LIVRE DIXIEME
SOMMAIRE
Continuation des desordres cTOveryssel, où les différends sont assoupis, mais non estants". On recommence à parler de faire un Mareschal de Camp. La Ftise le propose, la Zeelande la seconde; les Estais Généraux le résolvent. La Hollande s'y oppose, escrit aux autres Provinces. Jja Frise y répond, et oblige la Hollande à publier un 'Manifeste Jort et raisonné. Elle en use avec tant de rigueur que les autres Provinces s'e* relaschent; et le Prince de Nassau mesme, que quelques unes des antres avoient nommé, renonce à ses prétentions. Différend de la ville et de CEvesque de Munster. Elle veut intéresser les Estais, qui s* en tneslent et offrent leur médiation, que VEvesque rejette. Ils luy envoient des Députés, et appuient la deputation de quelques troupes, qui obligent PEvesque à souffrir qu'on fasse un accommodement. VEvesque a des amis à la Haye, où il fait ouverture d'une alliance défensive. Demesfé des Estais et du Duc de Neu bourg à cause de la souveraineté de /ùtrrstein. Alliance du Rhin. Huiler prend deux vaisseaux de guerre François, ce qui fait du bruit et ed si mal receu à la Cour, que l'on y met en délibération si on ne déclarera pas la guerre aux Hollandois. On saisit tous les navires Hollandois dans les ports de France, et les effets des marchands. Les Estats de Hollande revient qu'on s'en ressente et qu'on défende le commerce de France. V Ambassadeur des Estais se plaint dans une andiance publique avec tant (P aigreur que le Cardinal Masarin lui fait affront, et la Reine lui refuse aud tance. De Tkou Ambassadeur à la Haye: son caractère. Il demande réparation et satisfaction. Les Estais de Hollande sont d'avis qu'on ne luy donne ny Vun ny l'autre. Leurs raisons et leurs instances que les Eclats Généraux secondent. On met V affaire en negotiution. La France y apporte de la facilité et l'accommodement se fait à l'avantage de F Estai. Traitté partit ulier entre la France et P Angleterre, pour la conqueste de Dttnquerque, dont Pexeeulion est différée. Succès de* armes de France. Sa conduite à V égard des affaires d? Allemagne, pendant P interrègne après la mort de r Empereur. Negotiation du Mareschal de Grammont à Munir. Idt disposition des affaires de VEmpire à Végard de PEleclion. Les Estais entoyent une a r Niée navale contre les Portvgois. V Ambassadeur de France tasche de porter les esprits à un accommodement.
On envoyé des Députés avec la flotte. Leurs ordres. Ils deetarttt U guerre au Roy de Portugal, et se retirent. Les Portugais snsismt les narires Ifollandois. Xegot talion de Nieuport à Londres. Sùttt de la guerre de Suéde. L'Electeur de Brandebourg commence à ehnuft de sentiment. La conduite et Pinterest de tm France et dm Prttectm. Ragocsy se déclare pour le Roy de Suéde; son expédition est immlf et malheureuse. Le Roy de Dannemarc rompt avec le Roy de Satie. Il s* oppose à la ratification du trait té tPElhing, et porte ses pensées fut loin que les Estai* ne veulent, parce que leur intention est de faire k paix du Nort; c'est pourquoy ils veulent Pempescher de {engager mm tP autres Princes. Ses armes font quelques progrés dans ta Principale de Brème, et reçoivent un terrible échec à Fridericsode, qui change Uni Pestai de ses affaires. l*e Roy de Suéde en devient plus fer, serre Dent' xig, refuse la médiation des Estais. Demeslé arec luy pour son Rendent, qui est hautement maintenu. Li sol a fait changer P Electeur if Brandebourg de par /y. Déclaration des Estais touchant le treille sTBhing. Le Roy de Suéde fait quelques ouvertures Raccommodement, pou rouvrir son véritable dessein, qu'il exécute sur Pisle de Fnnen. Il pose sur Ut glace dans les autres islest et en Zeelande mesme. Le Roy if Dannemarc estonné de ces succès fait faire quelques propositions de paix et la conclut enfin à Roschild. I*e contenu du traitté. Uentreveie des déni Rois. Celuy de Suéde rcsoult de continuer la guerre, et la rceommentt en Dannemarc. Ses raisons ou prétexte*. Il prend le ehasteau de Or* nenbourg. Il tasche de faire entrer les Estais dans ses interests. U* Ambassadeurs Ifollandois se séparent. Voyage de la Reine de Païenne à Berlin. Les Exlats enrayent secours au Roy de Dannemarc JoH à prrqtos. Combat de mer peu favorable aux Suédois. Soulrvement a Gost*, ù Unmingue. Estât des affaires des Inde*.
La guerre du Nort occupoit tellement les Estats, qu'ils n'ovoient pas besoin qu'on leur fist d'autres affaires ailleurs; et néant moins il y avoit des Provinces qui prenoient tant de plaisir à en faire tous les jours de nouvelles, que c'est presque par miracle que TEstat a pu subsister parmy les divisions qui le dechiroient. Il y aroit longtemps que la Province d'Overysscl en estoit tellement travaillée que les esprits estant devenus irréconciliables il n'y avoit plus d'espérance (raccommodement. Et de fait on ne s'y attendoit plus», lors que les deux partis qui faisoient leurs Assemblés d'Estats separeminent, s'avisèrent de sousmettre leurs différend? à' la décision des Estats Généraux. Ils les prièrent de trouver bon qu'ils nommassent eux mesmes quelques personnes qu'ils jugeroient propres de les régler sous l'autorité de l'Assemblée des Estats Généraux. Ils proposèrent le Prince de Nassau. Gouverneur de Frise, et Jean de Witt, Conseiller Pensionaire de Hollande, et leur choix ayant esté agréé par les Estats, les Jeux
Accommodement des différends cPOveryssel. 447
Arbitres y travaillèrent si heureusement, qu'ils mirent les deux partis d'accord dans fort pe\i de jours. Le Prince de Nassau y estait intéressé, parce qu'une partie de la Province luy avoit donné la Lieutenance du Gouvernement sous le Prince d'Orange ; mais il avoit fait connoistre dés Pan 1655, que pour le bien de la paix, et pour le repos de la Province il y renoncer oit volontiers. Tellement que les autres qui avoient esté pourveus des offices pendant le schisme, ayant honte de s'opiniastrer après cet exemple, les deux Arbitres n'eurent pas beaucoup de peine à faire comprendre aux intéressés, qu'il n'y avoit point d'autre moyen de reconcilier les esprits, qu'en ostant la première cause de leur mésintelligence, et ordonnèrent que toutes les affaires seroient remises en Pestât où elles estaient devant le 8 Avril 1654. Que pour la nomination qui avoit esté faite du Prince de Nassau à la Lieutenance du Gouvernement de la Province, il en seroit use' ainsi qu'il avoit esté réglé par le Projet de Harmonie qui avoit esté formé le 3 Octobre (1) 1655; que les officiers qui avoient esté licentiés seroient rétablis; que Harsolte resigne* roit la charge de Drossart de T vente; que les Privilèges des villes de Hasseit et de Steenwyc leur seroient conservés; et que tout ce qui s'estait passé seroit ensevely dans un profond et éternel oubly, sans préjudice de l'honneur de ceux qui de part et d'autre avoient eu part à ces affaires.
