PREFACE XIII
En attendant qu'elle s'étiole peut-être et meure de consomption dans une atmosphère irrespirable, quel immense champ d'action le bouddhisme ouvre aux idées maîtresses qu'il a reçues d'elle, et quelle puissance nouvelle ces idées acquièrent sur les âmes par le seul fait qu'elles deviennent religieuses !
Une religion comme le bouddhisme est un tout infiniment complexe. Quelque place qu'y tiennent les idées théosophiques, soyons sûrs qu'elles ne la constituent pas tout entière. Elles s'y trouvent amalgamées à des éléments de toute provenance. Est-ce en les isolant artificiellement qu'on les étudiera le mieux dans leur nature et dans leur action ? Ce ne serait ni avantageux, ni même possible. Les contacts qu'elles subissent entraînent pour elles des déterminations dont il faut bien tenir compte : tel le cristal transparent qui se colore par le voisinage d'une fleur d'hibiscus. D'autre part, il serait excessif sous prétexte de théosophie, d'embrasser ici le bouddhisme dans toute son étendue. D'excellents ouvrages, aisément accessibles au public, me permettent de limiter ma tâche sans inconvénient.
Ce que je me propose, c'est d'étudier dans quelles conditions, externes et internes, les idées maîtresses du bouddhisme ont agi sur les esprits ; de quelle manière elles se lient les unes aux autres ; quelle influence elles ont exercée sur la conduite des individus et sur la communauté ; comment elles se sont transformées par le travail même de la pensée ; comment elles ont dévié au contact de doctrines hétérogènes ; à quels excès de théorie et de pratique elles ont parfois abouti. Je ne m'occuperai donc du Bouddha et du Sangha que dans la mesure