II
406 Les Estais Généraux ordonnent à leur Ambauadettr défaire despkutei.
Les Estats de Hollande, quoy qu'extrêmement intéressés au commerce de Franco, estoient d'avis qu'on le défendist en ces pais, et qu'on saisist aussy tous les effets des François. Mais eoiume les Provinces n 'estaient pas également sensibles à ce qoi se faisoit en France, et que d'abord on ne put pas les Dure entrer dans les mesnics sentiments, tout ce que l'on en put obtenir ce fut, qu'on obligea les Estats Généraux à faire reair à la Haye les Députes de tous les Collèges de l'Amirauté, afin de délibérer de l'armement de quarente huit vaisseaux de guerre, et d'avertir les marchands et les patrons des navires d'éviter les bavres de France. Ils ordonnèrent aussy à l'Ambassadeur de représenter à la Cour l'injustice de son procédé, et la nécessité indispensable où on se trou voit en ce pais, de protéger les sujets contre ces violences et contre les pirateries continuelles, qui incoinmodoient et ruinoient la navigation et le commerce. Ils luy avoient envoyé les avis, tels que Kuiter leur avoit communiqués, et sur ce principe il exécuta les ordres qu'on luy avoit donnés. Il le fit avec beaucoup de vigueur, et pour dire la vérité, avec audace, ou du moins avec quelque rusticité (1); parce que par cette action hardie il vouloit se remettre aux bonnes grâces des Estats de Hollande, qu'il n'avoit pas bien possédées, comme partisan passionne de la Maison d'Orange (2). Mais d'autant qu'il donna grande satisfaction aux Estats, ses Maistres, ainsy de l'autre costé il offensa irreconciliablcmcnt la Cour de France (3). Elle estoit extrêmement grande, car le mesme jour que le Roy donna audiance si l'Ambassadeur liollandois, il reccut le Duc d'Orléans, qui estant revenu de sa retraitte, où il avoit demeuré cinq ans, avoit fait aller au Louvre tout ce qu'il y avoit de Seigneurs à Paris, qui vouloient se trouver à cette première entreveuc. Tout le monde estoit dans la chambre du Roy. lors que l'Ambassadeur
(1) Les iiiots: vu du moins arec quelque rusticité \ ne se trouvent pas dans l'édit. impr.
(2) Voir pourtant la page suivante note 1.
(.'{) Dans une autre occasion où l'Ambassadeur Boreel ne s'etait pas laissé intimider par les Ministres du Roi de France, le Chanci'Iirr Seguier fait de lui ee portrait peu flatlcur.... # C'est nu esprit rude, fascheux, qui n'est pas raisonnable, et que Ton devrait, si l'on pou voit, faire rappeler." — Archives de la Maison d*Oranatf, V. p. 1M). Mais nonobstant toutes ces plaintes Boreel resta encore à Paris nombre d'années. rEcn inaehtieb Principael maeckt hchtelijk ailes goet wat een stout Miuister doet, als 't deu Principael aengenaein is" (Aitzema).
San audiance. 467
prit audiance. Il s'y estoit préparé, et comme il se posscdoit, il fit un discours très fort, mais dont les expressions estoient si grossières (1), que le Cardinal Mazarin, qui s'y trouva prêtent, ne put souffrir qu'il luy reproebast la foiblessc du Conseil du Boy, dont il estoit le Chef, et le mépris que Ton avoit pour l'autorité Hoyale, dont il estoit le dépositaire. 11 l'interrompit plusieurs fois, quoy que l'Ambassadeur ne s'en estonnast point, et luy dist qu'il avoit l'honneur de parler au Koy. Le Cardinal le traitta mal, au sortir de l'audiancc, et luy dit des injures, indignes de l'un et de l'autre (2). 11 descendit mesnies, par un escalier dérobé, dans l'appartement de la Heine, et l'obligea à faire dire à l'Ambassadeur, qu'il n'estoit pas nécessaire qu'il la vist, puis qu'elle sçavoit ce qu'il venoit de dire au Koy (3). Ce Prince qui n'estoit pas encore fait aux affaires, dont en ce temps là il laissait la conduite à la Heine et au Cardinal, escouta l'Ambassadeur avec assés de patience, mais au lieu de luy donner satisfaction sur ses plaintes, il luy dit, qu'il avoit envoyé ordre à son Ambassadeur qui venoit de partir, de presser les Estats de réparer l'affront que Huiter venoit de luy faire.
Cet Ambassadeur du Koy estoit Jaques Auguste de T h ou,
(1) Edit. impr.: si peu ménagées. Voir le discours dcins Ai tze ma, Sm va* Staël. IV. 37. p. 48 — 51. Dans le Journal iVun Voyage à Parts (p. 117, 118) nous avons un récit de cette audience remarquable, raconté par des témoins oculaires. — Ils disent de l'Ambassadeur, , qu'il commença un discours en vray pensionaire d'Amsterdam" — , qu'il n'est point propre pour cette cour et qu'il n'a fait qu'aigrir #les affaires par son procédé qui a été par trop précipité," — #que , certainement il faut à Paris un Ambassadeur de naissance et qui ayt , l'esprit souple, ou bien qu'il y servira de peu." — Aussi ne fut ce pas par complaisance pour Ko réel qu'ils l'accompagnèrent h son audience. ,Nous ne nous en excusasmes pas, considérant que ce n'estoit pas , tant à luy que nous rendions ce devoir qu'à notre Estât" (p. 115). Il ne faut pas perdre de vue que les jeunes de Ville r s, les auteurs de ce Journal, étaient les neveux du Seigucur de Sommelsdyck, et ainsi par relations de famille, peu favorables à ce qui venait d'Amsterdam.