C'est ainsy que ces différends furent terminés, ou plustost piastres pour quelque temps par la facilité du Prince de Nassau et par la prudence du Conseiller Pensionaire, et non par la bonne disposition des esprits qui avoient brouillé la Province. Les Députés qui estaient de la part des Estats d'Overyssel dans l'Assemblée des Estats Généraux, demeurèrent satisfaits du Règlement, et promirent de faire leurs devoirs pour le faire ratifier par leurs Committents. Cet accommodement se fit en 1656, mais on ne le put pas faire agréer dans la Province. Neantmoins on y estait si lâs des contestations continuelles, qui incommodoient les particuliers et ruinoient le public, que l'on s'avisa en fin de part et d'autre, de s'en remettre aux Estats de Hollande et Westfrise. Il y avoit des Députés dans l'Assemblée de Hollande, qui eussent mieux aimé qu'on en eust usé autrement, parce qu'ils craign oient que cette sousmission n'offensast les Provinces qui avoient favo-
(1) Le 3 Décembre 1655.
446 // n'est ptt* agrrt; &v EttaU de Jhlktnde les règlent.
risé l'un des partis contre les sentiments de la Hollande. Mais ils en demeurèrent en fin d'accord, et nommèrent pour cet efet Corneille de Graaf, Seigneur de Zuitpolsbronck,ettar Conseiller Pensionaire, qui y a voit desja utilement travaillé. Los différends furent bientost règles et presque sur le mesme pied qu'ils Ta voient esté par le dernier accord. L'amnistie de tout ce qui s'estoit fait de part et d'autre contre Tordre de l'Estit en faisoit le premier article, et on reparoit ce qui s'y estoit fiut contre les droits, privilèges, et prérogatives de la Province. D fut dit que l'Election d'un Gouverneur seroit réservée à ceux qui y pourroient prendre part lors que le Prince d'Orange seroit en aage; que le Prince de Nassau rcsigueroit la charge de Lieutenant General, et le Drossart de Lingue, celle de Dmsart de T vente; que le» officiers qui avoient esté démis de leon charges seraient restablis; que de cinq ans on ne remplirait pu les offices vacants. On fit aussy un Règlement si exact pour l'élection des Officiers et de» Députés, et touchant les qualités qui scroient requises aux personnes que Ton voudroit avancer à des offices, ou employer en des commissions, touchant la conduite et l'administration des affaires de la Province, et pour l'instruction de ceux qui composent le collège des Estât s Députés, comme aussy pour celle des Dropsarts, des Trésoriers, des Receveurs et des Députes extraordinaires à l'administration du Domaine, et des biens recelés, aliènes et hypothéqués, qu'il sembloit qu'il n'y avoit plus rien qui pust altérer le repos de l'OverysseL Cet accommodement se fit le S Aoust 165 7 (1); mais le mal csioit trop opiniastre, pour céder à des remèdes de cette uature.
11 y avoit près de quinze mois (2) que l'on n'avoit pas parlé dans l'Assemblée des Estats Généraux de la charge de Mareschal de Camp, lors qu'au commencement de l'année 165 7. Mula rt qui y presidoit à son tour de semaine, comme Député de la Province d'Ovcryssel, dit: * Que 1rs Estats ses Commit tenta 0 eonsentoient que lieverning prist possession de la charge
* de Trésorier General, et qu'il en fist les fonctions, conforme-
* ment à la Résolution qui avoit esté prise le 20 Décembre pre-
(1) Le 20 Août. Voir Ailzema, S. ruu Staet, 111. 36. p. 1305 sr., IV. 37. p. 16S— 195. RiïsoL des Etats de Hollande du 21 Septembre 1657.
(2) Depuis le mois de Dé-vinbre 1655 eette a (Taire était restée en
Mispeiii».
Om remet V affaire de P élection cPun Mareschal de Camp sur le tapie. 449
«cèdent, et nonobstant l'opposition formelle des Députés de 'Frise, qui ne se pouvoient pas encore rendre (1)." Mulert n'estoit pas seulement tout à fait dévoué à la Maison d'Orange, mais il estoit aussy comme le Chef du party qui s'estoit déclaré contre la Hollande en Overyssel; de sorte qu'on ne pouvoit pas pénétrer la cause de cette saillie. Mais on la découvrit bientost, et on apprit qu'il agissoit de concert avec la Princesse Doûariere qui n'estoit qu'artifice, quand il estoit question des interests du Prince, son petitfils. Car Mulert n'eut pas sitost achevé de conclurre, que Epo Boots m a, qui avoit esté autrefois domestique du Prince d'Orange, et Capitaine, et qui estoit alors Député à l'Assemblée de la part des Estats de Frise, prit la parole et dit comme par forme de discours : Que c'estoit une chose asaés extraordinaire de voir conclurre une affaire de cette nature par la pluralité des voix, pendant qu'on fuisoit difficulté de disposer en la mesme manière de la charge de Mareschal de Camp, qui estoit vacante depuis la mort du Seigneur de Brederode. Lie Président qui receut ce discours comme une proposition formelle, la fit mettre en délibération. La cabale se servit de l'occasion de l'absence du Conseiller Peusionaire et de la pluspart des Députés de Hollande. Ceux de la mesme Province qui y esioient présents, prièrent l'Assemblée de différer de prendre une Besolution touchant cette affaire jusqu'à ce que les Estats, leurs Committents, qui avoient este convoqués, fussent arrivés. Les Députés d'Utrecht refusèrent d'opiner sur une affaire de cette importance, sans ordre de leurs Supérieurs. Ceux de Gueldre furent d'avis qu'il falloit donner le loisir à ceux de Hollande d'apprendre les sentiments de leurs Maistres (2); mais ceux de Frise et de Groningue furent si ardents, quoy qu'ayant dans leurs Provinces un Gouverneur et Capitaine General indépendant des Estats des autres Provinces, qui se seroient bien passés de cet emportement, qu'ils obligèrent le Président qui y estoit tout disposé, à conclurre. Les personnes les plus désintéressées y remarjqaoient, que bien que la confusion de la Province d'Overyssel fust si grande, que les Estats divisés en deux factions opposées
(1) Beverningh entra en fonction nonobstant l'opposition des Etats de Prise; ceux-ci, ainsi que les Etats d'Overyssel, ne retirèrent leur protestation qu'en 1664.
