XII PREFACE
questions métaphysiques qui n'intéressent pas directement la vie et le salut. Religion, l'élément intellectuel lui importe peut-être moins que la source d'action et d'émotion qui est en lui. — Il offre un modèle concret à l'amour et à l'imitation des hommes. Ce qu'il met au premier plan, ce n'est pas le dogme, le rite ou l'Eglise, c'est une individualité. — Il nie l'autorité doctrinale des Védas et le privilège spirituel des brahmanes. — Etant une église, il contrôle la conduite de ses adhérents et s'efforce de maintenir entre eux l'unité de croyance et de discipline. — Si, pour la première fois, on proclame l'égalité religieuse de tous les hommes sans distinction de classes et de nationalités, pour la première fois aussi, on pose le principe que, pour être membre de la communauté, il faut faire acte d'adhésion personnelle. Il y a dès lors coextension de l'idée et du groupe. Tous les bouddhistes sont censés partager les mêmes croyances, poursuivre le même but, cultiver les mêmes espérances. L'idée est devenue le principe de l'association. Elle a cessé d'être un simple produit de l'intelligence et de la réflexion ; elle est une force, un élément de vie, une puissance créatrice et organisatrice.
Ce n'est pas sans de sérieux sacrifices que la vieille théosophic des Upanisad a pu s'accommoder de conditions si différentes de celles à la faveur desquelles elle s'était développée. Aspirant à être une interprétation générale de l'univers, la théosophie ne peut se désintéresser des spéculations transcendantes. Elle prétend en outre appliquer la méthode d'inspiration immédiate, ce qui la rend réfractairc à toute espèce de joug ecclésiastique et dogmatique. Pourra-t-elle vivre longtemps dans un milieu si peu congénial ?