(2) *Le Cardinal ayant avancé avec luy jusques à la porte, luy dit: t jamais Ambassadeur n'a parlé si haut daus cette Cour, et vous pourriez vous en repentir. Ensuitte il dit bas au Comte de Brullon, , dites luy qu'il ne parle pas si hautement à la Keync; c'est un coquin, 9 je le connais bien" {Journal, p. 118).
(3) Ce fut la Keine elle même qui congédia de cette manière l'Ambassadeur (Journal, p. 118).
46S De Thon, Jmlauadeur de Fronce à la Haye.
Conseiller nu Parlement de Paris, et Président par commission en la première chambre des Euqucstes. Il avoit esté destiné à este d'Eglise, pendant la vie de François Auguste, son frère liné, qui fut sacrifié en 1642 à l'aversion que le Cardinal de Kichelieo avoit pour tous ceux qui n'estoient pas dans ses interests. Apres la mort de son frère qui n'est oit pas marié, ses parents le firent consentir au mariage, et l'obligèrent à achetter la charge de Président. Il estoit d'une hnmeur brusque et assés précipitée, et comme il n'estoit pas fort accommodé en ses affaires domestiques, il se jetti dans le party des Frondeurs, où il esperoit pouvoir profiter de b révolution, dont la France estoit menacée au plus fort des guerres civiles depuis 1649 jusques en 1652, et il y fit tant de brait, que le Roy voulut qu'il fust exclus de l'amnistie qui fut accordée à la ville de Paris et à ses habitants, lors qu'ils se remirent à leur devoir. Pomponne de Bcllievre, Premier Président an Parlement de Paris, qui estoit son proche parent, fit sa paixaree le Cardinal, et luy fit donner cette Ambassade, où il pretendoit ménager quelque chose. L'Histoire de son père, la dignité de son ayeul, le mérite de son frère aine, et les alliances que la famille avoit prises dans plusieurs illustres Maisons du Roiaume, lny donnoient une grande réputation et un très grand avantage, s'il eust sceu le soustenir par sa propre vertu. Il arriva à la Haye le 25 Avril (1), et dans sa première audiance qu'il eut le 2S, 0 demanda : 0 que les deux vaisseaux du Boy fussent restitués, que 'ltuitcr, qui les avoit pris, fust puny exemplairement, et que les 'Estats ordonnassent à leur Ambassadeur d'en user avec plus de
* modération, et d'avoir plus de respect pour le Roy qu'il n'en » avoit témoigné dans sa dernière audiance." Il y aj oust a, * qu'il 0 avoit un ordre exprès de ne point parler d'autres affaires, et de
* ne recevoir aucunes ouvertures ou propositions, que les deux 0 vaisseaux ne fussent effectivement restitués, et ramenés dans un 0 des ports de France."
Les Estats de Hollande qui a voient résolu dés le 26, que l'on
(1) #Le mesme jour que M. de Thou .... arriva à la Haye ..- un #de ses domestiques voulut faire violence à une femme, qu'il rencontra ,dc nuit dans la rue. La patrouille Peu empescha, et l'emmena au , Corps de garde, à dessein de le mettre le matin entre les mains b ,la Justice. L'Ambassadeur en ayant esté averti, reclama son dômesg tique; et les Conseillers Députés de Hollande .... le luy firent rendre, ,afin qu'il en fist lui-même justice." Wicqucfort, V Ambamdnr et xes fonctions, I. p. 419.
es Estât*, de Hollande font saisir les effets marchands des François, 469
b donnèrent pas cette satisfaction au Boy, s'estant rendus en >rps dans l'Assemblée des Estats Généraux, y dirent: 'Que le Boy Très Chrestien ne faisoit faire ces plaintes par son Ambassadeur, que pour prévenir celles que les Estats avoient juste sujet de faire, tant des pirateries que les François avoient inpunement exercées pendant plusieurs années, que de la saisie générale dont on troubloit et incoramodoit le commerce. Que les deux vaisseaux n'a voient esté attaqués et pris, qu'après que Ton eust veu qu'il n'y avoit point de satisfaction ny de réparation à espérer en France. Que c'estoit au Boy à donner aux Estats la satisfaction qu'il leur faisoit demander, à faire exécuter les arrests de son Conseil, à faire restituer un très grand nombre de navires Hollandois, qui avoient esté dépredés et pris avec injustice et violence, à faire juger promptement les procès qui estaient entre les mains des Maistres des Bequestes, et à faire donner main-levée des navires et des marchandises, qu'il venoit de faire saisir contre le droit des gens. Qu'après cela on pourroit faire un bon traitté pour la seureté de la navigation et du commerce, et lors que l'on auroit obtenu la main -levée, la restitution et le règlement, on rendroit les deux vaisseaux. Que pour obtenir l'un et l'autre, et en attendant que cela se fist, il estoit nécessaire, pour obliger le Boy à donner main-levée des navires qui avoient esté saisis dans les ports de France, de défendre toutes les denrées et toutes les marchandises du crû et de la façon du Boiaume, de faire saisir dans ce païs celles que Ton trouveroit appartenir aux François, de faire prendre et amener tous les navires de cette nation là que l'on rencontreroit en mer ou qui se trouver oient dans les ports, et que pour cet effet il faudroit renforcer de douze autres vaisseaux de guerre l'armement que l'on avoit résolu de faire."