(2) Voir la lettre de de Witt à v. d. Capellen du 14 Février 1657. {Archives du Royaume).
450 On conclut a ta pluralité; la Hollande ptotetic.
n Voient point d'autorité sur les gens de guerre qui estoient en garnison dans leurs villes, ncantraoins Mulert eut l'audace d'oser entreprendre de donner à tous les Alliés un Chef qui cominandast leur armée. Les Députés de Hollande protestèrent formellement de l'injustice et de la nullité de cette conclusion; suis tout ce qu'ils purent obtenir, ce fut qu'on demeurast d'accord que cette Kcsolution ne seroit absolument arrestée que dan» quinze jours. Les Députés de Hollande qui no se pouvoient pas satisfaire de ce procédé et de cette reserve, protestèrent encore contre cette dernière Kcsolution (1). Les Estats de Zeclsnde qui estoient assemblés en ce temps là, approuvèrent ce que leurs Députés avoient fait à la Haye, conformément aux sentiment! des Estats de Frise et de Groningue; et se servant de l'inclination qu'ils voyoient en ces deux Provinces, ils nommèrent le Prince de Nassau, Gouverneur ds Frise, à la charge de Mareschal de Camp. Leurs Députés firent leur Déclaration sur ce sujet dans l'Assemblée des Estats Généraux le 25 Février (2), c'est à dire, deux jours après que les Estats de Hollande eurent supprimé cette charge par une Resolution formelle et unanime (S). Ceux de Hollande escri virent aux autres Provinces (4): 'One
* la nomination d'un Marcschal de Camp ne se pouvoit faire fl-
* non de concert avec les autres Alliés, et avec leur consentement
* exprés, à moins d'attenter à la Souveraineté de ceux qui n'y *auroient point consenty ou qui ne seroient pas du sentiment #des autres; parce qu'il n'y a que celles qui payent les troupe?, *qui leur puissent donner un Cbcf qui les commande. Ils y «ajousterent, qu'ils jugeoient que non seulement il n'est oit pas
* nécessaire de faire un Marcschal de Camp en la présente cou-
(V De Witt, dans une lettre à l'Ambassadeur Nieupoort, du 12 Janvier 1657 (Brienn, 111. p. 312—317), raconte toutes les peines que Itcvcmingli et les Conseillers Députés de Hollande (de Witt lui-même était absent) se donnèrent afin d'empêcher que la Résolution, qui était sur le point de passer à la majorité, ne fût prise définitivement . Voir AVapcnuar, Vaderl. HUtorir. XII. p. 419 — 422.
(a) Lisez: Janvier. Les Etats de Hollaude vinrent en corps à l'Assemblée des Etats Généraux. Késol. des dits Etats du 23 Janvier 1057.
(3) A l'exception des villes de Leide et d'Edam.
(4) Résol. des Etats de Hollande du 24 Janvier 1657. Aitzfœa. >S'. tan Staet. IV. 37. p. 3—5.
La Hollande supprime la charge de Maresckal de Camp. 451
r joncture; mais au contraire, qu'il estoit très nécessaire de supprir mer cette charge, et de ne donner jamais le commandement de r l'armée en chef à qui que ce soit, sinon pour une seule exrpedition ou pour une campagne. Qu'ils estoient prests d'entrer rpour cela en conférence où ils rendroient cette nécessite dc- » ntonstrative et palpable; qu'ils feroient voir à l'oeil que ce n'est rpas aux Estats des Provinces, et bien moins à ceux qui sont rde leur part Députés à l'Assemblée des Estats Généraux, à r donner un Chef aux troupes que la Hollande paye sans son r consentement ; mais si nonobstant cela ils ne laissoient pas de • passer outre à la nomination d'un Marcschal de Camp, qu'elle r se mettrait en estât de conserver sa liberté et sa souveraineté, et rque pour cet effet elle employeroit les moyens que] Dieu et »la nature luy fourniraient pour le maintien de l'une et de » l'autre."
Et de fait, les Estats de Hollande non contents d'avoir supprimé la charge de Marcschal de Camp, firent travailler à une instruction (1) qui servirait au Chef à qui ils pretendoient donner le commandement des troupes que leur Province payoit, en cas que les autres Provinces se donnassent un Marcschal de Camp. Cette instruction portoit: *Que celuy qui commanderait leurs troupes *en chef, ne pourrait pas avoir la qualité de Gouverneur, ou de r Capitaine General dans les autres Provinces, ny estre au ser- #vice d'aucun Prince Est ranger, ny aspirer à la charge de Goujrverneur de Hollande; que son employ ne serait que pour un *an, ou pour deux au plus, après l'expiration desquels il ne m pourrait pas estre continué pour quelque cause ou occasion que w ce fust, sinon après un intervalle de deux autres années." Je ne m'a m user ay point à parler des autres conditions qu'ils y ajoutèrent, tant parce qu'elles font partie de YEdit perpétuel dont il sera parlé ailleurs (2), que parce que le zèle emporté des autres Provinces se morfondant bientost, tous ces projets ne produisirent rien en ce temps-là.
Les Estats de Frise firent réponse (3) à la Lettre Circulaire de ceux de Hollande, où ils disoient; 'Qu'il avoit esté ar-
(1) Résol. Secret, des Etats de Hollande du 27 Janvier 1G57.
(2) Voir Livre XVI.
(3) Aitzema, S. van Slael, IV. 37. p. 7—9; Résol. des Etats de Hollande du 22 Mars 1057.
45i> Mamfnte éet Ettatt de HoUmnde.
