être un ’ho'hem ; j’ai tourné la chose par ciet j'ai tourné la chose par là, pour comprendre. Qu’estce que ça m'a servi ? Rien, que ça m'a servi. Alors j'ai Ôté ma main de dessus mon cœur, et je me suis pensé : « Schlemyhl, imbécile ! est-ce que tu veux refaire le monde ? Celui qui est là-haut nous a donné une bonne fois l'élevage des enfants; et l'élevage des enfants, qu'est-ce que c’est ? C’est l’élevage de la misère. Eh ! bien, nous devons dire : « Ça aussi, « gam zou », c'est pour le bien; et accepter avec amour. »
Voilà, lemoschel par exemple, mon aînée, ma
« aix ladonoï, ki tov », chantons à l'Eternel,
| Seider, repas de Pâque.
Tseitel, que je vous ai parlé, avec son tailleur, son Mottoul Kamisol. Ils ont déjà des enfants, la maison pleine; une chose manque seulement : le pain. Ça, c'est mon numéro un.
Maintenant, mon numéro deux, ma Hodel, que je vous ai raconté. Dieu sait quand mes yeux doivent la revoir! Sur l’autre monde peut-être, dans cent vingt ans !... Quand je parle seulement d’elle, Reb Scholem Aleïhem..., je ne peux plus... je ne peux plus... Je devrais l’oublier, que vous dites? Est-ce qu’on oublie une vivante créature et, principal, une telle enfant comme est ma Hodel ? Ils sont très bien là-bas, dans la Sibérie, qu’elle m'écrit : luiest assis, en prison; et elle gagne, elle lave le linge, et elle lit les livres, et elle se voit, avec lui, chaque semaine une fois. Et elle a l’espoir que, pendant ce temps-
là, ça va s'allumer chez nous, et que bientôt le soleil |
monte, et qu'il fait clair... Alors, qu'elle écrit, elle vient retour, avec son Pfefferl, et avec une quantité comme lui, et ils commencent le vrai travail, et ils mettent le monde la tête en bas et les pieds en l’air!... Comment est-ce que ça vous plaît, Reb Scholem Aleï’hem ? Bien, n'est-ce pas ?...
Mais le « Ribono schel olom », le Maître de l’uni-
vers, qu'est-ce qu'il fait, lui? Il est un « Eïil ra houm ve’hanoun », un Dieu de pitié et de miséricorde, n’est-ce pas ? Et il dit à Tèvié : « Attends seulement un peu ce que je fais pour toi, Tèvié;
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toutes tes misères, toutes tes tsorèss,. tu dois les oublier! » Vous allez entendre, Reb Scholem Aleïhem, vous allez entendre ! À aucun autre je n'aurais raconté... Pourquoi? Parce qu'il y a làdedans du chagrin, voyez-vous, et de la honte aussi, de la honte plus grande que le chagrin. Mais devant vous, Reb Scholem Alei'hem, est-ce que Tèvié a un secret caché? Une chose seulement je vous prie : ça doit rester entre nous, parce que... À cause du grand chagrin, vous comprenez, et aussi à cause de la honte.
Bref, pour vous raccourcir, le « Borè’h Haschem », le Saint, béni soit-il, voulait faire un bonheur aux fils d’Isroël, n’est-ce pas? Alors il leur donna une Thorè et des commandements. Et le Saint, béni soit-il, voulait aussi faire un plaisir à Tèvié, n'est-ce pas ? Alors il lui donna sept enfants femelles, c'est- à-dire sept filles, toutes réussies, complètes, sages, belles et fraîches, et en bonne santé comme les sapins de la forêt. Ach! halevaï, s’il aurait seulement plu à Dieu qu’elles seraient plutôt vilaines et dégoüûtantes! ça aurait peut-être été mieux pour elles, et pour Tèvié aussi! Parce que, je vous demande un peu qu'est-ce que c’est le résultat avec un beau cheval, quand il reste à l’écurie ? Et qu’estce que c’est le résultat avec des belles filles, quand on est caché avec elles dans un coin où pas un homme vivant ne se voit, en dehors d'Anton Popé-
rilè, le got qui est le starots du village, et Hvodkë,
qui est l’écriveur du village, avec son long cou et ; 8
ses longues bottes, et le goï qui est le pope du village et qui rase les coins de sa barbe!
Celui-là, je ne peux pas entendre son nom (son souvenir, que Dieu l'efface!); pas à cause que je suis un Ÿid est que lui est un goï, non! Au contraire, nous sommes très bien connus ensemble, depuis déjà beaucoup d'années... ; c’est-à-dire,onne va pas se visiter, bien sûr, quand il y a une fête,-un sim'hè ou une Yontef. Non, quand on se rencontre, onse dit seulement comme ça : « Un bon matin !.…. Une bonne année! Quoi de neuf sur le monde ?...» Entrer avec lui dans des longues paroles ? Je n'aime pas. Pourquoi est-ce que je n’aime pas ? Parce qu'il commence tout de suite avec la vieille histoire : « Notre Dieu, votre Dieu ». Moi, je ne le laisse pas dire, et je passe par-dessus ce qu’il dit, et je l’interromps avec un bon mot, et je lui dis qu'il y a chez nous un possuq, un verset. Alors tout de suite, c’est lui qui ne me laisse pas dire, et qui passe pardessus ce que je dis, et qui m'interrompt,et qui dit qu’un possuq, il en sait aussi bien que moi, et peutêtre encore mieux que moi. Et il commence à me
Goï, non-juif, chrétien.
Yid, Juif.
Sim’hè, joie.
Yontef, jour de fête religieuse.
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placer tout le *’Homesch, naturellement comme un goï sait prononcer : « Béreschit bara éloquim... » Chaque fois la même chose! Naturellement, je passe de nouveau par-dessus ce qu’il dit, et je lui dis qu'il y a chez nous un mèdresch.. « Un midrasch? qu'il répond ; un midrasch, c'est déjà du Talmud, et le Talmud je n’aime pas, parce que le Talmud, c’est le mensonge ! » Alors je deviens en colère, et je commence de lui lâcher tout ce qui me vient sur la langue. Pensez-vous que ça lui fait quelque chose ? Rien du tout, que ça lui fait ; il regarde sur moi, il rit en dedans, et il peigne sa barbe !.… Voyez-vous, Reb Scholem Aleïhem, il n’y a rien de plus pire sur le monde que si vous criez après un homme et que vous laissez votre bile sortir, et que lui reste assis et sourit! Moi, je ne comprenais pas, à l’époque : mais maintenant je sais qu'est-ce qu’il signifie, ce sourire.
Bref, pour vous raccourcir, je rentre une fois à la maison, vers la tombée du soir, et sur qui est-ce que . je rencontre ? Sur ‘Hvodkè, l’écriveur, qui se tient dehors, avec ma ‘AHarvè, ma troisième, vous savez, celle qui vient après ma Hodel. Tout de suite que j'ai aperçu le garçon, il se tourne, il tire sa casquette et il s’en va. Je dis à ma "Hawè : « Qu'est-ce
LU
’Homesch, Pentateuque.
Mèdresch, parabole talmudique.
’Hawè, Eve.