Et de fait les Estats de Hollande firent saisir, dans l'estendue 3 leur Province et de leur Souveraineté, toutes les lettres de lange, marchandises, dettes et autres effets des François. Or comme 1 sçavoit que l'Ambassadeur travailloit à diviser les Provinces i intéressant quelques particuliers par les avantages qu'il leur isoit espérer (1), les Estats de Hollande résolurent le 5 May:
(1) #De jalousie alhicr teghen de Fransche wiert vermeerdert door =*n gerucht dat de Ambassadeur groote somme van penningen met- )racht om daerdoor al hier te wercken" (Aitzema).
470 De Thou se retouche: de Gnent et de Witt negotieni wm hy.
» qu'on envoyèrent à toutes les Provinces une forme de serment *par lequel les Magistrats promettraient qu'en opinant dans » l'affaire de France, ils n'aur oient point d'égard an profit oa \ m 1 avantage qu'jm leur pourrait faire espérer pour leur Province,
* pour leurs villes, ou pour leurs personnes ou pour leurs amis,
# directement ny indirectement."
Deux jours après, les Estats Généraux firent porter à l'Ambassadeur une Kesolution conforme aux sentiments des Estats de Hollande. De Thou protesta qu'il ne s'en pouvoit pas satisfaire, mais voyant que les Estats de Hollande refu soient absolument de commencer cette negotiation par la restitution des deux vaisseaux, et que cette resolution s'opposoit à toutes ses opérations, il en donna avis à su Cour par un exprés. Apres cela il fit espérer que le Koy, son Maistrc, consentirait à la ma in -levée, non pas lors que les deux vaisseaux auraient esté effectirement restitués, mais des qu'ils seraient arrivés aux costes de Picardie, et qu'après cela on pourroit, sous le bon plaisir du Koy, commencer à parler du renouvellement de l'alliance, et d'un règlement pour le fait do la marine. La Cour vouloit que cet Estât fist le premier pas, et c'est en ces termes qu'elle en parloit, pendant que l'Ambassadeur se tuoit pour faire roussir l'intention des Ministres; mais il avoit affaire à des gens qui connoissoient leur propre interest et son foiblc.
Les conférences que les Estats font tenir avec les Ambassadeurs, sont ordinairement composées de huit personnes, chaque Province y envoyant un Député, et la Hollande deux; mais d'autant que les conférences devenoient trop fréquentes, on pria M. de Ciuent, Premier Député des Estats de Gucldrc à l'Assemblée des Estats Généraux, qui possedoit parfaitement la langue et les affaires, et le Conseiller Pensionaire de Hollande, de voir l'Ambassadeur de temps en temps, et de tnscher d'ajuster les différends avec luy. CVstoit un esprit difficile et irrésolu qui n 'avoit jamais manié des affaires de cette nature, et qui prcuoit souvent avis de gens mal informes et plus mal intentionnés (1); et dans cette rencontre il avoit des ordres si exprés de ménager la réputation du Koy, son Maistrc, que ses propres Ministres et sujets avoient si fort prostituée, qu'il ne faisoit point de démarche qu'en treni-
(1) Yo'r pour ee qui regarde les rapports de de Thou avec k> paili'-ans de la Maison d'Oianuc, Afrkiwx, Y. p. IGi» s»vv.
77 se relasche encore: ses offres ires avantageuses. 471
blaut. De l'autre costé les Députés qui negotioient avec luy, estoient si résolus et si fermes, qu'il estoit impossible de gagner le moindre avantage sur eux, au préjudice de l'intcrest et de la réputation de l'Estat.
Les Députés ordinaires, qui estoient de la part de la Zeelandc dans l'Assemblée des Estats Généraux, n'avoient pas voulu permettre qu'on convertist en une Résolution générale de l'Estat celle que les Estats de Hollande avoient prise dans leur Assemblée, dés le commencement du mois de May, * de défendre les marchandises et les manufactures de France, et de saisir les navires et #les autres effets des François, tant sur mer que dans le pais," mais ils ne purent pas empeseber qu'elle ne passast le 14 Juin. Les Estats de Hollande obligèrent les autres Provinces à y consentir, et firent ordonner, * qu'on taseberoit de fermer les ports et »lcs embouchures de toutes les rivières de France," parce qu'ils estoient persuadés, que l'intention de M. d e T h o u estoit de traîner l'affaire, jusqu'à ce que la Zeclande pust faire quelque chose en sa faveur (1), lors qu'elle presideroit à son tour de semaine, ou jusqu'à ce que la saison avancée empeschast l'armée navale de se mettre en mer. De sorte que pour éviter ces extrémités, qui entraineroient après elles une rupture infaillible, l'Ambassadeur promit en fin, le 16 Juin, par escrit : * Qu'il feroit donner main- » levée de tous les navires et de toutes les marchandises que l'on jravoit saisis en France, dés que les Estats auroient promis la » restitution des deux vaisseaux la Régine et le Chasseur ', et dés » qu'ils auroient fait expédier les ordres nécessaires pour cela." Il n'en vint là qu'après de très fortes contestations, et après avoir fait voir aux Députés un ordre exprés qui luy défendoit de faire cette démarche, par ce que les Ministres de France en faisoient tin point d'honneur (2).
On ne pouvoit pas douter qu'il n'eust un autre ordre secret, puis qu'il passa cette barrière, bien qu'il n'eust point d'asseuranec formelle de la part des Estats de ce qu'ils feroient de leur costé, mais seulement la parole d'une personne particulière, qui pouvoit
(1) Mazarin comptait en cas d'une rupture sur la neutralité de la Zélandc, et d'autres Provinces favorables à la France. Archives, V. p. 168.
(2) Les détails de la négociation avec l'Ambassadeur de Thou se lisent, daus les Résolutions secrètes des Etats de Hollande du 11 et 12 Juillet 1657. Aitzema, S. van Staet. IV. 37. p. 46 svv.