«reste dans lu Oruiulc Assemblée de 1651, mesmes de l'avis do 'Députes de Hollande, que la disposition des charges milrUnw
# ou les Estnts Généraux avoient accoustumé de pourvoir, fcor ' demeureroit ; et uinsy qu'ils pouvoient aussy disposer de odk
* de Marescbul de Cump, comme ils avoient fait en la personne #du Sr. de Villicrs, d'Ernest Casimir, Comte de Nama, *et du Seigneur de Brederode, et puis que les mesmes Estits
# pouvoient résoudre toutes choses par la pluralité des voix, à 'l'exception des cas réservés par V Union, il estoit juste que k 'Hollande s'accommodast aux sentiments des autres Province», ' et nommast avec elles le Prince, Gouverneur de leur Province, 'à la charge de Mareschal de Camp/'
Les Estât s de Hollande se sentant presser de tous oostét, et craignant que les Estât s Généraux ne procédassent en fin à l'élection d'un Mareschal de Camp, en dépit d'eux par la pluralité des voix, publièrent au mois de May une Déclaration en forme de Manifeste (1); où après avoir posé pour fondement: 'que les 'Provinces, dont l'Union est composée, ayant esté de tous temps 'indépendantes les unes des autres, tant sous les Princes des 'Maisons de Bourgogne et d'Austriche, que depuis l'abjuration 'du Koy d'Espagne, chaque Province jouit de ses droits de 'souveraineté pleinement et absolument," ils disent: «que le plus ' beau et le plus eminent de ces droits est celuy de pouvoir com- ' mander aux gens de guerre. Que pas une des Provinces n'y t ' renoncé, quoy qu'elles ayent déféré aux Estât s Généraux et an
* Conseil d'Estat le pouvoir de délibérer des moyens de défendre ' la .République. Au contraire qu elles ont voulu demeurer en U ' possession du pouvoir de faire des levées de gens de guerre, et 'qu'elles ont soustenu que ceux qu'elles payent, et qui sont en 'garnison dans la Province qui les paye, ne sont tenus de faire 'le serment de fidélité, si non aux Estats de la mesme Province, 'et non aux Estats Généraux, que lors seulement que sortant de 'la Pnnince, du consentement des Estnts qui les payent, ils passent au service de Vrm'on. Que c'est en vertu de ce droit, que ' les Estats particuliers des Provinces disposent des gouvernements, 'et de toutes les charges militaires de leur ressort, aussy bien #que du commandement des gens de guerre qu'ils payent: jus-
Ci) Itésol. des Etats de Hollande du 17 Mai 1057. Voir Ait sema, 1. c. IV. 37. p. 13— *2.
Manifeste des Estais de Hollande. 153
#ques là que sans le consentement, et mesmes sans la participa - 'tion des autres Provinces alliées, ils se donnent un Gouverneur #ct Capitaine General. Que ce droit de commander aux gens de 'guerre a une si grande est en due, que les officiers sont obligés 'de déférer aux ordres des Estats de la Province qui les paye, ' mesmes quand ils sont ailleurs; à la reserve d'un seul cas, sça- 'voir lors que les officiers sont en garnison dans une des Pro- # vinces Unies, aux Estats de laquelle ils sont tenus de faire ser- #ment, et de préférer leur ordre à ecluy qu'ils pourroient rece- *voir des Estats qui les payent. Que les Princes d'Orange 'avoient bien disposé des charges militaires, lors que l'armée restait en campagne, et de celles des troupes estrangeres en tout 'temps, mais qu'ils n'ont pas exercé cette faculté en qualité de 'Capitaines Généraux de l'Estat en gênerai, mais comme Gouverneurs et Capitaines Généraux de quelque Province particu- 'liere; veu qu'ils ne l'ont jamais exercée à l'égard des ^compagnies 'ou des régiments payés par des Provinces qui avoient un Gouverneur ou Capitaine General en leur particulier, comme en 'Frise et à Groningue, où les Estats s'y sont tousjours opposés 'quand les Princes l'ont voulu entreprendre, mesmes après que 'le Prince Frédéric Henry cust esté déclaré Capitaine Gc- 'neral de tout l'Estat."
Pour dire en un mot: les Estats de Hollande pretendoient, qu'ils dévoient pour le moins joiiir des mesmes droits et des mesmes avantages dans leur Province, que les Estats de Frise et de Groningue avoient chez eux et firent bien connoistre, que si les Estats Généraux disposoient de la charge de Marcschal de Camp, sans aucune considération de leur opposition, ils donneraient le commandement de leurs troupes à une personne, qui peut estre ne scroit pas agréable aux autres Provinces (l). Cette vigoureuse résolution obligea les autres à en user avec plus de modération (2). Le Prince dcNassau mesme, qui n'estoit pas fort bien avec la Hollande, ne se la vouloit pas rendre irréconciliable, et aima mieux attendre du temps ce qu'il ne se pouvoit pas promettre de la conjoncture présente, que de se commettre avec cette puissante Province. Il y a de l'apparence, que sa manière d'agir
(1) Quelques uns nommaient déjà le Seigneur de Bcvcrwccrt.
(2) De Witt n'était pourtant pas sans inquiétudes sur les suites que ce démêlé pourrait avoir. Voir la lettre à son oncle de Graeff du 1 Février 1657. {Archives du Royaume.)
454 Différend* de la ri lie de Mtnuler avec son L'cetque.
accommodante l'auroit fnit réussir, sans le coup funeste qui fît mourir il y a quelques années, après avoir commandé iv succès les armes de l'Estat en Ostfrise, dont nous aurons occeâ de parler cy après, et de faire voir qu'il n'y a que les an basses et lasches, qui soient capables de porter leur haine etk ressentiment jusques à la dernière extrémité (1).
Celuy qui nous fera naistre cette occasion nous oblige à ( icy, que Christofrc Bernard van Galen ayant esté « Evesquc de Munster, eut dés la premier jour de son élection ] sieurs dcmeslés, tant avec la ville de Munster, qu'avec le Do; qui estoit son oncle (2), et avec le Chapitre de l'Eglise Cathedi On ne peut nier que la ville ne soit immédiatement sujet! PEvesque, qui en est Seigneur temporel et spirituel, mais c sujettiou estoit accompagnée de plusieurs droits, privilèges, ex tions et libertés, dont jouissent en Allemagne plusieurs an villes, et particulièrement celles que Ton appelle Anseatiq Du moins le Magistrat pretendoit avoir le droit de garnison garde des clefs des portes, la faculté de donner le mot ou l1 dre et quelques autres. Mcsmcs l'accord qui s'estoit fait en l'Evesquc et la ville en 1655 portoit, que les gens de guerre ( l'Evesquc y fit entrer alors, n'y demeureroient que jusqu'à que la première assemblée des Estats du païs auroit jugé, si y estoient nécessaires ou non, et elle avoit prononcé en favi de la ville, et avoit dit, que l'Evcsque en feroit sortir la gai son. Apres cela le Magistrat avoit supplié l'Empereur de nu tenir la ville en ces droits; mais tout ce qu'elle pût obtenir fut qu'on luy ace >rda six mois, dans lesquels elle devoit mi vérifier ses prétentions qu'elle n'avoit pu faire jusques alors: sorte que ne pouvant pas douter, que l'Evesquc ne continuait la persécuter après que le" six mois scroient ex spire?, elle ] les Estats des Provinces Unies de la comprendre au traitté qi «voient fait avee les villes Anscatiquc* en 1646, et de ne p permettre qu'il y eust rien dan* eeluy que Ton negotioit i Haye avee. quelques Electeurs et Princes d'Allemagne, qui | faire préjudice à la lil-erté de son commerce (3). Le Magistral
(V\ Ci-ajuv*. Liwc XIV.
{■2i \. M'.ilineroot.
CY) Ait /.cm u prit une part active à ces négociations. Voir S. .S7.W, IV pabsim. W icquefort , toujours partial envers cet «»ut ne fait de n<>u\eau île, lui aucune mention.
Les Estais offrent leur wàtathn. 455
-Wbnster, an lieu de prendre d'autres engagements après cette léoiarchc dont l'Evesque fut fort offensé, négligea de prendre îs mesures avec ses yoisins, dont il ne rechercha l'amitié que rs que l'Evesque commençoit desjà à faire des préparations ur le siège. De l'autre costé les Estats, au lieu d'embrasser Xe occasion avec chaleur, répondirent d'abord, que c'estoit une airo qu'ils ne pouvoient pas résoudre sans la communication • Provinces, et qu'en attendant leur sentiment, ils feroient tout «1.1*. ""ils jugeroient pouvoir contribuer à raffermissement de la >nnio correspondance et du commerce qu'ils pretendoient entreroir entre les habitants do ces Provinces et ceux de la ville de Aua^ter. % Cependant l'Evesque, qui sçavoit que ces sortes de dciber^tions sont fort longues en ces paï's, ayant fait quelques levée» d'infanterie et de cavallcrie, investit et assiégea la ville, dans \ espérance qu'il avoit qu'il la reduiroit devant que les Estats la puasent secourir. Les deux Electeurs qui comme Vicaires avoient » direction des affaires de l'Empire pendant l'interrègne, après » decés de l'Empereur Ferdinand III, qui estoit mort le 2 Atfril 1657, l'exhortèrent de faire retirer ses troupes, et la Noblesse du païs luy fit faire des remonstranecs, le priant de ne point incommoder le Diocèse de ses gens de guerre, qu'il faisoit lever ou venir d'ailleurs, et de ne rien innover, jusqu'à ce que le différend cust esté jugé au Conseil Aulique de l'Empire, et protesta en mesme temps des inconvénients qui pourroient arriver de la continuation des hostilités.
Les Estats des Provinces Unies, qui consideroient la conséquence de la réduction de la ville de Munster, tant pour leur propre interest, que pour celuy de la Religion que l'on fait entrer en tous les prétextes, comme aussy par ce qu'ils apprehendoient que les Princes, qui avoient preste leurs troupes à l'Evcsque et d'autres, mesines des Protestants, ne se servissent de cet exemple pour se rendre redoutables, en mettant sous leur puissance toutes les grandes villes d'Allemagne, offrirent leur entremise, et firent prier l'Evesquc de faire cesser les hostilités. L'Evesque qui ne vouloit pas oiiir parler de médiation, dit que c'estoit une affaire domestique: que c'estoit à la Noblesse îi dcmesler les différends qu'il pouvoit avoir avec ses autres sujets, et fit bien connoistre que les olliccs des Estats ne luy estoient pas agréables. La ville au contraire accepta les oflices des Estats sans répugnance, et les fit prier de faire partir leurs Députés incontinent.
15C Leu Eêtats envoyait des Députes.
Les refus de l'Evesque ne rebutèrent point les Estats, qui députèrent Henry de la Cappelle de Ryssel et Abrtiia de Bcveren, Sr. de Barendrccbt (1), Députés à l'Assemblée des Estats Généraux de la part des Provinces de Gueldre et de Hollande, et prirent dans le Conseil d'Estat Jacob van der Hogue, qui depuis quelque temps s'estoit donné le surnom de B o r s s e 1 c , quoy qu'il y ait près de trois siècles que cette illustre famille est esteinte (2). Et afin que la deputation se fiit avec plus de lustre et produisist l'effet que Ton s'en promettoit, les Estats envoyèrent quelques troupes, tant infanterie que cartl- Icric, dans les villes frontières du costé de Munster. Ils firent en mesme temps asscurer les Ministres qui negoti oient à la Htye de la part des trois Electeurs Ecclésiastiques, de l'Evesque de Munster et du Duc de Ncubourg, que ce n'estoit pas leur intention de troubler le repos de l'Empire, ny d'y porter leurs armes, mais qu'ils croyoient estre obligés d'aider à esteindre le feu qui s'y allumoit, et qui alloit embraser tout le voisinage. Les Estais firent plus particulièrement sçavoir leur intention à l'Evesque et à la ville de Munster; mais le trompette qui portoit les lettres, estant arrivé au camp, on le contraignit de rendre aussy celles qu'il portoit à la ville où on ne luy voulut pas permettre d'entrer, mais on ouvrit les lettres et on les luy remit entre les mains. Les correspondants que l'Evesque avoit à la Haye, luy a voient fait accroire que les Estats se contenteraient de faire de bons office* pour raccommodement et qu'ils en demeureraient là; c'est pourquoy il ne erniguoit point de rejetter les offres de leur médiation avec opiniastreté. Il traitta leurs Députés avec grawle civilité; il les receut au bas de l'escalier, et leur céda la main et le pas par tout. Mais des qu'ils luy voulurent parler de la médiation, il leur dit: - Qu'il estoit bien obligé aux bons sentiments y des Estats, et à la peine qu'ils p renoient d'offrir leur entremise *pour l'ajustement des différends qu'il avoit avec la ville de Mun-
* ster. Qu'il espérait qu'ils considéreraient que c'estoit une affaire
* domestique, et un demeslé qu'il avoit avec ses sujets, qui ne "pouvoit estre réglé* que par les Estats du puis, ou bien par les
(\) Wicqucfort oublie de nommer le député d'Overyssel, Ruil ni pli van La n Lren. Voir Aitzcma, S. van Staël. III. 37. p. 7$; et leur instruction, 1. <\ p. f>2 sv.
(2) Edit. impr.: quoiqu'il y ait plus de trois siècles qu'on crojoit cette Illustre famille éteinte.