472 L'accotumodeweMt avantage** aux Entait.
bien sçavoir leur intention, mais qui en ce temps Xk n'avait point du part aux affaires (Ij. L'Ambassadeur y âjousta dans lemesme Mémoire : » Qu'incontinent après la restitution des deux vaisseaux *ct après la main levée générale, on travaillerait à un règlement m pour la mariue, et qu'en attendant qu'il fust achevé, on ferait
# jouir les habitants de ces Provinces de tous les privilèges et de #tous les avantages que le Boy avoit accordés aux villes Aoset-
* tiques par le traitté du mois de May 1655 ; et que si ecluy d'aï- 0 liance et de marine n'estoit point conclu dans trois mois, qui
* estoit le temps que l'on don u oit aux Uollandois pour la jouis- #sancc de ces droits et de ces privilèges, le terme seroit prorogé
# jusqu'à ce qu'il en fust autremeut convenu entre les parties. *Uuc les arrests du Conseil et les ordres du Boy seroient punc-
# tuellcmcnt exécutes à l'égard des navires dont la restitution m avoit este adjugée aux propriétaires, et que les procès qui n'es- 0 toient pas encore jugés, le seroient promtement."
C'est oit tout ce que les Estats pouvoient désirer, et plus qu'ils avoient demande dans la repousc qu'ils a voient faite au premier mémoire de l'Ambassadeur, où il avoit protesté: * Qu'il ne rece- » vroit point de proposition ny d'ouverture, de la part de l'Estat, » que les deux vaisseaux François n'eussent esté effectivement re-
* stitués." Comme d'ailleurs s'il eust persisté à n'offrir que la continuation du traitté, que de Lirc-Ostervicq et Jem Kcynst avoient fait en 1646, on auroit este obligé de s'en contenter; mais il s'en relascha, et promit l'effet du traitté des villes Anseatiques, qui e^loit sans comparaison plus avantageux et plus favorable au commerce.
Tellement que les Kstats, qui sauvoient leur réputation et qui avoient Mijct dVstn: satisfaits, de ce qu'ils avoient faits pour Tintèrent des habitants de iv* Provinces, résolurent le 20 Juin: 0 Uu'il seroit ordonné à Kuiter d'envoyer incontinent le vais- » seau le Chasseur dans un des ports de France, de faire ses tli- 0 ligcnccs pour taseber tic retirer la Régine des mains des Espa- *gnnls, qui l'avoicnt achetté d'un marchand Flaman à Cadix, ou 0 que l'Estat en payeroit la valeur, si cette restitution ne se faî- « soit pas dans trois mois, et que les officiers des deux vaisseaux.
(1) l'ierrc de Groot, Résident de l'Electeur Palatin; il était le fils du célèbre Grotius»: Voir la lettre de de Thou au Cardinal M azur in, Ar chien de la Maison (C Orange, V. p. 177.
Froideur de la France. 473
♦ qui estaient prisonniers à Amsterdam, seroient mis en liberté #et amenés à l'Ambassadeur." Cet accommodement fut d'autant plus glorieux aux Estots, qu'ils Ta voient fait les armes à la main (1), et qu'ils l'a voient comme extorqué à l'Ambassadeur de France par la vigoureuse resolution qu'ils prirent le 14 Aoust (2), de faire arrester en mer, et d'amener tous les vaisseaux François, mesmes ceux que Ton ne pouvoit pas douter cstre au Koy.
L'Ambassadeur eut de la peine à faire agréer dans sa Cour tout ce qu'il avoit promis, parce qu'il n'en avoit pas trop bien ménagé la réputation ny les interests. De sorte que devant que le traitté fust ratifié, on eut avis en Hollande que Euiter ayant rencontré en mer cinq vaisseaux de guerre François, commandés par Fricainbault qui escortait quatre navires marchands, du nombre de ceux qui a voient esté saisis dans les ports de France, chargés de seize cens soldats qu'ils portaient à Viaregia auprès de Ligournc, avoit pris un des derniers, et avoit contraint les autres de se sauver dans le Golfe de la Spczza, où il les tenoit assiégés. Le Collège de l'Amirauté d'Amsterdam approuva le procédé de Euiter, et luy ordonna de tenir les vaisseaux François si bien enfermés, qu'il n'en eschapast pas un ; mais les Estats firent révoquer cet ordre, jugeant qu'il ne falloit pas aigrir les affaires, pendant que la France ne refusoit pas ouvertement de ratifier et d'exécuter le traitté. Elle n'avoit pas esté moins incommodée de la saisie générale que l'on en estait fasché en Hollande. Le Parlement de Bourdcaux, extrêmement intéressé au commerce, avoit refusé de la faire exécuter dans l'estendue de son ressort. On avoit saisy icy les lettres de change et les autres effets des marchands François. Les fermiers des gabelles du grand party ne se pouvoient pas passer des navires Hollandois dont ils se servoient pour transporter le sel aux rivières de Loire, de Seine et de Somme, et ceux de la traitté foraine vouloient renoncer à leur bail, par ce qu'il n'y avoit point
(1) C'était un démenti aux bruits qu'on faisait courir: #dat de #Regeeringe van Hollaudt, die se meenen dat meer siet op het in- #teresse van de Commercicn endc de Navigatien als iet anders, daer- #door best sal konneu gebragt werden, om sich in aile saeken van ,Staet te voegen nac de iiitcutic van Frank ri jk." Lettre de l'Ambassadeur Nieupoort au Conseiller Pensionnaire de Witt du 20 Avril 1657 (Briecea, III. p. 354).
(2) Le 14 Juin.