JcU des Estais Je Hollande; Hesolntion de* Estais Généraux. 457
Electeurs et les Princes de l'Empire, et qu'il y en avoit dans le Toisinage, dont il ne pouvoit pas refuser la médiation ; tant à cause des traittés qu'il avoit avec eux, que par ce qu'ils luy avoient envoyé du secours contre la ville; de sorte qu'il ne pouvoit pas sans leur participation, admettre une médiation estrangere qui leur seroit préjudiciable." Il ne voulut pas mesracs ermettre que les Députés entrassent dans la ville, où on les atsndoit avec impatience. Les Estats furent tellement indignés de ïtte manière d'agir, que ceux de Hollande que l'on convoqua epreasément sur ce sujet, dirent dans leur Assemblée: 'Qu'il falloit considérer, que bien que la ville de Munster fust sujette à PEvesque, ce que Ton ne pouvoit pas nier, elle ne l'estoit pas absolument, et qu'elle avoit des privilèges dont elle avoit raison d'estre jalouse. Que les offices, que la Noblesse du païs pouvoit faire dans cette rencontre, ne dévoient ny ne pou voient pas empescher la médiation de cet Estât, et que les Ministres qui estaient de la part des Electeurs et des Princes à la Haye, avoient déclaré que les secours que leurs Maistres donnoient à l'Evesque ne serviroient qu'à l'aider à se faire obeïr. Que c'estoit aussy l'intention de cet Estât, mais qu'ils n'entendoient pas que cette obéissance fust aveugle ou brutale (1), et qu'ils estoient d'avis que pour se ressentir du refus que l'Evesque faisoit d'admettre la médiation, il falloit secourir la ville." Les Députés de Dorrecht, de Scbidam et de la Brile, et principalement ceux d'Amerdam s'opposèrent à cette Resolution, mais on ne laissa pas de arrester (2). Apres cela les Estats Généraux résolurent, le 20 ictobre: #Que les Députés redoubleroient leurs instances auprès de l'Evesque. et le presseroient d'accepter la médiation et de faire cesser les hostilités. Qu'ils iroient faire les mesmes offices dans la |ville, et afin qu'on ne les einpeschast point d'y entrer, qu'on les feroit escorter par de bonnes troupes d'infanterie et de cavallerie, commandées par Frédric Magnus, Rhingrave,
(1) Edit. impr.: sans bornes.
(2) Résol. Secret, des Etats de Hollande du 19 Octobre 1657. Ce it en particulier par l'organe du Bourgucmaitre Schaep, l'un de ses eputés, que la ville d'Amsterdam mit tout en oeuvre pour empêcher ue cette .Résolution ne fût prise. De Witt vivement contrarié, îfute avec véhémence, dans deux lettres à son oncle de Graeff du 8 et du 23 Octobre 1G57 (Archive* du Royaume), les arguments u' Amsterdam faisait valoir.
rendre un service, dont le succès dépendoit de la l'exécution (2). Cette Besolution fut prise avec t que les Ordres et les Routes pour les troupes, pot et pour le ebaroy partirent encore le mesme jour Toute l'armée de l'Evcsque ne faisoit qu'en fi roi et trois mille hommes de pied. Son camp n'est oit et quand il l'auroit esté, il n'avoit pas de qnoy g Les troupes auxiliaires que les Princes voisins lu tées, avoient ordre de ne point combattre celles < les villes de Cologne, de Brome et d'Embde avoiei de luy vendre des vivres ou des munitions; de l'avis qu'il reccut le 22 de la Resolution qui ave 20, il jugea qu'il fiilloit en prévenir l'éxecution, continuellement aux feux d'artifice, et il avoit fort ville de ses bombes; mais des qu'il eut appris c errts que les Estats de Hollande avoient esté coni ne manqueraient pas de prendre une resolution souffrit qu'on fist quoique ouverture de negotiatioi et fit conclurre le traitté devant que l'on y pust a qui s'estoit fait à la Haye, de peur qu'en le diffen heures, on ne le contra igni s t de le faire à des co avantageuses ou de lever le siège honteusement, qu'il y entra st garnison estrangere. La Noblesse d la, ne voulant pas que le païs servist de théâtre i précipiter l'accommodement, encore qu'elle n'appr
(l) On le soupçonnait île favoriser les intérêts d<
Projet pour l'union du pah de FEvexque à la Généralité. 459
toeedé de son Evesque. D abord on proposa des conditions as- 8 dures à la ville et on voulut sur tout l'obliger à ne point ttdre de liaisons ny d'engagements avec d'autres Princes ou ats voisins; mais elle s'en défendit, et obtint des conditions :s raisonnables. Il importoit à TEvesque de faire retirer les pes Hollandoises, et à cause de cela il dissimuloit le chagrin l**y donnoient les avantages qu'il accordoit à la ville. Il a i £ciit connoistre depuis, en recommençant la guerre avec le 3»^ qu'il pouvoit désirer, qu'ils luy avoient esté extorqués, et • e^ n'estoit pas son intention de partager en aucune manière £ ^e Magistrat, ou avec la ville, l'autorité qu'il croyoit luy ,re Oeiïc toute entière. Dés que le traitté fut conclu, il en >nire* avis aux Députés de cet Estât qui furent aussy salués de i Pa*t de la ville et conviés d'y entrer ; afin qu'ils pussent mieux ogûr de Testât où ils trouveroient les affaires. C'estoit Tordre qu'ils avoient, et il n'est pas bien facile d'exprimer la joye des habitants et la satisfaction qu'ils témoignèrent aux anges de kar salut et aux auteurs de leur délivrance.
On ne peut nier que la Hollande n'eust quelque pensée en ce temps là de mettre le pais de TEvesque de Munster en la proection de cet Estât, à condition de contribuer tous les ans une ertaine somme, et qu'il seroit aussy sujet à toutes les imposions et levées extraordinaires, en luy conservant et à ses Estais ras les droits de Souveraineté sans exception (1). Mais cela n'eut îint de suitte, tant par ce qu'on consideroit l'opposition qui s'y rmeroit de la part de tout l'Empire, que par ce que Ton sça- >it que tout le party Catholique y pren droit interest. On jugeoit en qu'il ne seroit pas fort difficile de conserver cette impornte conqueste sur les frontières de cet Estât ; mais on cniignoit Le la France, qui estoit comme le garant de Texccution des littés de Wcstfalic, et le prétendu gardien du repos de TAlleagne, ne se servist de ce prétexte pour faire une querelle aux itats et ne s'y opposast, aussy bien que le Protecteur, quelque antage que la lieligion y rencontrast. On estoit aussy oblige
faire reflexion sur les affaires du Nort et d'y employer une rtie des forces qui auroient esté nécessaires pour la conservant de cette nouvelle conqucsle.
(1) Voir de la Neuville, Histoire de Hollande. II. p. S6; C crier, Tableau de C histoire générale dn Provinces Unies, Vil. p. 33; lu Wiju, Naleezingen. II. p. 177, 178.
100 L'Evesque a de* etpitmê à ta Haye.
L'Evesque qui avoit ses gens qui luy communiquoient tories les dclilrerations de rassemblée des Estats, où fls avoient des habitudes toutes particulière?, aussy bien que dans plusieurs fil* les de Hollande, ne pouvoit pas ignorer ce qui s'y passoh sur ce sujet, et n'a pas manqué de s'en ressentir. L'animosité, ara laquelle il s'est déclaré contre cet Estât en toutes les occasions, dont on verra plus d'une preuve en la suitte de cette Histoire, me contraint de me plaindre icy de la conduite d'un Hollandois dénaturé, qui ayant d'ailleurs de l'esprit et beaucoup de tek pour le bien de l' Estât, manqua au serment qu'il luy avoit, et à ne qu'il de voit à sa patrie, en communiquant à l'Evesque la Hesolution du 20 Octobre (1). Brabeck, Doyen de Munster, qui avoit fait plusieurs voyages à la Haye, l'avoit gagné et corrompu, en sorte qu'on le peut considérer comme la première cause des ravages que les troupes de l'Evesque ont faites pendant quelques années dans les Provinces de Gueldre, d'Overysscl et de Groningue ; et je ne sçais si on ne peut pas dire, qu'il a attiré les armes estrangercs dans le coeur du pais en 1672. Sans cet avis l'Evesque se scroit apparemment opiniastré nu siège de la rifle, et l'auroit forcée de se jetter entre les bras de cet Estât qui es y mettant garnison, auroit bien empesché ce Prélat de s'engager avec l'Angleterre pendant la première guerre que l'on eut avec le Roy de In Grande Bretagne, et il n'aurait eu ny l'envie oy le moyen de favoriser les armes de France comme il a fait depuis.
Celuy qui entreprend d'offenser un prestre le doit pousser à bout s'il ne veut s'en repentir. C'est une chose assés ordinaire de voir en ers pais des personnes de toutes qualités vendre avec leur honneur, les secrets de l'Estat, pour les communiquer aux Ministres des Princes estmngcrs, et mesmes aux ennemis, sans que la Cour Provinciale qui en a connoissance et les praires, ait voulu punir ces sales et infâmes marchands, pendant que pour
(1) Hess in g, Ministre de l'Evêque h la Haye, recevait des chbiminications d'un commis du Greffier des Etats Généraux, qui fui pour cette raison en 1058 condamné par la Cour de Justice à uu bannissement de S ans. H es si n g lui-même fut arrêté. L'Evêque envoya alors un de ses Conseillers à la Haye, pour déclarer que ce n'était pas par l'entremise de ce dernier, que la Résolution du 2Q0ctohrc avait été portée à sa eonnaissince, mais j>ar celle d'une sont personne qu'il nommerait s'il le fallait. Aitzcma, S» van Sfaet. fl". ÎIS. p. 24 S. Voir ci -après, Livre XI 1.
Negotiation inutile avec quelques Princes de r Empire. 401
complaire à une puissance usurpée et tira unique, elle violoit la justice et le droit des gens en persécutant l'innocence du Ministre Public d'un Prince Souverain, amy et allié de cet Estât (1). Diterig Philippe de Wylig de Pro s tin g. Colonel d'un régiment d'infanterie, estoit de la part de l'Evesque à la Haye, >ik il avoit fait ouverture d'une alliance défensive, dans laquelle m devoit faire entrer les trois Electeurs Ecclésiastiques avec le Doc de Neubourg. Ces trois Electeurs avoient pour cet elfet enroyé en Hollande Otton de H er selle s, Conseiller de l'Ëlec- ;ear de May en ce, et le Baron de Virnemont y negotioit pour e Duc de Neubourg. Ces Ministres y travailloient avec grande ipplication, mais toutes les Provinces n'y estoient pas également lien disposées. Les Députés de Zeelande et de Frise qui consileroient en toutes leurs délibérations les interests du Prince l'Orange, ne vouloient plus qu'où conclust avec eux sans 'Electeur de Brandebourg (2), et ceux de Hollande insistaient à se qu'en faisant cette alliance, on fist en mesme temps un traitté tour le commerce, sur le pied des propositions que l'Electeur le Cologne avoit fait faire l'année précédente. Leur intention •toit aussy d'obliger ces Princes à secourir l'Estat, mesmes lors [lie l'Empereur et l'Empire l'attaqueroien t. Ils vouloient: » Que le » secours fust de trois mille hommes de pied et de quinze cens
* chevaux effectifs, sans qu'il fust au choix de l'attaqué de le demander en argent. Que si l'attaqué demandoit un plus grand
• secours, on pourroit le luy accorder, mais à de nouvelles conditions dont on conviendroit. Que l'alliance se feroit pour six ans, et que si on jugeoit à propos de la proroger, on le pourroit faire devant la dernière des six années (8)." Devant que tout cela se ust ajuster, on se trouva engagé de part et d'autre dans la uerre de Munster. Quelques uns de ces prétendus alliés envoyésut du secours à l'Evesque, et les Estats se déclarèrent pour la îlle. H arriva aussy, que les Estats firent connoistre au mois 'Aoust qu'ils entendoient que la ville et la seigneurie de Raestein, que le Duc de Neubourg possedoit comme une dépenwice de la succession de «Tuiliers, en vertu du traitté particulier irïl avoit fait avec l'Electeur de Brandebourg, estoit située dans
(1) Celuy qui entreprend — amy et allié de cet Estât. Cette période * se lit pas dans l'édit. impr.
(2) Voir ci- devant p. 444.
(3) Rcsol. Secret, des Etats de Hollande du 31 Juillet 1657.
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Us déprédations des François continuent. Rui 1er saisit deux vaisseaux. 463
de la Cour et Testât du Gouvernement qui marquoit une dernière foiblesse sous un Ministre cstranger, et la part que le mesme Ministre et quelques autres a voient aux déprédations, fortifi oient l'audace des pirates qui avoient perdu le respect qu'ils dévoient aux ordres du Boy, si les intéressés en obtcnoîent quelque fois, quoy que cela arrivast fort rarement, pour la restitution des navires, lorsqu'on ne les pouvoit pas retenir lans injustice et violence manifeste. Que les Capitaines jettoient et déchiroient les lettres de cachet, et qu'il n'y avoit point d'huislier qui fust assés hardy pour leur signifier un arrest du Conseil. I>e sorte que les Estats voyant que toutes les plaintes qu'ils Mi faiaoient faire estoient inutiles, et craignant que leur patience ne leur fust trop préjudiciable, ordonnèrent à Ru iter leur Vice Amirnl qui commandoit une escadre en la mer Méditerranée, de prend ire indistinctement tous les vaisseaux qui avoient dépredé, on qxiî se mettraient en devoir de dépreder, ou de prendre les navire^ marchands des habitants de ces Provinces.