474 La Frattce continue de vexer tes négociants Hollaudou,
de commerce. Ce ne fut pourtant qu'au mois d'Aoust que le Roy ratifia solemncllcment ce que son Ambassadeur a?oit coodu à la Haye, ne témoignant que trop par ces délais et remues, que l'on ratifioit avec répugnance ce que Ton a?oit accordé par contrainte (1).
L'Ambassadeur ne laissa pas de déclarer en suitte de la ratification, qu'il estoit prest d'ouïr et de recevoir les ouvertures qu'on luy voudroit faire pour le renouvellement de l'alliance, et pour un règlement de la marine. Sur quoy on luy parla d'une triple alliance qui se pourroit faire entre la France, l'Angleterre et cet Estât. Le Protecteur tëmoignoit qu'elle ne luy serait pas désagréable; mais la France, qui depuis la paix de Munster aroit perdu les bons sentiments qu'elle avoit pour cette République, lors que leurs interests estoient mcslés et communs, n'y estob point du tout disposée, et se contentoit d'est re bien avec l'Angleterre. De sorte que lors que les Estât s pressèrent l'Ambassadeur d'entrer en conférence pour cet effet, il répondit qu'il n'avoit point de pouvoir, mais qu'il l'attendoit. Ceux qui n voient en ce temps la la principale direction des affaires en Hollande, estoient fort eut est es de l'opinion qu'ils avoieut que cette sorte de traittés estoit capable de sauver l'Estat, quoy qu'ils n'en ayent point fait avec aucun de leurs voisins, qui n'ayent fait un mesebant effet, et qui n'ayent eu de très inesebantos suittes. Je ne seais, si ceux qu'ils avoient avec la France et avec l'Angleterre depuis ltif>2 et lt)6* ont esté capables de les détromper après 1672 (2).
La France, bien loin de faire un traitté d'alliance et de commerce, continuait de vexer et de persécuter les Hollandais qui sYstoient établis en ce Koiaume là. On les exécutait pour les taxes qu'on y levoit sur les estrangers, quoy que depuis les premiers traittes que cet Estât avoit faits avec le Roy Henry H»
(\) Lc> Etats «le Hollande, ennuyés de ces retards, résolurent qu* si l'Ambassadeur ne produirait dans dix jours la ratification, la sa-.sc d«s inanlia'idiscï» Françaises aurait son libre cour*. Voir Késol. secret, îles dits Estats du û Août K>57. — Wie que fort oublie de to mention de la contestation que de Thou eut avec l'Auibassideur d'Espagne sur la préséance le 1*2 Août 1037 au Voorhout à la Haye; voir, I>as n aire, I. p. 10J, et en particulier Journal iï um JVj&wm l'un.*, p. -I7S sv. (Appendice, X\ 1).
(•2, yKii conservant ce raisonnement de l'auteur ou coase rre un , raisonnement des plus faux et des plus ridicules. J'ajoute qu'il n'est 9 |»as même capable d'éblouir un enfant." E**ui de Critique, p. 379.
Traiité entre la Trame et V Angleterre. 475
on eust considéré ceux qui estaient nés en ces pais comme rcgnicoles, et qu'on les eust exemtés du droit d'Aubeine. Il avoit aussy esté stipulé par le dernier accommodement, qu'ils joiiiroient des mesmes Avantages qui avoient esté accordés aux villes Anseatiques; mais on exemtoit les Allemans, aussy bien que les Anglois de ces taxes, quoy que la France fust obligée d'avoir quelque considération pour cet Estât, et qu'elle ne le pust pas offenser impunément, pendant qu'elle faisoit encore la guerre à l'Espagne. Il est vray que la mesine guerre, l'amitié que l'on commen çoit à avoir icy pour les Espagnols, et les grands avantages que l'on tiroit du commerce de ces quartiers là, où ecluy des Indes estoit bien fort meslé, faisoient le mécontentement de la Cour de France, et l'indifférence qu'elle avoit pour cette République.
Vers la fin de Tannée 1655 il s'estoit fait un traitté d'amitié (l) «ntre la France et le Protecteur; mais le 23 Mars 1657 il se fit un plus particulier entre le Comte de Bricnncet Lionne pour la France d'un costé, et Lockhard pour le Protecteur de l'autre. Il portoit; /'que pour forcer le Roy d'Espagne de faire la jrpaix, la France et l'Angleterre joindroient leurs armes et assiegem roient ensemble Gravelines, Mardic et Dunqucrque, à condition «que la première de ces deux places demeureroit à la France, et # qu'on donner oit les deux autres aux Anglois qui scroient tenus » d'y laisser la Religion Catholique en Testât, où elle y estoit lors jrque le traitté fut conclu. Que cette alliance ne seroit que pour jrun an, pendant lequel les Alliés ne pourroieut pas traitter avec m l'Espagne, sans le consentement de l'un et de l'autre." Mais ce traitté n'ayant pu estre exécuté la mesme année, on fut obligé de le rcnouveller Tannée suivante, en laquelle il produisit les merveilleux effets dont nous parlerons tantost (2). Cependant les armes de France furent heureusement employées au siège de Jdontmedy au Duché de Luxembourg, à Mardic, à St. Venant et de quelques autres places de moindre importance en Flandre.
(1) Le texte de ce traité dans Guizot, Histoire de la ^publique <P Angleterre et de Cromwell. II. p. 507—605. Bas nage, l. p. 184, fait mention d'un traité entre la France et l'Angleterre, tivs défavorable aux Provinces-Unies. Ce traité, si en réalité il a été conclu, n*a toutefois eu point de suites, mais la correspondance de de Witt avec l'Ambassadeur Nieupoort nous apprend qu'on en soupçonnait quelque chose.