J*1* iter, se trouvant avec ces ordres précis auprès de Ligourlie> y rencontra le dernier jour de Février 1657, deux vaisseaux <** £**crre François, commandés par le Chevalier la Lande et par 1^ nommé (l'Aligna (1), et les prit tous deux. Il dit dans la lettre qu'il escrivit sur ce sujet aux Estats, que le jour précèdent ou la veille de cette rencontre, ces deux vaisseaux avoient pris Un navire Hollandois, et que lorsqu'il les prit, ils donnoient ** c«assc à un autre. Mais les François en parloient tout autrement. Us disoient qus ces deux vaisseaux estoient effectivement ■u service du Roy; qu'ils avoient servy au transport de quelques ^ens de guerre, qu'ils avoient débarqué à Via Kegia, pour estre cnaPloyés dans l'armée que le Duc de Modcne commandoit en -■«lie; qu'ils en alloient encore prendre d'autres à Toulon, et 9a ^*i tout leur voyage ils n'avoient point veu d'autres bastiments °Handois que ceux qui les avoient pris. Que Ru iter après avo*T premièrement arboré le pavillon d'Angleterre, ne luy avoit •^^^titué celuy de Hollande qu'après qu'il les eust joint de si prés V1 *ïs ne se pussent plus retirer. Que sous prétexte de l'amitié V1 *î avoit autrefois faite avec la Lande, il l'avoit convié de T^^^er dans son bord, où la Lande avoit desja envoyé son •^^itenant, et que lorsqu'il y fut, Rui ter luy avoit dit, qu'il
0) Lediguac /Brandt, 1. c.).
464 Mécontentement des Français.
le retien droit prisonnier, et qu'il falloit que les deux vaisseaux se rendissent. Ce que les François disoient du transport des gens de guerre et de la lettre que Euiter avoit escrite à I» Lande, estoit vray. Il est vray aussy que les deux vaisseaux, dont l'un s'appelloit la Régine et l'autre le Chasseur ^ estaient sa Roy de France; mais les François estoient obligés de demeurer d'accord qu'ils avoient esté armés au dépens de quelques particuliers et que la Lande et d'A ligna avec leurs participes (l) en avoient fait la dépense à dessein d'aller en course, dont la Lande s'estoit bien trouvé, parce qu'il avoit fait plusieurs prises sur les Hollandois. Ce qui est bien constant, comme aussy qu'il estoit du nombre de ces armateurs, qui avoient esté condamnés par plusieurs arrests du Conseil, à restituer les navires qu'il avoit pris; tellement que Ruiter, en se saisissant de ces deux vaisseaux, estoit bien demeuré dans les termes de ses ordres et de sa commission, mais les formes n'avoient pas esté fort exactement observées dans l'exécution, au moins si la relation que les François en ont faite, est véritable (2). Il fit encore une faute, en ce qu'il vendit l'un des deux vaisseaux à Cadix, après en avoir enlevé l'artillerie, et qu'il mit à terre en Catalogne trois cens cinquante François, qui par ce moyen demeurèrent exposés à la discrétion de leurs ennemis (3).
Ce procédé fut si mal receu à la Cour de France, que sur le premier avis que l'on en eut, on tint Conseil exprès pour délibérer ce qu'il y avoit à faire dans une rencontre si extraordinaire,
(1) C'est ainsi qu'où lit dans le MS. que nous suivons de préférence. , Participe se dit eu terme de finance, de eelui qui a part secrètement dans un traite ou dans une affaire du Roi, et en terme de Marine de Levant, de ceux qui ont part au corps d'un navire marchand." (V u ret i ère). L'édit. impr. a: Participant.
(2; Voir Uésol. Sec-r. des Etats de Hollande du 11 et 12 Juillet 1657 (1. p. 155 sv.) et llrandt, Lecen van de Ruiter (p. 113—116). Cet auteur fut à même de consulter le Journal de de Kuyterjce qu'il dit de cette affaire ne s'accorde pas tout à fait avec le récit de "\V i c q u e f o r t.
(3) Ce vaisseau ne fut vendu que parce qu'il n'était plus en état de tenir la mer; tandis que la crainte qu'un si grand nombre de prisonniers, qui ne se recommandaient pas par leur propreté, n'occasionnât des maladies, obligea de Ru y ter de les faire débarquer; toutefois il demanda pour eux du Gouverneur de Barbelone un passeport, qui fut accordé, à condition qu'on leur donnât des vivres pour dû Jours. (Hrandt, 1. c.).
On saisit les navires Hollandois et les effets marchands. 465
Parmy les Ministres il ny en avoit point qui dépendist plus des rotantes du Cardinal Mazarin, qu'A bel Servi en , tousjours sbaud et emporté en ses conseils, ennemy de cet Estât, et de la Province de Hollande en particulier, à cause de ce qui s'estoit aassé en la negotiation de Munster, outre qu'il estoit fort intéressé aux armements qui se faisoient depuis quelques années en Provence. Ce Ministre représenta au Conseil, que Ruitcr, en irborant un pavillon estranger, avoit fait une action de pirate, st en prenant les vaisseaux du Roy, il avoit fait un outrage à 3a Majesté, qui ne pouvoit estre expié que par le sang de cet >fficier, ny reparé que par un ressentiment proportionné à l'offense, et que pour cet effet il falloit rompre avec les Hollandois. Le Chancelier, le Duc Marcschal de Villeroy, et le Comte de Brienne, plus modérés, et nourris dans les anciennes maximes le cette Couronne là, et qui n'a voient point de part aux friponleries des armateurs, s'opposcrent à cet emportement et n'eu- •ent pas grand peine à empescher la rupture, par ce que la Reine ît le Cardinal entrèrent dans les mesmes sentiments, mais ils ne raient pas empescher que l'on n'envoynst saisir dans tous les lorts et gouvernements du Roiaume les navires, les marchandises, es dettes, et les autres effets des marchands Hollandois.
Les lettres qui portoient l'avis de cette saisie générale, surfirent d'autant plus les Estats, qu'ils ne s'attendoient point à la précipitation et moins encore à la violence, avec laquelle elle se it en plusieurs provinces du Roiaume. Et de fait, on fut fort eandalisé des termes que Ton avoit bien voulu employer dans la ettre que le Roy escrivit aux Estats, où il marquoit: 'Qu'il ne •pouvoit pas croire que ce fust de l'ordre des Estats, que Ruiter avoit obligé les vaisseaux François à amener leurs voiles, qu'il les avoit visités, et fait passer les Capitaines François dans son bord, qu'il les avoit pris et emmenés;" par ce que l'on isoit que le Roy, qui jugeoit que les Estats n'a voient point de art à l'action de Ruitcr, ne devoit pas s'en prendre à toute i Republique, et en faire souffrir les habitants. Qu'il n'en avoit oint fait de plaintes, de sorte qu'il ne pouvoit pas se plaindre on plus qu'on ne luy cust pas fait raison. Il ne leur avoit pas on né le loisir d'avouer ou de désavouer leur Vice Amiral, et ^pendant il se faisoit justice luy mesme, et ne vouloit point que sa Estats se la fissent, après avoir pendant tant d'années porté iu tille me ut leurs légitimes plaintes aux oreilles du Roy et de es Ministres.