(2) Voir Livre XI.
47G Im France envoy* une Jmùauade cm Allemagne^
Les Espagnols de leur costâ, reprirent Condé et St. Ghitbm dans le Comté de Hainaut, et firent lever le siège d'Alexandrie, dans le Milanois, que le Duc de Modene et le Prince d^ Couty, Généraux de l'armée de France, avoient assiégée.
Ce fut vers ce temps là, que les Ministres de France donne—— rent une partie de leurs pensées aux affaires d'Allemagne, oà il^ pretcudoient faire leur profit de l'interrègne, par ce que PEmpe— rcur Ferdinand, qui avoit trainé pendant quelque temps une^ vie fort languissante, n'avoit laissé en mourant le lendemain dev Fasques en l'aage de 43 ans (1), qu'un fils incapable deancttder~ à la dignité Impériale à cause de sa jeunesse. Le Cardinal Htzariu qui n'a voit qu'une connoissance fort imparfaite et tic» confuse des affaires d'Allemagne, et qui esperoit qu'il feroit élire le Boy, son Muistrc, Empereur, ou du moins qu'il obligerait les Electeurs à en prendre un parmy les autres Princes de l'Empira hors de la Maison d'Austrichc, bastissoit tous ses desseins sur de faux fondements, et sur les intelligences imaginaires qu'A pretendoit avoir avec la pluspart des Electeurs, quoy qu'en effet il ne fust pas asseuré d'un seul. Il employa à cette importante negotiation le Mareschal de Grammont et Lionne, Ministre (f Estât, à qui on donna la qualité d'Ambassadeurs Extraordinaires et Plénipotentiaires dans toute l'estendue de l'Empire et des trois Koiauiucs du Nort. Le Mnreschal, qui avoit la réputation d'estre un des plus adroits et des plus accomplis courtisans de son temps, ayant esté fait prisonnier à la bataille de Norlins:, au mois d'Aoust 1643, avoit esté conduit à. la Cour de l'Electeur de Bavière, où il avoit en l'occasion en ce temps là de servir utilement le Boy, son Maistre, d'y contracter d'asscs bonnes habita* des, et d'y jetter les premiers fondements de la bonne intelligence, dont la France a sceu tirer depuis des avantages incomparables. Le Mareschal se trouvant donc à Francfort, à l'occasion de l'Election, que l'on faisoit tirer en longueur, par ce que le Roy d'Hongrie et de Bohême, que l'on destinoit à cette dignité, n'avoit pas encore l'ange de dixhuit ans, on luy fit faire le voyase de Munie incognito, sous prétexte d'une visite qu'il alloit rendre à ses anciens amis, qui luy avoient fait mille civilités pendant le séjour qu'il y avoit fait autrefois. Le Comte Curtz, qni
(1) Il en avoit plu* de 11), étant né le 18 Mars lfïOS (Xutc i MS. (îrothe).
pour faire sortir f Empire de la Maison d* Autriche. 477
«noifc este son hostc au premier voyage, le logea encore. Ce fut à luy, à qui il communiqua le premier le sujet de son kd voyage, en luy offrant le crédit du Boy, son Maistre, qui proKxrm. ettoit à l'Electeur de le faire élire Empereur, s'il vouloit s'aid^sr ou bien y consentir [seulement. Adelhaide deSavoye, femKZfee de l'Electeur, secondoit puissamment les offices du MarescbaL auprès de son mary, mais la mère de l'Electeur, qui estoit 0OCNM.V de l'Empereur défunt, et le mesme Comte Curtz, avec qfd IL de Grammont avoit fait confidence, luy firent voir qu&Y* Testât où estoient les affaires, l'Electeur de Bavière ne ^ouvoit pas aspirer à la dignité Impériale. La merc, qui avoit to»eoup travaillé à faire entrer l'Electeur, son mary, dans to* interests de la France, pour conserver ceux de ses enfant* contre l'intention de l'Empereur, ne vouloit pas commettre ta Prince, son fils, avec les partisans de la Maison d'Austricbe. Tous les autres Electeurs, à la reserve du Boy de Bohême, esm toient ou d'Eglise ou Protestants, et par conséquent inéligibles. ™ Hors le Collège Electoral, et dans l'Empire, il n'y avoit point de Prince qui ne fust ou Protestant, ou incapable de soustenir cette eminente dignité, qui se trouve destituée de tout revenu, et il n'y avoit point d'apparence, que les Electeurs allassent chercher un Empereur en France, ou en Italie, pendant qu'ils avoient en Allemagne des sujets revestus de toutes les qualités nécessaires pour remplir dignement le thronc de l'Empire. Tellement que le Mareschal n'ayant rien fait à Munie, non plus que Lionne à Francfort, parce que les autres Electeurs avoient peu de complaisance et d'inclination pour les désirs du Cardinal Mazarin, les Ambassadeurs Plénipotentiaires de France prirent d'autres mesures, et voulurent obliger les Electeurs à reculer l'élection, jusqu'à ce que la paix seroit faite entre les deux Couronnes. Mais d'autant que cette negotiation n'avoit rien de commun avec l'élection, ny avec les autres affaires de l'Empire, les Electeurs ne voulurent pas différer de luy donner un Chef, ainty que nous dirons, après que nous aurons achevé de parler de ce qui regarde ces Provinces directement (I).
Dés le mois de Janvier 1657, devant que l'on pust prévoir le différend que l'on eut depuis avec la France, on avoit comme résolu d'employer les forces maritimes de l'Estat contre les Por-
(1) Voir ci-après Livre XI.
178 Suit te fk* demetlt* avec le Portugal.
tugais, in suit te tics desseins qui a voie nt esté formes en 16tt cl 1050 eu vertu des Résolutions qui a voient esté prises en « temps là, afin de se ressentir des trahisons et des infidélités qac quelques uns de ces gens là a voient faites dans le Brésil. Ces desseins «uroient este exécutés dés ce temps là, parce que toutes les choses y estoieut disposées en sorte qu'il n'y inanquoit rien, si non que Ton nommast un Commissaire que Ton pust faire partir avec l'armée navale; mais on en fut empesché* par le demcslé, que les E>t,its de Hollande curent avec le Prince d'Orange pour le liccntieiueut et pour la reforme des troupes. Dans l'année dont nous eserivons les événements, on avoit esté obligé d'armer par mer, à cause des dépra dations continuelles que kl François faisoieut en la mer Méditerranée, et depuis lu saisie générale on avoit tellement renforcé l'armement, que pour ne le laisser pus tout à fait inutile, il fut trouvé bon de le faire senir à l'executiou des desseins que nous venons de marquer (1). 0i ( -s toit résolu d'obliger les Portugais à accepter les conditions que Ton avoit offertes à l'Ambassadeur en ce temps là, ou de leur déclarer la guerre. On voulut donner cette commission à Mare du Tour et à Michel ten liove, et on y joignit Gisbert de Witt, qui leur devoit servir de Secrétaire, à quoy il estoit fort propre, à cause du séjour qu'il avoit fait au Brésil, où il avoit appris la langue Portugaise, et à connoistre l'humeur des Portugais. Du Tour s'en excusa (2), tant sur son indisposition et sur Te>tiit de ses affaires domestiques, que parce qu'il jugeoit cet Ctiiplciy dangereux et au dessous de luy ; de sorte que Ton y envoya li s ileux autres, sous l'escorte d'une escadre de quatorze vaisseaux, commandés par le Lieutenant Amiral, et par Pierre Plorisson, Vice Amiral. Le Vice Amiral Ruiter, qui estoit demeuré dans la mer Méditerranée depuis la rencontre qu'il avoit eue avec les François, et le Commandeur de Wilde, les dévoient joindre avec sciic vaisseaux, à l'embouchure de la rivière de Lisbonne, ou ailleurs sur les costes de Portugal. L'Ambassadeur de France qui estoit à la Haye, offroit la médiation du Boy, son Maistrt, pour rajustement des différends, que l'Estat avoit avec les Portugais, et on l'aeeepta, mais sans préjudice de la resolution qui avoit esté prise le 2 Aoust de cette année 1657, et de l'instrue-
(l) Voir Ailzema, *V. rUu Staet. JV. o7. p. 107—115. (•2) I)e iiit-me que Kudulphi. Voir la lettre de de Witt à Y o g cl s an g h du m2'2 Août Io\"> 7 (Jrc/àces iIh llv#aHme).
Les Estats y envoient des Députés: leur instruction. 47&
tion que l'on nvoit donnée nu Lieutenant Amiral, portant ordre de rompre si les Portugais refusoient ou differoient de donner la satisfaction qu'on leur demandoit. On se contenta de confier cette reserve aux Commissaires, à qui on ordonna aussy de ne point rejetter la médiation de l'Ambassadeur de France qu'ils trouve - "oient à Lisbonne, pourveu qu'elle n'erapeschast point l'exécution les ordres qu'ils eniportoient. Toutefois comme le Roy de France tt le Protecteur, qui se servoient des Portugois pour divertir les unies du Roy d'Espagne, leur ennemy commun, pouvoient apprelender que l'armée navale de cet Estât ne facilitast l'exécution les entreprises que les Espagnols faisoient continuellement sur es Portugais, ou du moins qu'elle n'empeschast la Couronne de Portugal d'agir contre celle d'Espagne, les Estats firent asseurer \m et l'autre, qu'ils n'y envoyeroient leur flotte que pour apniyer la negotiation de leurs Commissaires qui n'avoient autre Mrdre, si non de demander la restitution des places que les Porngais avoient prises dans le Brésil en pleine paix, et le dédommagement que la Compagnie des Indes Occidentales de ce pais sroyoit luy estre deu. Que bien loin de favoriser les armes du ioy d'Espagne, ils n'avoient pas voulu faire embarquer des trouves qui auroient pu faire descente, ou donner de l'ombrage ; mais m contraire qu'ils avoient expressément défendu à leur Lieutenant Imiral d'avoir aucun commerce avec les Espagnols, et commandé Lfissy absolument de prendre sur les costes d'Espagne tous les tnnateurs qui avoient leur retraitte dans les ports de Biscaye, et [ui avoient cy devant troublé le commerce des habitants de ces Provinces. Ils leur firent dire aussy qu'ils seroient bien aises [ne le Roy de France et le Protecteur disposassent le Roy de 'ortagal à donner à la Compagnie la satisfaction qu'elle pouvoit egitimement prétendre.
Pour ce qui est de l'ordre qu'on avoit donné au Lieutenant Lmiral au sujet des armateurs de Biscaye, les Estats avoient ouvent fait des plaintes de leurs déprédations, tant à la Cour b Madrid qu'à l'Ambassadeur d'Espagne, mais voyant qu'on ne sur faisoit point raison, ils résolurent de se la faire eux mesraes, t de remédier à ces desordres par des moyens plus forts et plus fficaces (1).
(1) Résolutions secrètes des Etats Généraux du 21 Août, 3 Sepetnbrc et 10 Octobre 1657.
480 Leur wgotiation; leur* demande*.
L'armée navale sortît de la Meuse le 5 Septembre, et urin le 25 à Cascncs, a l'embouchure de la rivière de Lisbonne, La Commissaires curent leur audiance le 29, et y furent conduit! dans cinq ca rosses, parmy lesquels se trouva celuy du Boy, tons à six chevaux. Apres qu'ils eurent fait leur compliment sur h mort de Jean IV, et sur 1 avènement à la Couronne d'Àlfonsc VI, ils dirent: * Qu'il y avoit plusieurs années, quelesEstiti 'des Provinces Unies s'attendoient à ce que les Portugais repa- Tassent les dommages et les injures qu'ils avoient faits à h
* Compagnie des Indes Occidentales dans le Brésil, dans Angola 0 et à St. Thomé, mais que nonobstant les promesses que les
* Ambassadeurs de Portugal leur avoient faites de temps en temps, 'les Portugais, bien loin de leur donner cette satisfaction, avoient 0 continué leurs violences, et avoient assiégé et pris le fort da
* Rcciffe. Qu'encore que le droit de la nature, aussy bien que 'ccluy des gens, permist aux Estats de s'en ressentir, et d'em-
* ployer pour cela leurs armes, ils avoient pourtant mieux aine
* faire encore un dernier effort, et porter les affaires à un acconv- 'ULodemcnt, en renvoyant offrir aux conditions que PAmbass- 'deur de Portugal avoit agréées en 1648. Que PEstat désirait #qu'on restituast à la Compagnie les pais, capitainies, provinces,
* places et forts, qui sont depuis la rivière de St. François jus* » ques à Siara, comme aussy toute l'artillerie et toutes les muni- 'tions que les Portugais avoient trouvées au Recule, et dus
* toutes les autres places du Brésil, et que Ton rendist aux particuliers les terres, maisons et héritages, qui leur appartenoient #lors que le païs sVst soulevé. Que les Portugais donnassent à
* la Compagnie dans six ans, mille beufs pour le charoy, autant » île vaches, et trois cens chevaux. Qu'ils payassent toutes leurs » dettes avec les arrérages et les interests, six cens mille livres *k\\\ argent comptant dans sept mois, et treize mille caisses de i* sucre en treize ans. Comme aussy, qu'on restituast à la Coin- 'pagnic toutes les \illes, plages et ports de la coste d'Afrique, "depuis le 4 degré jusques au 13 inclusivement, nussy bieu qw " l'I s le de St. Thomé, avec les forts et les places de la cosw 0 septentrionale d'Afrique que les Portugais y avoient bastis de- "puis 1642." C'est ce que les Commissaires avoient ordre de dire à la Reine Régente, et de la supplier de s'en expliquer dans quinze jours, parce qu'on leur avoit commandé de se retirer après ce temps là. Les Ministres de la Cour de Lisbonne, allarmés de ce discours, donnèrent ordre dés le lendemain à ce que les vais-
La Reine de Portugal fait taisir les navires Hollandais. 461
seaux de guerre du Roy fussent rois en estât, ordonnèrent au Magistrat de Lisbonne de faire doubler la garde de la ville, et envoyèrent quelque infanterie à Cascaes, pour observer la flotte fiollandoise. Pierre Vieira de Silva, Secrétaire d'Estat, ne dissimula pas aux Commissaires qu'on ne pou voit pas seulement entrer en conférence sur leurs propositions, parce qu'ils n'avoient point de pouvoir de modérer la dureté des conditions de Tan 1648; de sorte qu'il seroit inutile de commencer à négocier avec eux. Et de fait, les Seigneurs Portugais qui se trouvèrent présenta à l'audiance, en furent tellement indignés, qu'il fallut que la Reine employast toute son autorité pour les empeseber d'outrager les Commissaires, qui à ce qu'ils disoient, ne scaehant pas ce qui est deu aux Testes Couronnées, n'avoient pas parlé avec assés de respect à une Reine de Portugal. Le ressentiment que l'on y eut du procédé des Estats, et de la liberté de leurs Ministres, fut cause que tous les navires Hollandois qui estoient à Lisbonne, à Setubnl, et dans les autres ports du Roiaume, furent saisis. Les Commissaires qui avoient ordre de ne demeurer que quinze jours ou trois semaines au plus dans cette Cour là, rirent bien dés la première conférence qu'ils eurent avec les Comtes de Mira et de Cantagueda, et avec Pierre Vieira de Silva, Ministres de Portugal, qu'ils n'y feroient rien. Ces Seigneurs leur dirent d'abord: 'Qu'ils sca voient que #le Boy de France avoit fait offrir sa médiation aux Estats, et #puis que nonobstant cela ils ne laissoient pas de leur faire #des propositions que le Roy de Portugal ne leur pouvoit pas 9 accorder, et de les appuyer d'une puissante flotte, on en devoit
• juger, que les offres de médiation que le Roy de France leur #faisoit faire, ne leur estoient pas agréables. Que les Commis- #saires venoient offrir la paix, le poignard à la main, et qu'il y
# avoit lieu de croire, qu'ils n'estoient à Lisbonne, que pour ob- 9 server Testât des affaires et de leurs forces maritimes. Au reste,
# qu'il n'est oit pas en la puissance du Roy de Portugal de faire *La restitution que les Estats demandoient, mais que si les Com-
* misse ires vouloient entrer en negotiation pour un équivalent, ^ qu'il y auroit moyen de les satisfaire. Que le Brésil appartenoit w originairement à la Couronne de Portugal. Que dans les Capirtainies septentrionales de ces quartiers là, il y avoit plus de six
* mille habitants, et plus de deux mille hommes capables de porrter les armes, qui ne souffriroient jamais qu'on les assujettis! r Îmb gouvernement d'un Estât populaire, et que si on entreprenoit